Vertières, I don’t care! Sa k pa kontan, anbake !

Les deux chefs de l’Exécutif boudent le 209ème anniversaire de la Bataille de Vertières : Sa k pa kontan, anbake !

Que faire des "Ancêtres" dans une "Haïti open for business"

On dira tout ce qu’on veut de M. Michel Martelly, mais jamais on ne pourra le faire passer pour quelqu’un qui dissimule son jeu. Il pose des actes et les assume, même quand il n’y souscrit pas publiquement. Ce n’est donc pas par hasard que son slogan favori est Sa k pa kontan, anbake !

Les exemples de la pusillanimité et de la candeur de M. Martelly, qui le tiennent assez loin de la fonction de chef de l’Etat, sont légion. Pour un bon chef d’Etat, il importe que des notions de diplomatie et de politique soient bien assimilées de sorte que le comportement de l’intéressé soit conforme au rôle qui lui est dévolu. Martelly ne s’entiche pas de telles exigences, encore moins des règles protocolaires les plus élémentaires. Il est comme il est. Sa k pa kontan, anbake !

Ceux qui, le 17 octobre dernier, avaient jugé outrés et même inappropriés, les commentaires sur le sacrilège de Marchand/Dessalines, en ont aujourd’hui pour leur compte avec l’absence de MM. Martelly et Lamothe le jour de la Bataille de Vertières. Sa k pa kontan, anbake ! Ils réalisent maintenant que les tenues « bredjenn » désinvoltes du 17 octobre participaient d’une conception bien particulière des héros de l’indépendance.

En regardant ailleurs, comme on aime tant faire le singe, trouverait-on normal qu’un président américain soit hors des Etats-Unis un 4 juillet ? Un président français hors de la France un 14 juillet ? On s’imagine que cela n’arriverait que dans des circonstances archi-exceptionnelles.

Il est vrai que, présent pour la commémoration, Martelly serait encore bien embarassé de ne pouvoir, encore une fois, concrétiser sa promesse de rétablir l’armée. Mais, le mépris pour les héros de l’indépendance participe d’une dynamique plus fondamentale : celle de la liquidation du pays. En ce sens, que faire de Dessalines, Christophe, Pétion, sinon que les ranger au placard ? Ne serait-ce pas une exigence de la formule « Haïti is open for business » ?

Force est de constater que les affronts infligés à nos illustres ancêtres ne datent cependant pas de Martelly. Les marassas Lavalas en qui on avait placé beaucoup de confiance, n’avaient pas fait mieux. Avant eux, les duvaliéristes qui se prétendaient nationalistes n’en affichaient que la posture. Au fond, ils étaient dans le folklore du nationalisme et ne vénéraient pas véritablement nos héros.

Des thuriféraires de service, des sousous sans foi ni loi, des autorités occasionnelles (c’est-à-dire qui ne le seraient jamais si les choses n’avaient atteint ce niveau de dégradation), osent justifier l’absence au pays des 2 chefs de l’Exécutif un 18 novembre. A les croire, les enfants prodigues de l’Exécutif devraient bientôt nous revenir les mains pleines. Comme cela, les radoteurs, dont nous faisons certainement partie, réaliseront que leur déplacement était salutaire. Même la présence du chef de l’Exécutif au stade Bernabeu du Real Madrid, si elle est confirmée, devrait nous rapporter des « bonbons zizi ».

Pourtant, les chefs de l’exécutif viennent juste de décréter l’Etat d’urgence en raison des méfaits des dernières tempêtes tropicales. Cela ne les empêche pas de voltiger ici et là. Ils étaient également absents pendant le long week-end de la Toussaint. Sa k pa kontan, anbake !

Les flagorneurs de service, grassement payés, ayant perdu toute dignité, clame haut et fort que tout cela est normal et devrait à terme nous rapporter des dividendes. Qu’est-ce qu’ils ne promettraient pas pour conserver un poste, garantir un salaire, porter fièrement un bracelet rose-bonbon, circuler en voitures vitres teintées avec gyrophares et back-up menaçant ? Eux aussi, ils nous crachent à la face : Sa k pa kontan, anbake !

Ce serait également normal que ce soit l’épouse du chef de l’Etat, dont on est en droit de questionner les responsabilités officielles, qui, le 18 novembre, dépose au MUPANAH une gerbe à la mémoire des héros de l’indépendance. Des analystes moins indulgents ne manqueraient pas également de questionner la citoyenneté américaine de Madame par rapport à une initiative d’un symbolisme aussi significatif. Le 18 novembre est donc tombé en de bonnes mains, se dit-on, goguenard, à Paris, à Washington et dans d’autres capitales occidentales où la geste de 1804 n’a jamais été digérée.

Sa k pa kontan, anbake !, vous dit-on. Cessez vos stériles élucubrations pour ne pas être victimes des menaces contenues dans les messages anonymes qui nous parviennent ! On est en effet revenu à la vieille méthode d’intimidation des messages anonymes, comme quoi, encore une fois, ce sont les journalistes qui inventent les problèmes. Dans le cas qui nous préoccupe, le 18 novembre, c’est nous qui avons suggéré à MM. Martelly et Lamothe de s’absenter du pays en cette circonstance spéciale. C’est donc nous qui avons commis la gaffe.

Mais, sur quoi repose l’arrogance du pouvoir et de ses partisans déclarés ou anonymes ? Comment expliquer que les autorités tèt kale ne craignent point un ras-le-bol général et un leve kanpe nasyonal ? La réponse est sans doute celle avancée récemment par le chef de l’Etat : à savoir qu’il ne craint pas de coup d’Etat vu la présence de la MINUSTAH. Et donc, on peut tout faire. Ils manifesteront. Ils s’agiteront. Et, ils cesseront. Car, la force de feu du blanc protège l’ordre établi. Et, voilà qu’une telle déclaration confirme, s’il en était encore besoin, que la MINUSTAH est bien une force d’occupation. Et que, les autorités actuelles n’ont que faire de l’opinion publique haïtienne. On s’en remet au « Blan ». Exemple encore plus significatif : la personne désignée pour remplacer éventuellement le commissaire Michel Martellly dans la commission de négociation sur le CEP n’est autre qu’un diplomate étranger (réputé d’origine haïtienne). Alors, Sa k pa kontan, anbake !

L’arrogance du pouvoir repose aussi et surtout sur le faible niveau d’organisation de la société civile et des partis politiques. A leur faiblesse s’ajoute leur manque d’articulation entre eux et avec les masses. La « chefferie », les rivalités mesquines, les tentations hégémoniques, la précarité financière (nèg yo grangou deyò a), creusent les écarts et consolident les divisions. Tant qu’il en sera ainsi, autant le « Blan » que ses subordonnés haïtiens continueront à être arrogants et à nous asséner leur fameux slogan : Sa k pa kontan, anbake !

La conscience nationale est donc interpellée suite aux gifles que représentent les affronts successifs à notre histoire de peuple libre et digne.

Pour parodier Dessalines, disons en conclusion : Face à ce qui vient de se passer dans l’Ouest ce 18 novembre, si les hommes et les femmes de ce pays ne réalisent pas que l’heure est venue pour eux d’ambitionner un sort honorable pour la 1ère république noire du nouveau monde, c’est qu’ils ne sont pas des hommes et des femmes.

Désormais, il ne faut plus que nous accordions aux gouvernements l’exclusivité de la commémoration des grandes dates nationales ! Constituons des comités patriotiques partout ! Assurons-nous de la diffusion et de la connaissance de l’histoire nationale ! En un mot, soyons des haïtiens dans toute l’acception du terme. Alors, les liquidateurs de la patrie, les Conzé qu’avait dénoncés le conseiller spécial Latortue, un jour d’égarement (s’il faut prendre en compte la suite de son parcours), seront bien impuissants à pouvoir concrétiser leur rêve d’effacement d’Haïti de la carte des pays et des peuples fiers, dignes et souverains.

Marvel Dandin

 http://www.radiokiskeya.com/spip.php?article9295

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