LE CULTE DE LA PERSONNALITÉ (4ème partie)

Nous continuons avec la série d’articles sur le « culte de la personnalité » mettant en relief des personnages ayant évolué ou évoluant sur la scène politique internationale. Aujourd’hui la suite de l’article sur Vladimir Poutine. Tout comme Mao Tsé-toung , l’un des aspects essentiels de sa stratégie consistera à être omniprésent.-  Ella Perrard

VLADIMIR POUTINE: UN VÉRITABLE CIRQUE MÉDIATIQUE  (suite)

 Comme nous l’avions dit dans le précédent article, Vladimir Poutine ne recule devant rien pour se mettre en scène. C’est un véritable cirque médiatique qui se joue à travers un mélange burlesque de recettes de propagande datant de l’ère soviétique et de stratégies de communication à l’américaine. Nous avions vu Poutine le super héros, Poutine le chasseur, Poutine le nageur, Poutine le grand sportif, Poutine le pilote de Formule 1, Poutine le tireur d’élite, pilote de bombardier, ceinture noire de judo, Poutine le pianiste etc. Aujourd’hui voici Poutine, l’envoyé de Dieu, objet d’un drôle de culte.

Vladimir Poutine, un «envoyé de Dieu»?

On connait Poutine l’Aventurier, Poutine, l’homme qui fait rêver les étudiantes russes, Poutine l’homme que Naomi Campbell trouve tellement «en forme», Poutine «l’homme politique le plus cool». Voici maintenant Poutine l’«envoyé de Dieu».

C’est le chef adjoint de l’administration présidentielle et idéologue du régime russe, Vladislav Sourkov, qui a déclaré que le Premier ministre russe a été envoyé par Dieu, rapporte l’agence de presse Reuters. Il s’exprimait devant la télévision tchétchène lors d’un déplacement:

«Honnêtement, je pense que Poutine est un homme que Dieu et le destin ont envoyé à la Russie alors qu’elle connaît une période difficile.»

Reuters rappelle qu’il y a deux mois, une secte avait déjà affirmé que Poutine est un «saint» et un «sauveur». Un porte-parole avait alors déclaré que Poutine «n’approuve pas ce genre d’admiration».

L’ancien président (2000-2008), aujourd’hui encore incontournable Premier ministre, fait l’objet d’un culte en Russie. Déjà en 2002, un article de libération.fr titrait «Poutine, objet d’un drôle de culte», et racontait comment sa cote de confiance avait pu atteindre les 75% alors même que seuls 3% des Russes soutenaient sa politique. L’article dressait le portait d’un homme attisant la fascination (à l’époque, il était président):

«On le peint, on le sculpte, et il n’est de journal télévisé qui ne commence sans mettre en avant son activité du jour, si mineure soit-elle.»

(Vladimir Poutine, le simple citoyen faisant le plein d’essence. Au fond de l’image, Vous pouvez remarquer les agents de sécurité qui bloquent et  surveillent la circulation )

Les honneurs dépassent les frontières russes. Alors que l’élection présidentielle russe doit se tenir en mars 2012, RFI raconte que le prix Quadrige vient d’être décerné à Vladimir Poutine ce mardi 12 juillet. Ce prix est remis chaque année depuis 2003 le 3 octobre, le jour de la fête nationale allemande commémorant la réunification de 1990 à une personnalité internationale servant des valeurs et figure exemplaire. Le choix de Poutine ne fait pas l’unanimité. Le délégué aux droits de l’homme du gouvernement allemand, Markus Löning, dénonce la décision des responsables du prix Quadrige:

«C’est une décision cynique. A la tête de l’Etat russe et aujourd’hui comme Premier ministre, Poutine a remis la démocratie en cause, limité les libertés publiques, vidé l’Etat de droit de son contenu et livré la Russie à la corruption.»

http://www.slate.fr/grand-format/poutine-laventurier-russe-26761

POUTINE, OBJET D’UN DRÔLE DE CULTE

Par DESPIC-POPOVIC Hélène

Moscou de notre correspondante

Sa cote de popularité bat tous les records. Ses portraits se conjuguent au pluriel dans les bureaux, voire les magasins. Les livres qui racontent sa vie s’étalent à la devanture des librairies. On le peint, on le sculpte, et il n’est de journal télévisé qui ne commence sans mettre en avant son activité du jour, si mineure soit-elle. Bref, Vladimir Poutine est partout, parle de tout, se mêle de tout. Un nouveau Big Brother ?

Vladimir Poutine démontrant sa force en tentant de faire ployer la poêle à frire, les mains nues.

Circonspects, beaucoup d’analystes hésitent encore à parler de «culte de la personnalité», alors qu’au contraire la presse ironise sur ses manifestations les plus burlesques. L’hebdomadaire libéral Obchaïa Gazeta a ainsi relevé trois nouveaux titres consacrés à la vie du Président dans les librairies de Moscou, Poutine, histoire d’une vie, d’Oleg Blotski, qui relate sa jeunesse, Une amitié piquante, d’Irene Pitch, sur sa femme et sa famille, et Poutine, un « Allemand » au Kremlin, du politologue allemand Alexander Rar. Sans parler du célèbre manuel de judo du très sportif chef de l’Etat : Apprenons le judo avec Poutine. Ni des Souvenirs d’un futur président, petit opuscule écrit par son institutrice. Tous ces livres sont exposés sur le stand des best-sellers, mais aucun chiffre n’est jamais donné sur leur vente. On sait en revanche que le calendrier de luxe les Douze Humeurs du Président, illustré par douze poses du chef de l’Etat et vendu la somme astronomique, pour les Russes moyens, de près de 3 000 roubles (90 euros), ne trouve pas d’acquéreur. Le Président serait-il finalement moins vénéré qu’on le croit ?

Modèle brejnévien. «Ces manifestations sont le produit des bureaucrates et des arrivistes. Il ne faut pas les confondre avec l’expression populaire», fait remarquer le sociologue Lev Goutkov, de l’institut Vtsiom. A ces jeux courtisans inspirés des rituels brejnéviens, la province l’emporte largement sur Moscou. On peut ainsi admirer un tapis de laine de 1,20 sur 2 mètres à l’image de Poutine dans un magasin de Vladimir, petite ville proche de Moscou. Ou acheter des montres à l’effigie du Président fabriquées à Tcheliabinsk. La palme de l’idolâtrie reste quand même à Magnitogorsk où le musée de l’usine métallurgique n’a pas hésité à organiser une exposition des objets portés ou offerts par Poutine lors de sa visite.

Un problème d’image.

Ces ridicules expositions ont fini par gêner l’équipe présidentielle, apparemment consciente des rires qu’elles suscitent. Ainsi le kolkhoze en faillite Lénine, de la région d’Irkoutsk, a-t-il renoncé à se rebaptiser kolkhoze Poutine après que l’administration présidentielle eut qualifié l’initiative de «bêtise profonde». Et le ministre de la Culture de Russie n’a pas manqué de rabrouer les trop zélés militants de l’organisation de jeunesse propoutinienne «Ceux qui marchent ensemble» lorsqu’ils ont décidé le mois dernier de procéder à l’échange de livres d’auteur jugés indécents contre des valeurs sûres de la culture traditionnelle, après s’être fait connaître l’an dernier en arborant des T-shirts à l’effigie du chef bien-aimé. Il y a aussi fort à parier que la plainte en diffamation déposée par un étudiant de droit à Tcheliabinsk contre un journaliste allemand, qui avait cité son ode à Poutine dans un article sur le retour du culte de la personnalité en Russie, n’aboutira pas à l’expulsion réclamée. Le texte de la fameuse chanson avait d’ailleurs été largement publié par la presse russe. Modèle du genre, elle déclamait : «Le mal passera, l’aube reviendra, l’aube qu’on a attendue si longtemps. C’est notre Président, c’est notre Président.»

Par défaut. Mais dans l’ensemble, fait remarquer le sociologue Léonide Smirniaguine, de la fondation Carneggie, «le Président ne se déclare pas contre la « magnification » de son rôle, ce qui arrange bien les gens qui en tirent profit.» Il est peu probable qu’il y soit indifférent. Passé sans transition du statut d’homme de l’ombre à celui de numéro 1 du pays, l’ancien espion Vladimir Poutine a connu un sérieux problème d’image. On le disait froid ou mystérieux. Il fallait le faire homme. C’est à cette tâche que se sont attelés ses conseillers, ces «politechnologues» comme on les appelle en Russie, qui n’ont rien oublié de l’agit-prop de l’ère Brejnev tout en intégrant la modernité à l’américaine : bains de foule, apparitions à la télévision, chats sur l’Internet.

Et ça marche quand même. La cote de confiance de Poutine est désormais de 75 %. Mais il ne suscite ni enthousiasme ni adhésion, et on aurait du mal à trouver des familles qui ont mis son portrait dans leur salon. «Seuls 3 % de Russes ont vraiment de l’admiration pour lui et soutiennent à fond sa politique. 30 % ont de la sympathie pour lui, mais par défaut parce qu’il n’a pas de rival. Sa cote de popularité n’est pas liée à l’estime dans laquelle on le tient, mais aux attentes de l’opinion. Poutine est en fait la personnification des attentes des masses.».

Libération.FR

http://www.liberation.fr/monde/0101405524-poutine-objet-d-un-drole-de-culte#

 (A Suivre)

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