LE CULTE DE LA PERSONNALITÉ

Matraquage médiatique, admiration excessive, le culte de la personnalité désigne l’adulation excessive d’un chef, particulièrement d’un chef d’État qui est souvent en vie au détriment des intérêts de la collectivité. Ce culte est entretenu par une propagande intensive et par une utilisation des médias et des mouvements de foule. Et particulièrement aujourd’hui sur Youtube et sur Facebook. Jusqu’à parfois devenir une icône et voir son image reprise par des artistes. Le plus important, c’est l’image. Les dictateurs l’ont toujours compris et en ont joué.» Quentin Girard

Ι- Le culte du chef : Mussolini, Staline et Hitler

Au pouvoir depuis 1922, 1928 et 1933, Mussolini, Staline et Hitler, vont grâce à la propagande et à l’art, imposer leur politique. Les différentes représentations de ces trois dictateurs témoignent de la mise en place d’un véritable culte de la personnalité à travers le Duce, le Petit Père des peuples et le Führer. L’adulation excessive sera entretenue par une large diffusion médiatique afin d’obtenir le consentement des masses. Cette analyse comparative et illustrée cherche à montrer à travers plusieurs portraits que l’art sera au service du pouvoir mais pourra aussi se retourner contre lui.

Un contexte historique favorable à l’ascension au pouvoir

Mussolini, Staline et Hitler vont utiliser la propagande ainsi que les faiblesses économiques et politiques de leur pays pour accéder au pouvoir. La crise de 1929 provenant des Etats-Unis a des répercussions sur l’Europe. En Allemagne, il existe 6 millions de chômeurs en 1929. L’Italie a en commun avec ce pays, les sentiments de honte et de revanche inspirés par la victoire alliée de la Première Guerre mondiale. En effet, suite au plan Wilson, l’Italie n’a pu obtenir tous les territoires revendiqués lors de son entrée en guerre à leurs cotés. Les régimes fascistes, nazis et communistes, se livreront à une glorification systématique du chef en tant qu’être exemplaire et charismatique.

Il convient de revenir brièvement sur le parcours de ces trois dictateurs. Mussolini a été un militant socialiste, avant de fonder des groupuscules d’extrêmes droites en 1919. Le soutien de la bourgeoisie, l’aide à accéder au pouvoir en 1922. En s’alliant avec le parti nazi (l’axe Rome Berlin) il conquiert l’Ethiopie en 1936. Quant à Hitler, il est le chef du parti nazi depuis 1921. Nommé chancelier le 30 janvier 1933, il deviendra en 1938 chef de la Wehrmacht, l’armée allemande. Il déclenchera la seconde guerre mondiale en annexant l’Autriche, la Tchécoslovaquie en 1938 et la Pologne en 1939. Concernant Staline, fils d’un paysan géorgien, il devient en 1922 secrétaire du Parti Communiste de l’Union Soviétique. Il évince Trotski du gouvernement en 1925 puis bat l’opposition de gauche en 1928.

La légitimité par l’histoire et la politique : le photomontage

Les dictateurs ont des stratégies communes, celles de se justifier par le passé et de représenter l’avenir idéal. Les représentations d’Hitler et de Staline peuvent prendre la forme de photomontages.

Celui de droite est réalisé par un artiste letton engagé dans la révolution bolchevique : Gustave klucis (1895-1928). Il dévoile de gauche à droite Marx, Engels, Lénine et Staline qui sont séparés par des lignes diagonales sur fond rouge. Marx et Engels sont des philosophes et théoriciens luttant contre la société de classes. Lénine, politicien russe est le dirigeant du parti bolchevik. Force est de constater que Staline entretien ici le mythe de l’héritier légitime de Lénine et des grands professeurs marxistes. Grace à lui, le communisme est mis en valeur dans un cadre serein. Il cherche à incarner l’aboutissement de nombreuses années de lutte et la joie de vivre qu’il procurera.

La technique du photomontage est également utilisée pour servir Hitler. Un second visuel anonyme représentant le Führer, le montre succédant à Hindenburg en toute légitimité. Pour mémoire, Hindenburg devient président de la république de Weimar en 1925 et sera réélu en 1932. Sous la pression des milieux financiers et suite au succès du

parti nazi aux élections législatives, il appellera Hitler à la chancellerie du Reich le 30 janvier 1933. Le but de la propagande est de montrer un leader : Hitler qui succède à Frederic II et Hindenburg avec la bienveillance de l’Histoire, de l’Eglise et du peuple qui prouve son accord par le serment de fidélité ( visuel ci-dessous).

La référence au divin

La référence à dieu et au caractère sacré est importante et largement utilisée par les dictateurs. Le leader cherche à se doter d’un aspect divin et à se montrer comme un prophète. Sur le photomontage dévoilant Hitler, la présence de la croix gammée près de l’Eglise illumine le paysage comme s’il s’agissait d’une bénédiction divine.

Mussolini, cherche aussi à développer un caractère sacré aux yeux des italiens mais aussi à entretenir des bonnes relations avec le pape. Il notamment a été peint aux cotés de personnages bibliques sur une fresque d’Eglise. En 1929, il organise un plébiscite en faveur des accords de Latran avec le Vatican qui permettrait de consacrer le rôle de Duce au sein de la société. La façade d’un palais a servi de support électoral à travers des affiches comprenant le  » oui  » à Mussolini. L’accord rétablissait les liens entre l’Etat et l’Eglise Catholique. A cette occasion, le pape Pie XI qualifiera Mussolini de « Uomo della Provvidenza », c’est-à-dire l’homme de la providence.

Glorification du chef à travers l’art : un héros mythique et suprême

Mussolini, a recours à l’art pour entretenir sa popularité à travers la technique du futurisme. Ambrosi peintre romain, a représenté Mussolini devant Rome en 1930 à travers une glorification de la Rome antique. On le remarque aux vestiges avec l’architecture, les remparts et l’amphithéâtre : le colisée. Mussolini souhaite créer une troisième Rome en s’inspirant des valeurs et puissances antiques notamment la domination universelle exercée par Rome pendant l’antiquité. Il revendique la gloire impériale passée et personnifie le héros dans une luminosité solaire. Il se montre tel un génie inspirateur et créateur en raison de sa position surélevée. A travers la transparence de son visage, Mussolini souhaite montrer que Rome et lui ne font qu’un.

La sculpture est un moyen suppleméntaire de glorificiation. Arno Breker est le sculpteur officiel du parti nazi. Au milieu des années 1930, il s’en rapproche progressivement. Nommé professeur à l’école d’arts plastiques de Berlin, il est remarqué par le ministère de la propagande du Reich qui lui passe plusieurs commandes. Il a réalisé le portrait d’Hitler (premièr visuel) qui est représenté de face avec un air volontaire et déterminé

Le culte de la personnalité s’attache à créer et exalter les valeurs et les qualités du chef comme s’il s’agissait d’un surhomme, d’un héros. Lorsqu’il écrit Mein Kampf en 1923, programme du nazisme, Hitler se qualifie comme tel « Celui qui veut être chef porte avec lui l’autorité suprême et sans limite, le lourd fardeau d’une responsabilité totale. Seul un héros peut assumer cette fonction ».

Exemple d’une réaction contre cette glorification extrême : une icône mutilée

Victor Brauner est un peintre surréaliste français d’origine juive roumaine. Il a fait partie de l’importante communauté d’artistes et intellectuels roumains de Paris. En 1927 lors de son premier voyage a paris, il prend contact avec les surréalistes. De 1927 à 1937, il peint des figures assez agressives. Cette forme d’art qualifiée de surréaliste est violente et bouleverse ainsi la peinture conventionnelle qui se veut esthétique

A travers l’œuvre de Victor Brauner (à droite), il est possible de reconnaître Hitler dépourvu d’yeux et défiguré. Son personnage est totalement dénué de grandeur et de sérieux pour faire place à la destruction et l’insolite. Il n’est qu’un jouet avec lequel le peintre s’amuse de manière cathartique. En effet, son coup est entaillé, sa joue déchirée, son oreille et son nez coupés ainsi que sa bouche clouée. L’absurde s’associe à la violence avec la présence d’objets en tout genre : un parapluie et un javelot au niveau de la tête, un marteau, des clous et une épingle. Le peintre cherche véritablement à détériorer la réputation de surhomme qu’Hitler s’était construite en le montrant tel qu’il est réellement : inhumain.

Promouvoir et entretenir la réputation du chef : la carte postale et les récompenses

Le culte du chef consiste aussi à tenter d’influencer l’opinion et de promouvoir des idées à travers des outils de proximité tels que la carte postale et le système de récompense.

La carte postale à l’époque, n’a pas l’usage qu’on lui attribue aujourd’hui. Elle est personnelle, ne s’envoie pas et se garde chez soi. Les cartes postales avaient un rôle important dans la propagande et la mise en valeur d’Hitler. Elles le montrait notamment accompagné du drapeau du second empire allemand (1871-1918) dansun but bien précis : incarner l’esprit vengeur. Pour rappel, le Second Empire allemand a pris fin avec la défaite issue de la première guerre mondiale.

Contrairement à Mussolini et Hitler, Staline ne dispose pas d’autant de charisme et se montre davantage en leader accessible et proche du peuple, qu’en surhomme. Il cultive un caractère paternaliste et le goût de l’effort. Le prix Staline crée en 1939, témoigne bien de cette volonté. Il permet aux gagnants de recevoir une médaille en or et une somme d’argent : 100 000 roubles. Les honneurs se sont multipliés durant l’ère stalinienne, à travers plusieurs secteurs de la vie sociale comme les arts, techniques, littérature, sciences etc. La médaille honorifique est reconnaissable aux feuilles de lauriers, symbole de la victoire et à l’effigie de Staline au centre.

L’art, le photomontage, la carte postale et la récompense honorifique sont des outils qui permettent au chef d’État de se forger une image suprême capable d’endoctriner une nation entière. Ces différents supports contribuent ainsi à entretenir l’image héroïque et la notoriété du chef en le déifiant. Toutefois, ce culte peut mécontenter et se trouver bafouer. C’est le cas de la peinture à l’huile de Victor Brauner qui cherche à entacher la réputation du chef et à le désacraliser.

Bibliographie non exhaustive

LIFFRAN, Françoise (dir.) : Rome, 1920-1945. Le Modèle fasciste, son Duce, sa mythologie , Paris, Éditions Autrement, 1991

– STERN Jean-Pierre, Hitler, le Führer et le peuple , Paris, Flammarion, 1985

– MUSIEDLAK, Daniel , Mussolini, Les Presses de Sciences Po, 2004

WERTH, Nicolas, GROSSET Mark, Les Années Staline , Paris, Chêne, 2007

Le culte du chef : Mussolini, Staline et Hitler

http://www.histoire-pour-tous.fr/dossiers/99-xxe-siecle/3429-le-culte-…

05/07/2012 06:03

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