MARTELLY EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO EN OCTOBRE PROCHAIN

LE RETOUR D’HAÏTI DANS LA FAMILLE AFRICAINE

par Babacar M’bow

Pratique panafricaniste ou politique néocoloniale ?

La récente fleurie d’activités et de fracassantes déclarations du Ministre haïtien de la Communication et Envoyé Spécial d’Haïti au 19e Sommet de l’Union Africaine à Addis Abéba (Ethiopie) est sujet de beaucoup de débats dans la classe intellectuelle africaine sur le continent et dans la Diaspora. Les termes « fanfaronnade » et « cheval de Troie de la France » ont étés utilisé pour interpréter la proposition haïtienne de servir de médiateur dans le conflit Congo-Rwanda et le « passage par Paris pour rencontrer différentes autres personnalités [?] dans le cadre de la préparation du prochain voyage du Président de la République, en octobre, à la conférence de la francophonie de Kinshasa » valide la thèse de Semana Mukasonga « d’Haïti: cheval de Troie de la France ». Le Président Kabila, de la génération des jeunes frères, sait très bien que les camarades de la pensée de son père l’attendent ferme au pied du mur. Président Kagamé, raffermit dans le combat de libération nationale, peut aisément déceler la fanfaronnade de la sincérité. D’où la nécessité de clarification afin que nous africains et Haïtiens ne nous méprenions sur le développement de cette heureuse initiative de retour d’Haïti dans la famille africaine.

Les manipulations de la relation Haïti/Afrique au profit d’ont ne sait quel but personnel sauf l’intérêt d’Haïti et du continent rencontrera une vive opposition des africains libérés. Une fois Haïti membre de l’Union Africaine, il est soumit aux critères démocratiques donc de critiques, dont le Sénégal est le porte-flambeau. D’Autre part, que le Ministre Gardy sache que nous avions œuvré pour ce retour d’Hait bien avant qu’il n’accède à cette fonction et ne resterons pas sans réaction face à ses manœuvres et utilisation de l’Afrique à des fins personnelles et d’autres inavouées. L’Afrique Mr. Le Ministre, ne saurait être votre jouet dans un jeu de diplomatie de manipulation qui nous rappelle les odieuses périodes du « pré-carre africain » de la France.

Les questions à la base des débats et accusations sur les agissements et déclarations de Mr. Gardy sont les suivantes: qu’elle est la connaissance des dirigeants haïtiens de l’histoire du conflit Congo-Rwanda, de ses origines historiques et manifestations contemporaines ? Y t’il eu une production d’analyses du conflit dans la littérature des sciences politiques haïtiennes qui pourrait servir de base épistémologique à cette initiative? Les nouvelles autorités haïtiennes ont elles étudiées la politique africaine ? En d’autres termes, qu’elle est la base de légitimité intellectuelle ou politique du Ministre Jean Gardy pour faire de telles déclarations devant les chefs d’Etats Africain ? A sa déclaration été cautionnée par le Président Martelly et/où le Premier Ministre/Ministre des Affaires Etrangères Lamothe ou étaient elles de ces fulgurances dont le Ministre nous a habitué? N’était t’il pas prudent de s’en tenir aux étapes préliminaires post-ratification en se familiarisant avec les rouages et mécanismes du système politique africain? Cette déclaration d’Haïti ne risque t’elle pas d’aliéner certains états et organisations africains qui étaient déjà au cœur du processus de réconciliation? Comment le Président Martelly et le Premier Ministre Lamothe répondront aux questions des journalistes africains à propos de ce dossier et de bien d’autres qui les attendent sur le terrain ? Le Ministre Gardy les a-t-il promit qu’il va « arranger » ça ? Qui vivra verra !

Au delà la frustration vivement exprimée par plusieurs délégations et intellectuels africains de voir pour la deuxième fois consécutive, Haïti envoyer un personnage de moindre envergure adresser le sommet des chefs d’Etats africains, cette contribution a pour but de recentrer la signification de la présence d’Haïti à l’Union africaine. Se faisant, elle vise à rappeler l’histoire contemporaine et les combats qui ont permis le recadrage institutionnel mais aussi et surtout les avancées des sociétés civiles et des classes intellectuelles qui ont imposées la rupture d’avec l’Afrique des années 80 avec son cartel de chef d’états et de ministres prédateurs décidant de tout sans consultations ni processus démocratique. C’est dans ces contextes qu’il faut comprendre la défaite le 25 Mars 2012, du Président Abdoulaye Wade au Sénégal, la poursuite et la mise en prison d’un nombre important de membres de son administration et la levée de bouclier des Africains pour le respect de la constitution du Malawi qui permit à madame Joyce Banda d’assumer la présidence après la mort du président Bingu Wa Muthanrika malgré les machinations d’une certaine classe politique adepte de l’ordre du cartel.

A ces dynamiques, il faudrait ajouter une montée de l’intransigeance contre la corruption qui s’est manifesté pour la première fois en Afrique par l’invocation du Traité « Stolen Asset Recovery Program » (START) ou traité de Merino par le Président Macky Sall du Sénégal. Haïti revient en Afrique dans un contexte où la société africaine n’a plus de patience pour la rhétorique politicienne de beaucoup de déclarations et de rencontres pour rien du tout et d’utilisation de l’Afrique comme une marionnette dans la dynamique politique intérieure d’Haiti.

De l’Organisation de l’Unité africaine à l’Union africaine: Haiti symbole de la légitimité du combat historique de libération africaine.

Fondée en 1963, l’organisation de l’unité africaine avait pour mission de promouvoir l’unité et la solidarité des États africains et de faire acte de voix collective du continent et de se focaliser sur l’éradication du colonialisme. Son organe central, le Comité de Libération de l’Afrique prit en charge tous les mouvements de libération national à travers le continent.

Les pays africains mirent leurs désirs de développement en veilleuse et se focalisèrent entièrement sur la libération du continent à travers la lutte armée. Tous les pays africains ouvrirent des bureaux pour le PAIGC de la Guinee Bissau sous le commandement d’Amilcar Cabral, du MPLA de l’Angola sous Agostino Neto, du FRELIMO sous Samora Machel, de la ZAPU et ZANU de Joshua Nkomo et Ndabaningi Sithole et ensuite Robert Mugabe, le Congres National Africain (ANC) et l’Umkhonto We Siswe (la Lance de la Nation) de Nelson Mandela et de Walter Sisulu et du Congres Panafricain (PAC) de Robert Sobukwe. Les pays africains autorisèrent secrètement leur jeunesse (notre génération) à s’engager dans les luttes armées. Les budgets des états furent ouverts à l’approvisionnement en armes et à la construction de bases pour les guérilleros. Les pays limitrophes des zones de combats de libération s’érigèrent en pays de la ligne de front. La libération était l’affaire de tous les africains à travers la lutte armée et enfin, en 1991, le dernier territoire africain aux mains des blancs, l’Afrique du Sud fut libéré. La vénérable organisation acheva sa mission et l’Afrique pouvait maintenant se consacrer au développement économique.

L’Afrique libéré se retrouve en 2002 à Durban pour la matérialisation de la Déclaration de Syrte du 9 Septembre 1999. Et, sur les cendres de l’Organisation de l’Unité africaine, l’Union africaine naquit. Son premier président Thabo Mvuyelwa Mbeki symbolisait alors la nouvelle génération africaine murie dans les combats de libération. A Durban, toute la jeunesse combattante africaine se retrouva. D’anciens guérilleros des différentes zones de libération fraternisèrent avec les jeunes professeurs d’universités et l’on décida que cette nouvelle Union africaine ne sera plus un cartel de chef d’états et de ministre prédateurs mais une Union des peuples de tous les peuples africains. Trop de sang y a été consacre par notre génération.

Entre temps, de nombreux intellectuels africains avaient rejoint les universités et centres de recherche américains. Avec les frères et sœurs des Amériques, la décolonisation de l’académie et le démantèlement de la suprématie épistémologique occidentale s’engagea pour aboutir au champ d’études de Diaspora africaine (African Diaspora Studies). Il ne s’agissait plus de voir les peuples africains dans un cadre continental mais plutôt global. Les publications se succédèrent: La Présence globale africaine (Joseph Harris), Encarta Africana (Henry Louis Gates et Anthony Appiah), Encyclopédie de la Diaspora Africaine Vol. 1, 2,3 (Carole Boyce Davies et Babacar MBow), La Nouvelle Diaspora Africaine (Nkiru Nzegwu et Isodore Okpewu) etc.

Du 17 au 19 Décembre 2002, l’Union africaine convoqua toute la diaspora africaine à l’université Howard à Washington DC pour débattre de la future UA. Des recommandations furent faites pour l’inclusion des avancés du champ académique Diasporique africaine. L’UA convoqua la diaspora africaine pour un séminaire de définition de la diaspora du 2 au5 Juin 2004 à Port of Spain en Trinidad et Tobago. Ce sont les travaux de ce séminaire qui permirent l’amendement de l’Acte constitutif en son article (3q) qui donna naissance à ce que nous appelons aujourd’hui la sixième région, cadre constitutionnel au travers duquel Haïti entre à L’Union africaine. Ce contributeur a participé à tout ces processus jusqu’au Sommet de Maputo qui valida la présence de la Diaspora au sein UA.

Un fils d’Haïti qui a le privilège de s’adresser aux Chefs d’états africains dans le vénérable Hall d’Addis Abéba doit connaître cette histoire, les hommes et les femmes qui l’on forgée et surtout l’histoire des aînés haïtiens dans cette ville mythique et sur cette vielle terre d’Afrique: l’œuvre d’Emile Saint Lot, de Jean Baptiste, de Dantes Bellegarde, d’Antonin Firmin, de Jean Bruyeres, de Lucien et Jacqueline Scott Lemoine ! Voila ce à quoi nous nous attendions de la part du Ministre de la Communication et Envoyé Spécial. Hélas, la montagne a accouchée d’une sourie.

Nous nous attentions à un discoure libérateur qui puiserait son essence dans l’ontologie de la libération noire que représente Haïti pour toute la race. Un discoure qui mettrait en évidence la genèse de la libération noire la Révolution haïtienne, en quoi elle doit informer les actes de nos gouvernements actuels, comment constitue-elle une passerelle entre nos peuples dans notre lutte perpétuelle pour sortir de la morasse dans laquelle certains dirigeants africains et leurs maîtres de Paris (dont la compagnie est si désespérément recherchée par Mr. Le Ministre de la Communication et Envoyé Spécial) nous ont plongés et maintenue depuis « le soleil des indépendances ».

En lieu d’un discoure de rigueur qui positionnerait Haïti dans le contexte de l’Afrique contemporain en ligne avec les théories politiques et économiques qui sont à la base des nouveaux résultats obtenus au Ghana en matière économique et politique au Sénégal, constitutionnel au Malawi, en lieu d’un discoure qui permettrait aux africains de percevoir ne serait-ce que l’ ombre du sérieux de la nouvelle administration du Président Martelly, le Ministre de la Communication et Envoyé Spécial nous a plongé dans un exercice de pédanterie qui nous a renvoyé aux calandres néocoloniales avec ses relents de politique politicienne, de dynamiques passées, de déclarations empiriques dans lesquelles la flatterie de nos dirigeants se mêle à une certaine forme de fumisterie. On eu dit un personnage sortit directement du roman « le corbeau » de Ngugi wa Thiong’o.

Quelle est la connaissance de Mr. Ministre de la Communication et Envoyé Spécial du dossier congolo-Rwandais ? Cette connaissance est elle capable de remonter à 1500 ans à la période proto-bantou plutôt qu’au superficiel découpage pré/post colonial pour déterrer les dynamiques à la base de ce conflit ? Le Journaliste Gardy a-t-il une fois publié un seul essai, écrit un seul article de fond, ou un éditorial sur aucun problème africain ? Comment se fait il que l’homme n’eut gardé un seul contact avec ses promotionnaires à l’université Cheikh Anta Diop ? Le Congrès Panafricain se réunira en début 2013 à Johannesburg. Peut être que le ministre voudra bien adresser les intellectuels africains sur son initiative de médiation. Un proverbe rwandais couche bien ce paradoxe « si quelqu’un te dit qu’il peut avaler une noix de coco en entier, laisse le faire; il doit faire confiance à son anus.»

Ensuite, le Ministre nous informe « … également, que pour la prochaine conférence des Chef d’État noirs francophone en octobre prochain, à Kinshasa… » Noirs francophone? L’utilisation de ce terme démontre la méconnaissance du Ministre des discoures identitaires contemporains dans lesquels nous avons déjà enterré ces termes néocoloniaux de francophone et anglophone, esclave, etc. Nous sommes des africains. Ni francophone, ni anglophone ! Africains ! Monsieur le Ministre.

Haiti dans le contexte contemporain africain

Vous ne saviez pas que vous étiez Afrika
Quand vous partiez de Afrika
Vous ne saviez pas où vous alliez
Parce que vous ne saviez pas que vous étiez Afrika
Vous ne saviez pas que vous étiez le continent noir
Qui devrait être atteint
Gwendolyn Brooks

La formation d’une diaspora pourrait être articulé comme le voyage par excellence vers un devenir, un processus marqué par des groupements incessants, de recréation et de réitérations.
Okwui Onwezor

Ainsi, vue, la diaspora africaine revêt le caractère d’un phénomène dynamique, continu et complexe qui s’étend à travers le temps, la géographie, la classe et de genre.
Joseph E. Harris

Le 16 Janvier 2010, après le dévastateur tremblement de terre qui avait détruit la capitale et enterré des milliers de personnes sous les décombres, le président sénégalais Abdoulaye Wade réunit ses conseillers pour déclarer que les Haïtiens sont les fils et filles d’Afrique. Son assertion le plus substantif était l’affirmation selon laquelle, comme une partie des Haïtiens viennent du Sénégal, son gouvernement offre des terres gratuites aux Haïtiens souhaitant «revenir à leurs origines. » Par ces moyens, Wade commença une autre actualisation de l’un des droits qui sont fondamentaux pour la diaspora africaine: l’appartenance

Dans un essai, intitulé «Vers la citoyenneté de la diaspora africaine. Politiser une géographie mondiale existante , écrit en 2001, qui était la ressource pour quelques-unes des délibérations du Sommet de l’Union africaine à Maputo sur la diaspora, M’Bow et Boyce Davies avaient fait valoir que les revendications qui doivent être réalisées au-delà des connexions émotives, culturelles et spirituelles incluaient les droits des réfugiés, droits à la retraite, les voyages, le commerce, les échanges éducatifs. Depuis lors, une série de mouvements ont concrétisé ces revendications. Le plus important parmi ces mouvements était le passage du mécanisme juridique, faisant de la diaspora africaine la sixième région de l’Union africaine (2005).

Pourtant, après ce passage de la diaspora africaine comme la sixième région de l’Union africaine, ce qui restait à réaliser était une activation tangible et permanente de ce principe de base d’appartenance de la diaspora africaine. La déclaration de Wade prend donc la suite du processus sur la voie de l’accomplissement de la pleine citoyenneté diasporique car elle permet l’activation de l’un de ces droits tel le droit au retour, et cela inclut aussi le droit d’atterrir sur le continent.

D’une certaine façon, cette réponse particulière de l’Afrique à la tragédie haïtienne par le président Wade de la nation ouest-africaine du Sénégal, précisément à partir de l’un des emplacements (Sénégambie) à partir duquel les Africains ont été déportés vers le Nouveau Monde, a corrigée la paralysie de l’Union africaine suivant l’ouragan Katrina à la Nouvelle Orléans (2005). Elle permettait également le recouvrement de quelques-unes des pertes à travers Le Passage du Milieu (la traversée atlantique de l’esclavage) qui, depuis longtemps ont été considérées comme irréversibles. En d’autres termes, avoir un lieu de refuge à une époque de dévastation, lorsque l’État-nation est incapable de subvenir à ses besoins est l’une des significations fondamentales de la diaspora ayant affiliation dans le continent africain ou ailleurs dans la diaspora. Ceci a été la déclaration de Wade:

Le Sénégal est prêt à leur offrir des parcelles de terre – même toute une région. Tout dépend de combien de Haïtiens viennent. Si c’est juste quelques personnes, nous allons probablement leur offrir un logement ou de petits morceaux de terre. S’ils viennent en masse nous sommes prêts à leur donner une région,  » Wade insista sur le fait que si une région est remise, elle devrait être dans une zone fertile -. Pas dans les déserts arides du pays (Associated Press news wire 1-16-2010)

De l’autre côté de l’Atlantique, Wyclef Jean, d’origine haïtienne chanteur populaire et militant de Yélé Haïti, a déclaré au cours du téléthon « Hope for Haïti» aux télévisions internationales «Nous sommes Haïtiens. Mieux encore, nous sommes des Africains qui résident en Haïti. » Jeu clairement antiphoné comme l’appel/réponse du tambour, Wyclef Jean et Abdoulaye Wade ont ensemble articulés l’actualisation de ce procédé promulgué, à un niveau discursif international de la diaspora africaine.

À bien des égards, ces deux événements représentent un rapprochement contemporain d’un principe idéologique et politique soutenu et argumenter depuis de longues dates et qui était au centre du Panafricanisme dans son articulation à la conférence post-Manchester 1945. Les Africains qui constituent la diaspora africaine sont admissibles à la citoyenneté africaine diasporique au-delà les définitions des États-nations et des citoyennetés qui existent déjà. De toute évidence la diaspora dispose d’une gamme de significations, et le droit au retour émotionnellement ou physiquement a toujours été une pierre angulaire de cette compréhension, même si l’on n’active jamais ce retour.

Alors que la diaspora n’est pas nécessairement au sujet du retour physique, mais la série des affiliations politiques, ancrée dans l’histoire, les implications politiques sont ce qui devient actionnables.

Donc, si oui ou non les Haïtiens (ou les Africains de la diaspora) décident de se rapatrier à l’Afrique sera laissé à l’histoire, et ce n’est pas aussi critique que le principe selon lequel l’impact idéologique d’une telle affirmation a des implications pour nos revendications antérieures qu’il existe au niveau macro, une citoyenneté de la diaspora africaine en attente d’être réalisé.

La rentrée d’Haïti ne saurait se réaliser pleinement qu’à travers l’héritage que la première république noire nous a légué. Nous vénérons cet héritage non pas dans la contemplation ou l’invocation bombastique mais dans une conscience de ce qu’il a été, ce qu’il est et surtout ce qu’il doit devenir: un instrument de panafricanisme du vingt unième siècle avec lequel nous engageons l’avenir confiant en notre devenir tout en assumant nos responsabilités envers nos peuples.

Il s’agira de reconnaitre et de valoriser la culture africaine du peuple haitien. De faire en sorte que l’haïtien à Pétionville ne se sente plus insulter quand on l’assimile à un Africain ou qu’une sœur Afro-haïtienne ne se fasse arrêter devant un supermarché par les agents de sécurité pour la fouille de son sac pendant qu’une blanche avec un sac semblable y entre sans problème (affaire Siméon). Il s’agit de dégager des axes concrets de solidarité dans la formation des jeunes, dans l’échange entre nos intellectuels et artistes et hommes et femmes d’affaires. De rejeter la tutelle d’où qu’elle vienne. Sur ce terrain, le Ministre se retrouvera à nos cotés. Le combat a été engage depuis le tremblement de terre. Les étudiants haïtiens sont déjà en Afrique. Il s’agira d’élargir ces possibilités.

En conclusion, Haïti, membre de l’Union africaine sera l’objet de nos encouragements, de nos efforts de rapprochement mais aussi de nos critiques. Nous avons trop travaillé pour ce retour d’Haïti en Afrique. Nos maisons de Dakar et de Miami sont des points de rencontre entre Haïtiens, brésiliens, caribéens, africains-américains. C’est ça l’union des peuples africains. Le Président Martelly et le Premier Ministre Lamothe sont de la génération postcoloniale. Ils peuvent toujours compter sur notre solidarité active, notre contribution à leurs cotés, au développement d’Haïti. Nous applaudirons pour ce qu’ils font de positif mais dénonceront aussi les lacunes. C’est à cette balance qu’ils devront s’attendre sur la scène africaine et non des flatteries et de la manipulation comme nous avons vus chez Mr. Gardy. Nous n’avons plus le temps pour ces pratiques gangrenées de dire ce qui plait et faire ce qui avance personnellement surtout au détriment de nos masses. Nous avons des peuples à nourrir, à alphabétiser, des infrastructures à construire, des démocraties à consolider bref tout est d’urgence et le temps court. Alors, Monsieur le Ministre, venez en Afrique mais, s’il vous plait, ne passez pas par Paris. Le Negropolitanisme est mort en tout cas sur cette terre berceau de la race humaine.

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