PLAIDOYER POUR LA RENTRÉE SCOLAIRE SEPTEMBRE 2012

par Evelyne Bazin Verdier

Consortium des Organisations du Secteur Privé de l’Éducation (COSPE) cospehaiti@yahoo.fr (509) 34 45 12 27 (509) 37 64 18 39

C’est avec la plus grande stupéfaction que la communauté éducative en général, le secteur privé des affaires, et le secteur de l’éducation en particulier, ont appris par la voie des ondes, encore une fois, ce vendredi 3 août 2012, en fin de soirée que le gouvernement de la République, par la voix de son Premier ministre Monsieur Laurent Lamothe, suite à une rencontre avec le président de la Commission Finances de la Chambre basse, a décidé unilatéralement de reporter la rentrée scolaire 2012 – 2013  du 3 septembre 2012 au 1er octobre 2012.

Le motif officiel serait que ce report devrait permettre aux parents de mieux préparer la rentrée scolaire (in Le Nouvelliste, rubrique Les Remous de l’Actualité, 4 et 5 août 2012). **

Le secteur privé de l’éducation dénonce vigoureusement cette mesure qui met en danger le droit à l’éducation de qualité pour tous les enfants haïtiens. Reculer le début d’une année scolaire, sans consultation préalable des acteurs concernés, est une mesure d’exception qui affecte toutes les composantes de la communauté en général, et de la communauté éducative en particulier. L’annonce de ce report, quant à la grande majorité des intervenants en éducation,  témoigne ou relève d’une grande légèreté dans la prise des décisions au niveau des instances responsables, en dépit d’une volonté maintes fois déclarée et affichée de faire de l’éducation une priorité nationale.

    I.  Les écoles

La perte de jours d’apprentissage.  Le calendrier officiel 2012, – 2013, diffusé par le MENFP en juillet 2011 prévoit, du 3 septembre 2012 au 28 juin 2013, un total de 190 jours de classe, se rapprochant déjà beaucoup de la moyenne internationale de 200 jours.  Cependant, ces 190 jours de classe incluent les 34 jours de contrôle;  ce qui  réduit à 156 les jours effectifs d’apprentissage  D’après le nombre d’heures de travail journalier établi librement par chaque établissement scolaire – entre quatre  et sept heures, en comptant les pauses –, nous sommes  bien loin des 750 à 810 heures annuelles prévues par le MENFP pour couvrir les programmes de la section fondamentale.

Si la rentrée scolaire reste fixée au 1er octobre, vingt jours pleins de travail seront perdus pour nos enfants;  ce qui représente un déficit moyen de 100 à 150 heures de travail.  De plus, toute la planification annuelle, périodique et hebdomadaire, soigneusement préparée par les équipes pédagogiques des écoles pendant plus de deux mois de travail intensif est à repenser en catastrophe, sur un temps trop court.  Tout le travail de toute l’année a déjà été réparti sur les jours comptabilisés péniblement par le MENFP dans le calendrier scolaire distribué depuis le mois de juillet 2011.

Pour des raisons diverses de force majeure: cyclones, tremblement de terre, émeutes, pendant quatre années consécutives, entre 2008 et 2011, l’année scolaire a été sévèrement écourtée.  Le dénombrement de ces jours sombres – soit 4 fois 20 jours de travail et d’apprentissage perdus, ou 120 jours au total – nous amène presque à la moitié d’une année scolaire, jours qui seront difficilement rattrapés par les enfants.

    II.  Les jeunes

De manière irréversible, chaque report d’une rentrée scolaire augmente les lacunes, qui tendent à devenir chroniques, accentue l’incapacité de nos jeunes à réfléchir, et augment également la distance qui nous sépare des autres sociétés du monde.  Chaque report transforme d’avantage nos jeunes, futurs responsables du pays, en consommateurs de la technologie importée au détriment de notre créativité légendaire.  Chaque report confirme pour nos jeunes que s’en aller loin du pays est et restera la seule possibilité de se réaliser.  Chaque report contribue à détruire la vision citoyenne que l’école haïtienne s’efforce d’inculquer aux jeunes.

Sur le plan logistique, chaque report contraint les responsables d’école à rechercher les moyens, souvent très coûteux, pour aménager, en pleine saison chaude, les salles de classe surchauffées et éviter les malaises et les pertes de connaissance parfois inquiétants chez les élèves.

    III.  Les enseignants

Une précarité inquiétante s’installe dans le secteur de l’enseignement.  Les périodes de fermeture forcée des écoles laissent sans ressources les travailleurs de l’éducation:  directeurs, enseignants et professeurs, personnels administratifs, personnels d’entretien, personnels de soutien.  Ces professionnels de haut niveau, modèles et formateurs de notre jeunesse, sont souvent pénalisés par l’insignifiance de leurs salaires, pénalisés davantage par les reports intempestifs de leurs horaires.  Après plusieurs mois sans salaire, il faut quand même reprendre le travail avec un savoir actualisé, un esprit positif, une tenue convenable, la volonté de faire progresser et de faire réussir les élèves.  Nos enseignants sont nos héros des temps modernes.

Il n’est pas étonnant que nos compétences désertent une profession pourtant indispensable au développement et qui prépare le devenir de la Nation.

    IV. Les Parents

Aux yeux des parents, l’école est un lieu privilégié d’apprentissage et de sécurité pour leurs enfants.  Les vacances et les jours de congé sont des périodes difficiles à gérer par nombre de familles qui voient venir avec soulagement la rentrée scolaire.  Aussi consentent-elles souvent d’énormes sacrifices pour  y préparer leurs enfants à qui  nous devons, dans un temps convenable, donner une formation sérieuse.

    V. La Communauté

Si les travailleurs de l’éducation risquent de perdre leur salaire, tous les métiers et savoir-faire qui gravitent autour de l’école: librairies et papeteries, bouquinistes, chauffeurs de taxi, tailleurs et couturières, tenanciers de boutiques (vendant habits et chaussures, et/ou nécessaires pour la garde-robe), restaurateurs ambulants, cireurs de chaussures, attendent la rentrée pour reconstruire leur capital souvent dérisoire mais vital.  Chacun peut observer les mouvements de fonds à cette période cruciale de l’année, ce qui fait dire aux économistes qu’il y a toute une économie de l’éducation et de la rentrée scolaire où les petites bourses et les plus grandes  participent à l’effort de la croissance économique nationale.

Forte de ces considérations, le COSPE souhaite donc, au nom des nombreuse associations du secteur privé de l’éducation qu’il regroupe, et pour le succès assuré des projets de la Présidence,  que les suggestions suivantes soient prises en compte:

    Initiation d’un dialogue franc entre les responsables étatiques et les acteurs du secteur privé de l’éducation qui occupent plus de 80% des activités scolaires, et qui connaissent bien tous les aspects de la réalité du milieu de l’enseignement.

    Autorisation d’une rentrée scolaire graduelle.  Le COSPE propose que les écoles qui ont déjà planifié la rentrée fixée par le calendrier scolaire officiel soient autorisées à ouvrir leurs portes entre la date prévue et le 1er octobre.  Ce serait un grand exemple de respect de la gouvernance pour tous ceux qui  ignorent  souvent les consignes étatiques.

Source Le Nouvelliste

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