Animal politique …

Il fait bon ton, par ce temps morose où les invertébrés passent au rose, d’être traité d’animal politique. Encore qu’on aurait besoin désespérément d’un homme politique et pas d’un animal. Il est toutefois important de se rappeler qu’il y a animal et animal. Il y a ceux qui ont la faculté de prendre la couleur du lieu et du moment comme les caméléons. Il y a ceux qui sont capables de toutes les pirouettes pour une banane comme les macaques. Il y a ceux qui sont experts dans le lancement des pelures de bananes sous les pieds de ceux qui dansent, qui glissent à la suite du chef, sans se soucier de la précarité de la position du moment. Il y a l’animal aussi qui lèche toujours dans le sens du poil. Il y a l’animal qui rampe toujours, incapable de lever la tête ne fût-ce qu’un moment vers l’astre du jour. Le point commun de tous ces animaux, c’est qu’ils n’ont aucune conscience du lieu où ils se trouvent. Ils se contentent de bouffer, de forniquer, de montrer des dents dès qu’un autre animal risque de leur enlever la nourriture de la gueule.

On aurait bien apprécié, dans ce pays où les hommes sont incapables de prendre de la hauteur pour avoir un peu de vision, un aigle en politique. L’aigle habite les hauteurs, pas sous les tonnelles. L’aigle se laisse porter par les courants de haute altitude. Ici, nous nous laissons bercer par les relents fétides du Bois-de-Chêne. Le lion ? Il ne faut pas y penser. Il a trop de grâce. Le lion a été le symbole de la royauté. Pas celui des petits chefs et des comédiens qui ne se soucient nullement de savoir si la barque nationale fait eau de toute part, dans la mesure où leurs gamelles sont pleines à ras bord.

L’animal politique, épouvantable réalité, est devenu cependant chez nous un modèle. Un modèle de délinquance légale. Un modèle d’escroc, de pirate, de menteur. La fourberie est son arme de prédilection. Un véritable malade mental, obsédé de pouvoir, qui pense être à même de rouler le monde éternellement. Il ne comprend pas, heureusement, que son intelligence souvent se mesure à l’aune de la stupidité des autres. Un jour, forcément, il s’emmêlera dans ses magouilles et il se retrouvera les quatre fers en l’air. Il lui faudra alors de sérieuses qualités athlétiques pour se relever, détaler et avoir le temps de prendre l’avion que les complices étrangers, toujours reconnaissants envers leurs domestiques, enverront toujours pour rassurer la seconde vague d’animaux politiques.

À force d’être attachés au passé de manière névrotique, incapables de travailler et de penser pour demain, nous aimons, par paresse intellectuelle, retourner à nos vomissures. On n’a qu’à entendre opiner certaines gens et malheureusement même nos jeunes. Duvaliérisme… Lavalas. Comme si nos neurones sont tétanisés par un virus qui les fait fonctionner seulement en mode marche arrière.

Mais s’il y a une intelligence qui se développe alors que le pays continue à reculer, c’est bien celle qui consiste à utiliser toutes les postures politiques pour dévaliser la nation. Beaucoup de parlementaires développent une stupéfiante expertise en ce sens. Des tas de gens rêvent d’un chantage légal pour faire casquer celui-ci ou celui-là. Au niveau de l’exécutif, on n’est pas en reste et on prépare ses batteries pour tenter tout ce que les autres avant ont aussi vainement tenté : perdurer au pouvoir pour engranger à vie. Nous tous Haïtiens, paradoxe effarant, pouvons-nous souhaiter, au rythme où vont les choses, que l’avenir soit rose ou, pire, bleu ou couleur de boue ?

Garry Victor

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