Grave crise alimentaire en Haïti annonciatrice de probables émeutes de la faim pour demain

Haïti : Quand les prix des produits de base décollent en flèche (1ere partie)

par Edner Fils Décime

La hausse des prix des produits alimentaires de base continue d’inquiéter alors que la grogne dans les villes de province enfle. Le gouvernement a annoncé des mesures très vite jugées cosmétiques.

Un marché en Haïti

Entre temps, le taux de fréquentation des supermarchés chute alors que le sommeil emporte certaines marchandes des marchés publics devant leur étal très peu achalandé

P-au-P, 18 sept. 2012 — Au marché Salomon à Port-au-Prince, ce n’est pas la bousculade habituelle à la rue Fequiere. Les marchandes, le menton calé dans la main, regardent, l’air lointain, passer acheteurs et acheteuses.

Les refrains incitant à l’achat ne sortent pas des lèvres. A part des tintements sur une bouteille et un « bois de l’eau, l’eau c’est la vie » qui se mêlent aux bruyantes voix, ce n’est pas le marché Salomon d’il y a deux mois.

« La vente est au point mort, les gens ne viennent plus au marché. J’ai déjà fait deux bonnes petites sommes », confie une marchande. Il est 10h32 du matin.

Riz, maïs, pois, huile, pate de tomate, harengs saures et sel sont étalés devant elle. Pas un acheteur ou une acheteuse ne s’est montré.

« Dans moins de deux mois, le sac de riz [8 marmites et demie] « pèpè » est passé de 800 à mille gourdes. Le prix du maïs [de même capacité] est passé de 800 à 1 200 gourdes, [pour une certaine marque] », informe notre marchande.

Dans ce cas la petite marmite de riz se vend à 30 gourdes alors qu’elle coûtait 20 au mois de juillet 2012.

La petite marmite des produits tels haricots (pois), maïs, farine, blé a augmenté au moins de 5 gourdes. Ce qui constitue au minimum le quart du prix en juillet 2012.

A cette époque, Maudelaine Pierre avait besoin de moins de 500 gourdes pour donner à manger plus ou moins correctement aux trois membres de sa famille.

« Depuis le carnaval des fleurs, on dirait que la malchance poursuit le pays. Même avec 750 gourdes j’arrive à nourrir ma famille difficilement », se lamente-t-elle.

Un gallon d’huile dont le prix avoisinait 255 gourdes en juillet 2012 coûte 350 gourdes en ce mois de septembre 2012.

Les petites bourses se contentaient du hareng saure ou du hareng sel quand elles ne pouvaient se procurer de la viande. Aujourd’hui, même le prix du hareng n’est pas à leur portée.

« Moi, je choisis de ne pas vendre le hareng. C’est trop cher dans les dépôts. La caisse qui a couté mille gourdes [en juillet 2012] se vend jusqu’à 2 250 gourdes maintenant [septembre 2012] », nous informe une marchande.

Et ce n’est pas pour démentir Maudeleine, achetant un hareng saure à 50 gourdes alors qu’elle le payait avant 25 gourdes.

Le prix a tout simplement doublé !

« J’ai perdu la majorité de mes clients dans moins de deux mois. Je ne peux plus donner à crédit, tout le monde est devenu mauvais payeur. Mais je les comprends car l’argent ne circule plus chez les pauvres dans le pays », regrette une marchande dans la cinquantaine.

Montée vertigineuse aussi du prix de la farine. Nadia Moiseau, avec un sac de farine rempli aux trois quarts (il est 13 :26) devant elle, s’efforçant de cacher son désarroi, elle informe qu’un sac de ce produit est passé de « 1 200 gourdes à 1 600 gourdes ».

Deux mois auparavant, Nadia pouvait écouler deux sacs de ce produit avant 18 heures dans une journée.

« J’ai voulu voir de mes propres yeux »

Deux sachets noirs en polystyrène expansé en mains, dreads blanchis, Jude Chiron, accompagne sa femme Angeline Pierre, portant aussi des dreads locks au marché le 13 septembre 2012.

Pourtant ce n’est pas de son habitude.

« Je ne suis pas radin. Mais j’ai voulu voir de mes propres yeux. Mille gourdes n’arrivent pas à nourrir les 5 membres de la famille durant une journée. C’est révoltant ! », lance Chiron.

Et à sa femme de répondre avec un soupir : « tu as donc vu pour ton argent ».

« Notre argent ! », réplique le rasta.

Les supermarchés désertés…

Plusieurs responsables de supermarchés contactés par AlterPresse se plaignent de la rareté de certains produits et du retard de livraisons d’autres.

« Nos fournisseurs évoquent des problèmes avec la douane », nous confie un responsable de stock d’un supermarché de Delmas.

Il y va sans dire que le taux de fréquentation des supermarchés a diminué.

« Les consommateurs sentent venir la crise. Ils sont devenus très calculateurs », selon un manager d’un supermarché de PetionVille.

Saragine Charles, pédagogue dans la vingtaine, nous le confirme.

Même avec un salaire mensuel de 20 mille gourdes, Saragine n’arrive pas à danser ce compas.

« Je me contente du repas du travail. Je mange chez des amis et amies et n’achète que pour le petit déjeuner et le souper », nous confie-t-elle non sans tristesse.

Alors que dire d’un professeur d’université gagnant 6 mille gourdes à la Faculté des Sciences humaines de l’Université d’Etat d’Haïti ?

Dans quelles conditions vit donc la famille d’un ouvrier ou d’une ouvrière des zones franches de Caracol ou de Ouanaminthe qui gagne 155 gourdes par jour ?

Les prix flambent… mais les salaires ne bougent pas d’un pouce.

L’article 137 du code du travail haïtien ne préconise-t-il pas une augmentation de salaire de 10% à chaque fois que l’inflation touche le plafond des 10% ?

Et la grande masse des chômeurs ? [efd kft gp apr 18/09/2012 10 :00]

Quand les prix des produits de base décollent en flèche (2ème partie)

Par Edner Décime

Émeutes de la faim Haïti.2008

P-au-P, 18 sept. 2012 [AlterPresse] — Devant l’augmentation des prix des produits alimentaires en Haïti, plusieurs causes ont été avancées, notamment la sécheresse et la situation des prix à l’échelle internationale, tandis que, la politique mise en œuvre par l’administration de Michel Martelly ne serait pas, pour autant, innocente.

Pour l’économiste et professeur à l’université, Roland Bélizaire, il y a au moins trois facteurs explicatifs de ce « pic de la cherté de la vie ».

« La politique de deux poids deux mesures de la lutte contre la contrebande sur la frontière favorise les grands commerçants à contrôler tous les produits en provenance de la république voisine. Ils ont donc le monopole et sont libres de fixer les prix », explique Belizaire.

Comme le gouvernement s’enlise dans plusieurs crises à la fois, les business ne sont pas rassurés. Ils anticipent la crise économique en essayant de faire un maximum de profit à l’avance, selon les explications de l’économiste.

Selon lui, les choix dépendants des gouvernements en matières politique et sociale ne leur permettent d’agir sur l’inflation importée favorisée par les spéculations sur les produits alimentaires.

« Ce gouvernement a surtout recours à des mesures de pompiers. C’est 1% d’action et 99% de propagande », estime Belizaire.

Pour l’économiste la solution durable réside dans des « choix de politiques structurelles en dehors du FMI et de la Banque mondiale, l’accès démocratique aux biens et services ».

Aussi, préconise-t-il également une mobilisation citoyenne articulée à la « construction d’un véritable mouvement social haïtien ».

Importer du riz : la bonne mauvaise idée

Comme si la cherté de la vie se résumait à l’augmentation du prix du riz, le premier ministre Laurent Lamothe a annoncé, vendredi 14 septembre 2012, l’importation de 300 000 sacs de ce produit afin d’en faire chuter le prix sur le marché haïtien.

Une commission ministérielle constituée de la primature, des ministères du commerce et de l’agriculture et du bureau de monétisation importera le riz.

A voir les dispositions prises par l’administration Martelly-Lamothe, Bélizaire se demande si les ministres sont au courant du décret du 26 octobre 1989 créant « l’organisme autonome, à caractère commercial » dénommé Services généraux d’approvisionnement (Sga) placé sous la tutelle du ministère du commerce.

L’article 2.1. de ce décret attribue aux SGA le droit de « veiller à l’approvisionnement régulier du marché national en produits de première nécessité afin d’éviter la rareté ou la pénurie de ces dits produits et contribuer par ainsi à combattre la hausse anormale des prix ».

Cet organisme se doit aussi d’harmoniser l’offre et la demande nationale en produits de premières nécessités.

Quand on se rend compte que chaque commerçant vend un produit selon le prix qui lui convient, il est à se demander si l’article 19 du décret n’a pas été lu, souligne l’économiste.

« (…) les prix de vente des produits de première nécessité seront publiés par voie de presse » stipule l’article en question.

Faut-il voir dans la mesure d’importation des 300 milles sacs de riz pour pouvoir stabiliser le prix de ce produit sur le marché national, l’amateurisme, l’ignorance des ressources légales ou tout simplement la création de marché pour entreprises-amies ? se demandent certains économistes. [efd kft gp apr 18/09/2012 10:40]

http://www.alterpresse.org/spip.php?article13416

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