HAITI PEUT PRODUIRE SUFFISAMMENT DE RIZ

Zones rizicoles d’Haïti : Vous n’en croirez pas vos yeux !

Par Myrtha Gilbert *

Je crains les grecs même quand ils font des présents
Virgile, poète latin
Septième siècle avant J.C

Introduction

Puisque la question du riz fait rage ces jours-ci – comme si nous étions un pays à monoculture ou presque, à la manière de certaines contrées asiatiques ; comme si nous n’étions pas un pays très riche en céréales et vivres alimentaires variés – nous avons relevé à partir de nombreux documents, mais aussi, avec l’aide de groupements paysans et de personnes travaillant en milieu rural, la plupart des zones de production de riz du pays. Bien entendu, pour la grande majorité de ces régions, nous n’avons pas trouvé de chiffres indiquant la production par zone, le rendement obtenu et les surfaces emblavées.

Photo AlterPresse

1- Quelques informations préliminaires

Il est généralement admis que la vallée de l’Artibonite est la principale zone rizicole du pays, suivi de la plaine de Maribaroux qui offrirait 10 % de la production locale globale.

Suivant les données obtenues de plusieurs sources, la production locale de riz occupe 130 000 ménages et 30 000 ouvriers métayers, dont 90 000 dans la Vallée de l’Artibonite. La production locale actuelle oscillerait entre 90 000 et 120 000 tonnes métriques, soit 20 % de la consommation de riz. La production, notamment au niveau de la vallée de l’Artibonite a fortement décru, et pour cause, la taxe sur le riz qui était de 50% en 1986 est passée à 35 % en 1987 et à 3% à partir de 1995 au grand dam des producteurs nationaux, reformatant au passage nos coutumes alimentaires. Cependant, cette taxe est de 38% dans le reste de la Caraïbe.

En 1984 nous importions 5000TM de riz, aujourd’hui, près de 400 000TM au coût de US $ 200 millions au moins. L’essentiel du marché de l’importation du riz étant contrôlé par 5 (cinq) ou 6 (six) importateurs. En outre, nous sommes le troisième importateur de riz américain par rapport au volume acheté. Mais le premier acheteur eu égard à la quantité importée par tête d’habitant, devant le Mexique et le Japon. Qui dit mieux !

Mais le plus surprenant, c’est qu’aujourd’hui, grâce aux dividendes des détournements de goût et de prix – néolibéralisme et concurrence déloyale oblige – un Haïtien consomme trois fois plus de riz que l’usager des pays industrialisés. Au nom de la sécurité alimentaire, sans aucun doute !

2- Où produit -on du riz en Haïti ?

La Chambre de Commerce et de l’Industrie a élaboré un document qui définit 4 (quatre) grandes aires de production (en dehors de l’Artibonite) avec un recoupement bien particulier, spécifiant que 1000 ha sont cultivés dans le Nord-Ouest, 2250 ha dans le Sud, 3500 ha dans l’Ouest et les Nippes, 4000 ha dans le Nord.

Les informations que nous avons collectées nous permettent d’affirmer que le riz est cultivé au moins dans neuf départements sur dix, ce que confirme Bonny Jean-Baptiste qui a consacré sa recherche en 2005 à l’Université d’Anvers, à la problématique du riz en Haïti.

En effet, on produit du riz dans l’Artibonite, le Sud, Le Nord, Le Nord ‘Est, le Nord-Ouest, les Nippes, la Grand’Anse, Le Centre et l’Ouest.

Il existe, le riz de plaine, le riz de montagne et le riz de lagon selon des connaisseurs.

Sans tenir compte de l’importance de la production, nous notons que le riz est cultivé dans la vallée de l’Artibonite, la plaine des Cayes et de Torbeck, la plaine de St-Louis du sud et d’Abraham, aux Anglais, à Fonds-des-Nègres, la Petite Rivière de Nippes, l’Asile, dans la plaine de Saint-Raphaël, la Plaine du Nord, au Limbé, dans la plaine de Grison Garde (Nord), la plaine de Maribaroux, les plaines de Petit-Goâve, la plaine de Léogâne, la plaine du Cul se Sac, à St-Louis du Nord et Anse à Foleur.

Mais aussi, à Ferrier, à Mirebalais, à Gros-Morne, à Dame-Marie, à l’Anse d’Hainault, à Cerca la Source, à Cerca Carvajal et à Carcasse, une section des Irois.

Mais, découvrir que tant de zones produisent du riz en Haïti, parait à première vue étonnant. Les dernières statistiques officielles tiennent-elles compte de toutes ces régions ? A combien évalue-t-on l’auto consommation en riz ? Le riz importé, donc vendu sur le marché peut-il servir véritablement de référence lors du calcul de notre panier alimentaire national ?

3- Le projet Torbeck

Comme éclairage additionnel, notons que la plaine de Torbeck a bénéficié d’une coopération taïwanaise financée depuis 2009 à hauteur de 15 millions de dollars US sur trois ans. Les informations que nous avons pu recueillir laissent savoir que la production a triplé depuis. Le rendement passant de 1,5 TM à l’ha, à 4,5TM. Cependant, ô paradoxe, les cultivateurs, contents du rendement, se plaignent 1) du fait que la quantité produite, dépasse la consommation du marché qu’ils peuvent atteindre, considérant leurs faibles moyens ; 2) que le prix du riz a baissé de façon exagérée, compte tenu de l’augmentation de l’offre, puisque tous les cultivateurs amènent leur récolte au marché en même temps.

Cette offre immédiate et peu avantageuse pour le producteur, est due à l’absence de conditions adéquates de stockage qui permettraient un écoulement graduel de la production, mais aussi à l’implication insignifiante de l’Etat qui aurait pu profiter de l’occasion, pour se constituer des stocks de réserve devant être utilisés au moment opportun.

Conclusion : la question de la production rizicole et agricole du pays, ne pourra jamais être réglée dans le cadre d’un projet, pour coûteux et intéressant qu’il soit à première vue, sans un train de mesures articulées. D’ailleurs, selon l’agronome Gilles Damais, des millions de dollars ont été investis dans la Vallée de l’Artibonite, en pure perte. C’est que la plupart des problèmes en amont ont été soigneusement évités. En aval, aucune mesure conséquente n’a été adoptée pour accompagner les producteurs et leur garantir le marché intérieur et des revenus stables, éléments fondamentaux de tout processus de relance. Sinon, se « lave men siye atè ».

Pire encore, ceux qui font partie depuis longtemps du problème, sont les premiers à être consultés et les premiers à offrir des solutions, bien entendu !

La garantie de notre souveraineté alimentaire, la vraie relance de la production rizicole et agricole en général, dépendent d’une politique publique soucieuse de rentabilité économique et sociale, respectueuse des intérêts légitimes du producteur. Politique publique qui – pour être efficace – prendra en compte l’ensemble des facteurs qui influencent la production. Les pays qui ont réalisé des progrès continus et durables en matière agricole sont ceux qui l’on compris.

* Chercheuse

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