Lettre ouverte du Bloc Parlementaire PRI au Président Michel Joseph Martelly

Lettre ouverte du Bloc Parlementaire PRI au Président Michel Joseph Martelly pour le redressement de la situation socioéconomique et politique du pays

Monsieur le Président,

Le Bloc «Parlementaires pour le Renforcement Institutionnel» (PRI) prend acte des récents changements opérés aux niveaux du gouvernement, de certaines délégations départementales, de la police du Nord et de la justice.  À la tête du Parquet près le Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince, sept (7) commissaires du gouvernement en moins de deux (2) ans et trois (3) nominations en moins de vingt-quatre (24) heures constituent un fait important à signaler et qui pourrait figurer dans le livre Guinness des Records !

Ces changements interviennent, Monsieur le Président, à la suite des mouvements de protestations légitimes de la population haïtienne contre la hausse vertigineuse des prix des denrées de première nécessité après le fameux ‘’Carnaval des Fleurs ‘’ organisé à la fin du mois de juin écoulé, contre la misère, le chômage, le gaspillage des deniers publics, la corruption au sein du gouvernement et l’incapacité de ce dernier à satisfaire les besoins primaires du peuple dont la grande majorité croupit dans la misère la plus abjecte.

Monsieur le Président, ces mesures de remaniement adoptées qui n’ont apporté aucune réponse aux protestations suscitées, loin donc de concourir à l’apaisement de l’atmosphère surchauffée, semblent plutôt ruiner davantage la crédibilité du pouvoir en place et contribuer à détériorer la situation socioéconomique et politique déjà si précaire.

Pour redresser la barque nationale qui menace de sombrer et de périr corps et biens, le Bloc PRI vous propose, Monsieur le Président, les mesures suivantes, les seules qui s’imposent en la conjoncture actuelle :

1-      Rétracter les décrets du 4 janvier 2012 créant la Commission Nationale de Lutte contre la Faim et la Malnutrition (COLFAM) et celui du 7 juin 2012 créant la Commission d’Appui à la Coordination des Infrastructures de Sport et d’Accompagnement de la Jeunesse Haïtienne (CACISAJH), lesquels arrêtés placent illégalement la dame Sophia Martelly et le citoyen Michel Olivier Martelly au rang des comptables de deniers publics.

2-      Remanier et réduire considérablement le cabinet ministériel pour ne conserver que les postes indispensables.  La jonction de plusieurs ministères permettra d’atteindre ce but.

3-      Reconsidérer la mission de certains ministères, notamment celle du ministère du Commerce et de l’Industrie dans la perspective de mise en œuvre d’une politique de l’emploi efficace, et celle du ministère à la Condition Féminine et aux Droits de la Femme en vue de prendre en compte toutes les composantes de la famille.  Ces ministères seraient ainsi appelés : ministère du Commerce, de l’Industrie et de l’Incitation à l’Emploi – ministère de la Famille, à la Condition Féminine et aux Droits de la Femme.

4-      Renommer et réorienter les ministères liés à la présidence, le président ne devant avoir sous son contrôle aucun ministère puisqu’il ne fait pas partie du gouvernement.

5-      Supprimer tous les postes de directeurs généraux adjoints non indispensables.

6-      Supprimer tous les postes créés en marge de la loi.

7-      Renoncer aux dépenses disproportionnées et au gaspillage de l’argent des contribuables pour l’entretien des délégations pléthoriques voyageant tant en Haïti qu’à l’étranger, l’achat de nombreuses et somptueuses voitures, l’octroi à des employés de l’Etat de téléphones à utiliser pour des appels illimités, l’organisation de carnavals à n’en plus finir, etc.

8-      Recadrer les petits programmes du gouvernement (‘‘Ti manman cheri’’, ‘‘Aba grangou’’, ‘‘Kredi woz’’, ‘‘Ban m limyè, ban m lavi’’, ‘‘Katye pa m poze’’…).  ‘‘Ti manman cheri’’, par exemple, pour être légal, doit faire partie des actions du ministère des Affaires Sociales.  A cet effet, le décret-loi du 9 décembre 1938 et la loi du 26 mai 1971 sur la Caisse d’Assistance Sociale doivent être révisés à l’initiative du gouvernement.

9-      Prioriser fortement comme domaines d’intervention du gouvernement l’environnement, l’agriculture (la culture de la terre, la pêche et l’élevage) et l’éducation.  Là sera gagné ou perdu le pari.  Aussi les ministres concernés doivent-ils faire montre de vision, d’expérience et de capacité d’adaptation.  Le ministre des Affaires Sociales et du Travail ainsi que le ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Incitation à l’Emploi feront partie des membres-clés du prochain gouvernement devant s’atteler à corriger la situation délétère.

10-  Mettre le cap sur la décentralisation effective suivant une démarche de développement endogène et durable.

11-  Engager promptement de véritables dialogues pour la formation d’un Conseil Electoral Provisoire, la formation régulière du Conseil Electoral Permanent étant impossible tant que le Sénat s’affiche incomplet.

12-  Suivre les recommandations du Sénat de la République réclamant le départ des juges de la Cour de Cassation nommés en marge de la loi.

13-  Renoncer à se servir des institutions de l’Etat pour persécuter les citoyens indexés par la présidence et le gouvernement.

14-  Prévenir les scandales en cascade propres aux régimes dont la fin est imminente.

15-  Organiser sans démagogie la Conférence Nationale prônée depuis des lustres par plus d’un, en vue d’un nouveau départ serein et sûr pour le développement irréversible d’Haïti.

16-  Soumettre sans délai au parlement un projet de budget rectificatif de manière à se donner les moyens d’appliquer son plan de redressement de la situation socioéconomique et politique.  Car l’actuel budget ne pourra répondre à aucune autre politique que celle qui est rejetée par la population et la classe politique, rejet que traduisent depuis quelque temps les mouvements revendicatifs.

 

17-  Annoncer à la nation le plan de redressement de la situation socioéconomique et politique adopté.

Monsieur le Président, ces mesures ne pourront être mises en œuvre si vous n’affranchissez pas les ministres pour qu’ils puissent exécuter, chacun en ce qui le concerne, la politique gouvernementale. De même, rien n’ira pour le mieux si le chef du gouvernement n’est pas à la hauteur de sa tâche !  Monsieur Laurent  Salvador Lamothe n’a-t-il pas déclaré lors de la présentation de sa politique générale au parlement qu’ « Haïti n’a pas de problème d’argent » et qu’il allait « se mettre au travail tout de suite » ? Le Premier ministre, pour tenter de convaincre les plus sceptiques, a même lancé un sérieux avertissement à ses ministres : « Ceux qui ne donneront pas de résultat devront céder leur place à d’autres, à commencer par moi ! »  La décision de faire retransmettre en direct les conseils des ministres et les conseils du gouvernement répond d’ailleurs à la volonté du chef de l’Etat de permettre à la population de se faire une idée des ministres efficaces et des ministres qui ne le sont pas !  Le chef du gouvernement a-t-il donné des résultats satisfaisants ?  La montagne n’a-t-il pas plutôt accouché d’une minuscule souris ?

C’aurait été une énorme perte de temps que de prendre l’initiative chimérique de réinventer la roue, Monsieur le Président.  Notre voisine limitrophe, la République Dominicaine, et la grande République Française – et bien d’autres pays avant elles –, sous le leadership éclairé et responsable de leurs chefs d’Etat et de gouvernement, pratiquent une politique d’austérité économique, d’assainissement des finances publiques et de choix clairs et efficaces en vue du développement durable.  Feriez-vous autrement, Monsieur le Président, quand Haïti est aujourd’hui classée le pays le plus pauvre du monde ?

Monsieur le Président, ce qui commence à se dessiner dans les rues est inquiétant.  Vous n’y survivrez qu’à condition d’agir vite et bien.  Le contraire n’est pas une alternative – ni les provocations injustifiées du Premier ministre ni les contre-manifestations puériles du pouvoir.  Chimen bouton, chimen maleng, prévient la sagesse populaire.  Et l’histoire récente est là pour en témoigner.

Le Bloc PRI vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’assurance de sa parfaite considération.

Pour le Bloc PRI :

N.B. Les signataires sont ceux qui ont participé à la rencontre du 04 octobre 2012. Il s’agit des députés :

Sadrac Dieudonné, Président

Patrick Joseph, Vice-président

Joseph Wilbert Deshommes, Secrétaire-administrateur

Arnel Bélizaire, Secrétaire-administrateur adjoint

Clément Dupner, Porte-parole

Sorel Jacinthe, Conseiller

Marie Guerda Benjamin, Conseillère

Faustin Poly, membre

Francenet Dénius, membre

Vikens Dérilus, membre

Saint-Fleur Almétis Junior, membre

Augustin Gilbert, membre

Laforest Jean Rupert, membre

Au total treize (13) membres sur vingt (20).

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