Troisième journée de tension à Port-au-Prince

Troisième journée de tension à Port-au-Prince

Valéry Daudier

Des étudiants de l’Université d’Etat d’Haïti ont à nouveau gagné les rues mardi pour protester contre l’assassinat de leur camarade Damaël D’Haïti samedi dernier par un policier. Cette troisième journée mouvementée a été beaucoup plus tendue que les deux autres avec des manifestants qui lançaient des pierres sur les forces de l’ordre, tandis que ces derniers ripostaient à coups de gaz lacrymogènes à propulsion. Une cinquantaine de personnes, notamment des écoliers, sont tombées en syncope.

Une idée de la tension qui régnait dans les parages de la Faculté de droit et des sciences économiques
Moranvil Mercidieu

La panique était à son comble dans l’aire du Champ-de-Mars et dans les zones avoisinantes avec des détonations au milieu de la journée du mardi 13 novembre. Des barricades ont été à nouveau érigées dans certaines rues. La manifestation des étudiants qui continuaient à réclamer justice pour leur camarade assassiné a coïncidé avec celle des syndicats d’enseignants qui exigent de meilleurs traitements pour le corps d’enseignants.

Aux heures de cours, les lycées du Cent Cinquantenaire (Jeunes filles), Pétion, Toussaint Louverture, pour ne citer que ceux-là, ont reçu la visite surprise des manifestants qui ont sollicité l’appui des élèves dans leur mouvement. Paniquées, les élèves du lycée des Jeunes filles ont couru dans toutes les directions. Selon les responsables, plusieurs d’entre elles ont été blessées, et des dégâts matériels ont été enregistrés.

Peu avant midi, la tension allait monter d’un cran dans les périmètres du palais national. La situation allait dégénérer lorsque des centaines de lycéens ont lancé des pierres sur les agents du Corps d’intervention pour le maintien de l’ordre (CIMO), munis de boucliers, de masques à gaz entre autres, mobilisés en la circonstance. Ces derniers n’ont pa hésité à lancer des gaz lacrymogènes. Certains  agents ont également riposté  par des jets de pierre en direction des lycéens. Comme une guérilla urbaine !

Regroupés dans l’enceinte de la Faculté de droit et des sciences économiques (FDSE), les étudiants ont été bombardés de gaz. Des enfants qui revenaient de l’école ont été victimes et sont tombés en syncope. Une cinquantaine de personnes ayant inhalé le gaz lacrymogène ont été transportées d’urgence à l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH), communément appelés Hôpital général, où ils ont été soignés. Au cours de cette journée mouvementée, un jeune lycéen de 15 ans a été également atteint d’un projectile au bras gauche.

Arrêt de travail de 24 heures à l’UEH

Condamnant énergiquement l’assassinat de l’étudiant, le conseil de l’Université d’État d’Haïti a observé un arrêt de travail ce mardi en signe de protestation. « Au moment il s’apprêtait à aider sa famille, un policier lui a enlevé la vie », a déploré le recteur Jean Vernet Henry.

«C’est une situation qui nous bouleverse beaucoup à l’Université. C’est une perte pour l’université, pour le pays et pour sa famille. Il faut que justice soit rendue à l’étudiant, et réparations à sa famille. Il est temps que l’université cesse de compter des cadavres », a poursuivi le recteur au cours d’une réunion lundi sur ce dossier.

 Afin de s’assurer du suivi de ce dossier, le rectorat a mis sur pied une commission formée de deux étudiants de la FDSE, du doyen ainsi que des avocats Monferrier Dorval, Aviol Fleurant et Péguy Michel qui sont tous  membres du service juridique de l’université.

Le dossier acheminé au cabinet d’instruction

Selon le chef du parquet de Port-au-Prince, Me Lucmane Délille, le dossier du présumé meurtrier a été acheminé au cabinet d’instruction après son audition. « Nous avons relevé beaucoup de contradictions dans ses déclarations », a indiqué mardi Me Délille qui a appelé au calme.

« Pas de panique. L’action publique a été mise en mouvement. C’est extrêmement inacceptable et révoltant. La loi sévira avec la plus grande rigueur dans ce dossier », a déclaré le commissaire du gouvernement près le tribunal de première instance de Port-au-Prince.

Les faits

La traditionnelle fête d’intégration des nouveaux admis à la Faculté de droit et des sciences économiques (FDSE) a tourné au cauchemar samedi soir. Après avoir chanté et dansé au rythme des artistes invités en la circonstance, dont « BIC », les étudiants allaient pleurer à la fin. Le policier Pierre Paul Masséus a gâché la fête.

Ce dernier a abattu froidement l’étudiant finissant Damaël D’Haïti, 24 ans. Atteint mortellement à la tête, Damaël, qui a été transporté en urgence à l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti (HUEH), n’a pas survécu. Le présumé meurtrier, qui s’est rendu à l’HUEH après avoir changé de vêtement, a été identifié par les étudiants présents qui l’ont appréhendé et remis à la police après le constat d’un juge de paix.

 

 « Le policier n’aurait pas dû être en possession d’arme à feu, car il appartient à la dernière promotion de la police qui n’est pas encore armée. Il n’aurait pas dû non plus abandonner son poste pour participer à la fête », a fait remarquer le porte-parole de la police, Frantz Lerebours.

Valéry Daudier

Source: http://lenouvelliste.com/article4.php?newsid=110715

 

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