Haïti : L’indigence du Centre national de météorologie (CNM)

Les vraies fausses prévisions de la météo en Haïti

par Roberson Alphonse

Les services techniques chargés de prévoir la situation météorologique en Haïti n’ont pas les moyens de réaliser des prévisions, a constaté Le Nouvelliste hier mercredi. Après la publication de cet article, les autorités gouvernementales devraient prendre les mesures adéquates pour doter le Centre national de météorologie (CNM) de moyens nécessaires à son fonctionnement. C’est la seule option pour démontrer que nos parades à chaque alerte et nos regrets après les catastrophes naturelles ne sont pas une tentative de jeter de la poudre aux yeux. Des larmes de crocodile. Un désastreux maquillage.

Sur la cour arrière de l’Ofnac,  il y a un préfabriqué gris délavé. Dedans, à l’étroit, des spécialistes ont la difficile mission de surveiller les caprices de la météo. Dans le dénuement presque absolu, affirme l’un d’eux. « Ici, au Centre national de météorologie (CNM), on dispose de 25 m2 dont 10 sont occupés par des boîtes. Cela veut tout dire », raconte un autre, sourire en coin. Sur une étagère, une imprimante,  des emballages d’ordinateurs Dell, des vieilles prévisions. Et, empilés, des équipements spécialisés, reçus en don de l’USAID… après le séisme du 12 janvier 2010.

Des équipements reçus en don. Dans le lot, les 7 stations de météorologie

Le dos tourné, un jeune météorologiste gratte des cartes recharge Natcom. C’est pour la cellule du CNM à l’aéroport international Toussaint Louverture, à quelques centaines de mètres. L’interconnexion entre ces deux entités est essentielle. Le CNM a une autre connexion Internet, explique-t-il. Sans elle, le centre est dans de beaux draps. Le CNM, sans observations locales, dépend des modèles de prévisions du NOAH de Miami et d’autres sites Internet spécialisés. Difficile d’affiner les prévisions locales même si, à la Martinique, il y a un prévisionniste haïtien qui envoie des modèles de prévisions quotidiennement au CNM.

« Les appareils installés à la Martinique auraient dû être ici, en Haïti », soutient un autre prévisionniste qui souhaite que le CNM dispose enfin d’un local. « Il n’y a pas un responsable en Haïti  qui comprenne la nécessité de prendre en charge un service de météorologie qui fonctionne », déplore un autre météorologiste en « off » lui aussi.  « Oui, nos prévisions sont limitées parce que nous ne faisons pas d’observations locales. Ce n’est pas parce que nous ne voulons pas le faire, mais parce que nous n’avons pas les moyens techniques », ajoute-t-il. « Les 7 stations météorologiques qui pourraient permettre de collecter, aux fins d’analyse, d’hypothèses et de prévisions des données sur l’humidité, les points de rosée, la pression atmosphérique, la température, l’ensoleillement, le vent en surface et en altitude…ne sont pas installées. Elles sont dans leurs boîtes depuis plus de deux ans », poursuit-il. Ces stations météorologiques qui devaient être réparties à Port-au-Prince, aux Cayes, aux Gonaïves, à Jérémie, à Jacmel, à Port-de-Paix…, ont un problème de configuration, indique ce météorologiste. Si elles étaient opérationnelles, ces stations seraient interconnectées et les données seraient disponibles et analysées, explique cet employé, l’un des 27 que compte le CNM qui émet, malgré ses limitations, des bulletins pour la Semanah, l’aviation civile. Il est également un élément important dans le système de prévention des risques et des désastres.

Cependant, le CNM n’est pas toujours épargné par des critiques. Au Cap-Haïtien, récemment, l’agent exécutif intérimaire, sur Magik 9, avait mis en lumière quelques dysfonctionnements.  L’alerte sur la pluviométrie du front froid a été communiquée tardivement. Diffusée à temps et avec des données plus ou moins fiables, elle aurait pu sauver des vies. Soit ! Mais peu de gens savent que le CNM ne fonctionne pas 24/24. « Au CNM, il y a un chauffeur qui n’a pas de véhicule », confie un prévisionniste, soulignant  qu’il est difficile de trouver un tap-tap pour rentrer chez soi si l’on quitte le centre à 8 heures du soir.

Malgré les belles démonstrations, les campagnes de communication agressives de la DPC, les autorités sont au courant de la précarité du CNM. « Nous avons des ressources humaines, des prévisionnistes formés à Toulouse, en France. Il faut simplement que l’on nous donne les moyens pour travailler », déclare un prévisionniste toujours en « off ». S’ils parlent « on the record», ils risquent d’être grondés, d’être licenciés par des chefs friands de spectacle et pas toujours d’efficacité. Dans l’administration publique, c’est une prévision facile à faire, même si l’on n’est pas prévisionniste. Le statu quo, on y tient…

Le Nouvelliste

Roberson Alphonse roberson_alphonse@yahoo.com ralphonse@lenouvelliste.com

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s