ÉLECTIONS : UN VENT DE DIVERGENCES DANS L’AIR

par Edner Fils Décime

ELECTIONS-fraudes.jpg2Entre les bailleurs internationaux, le gouvernement haïtien et les partis de l’opposition, les violons semblent ne pas trop s’accorder, alors que les élections sénatoriales, municipales et locales devraient avoir lieu à la fin de l’année 2013, observe l’agence en ligne AlterPresse.

La majorité parlementaire gouvernementale à la chambre des députés, dénommée bloc des parlementaires pour la stabilité et le progrès (Psp), s’effrite.

Un nouveau bloc se forme avec des dissidents de la cause du pouvoir : parlementaires pour l’équilibre politique (Pep).

Au moment où Joseph Michel Martelly se lance en campagne avec son « parti haïtien tèt kale (Phtk) » pour conquérir 6,606 postes électifs, du sénat aux collectivités territoriales, une nouvelle donne émerge sur l’échiquier politique : Fanmi Lavalas.

A sa première sortie médiatique le 9 mai 2013, l’ancien président Jean-Bertrand Aristide déclare que son parti « plus fort, plus puissant (…) est prêt à remporter les prochaines élections ».

Le 8 mai 2013, à la sortie de son audition en cabinet d’instruction sur le dossier de l’assassinat de Jean Léopold Dominique de Radio Haïti Inter et du gardien de la station Jean-Claude Louissaint, Aristide a fait une véritable démonstration de popularité.

Des craintes concernant la machine électorale

Le dénommé « collège transitoire du conseil électoral permanent » est installé. Il a même déjà donné une conférence de presse.

Le vote électronique est envisageable. Plusieurs partis politiques semblent aller dans ce sens, mais appellent à la vigilance citoyenne et à la prudence avec la machine.

Pas encore de proposition de loi électorale ni de calendrier non plus.

Le Ctcep est évasif sur la date des élections.

L’opposition politique haïtienne rassemble ses forces au sein du mouvement patriotique de l’opposition démocratique (Mopod). Des congrès sont réalisés dans plusieurs villes du pays, afin de définir une stratégie politique commune.

Les partis politiques organisation du peule en lutte (Opl) et Fanmi Lavalas semblent faire cavaliers seuls.

Le Mopod appelle à la tenue des élections coûte que coûte.

Cependant, à bien analyser les sorties de plusieurs personnalités de l’opposition, on serait enclin à comprendre que l’administration politique actuelle n’a aucun intérêt personnel à organiser des élections.

Si le gouvernement « organise de mauvaises élections, il doit partir. S’il ne les organise pas du tout, il devra démissionner. S’il organise de bonnes élections, l’opposition démocratique les raflera. Ce pouvoir est en chute libre », a déclaré à AlterPrese, début avril 2013, Me. André Michel, une des figures politiques du Mopod.

Soulignant, pour sa part, tout son intérêt dans l’organisation des élections, le président Martelly croit que la chance pourrait lui sourire.

« Je suis le plus intéressé et j’ai plus de chances que beaucoup d’autres. (…) Attendez de me voir en

campagne. Je tiens à ce que les gens que je supporte soient élus », a-t-il déclaré en avril 2013 également.

Mais, comment les candidats de l’actuelle administration politique vont être élus ?

Des politiciens ne croient pas que ce soit par la voie démocratique.

« Ils ont le contrôle de la machine électorale », regrette l’ingénieur-agronome Jean André Victor, dirigeant du parti libéral haïtien (Plh), qui intervenait sur les ondes de la Radio télévision Caraïbes (Rtvc) le samedi 20 avril 2013.

Et ce contrôle s’obtient avec l’intrusion d’éléments duvaliéristes dans la machine, selon certains politiques.

Jean-Marie Vianney Emmanuel Menard, l’actuel président du Ctcep, et Margareth Saint-Louis, un autre représentant de l’exécutif au sein du Ctcep, sont ciblés.

Dans ce contexte, sont questionnées les attaches politiques de Rock Gilbert Biamby, placé, le jeudi 18 avril 2013, en tant que directeur général adjoint de l’Office national d’identification (Oni), organe chargé de l’enregistrement des électrices et électeurs ainsi que de la distribution des cartes électorales.

Et la communauté internationale dans tout ça ?

L’histoire électorale d’Haïti est ponctuée de l’omniprésence de la communauté internationale.

Cette dernière finance, dès fois annonce la date des scrutins, même avant les autorités haïtiennes (Edmond Mulet en 2010), ou est impliquée dans le processus de comptage/recomptage de votes.

La communauté internationale est toujours omniprésente dans les élections en Haïti.

Le président du sénat, Simon Dieusseul Desras, a révélé dans la presse qu’une partie de la communauté internationale n’est pas pour la tenue des compétitions électorales au cours de cette année 2013.

Le Brésil, qui dirige la mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) a déjà déboursé.

En effet, l’ambassadeur du Brésil accrédité en Haïti, José Luiz Machado e Costa, et la directrice du Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud), Sophie De Caen, ont paraphé un accord d’un million de dollars étasuniens (US $ 1.00 = 44.00 gourdes ; 1 euro = 60.00 gourdes aujourd’hui) pour le financement des prochaines élections en Haïti.

Ce geste ne dit-il pas que le Brésil se positionne dans le camp de la communauté internationale supportant l’organisation des élections pour la fin de 2013 ?

Pour sa part, l’ambassadeur de l’Union européenne en Haïti, Javier Nino Perez, a annoncé, le 6 mai 2013, un appui financier de 4 millions d’euros au processus électoral.

A combien va s’élever la participation haïtienne ?

Et comment « travailler en vue du rapatriement des élections, symbole de la souveraineté nationale », comme le préconise la vice-présidente du Ctcep, Marie Clunie Dumay Miracles ?

Certes, des avancées sont aujourd’hui faites dans le processus : le Ctcep est en place, des promesses de financement sont à l’ordre du jour, des partis politiques se préparent, des alliances sont en train d’être tissées.

Pourtant, il ne semble pas que tout soit clair, ni sûr.

Finalement, les citoyennes haïtiennes et les citoyens haïtiens ne doivent-ils pas se demander dans quelle mesure les élections auront-elles vraiment lieu en cette année 2013 ?

 

http://www.alterpresse.org

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