Le changement …Tel qu’il devrait être, à l’heure du bilan des 2 ans du gouvernement Tèt Kale

par Marvel Dandin

Le changement promis par le candidat en campagne « Sweet Micky » se fait encore attendre, deux ans après la gestion du président Michel J. Martelly. Le concept de changement dépasse le cadre étriqué des « petits projets ». Il s’entend comme une entreprise de remise en question des pratiques et des procédures dans tous les domaines, l’instauration de nouvelles règles et l’émergence de nouveaux rapports entre les différents secteurs et instances. Autrement, les initiatives prises ici et là peuvent n’être que de la poudre aux yeux. Dans la mesure où demeurent intactes les structures fondamentales d’inégalité, d’illégalité et de dépendance génératrices de corruption, de gabegie, de misère, de sous-développement.

Petits projets versus statu quo

Il ne manquait pas de petits projets par-ci et de petits projets par là à Duvalier. Mais, les rapports de production, la mauvaise répartition des richesses nationales, le déséquilibre entre les importations et les exportations, la balance défavorable des paiements, les relations d’Haïti avec l’étranger ont été tels que le sort du gros de la population a toujours été malheureux. Pendant que la « révolution » vantait ses exploits, les haïtiens fuyaient la misère par centaines de milliers par la frontière et par les mers.

Il ne manquait pas de petits projets par-ci et de petits projets par là à tous ceux qui ont succédé à Duvalier. Mais, Haïti est resté un pays où les gouvernements ne défendent pas les intérêts de la population, mais plutôt ceux de l’étranger. Des gouvernements qui se sont tous ligués contre la décentralisation et donc contre la participation de la population, ou, tout au moins, de ses structures représentatives, dans la gestion de la chose publique. La République de Port-au-Prince demeure une « place forte » en dépit des vœux pieux sur la nécessaire décentralisation émis par les uns et par les autres au lendemain du tremblement de terre. Le fameux amendement de la Constitution est venu renforcer la toute puissance de Port-au-Prince dans la mise à l’écart des collectivités territoriales dans la formation du CEP. Désormais, les « politiciens » des 3 pouvoirs, basés à Port-au-Prince, sont les seuls à pouvoir former leur CEP grâce auquel l’étranger pourra exercer un contrôle plus direct sur les choix politiques. L’étranger qui tient les dirigeants en laisse reste de moins en moins à l’ombre. Par les temps qui courent, il opère à visière levée. Les récentes visites au parlement de diplomates étrangers pour exiger ceci ou pour imposer cela, en disent long sur le degré de contrôle des dirigeants haïtiens par l’étranger.

Le vrai changement

Pour parler de changement, il faudrait d’abord manifester la volonté de se soustraire de cette situation de tutelle et, sur le plan interne, démontrer qu’on s’est attaqué aux causes fondamentales de la chute vertigineuse de la production nationale (agricole et industrielle), responsable, fondamentalement, de l’effondrement de la gourde, (1dollar US pour 44 gourdes quant à présent) et de l’inflation galopante. Il importe de prouver qu’on a adopté les mesures fiscales appropriées visant à stimuler et à protéger la production locale. Pour que l’on puisse croire au changement véritable, il faudrait qu’on assiste à une réelle consolidation des collectivités territoriales et à la mise à leur disposition de moyens essentiels à la gouvernance locale ; un changement véritable passe par la réelle indépendance des 3 pouvoirs de l’Etat, ce qui n’exclut pas leur interaction au bénéfice du pays ; parler de changement implique l’instauration réelle d’un Etat de droit où les intérêts et les droits de chacun sont garantis et où l’impunité est combattue avec la dernière rigueur ; (dans un tel système, il va sans dire que les grands criminels ne disposeraient pas de passeport diplomatique) ; parler de changement implique que les dirigeants ne puissent plus disposer, comme ils l’entendent, des ressources publiques, et qu’ils se soumettent sans broncher aux instances de contrôle tels que le parlement et la CSCCA qui, elles-mêmes, seront pourvues des moyens tant légaux que matériels pour accomplir leur mission ; (la persistance de la corruption demeure symptomatique de l’absence de changement) le changement en Haïti doit aussi concerner le règlement des graves problèmes fonciers dans le secteur agricole ; l’élaboration d’un cadastre national ; le réaménagement du territoire en fonction d’un plan de développement bien conçu ; la protection agressive de l’environnement en délabrement permanent ; la protection de nos frontières terrestres, maritimes et aériennes par des entités nationales ; la défense permanente de la culture et de l’identité nationales face aux influences étrangères ; le changement, le vrai, suppose aussi une véritable politique énergétique nationale, basée sur les sources alternatives d’énergie ; une politique de sécurité sociale d’envergure allant à contre-courant de la formule mystificatrice et propagandiste de « Ti manman cheri », le respect de l’alternance politique avec des élections démocratiques organisées dans les délais constitutionnels requis…

Maintien du statu quo ante

Voilà donc certains points fondamentaux qui indiqueraient qu’on serait bel et bien embarqué dans le changement. Quoiqu’ils soient importants et produisent un certain impact, on ne peut présenter comme changement à proprement parler le projet bâclé de scolarisation gratuite et de transport scolaire partiel, la réfection ou l’asphaltage de quelques Km de rues et de routes, le curage partiel et localisé de canaux d’irrigation et de drainage, l’aménagement et le réaménagement de places publiques, l’installation de lampadaires solaires, la subvention aux « ti manman cheri ». Alors que dans la réalité le sous-emploi devient plus visible, la vie chère atteint un niveau jamais égalé depuis des décennies, la fréquence des coupures d’électricité augmente.

Le changement renvoie-t-il au retour aux pratiques de gestion les plus rétrogrades de la chose publique : gaspiller les deniers publics dans des sommets-dont on ne perçoit pas les retombées, dans les festivités carnavalesques ou pour fêter son avènement au pouvoir comme au temps des célébrations des 22 ? Interdire les manifestations publiques, affirmer la velléité d’être à vie au pouvoir et mettre en place un dispositif pour manipuler les pauvres et asphyxier ceux qui osent contester ce brigandage ? Est-cela le changement ?

Comme il en est ainsi, la conclusion à laquelle on aboutit est simple : on n’est pas sorti de l’auberge de l’archaïsme, de l’obscurantisme, de l’arbitraire, de l’analphabétisme et donc, pour faire court, du sous-développement.

Marvel Dandin

http://radiokiskeya.com

 

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