Traîner Aristide en justice aux États-Unis, Evans Paul s’y oppose

Former Haitian President Jean Bertrand Aristide, exiled in South Africa, attends a news briefing in Johannesburg

Depuis qu’un avion militaire a été aperçu sur la piste d’atterrissage de l’aéroport, des rumeurs persistantes dans certains milieux proches du pouvoir font état d’intenses pressions que subirait le gouvernement pour que M Aristide soit livré à la justice américaine à cause de son « implication présumée » dans le trafic de stupéfiants vers les États-Unis, de blanchiment d’argent, dans l’affaire de détournement de fonds mettant en cause la compagnie de téléphonie Integrated Device Technology (IDT), basée à New Jersey et la Téléco..
Vous le savez tous. Quand la Justice est saisie d’une affaire, elle ouvre une enquête, poursuit son enquête, poursuit les suspects, les inculpe jusqu’à ce qu’ils soient traduits devant les tribunaux. En matière de justice, tant qu’on n’a pas encore coincé le coupable, l’appareil judiciaire peut prendre tout le temps nécessaire. Il y a des affaires qui peuvent durer beaucoup plus qu’une décade. Pour exemple, les criminels de guerre nazis sont poursuivis jusqu’aujourd’hui.
La justice fédérale des États-Unis (ici, le terme « fédéral » a toute son importance) a ouvert une enquête sur l’exploitation illégale du système d’appels internationaux de la TELECO par des sociétés-écrans basées aux États-Unis ? Deux anciens directeurs de la Teleco, M. Jean René Duperval et M. Patrick Joseph, ont déjà été inculpés et condamnés à la prison ferme après avoir plaidé coupables devant les tribunaux. La prison n’étant pas un dîner de gala, ces gentilshommes, pour pouvoir bénéficier d’une réduction de peine, se sont mis à table et sont prêts à témoigner devant les tribunaux contre d’autres qui auraient bénéficié de ces juteuses affaires.
Dans le cadre de certaines affaires concernant des violations des règles de droit international comme dans le cas de trafic illicite de stupéfiants vers les États-Unis, de blanchiment d’argent, impliquant des officiels de haut rang, cela donne lieu à ouverture d’une enquête fédérale.
Dans l’ordonnancement juridique américain, quand c’est le Fédéral qui est chargé d’une affaire, alors, c’est très sérieux. Comme dans l’affaire de Travon Martin, de Michael Brown et d’Éric Garner aujourd’hui, dans l’affaire d’Aristide c’est désormais le Fédéral qui se charge des accusations portées contre lui par ses anciens collaborateurs, arrêtés et extradés vers les Etats-Unis pour trafic de drogue (Jean Nesly LUCIEN ex-directeur général de la PNH, Oriel JEAN ex-chef de la sécurité présidentielle, Romaine Lestin ex-commandant de l’unité spécialisée Swat Team , Evens Brillant ex-chef du bureau de lutte contre les stupéfiants, (BLTS) etc et d’autres comme Jacques Ketant, parrain la première fille d’Aristide, qui, tout comme les anciens directeurs de la Teleco, M. Jean René Duperval et M. Patrick Joseph, ont également plaidé coupable et partagé des informations sensibles contre réduction de peine avec les Autorités fédérales américaines sur le trafic de drogue et le blanchiment d’argent sous l’Administration de Jean Bertrand Aristide. Ce n’est plus une quelconque petite affaire pendante devant une juridiction locale. Les Autorités fédérales ne pourront pas lâcher prise tant que la justice n’a pas tranché. Donc la justice suit son cours normal. Ce n’est pas comme chez nous où « l’enquête se poursuit » indéfiniment pour rester somme toute sans suite.
Et comme Haïti avait signé un accord sans réciprocité avec les États-Unis sous le gouvernement de Préval-Alexis (première version) l’autorisant à poursuivre un citoyen haïtien sur le territoire haïtien, à l’extraire éventuellement du pays pour l’emprisonner chez eux, sans que nous ayons un mot à dire ; et comme M. Aristide aujourd’hui visé dans le cadre de cet accord, n’avait pas jugé bon de dénoncer cet accord, ce sont des dignitaires, des anciens cadres dirigeants (chef de police, Rudy Therassan, par exemple qui a été dépossédé de ses biens en Floride, des anciens sénateurs, et aujourd’hui probablement un ancien président qui risque de faire les frais des clauses de cet accord qu’ils avaient eux-mêmes paraphé.
C’est ce contre quoi s’est élevé M. Evans Paul : « Je ne suis pas pour l’impunité, mais je trouve inconcevable que les USA puissent venir arrêter un citoyen haïtien en Haïti alors qu’il n’existe pas de réciprocité. »
Evans Paul pourra-t-il longtemps tenir tête aux américains ? Il n’est que d’attendre.

Ella Perrard

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