3 DÉCEMBRE 2001–3 DÉCEMBRE 2016 : 15 ANS DÉJÀ DEPUIS LE LÂCHE ASSASSINAT DU JOURNALISTE BRIGNOL LINDOR !

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par Roseline LINDOR

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Le 3 décembre 2001, mon frère Brignol Lindor, journaliste à Radio Echo2000 de Petit-Goâve, a lâchement été assassiné par « une bande de tueurs liée aux autorités politiques locales du mouvement « Lavalas » (l’Avalanche) du président Jean-Bertrand Aristide », comme le mentionne Yves Saint-Gérard dans « Haïti : 1804-2004 Entre mythes et réalités » (Le Félin, 2004, p. 201).

« Cette agression, particulièrement horrible, a coûté la vie à un jeune homme brillant, compétent, cultivé, indépendant des coteries rivales, attaché à sa ville natale. Beaucoup considéraient Brignol Lindor, 31 ans, comme ‘‘l’avenir’’ de cette commune déshéritée », ajoute-t-il.

Depuis 2001, ce n’est donc pas seulement la ville de Petit-Goâve qui est endeuillée mais toute la nation haïtienne.

Plus que jamais, notre famille pleure la disparition de Brignol et continue de réclamer justice. Les acteurs de cet acte barbare doivent payer pour leur forfait ! Bien que toujours meurtris, nous sommes totalement déterminés à faire triompher la justice !

Nous n’avons rien oublié ! C’est comme si c’était hier lorsqu’un ami de la famille est venu nous annoncer la triste nouvelle sans trop vouloir nous en dire plus, de peur de nous accabler. Nous nous rendîmes au commissariat de police, mais aucun policier n’a voulu faire le déplacement pour accompagner la famille sur les lieux du drame.

Ce jour-là, de par leur attitude, les policiers ont fait incontestablement preuve de non-assistance à personne en danger, violant ainsi la devise de la police nationale telle que prescrite par la Constitution haïtienne, à savoir « protéger et servir ». En fait, en échangeant avec les policiers, nous avons tout de suite compris qu’ils avaient reçu l’ordre de ne pas intervenir

L’assassinat de mon frère a été minutieusement planifié au plus haut niveau du pouvoir en place. Il était devenu l’ennemi numéro un au niveau local, l’homme à abattre. Plusieurs réunions ont été tenues, suivies d’une déclaration de Dumé Bony, l’adjoint au maire, lors d’une conférence de presse organisée par les autorités de la ville.

Faut-il rappeler les faits ! Parmi les dix personnes inculpées lors d’un procès en 2007, seules deux d’entre elles ont été condamnées à perpétuité. Les autres, jamais arrêtées depuis, ont été condamnées par contumace. A vrai dire, la justice a totalement failli !

Ainsi que le souligne Yves Saint-Gérard, « l’instruction [a épargné] les instigateurs présumés du crime, à savoir les membres du conseil municipal et les chefs des administrations locales en place à l’époque. La plupart d’entre eux [ont continué] d’exercer leurs fonctions à Petit-Goâve.

Ils avaient nommément désigné la victime comme un ‘‘terroriste’’ et appelé à lui appliquer la formule ‘‘tolérance zéro’’ énoncée quelques mois plus tôt par le chef de l’État de l’époque [M. Jean-Bertrand Aristide…C’est cette même formule qui a été invoquée par les exécutants du journaliste au moment du meurtre et dans des aveux livrés à une association de défense de la liberté de la presse, deux jours seulement après leur forfait ».

Qu’est-ce qui a été fait depuis ? Rien ! Le fameux prêtre a changé de commune. Aucun des policiers présents lors de notre passage au commissariat n’a été inquiété. Et l’on a assisté à une parodie de justice après que le pouvoir « Lavalas » eut prétexté arrêter une personne du groupe « dòmi nan bwa ».

Alors, à quand une véritable justice pour la famille, la ville de Petit-Goâve et, plus largement, le pays tout entier suite à cet acte abject qui reste à jamais gravé dans la mémoire collective ?

Quand est-ce qu’on va mettre fin, une fois pour toutes, à cette culture mortifère de l’impunité qui ronge tant la société haïtienne depuis des lustres ?

Nou pa bliye Brignol ! E nou p ap janm bliye l ! Li lè li tan pou lajistis blayi nan peyi a!

Roseline et Famille LINDOR

 

Funérailles émouvantes du journaliste Brignol Lindor

La ville de Petit-Goâve a rendu un dernier et vibrant hommage, le mardi 11 décembre, à Brignol Lindor. Le directeur de la Salle des Nouvelles de Radio Écho 2000 a été tué à coup de machette, le lundi 3 décembre dernier, par des membres d’une Organisation Populaire (OP) proche de Lavalas dénommée “ Domi nan bwa”. A l’occasion des funérailles du journaliste, la famille de la victime a une fois de plus réclamé justice.

Sous un soleil de plomb et dans la confusion la plus totale, le journaliste Brignol Lindor a été conduit à sa dernière demeure. Malgré le vacarme provoqué par les cris de la foule nombreuse des parents , sympathisants , amis et confrères du journaliste , le père Hans Alexandre a su mener la cérémonie à terme . Le prélat, cousin du défunt, n’a pas pu contenir ses larmes face à l’assassinat de Brignol Lindor avec qui, indique-t-il , il a eu de bons souvenirs d’enfance. Dans son homélie, le père Alexandre a condamné le crime crapuleux du 3 décembre mais a exhorté les fidèles à s’abstenir de toute vengeance. Il a prôné la justice, le respect de la vie humaine, la non-violence et a dénoncé le laxisme des autorités locales. Pour le père Alexandre, Brignol Lindor fut un pacifiste, il est un martyr de la vérité dont le sang doit servir à réconcilier chaque haïtien .

À l’intérieur de l’église, la foule ne cessait de scander des slogans hostiles au pouvoir Lavalas particulièrement au président Jean Bertrand Aristide. Le nouveau curé de la paroisse de Petit-Goâve, le père Edwige Carré, présent à la cérémonie et accusé par l’Opposition d’avoir participé à la réunion de planification de l’assassinat de Brignol Lindor n’était pas non plus exempt d’injures. Face à cette vague de protestations anti-Lavalas, les organisateurs de la cérémonie ont dû écourter le programme funéraire dont une partie était dédiée aux Associations de Journalistes et à l’Association Nationale des Médias Haïtiens ( ANMH) .

Des dizaines de journalistes étaient venus de différentes villes du pays pour rendre un dernier hommage au directeur de nouvelles de Radio Écho 2000 de Petit-Goâve à l’occasion de ses obsèques déroulées en présence de militants de droits humains , de représentants du pouvoir et de l’Opposition. La corporation continue de réclamer justice pour le jeune confrère de 32 ans et interpelle la conscience des auteurs de cet acte odieux.

http://www.metropolehaiti.com/metropole/full_une_fr.php?id=3698

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