Esclavage : quand notre douce France se donne le beau rôle

Les vérités occultées

Depuis 2006, le 10 mai est en France la Journée consacrée à la mémoire de l’esclavage et de ses abolitions. Cependant, cette mémoire officielle est en réalité oublieuse, sélective, pour ne pas dire mensongère. Elle laisse volontairement de côté certaines interrogations essentielles, et notamment, la problématique cruciale des responsabilités et des bénéfices engrangés. Il convient donc de poser la question suivante : à qui a profité la traite négrière ?

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On commémore les victimes de l’esclavage, mais on préfère ne rien dire des coupables, lesquels ont été épargnés, voire indemnisés par la République après l’abolition. Et quand aujourd’hui les associations demandent qu’on débatte des réparations, dont on parle dans le monde entier, et qui ont été mises en œuvre dans bien d’autres contextes, le président Hollande bafoue les engagement s pris par son premier ministre, Jean-Marc Ayrault, instrumentalise Aimé Césaire, et trahit la pensée de celui-ci en invoquant « l’impossible réparation ». Peu après le 10 mai 2013, Marine Le Pen a félicité François Hollande d’avoir refusé tout débat sur les réparations…

Les coupables sont morts depuis longtemps, c’est vrai, mais l’argent, lui, ne meurt jamais . Il a été transmis aux héritiers des négriers de génération en génération, et de nombreuses entreprises et de nombreuses fortunes françaises se sont ainsi constituées sur la déportation, sur le sang et sur la mort de masse, racialisée. Ce n’est pas un hasard si les descendants d’esclaves sont en moyenne plus pauvres que les autres Français, et a fortiori que les descendants d’esclavagistes. Si l’on célèbre la mémoire de l’esclavage, il faut aussi faire la lumière sur toute cette histoire, pour faire émerger les vérités occultées et mettre en place une vraie politique de réparation.

I Institutions financières issues de l’esclavage colonial en France et en Europe

A l’occasion du 10 mai 2014, les associations et les syndicats ont décidé d’interpeller plusieurs institutions de premier plan concernant leurs liens avec la traite négrière. En effet, ces établissements figurent parmi les principaux bénéficiaires de la traite, et ont fondé leur capital initial en bonne partie sur « l’infâme trafic », comme on disait à l’époque.

Ces institutions, au nombre de trois, ont été choisies dans le domaine stratégique de la Banque. En effet, jamais la traite n’aurait pu prendre cette ampleur sans le soutien des établissements financiers, qui ont transformé un commerce d’aventuriers en un système de masse. A l’aube du capitalisme industriel, en injectant des liquidités en quantité pour mieux en recevoir, les banques ont joué un rôle déterminant, quoique rarement évoqué, dans la commission de ce crime contre l’humanité.

Ces trois institutions financières ont été créées sur des capitaux en bonne partie issus de l’esclavage, et ensemble, elles racontent une histoire qui montre que le financement de la traite fut un processus européen dans un système de mondialisation déjà largement rôdé.

bANQUE DE fRANCE
La Banque de France est fondée en 1800 sous l’égide de Napoléon. Dès le début, la plupart des financiers, régents et censeurs qui lui apportent leur crédit « moral » et surtout financier, sont des hommes d’affaires ayant des actions dans la traite ou des intérêts dans le commerce colonial, plusieurs même étant de véritables planteurs ou négriers.

Se trouvent dans cette situation onze régents au moins sur les quinze que compte la banque en 1800, et deux censeurs au moins sur trois. C’est le cas par exemple de :

-Alexandre Barrillon (planteur à Saint-Domingue, lutte les armes à la main pour défendre sa propriété lors de la révolte de 1791)
-Pierre-Léon Basterrèche (financier travaillant à Bayonne dans le milieu des armateurs)
-Carié-Bézard (possède 100 actions dans la Compagnie des Indes)
-Jean-Pierre Germain (possède 70 actions dans la Compagnie des Indes)
-Journu-Auber (négrier avéré, est partisan du rétablissement de l’esclavage)
-Joseph Hugues Lagarde (a fait fortune dans le commerce colonial)
-Lecoulteux (possède 200 actions dans la Compagnie des Indes)
-Mallet aîné (possède 1086 actions dans la Compagnie des Indes)
-Claude Périer (possède 250 actions dans la Compagnie des Indes)
-Jacques-Rose Récamier (a des liens financiers avec la Compagnie des Indes et avec des maisons de commerce à la Réunion)
-Jacques-Florent Robillard (a fait fortune dans la Manufacture des tabacs de Paris)
-Sabatier (possède 843 actions dans la Compagnie des Indes)

Perregaux lui-même, qui est à l’origine de l’institution, et qui devient le premier président de la Banque de France, possède 200 actions dans la Compagnie des Indes. Bref, plus de trois quarts des financiers de la Banque de France, à commencer par son premier président, sont liés au commerce colonial et à la traite négrière.
Et c’est la Banque de France elle-même qui a finalement recueilli les fonds issus de la liquidation de la Compagnie des Indes lorsque celle-ci fut dissoute en 1793. Par ailleurs, c’est aussi la Banque de France qui a recueilli en 1848 l’héritage de la Banque de Bordeaux, elle-même créée par Pierre Balguerie et issue du commerce triangulaire. Enfin, pour couronner le tout, le premier siège de la Banque de France est l’hôtel Massiac, lieu de rencontre de la haute finance parisienne et siège historique du lobby des planteurs de Saint-Domingue.

En d’autres termes, la banque de France est fondée par des capitaux en grande partie issus de la traite négrière et du commerce colonial. Son président, ses régents, ses censeurs et jusqu’au choix du siège, hôtel Massiac, tout révèle que c’est l’argent de la traite négrière et du commerce colonial qui a servi de base à la Banque de France, laquelle a ensuite financé toute l’économie française depuis plus de deux siècles.

Bref, l’esclavage n’a pas été mis en place par quelques bandits isolés, logés à Nantes ou à Bordeaux. Il a été mis en place par le Code noire, rédigé par Colbert (que célèbre régulièrement Arnaud Montebourg), et par les principaux financiers de la Banque de France. C’est la Banque de France qui a financé l’économie française depuis deux siècles, et c’est l’esclavage qui a en bonne partie financé la Banque de France.

La Banque Hottinguer a été très active dans la vie économique française. Elle a notamment participé à la création de la Compagnie Générale des Eaux (aujourd’hui Vivendi et Veolia), ainsi qu’à celle de la Compagnie d’Assurance Drouot (à l’origine du groupe Axa). Elle fait partie de ce qui est communément appelé la Haute Banque. Le Crédit suisse a racheté en 1997 la banque fondée par Jean Conrad Hottinger, impliquée dans le commerce triangulaire.

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À la fin du 18e siècle, Hans-Konrad Hottinger, originaire de Zurich, s’installe à Paris et crée en 1786 un établissement bancaire qui porte son nom. En 1799, Hans-Konrad adopte le prénom francisé de Jean-Conrad et ajoute la lettre « u » à son patronyme, devenant ainsi Jean-Conrad Hottinguer, fondateur de la Banque Hottinguer (prononcé « Hottingre » en français). La Banque Hottinguer prospère rapidement et Jean-Conrad est fait baron de l’Empire par Napoléon en 1810, titre transmissible au fils aîné à chaque génération.
De 1808 à 1811, Hottinguer est nommé à la tête d’un Cartel du coton, dont le bénéfice est estimé à plus de 2.000.000 francs. En 1811, la banque s’installe 20, rue du Sentier. Le négoce du coton prend une importance qui ne se démentira plus : la famille sera longtemps le plus gros importateur français. Dès 1786, Jean-Conrad avait ouvert au Havre une maison de commerce, spécialisée dans l’importation de coton et l’exportation de cotonnades. Il est commanditaire en propre de deux expéditions négrières qui aboutissent à la déportation directe de plus de 900 esclaves. Le négoce du coton sera longtemps prépondérant dans les activités de la banque.

Par ailleurs, de manière indirecte quoique massive, Hottinguer & Cie a participé, par des investissements dans les « ports d’esclaves » du Havre, de Nantes et de Marseille, à des entreprises de commerce outre-mer. Mais le secteur des assurances restera aussi privilégié par la banque, puisque l’on trouve jusque dans les années 1970 des Hottinguer administrateurs ou présidents des plus importantes compagnies d’assurances françaises (les Assurances générales, L’Union, Phénix…). Ces multiples activités permettent à la famille Hottinguer de s’enrichir. Le groupe Hottinguer participe à la construction du groupe Drouot, à l’origine du groupe Axa, et à la construction de la Compagnie des Eaux, qui donne par la suite la Lyonnaise des Eaux, dont les activités se retrouvent aujourd’hui chez Veolia et Vivendi.

« Cette dernière contribution est impossible à traduire en données économiques ou en pourcentages », relève l’historien Hans Fässler (Une Suisse esclavagiste. Voyage dans un pays au- dessus de tout soupçon). Pour le reste, on estime qu’entre le 17e et le 19e siècle, la Suisse aurait participé à la déportation et à l’exploitation de plus de 170’000 esclaves, soit 1,5% des quelque douze millions de victimes de la traite transatlantique. En tout cela, Hottinguer a joué un rôle décisif grâce à sa capacité à faire le lien entre les diverses métropoles européennes impliquées dans la traite négrière.

En 1997, la Banque Hottinguer est reprise par le groupe Crédit suisse et intégrée à sa filiale française. Le retour dans le giron d’un établissement helvétique apparaît comme l’aboutissement de l’histoire de la dynastie Hottinguer, qui retrouve ainsi le pays d’origine de ses fondateurs, après avoir exploité au passage des milliers d’esclaves.

Les Mallet sont originaires de Rouen, et se réfugient à Genève en 1557. Au XVIIe siècle, Jacques Mallet crée une banque à Genève, Gédéon Mallet, Cramer et Cie. Envoyé à Paris pour représenter la banque genevoise, Isaac Mallet crée en 1713 la banque Mallet. Son fils, Guillaume Mallet, dit Mallet l’aîné, devient l’un des régents de la Banque de France en 1800. Durant près de
135 ans, un membre de la famille Mallet occupe un siège au directoire de la Banque de France
(jusqu’à la réforme de 1936).
La banque Mallet est particulièrement investie dans la traite négrière. Par exemple, elle finance les négriers David et Abraham Gradis à Bordeaux, qui purent ainsi occuper Gorée en 1748 . Par ailleurs, Guillaume Mallet détient en propre 1086 actions dans la Compagnie des Indes, ce qui est considérable.

Pendant la Révolution, la Compagnie est soupçonnée d’activités contre-révolutionnaires, elle est liquidée, et ses biens, navires et marchandises, sont mis sous séquestre. Le tout pour une valeur de 2854400 livres. Mais après le 9 thermidor, la direction de la compagnie est recréée sous une forme réduite, avec dix personnes, dont Mallet. Le 30 mai 1795, Mallet et quatorze autres personnes vont à la Convention pour demander réparation et restitution des biens saisis. En juillet 1795, trois navires seulement sont rendus. Décidés à obtenir réparation totale, Mallet et les autres entament une procédure judiciaire contre l’État qui se termine en 1875.

La banque Mallet contribue à la création des premières compagnies d’assurance (Phénix, l’Union, La France) et vers 1840 à la construction des premiers chemins de fer (Compagnie du Nord, Paris-Lyon,…). Elle contribue aussi à la création de la Société Générale et du Crédit Immobilier, et participe à la fondation de la future Compagnie Générale Transatlantique et au début du Crédit Foncier de France.
Au XXe siècle, en 1966, pour acquérir une dimension lui permettant d’affronter la concurrence, la banque Mallet fusionne avec la banque de Neuflize, Schlumberger et Cie pour devenir la banque de Neuflize, Schlumberger, Mallet (NSM) à la fois banque privée et groupe financier. NSM accepte en 1972 une prise de participation du groupe hollandais Mees et Hope dans son capital. Celui-ci est repris par le groupe hollandais ABN lequel fusionne en 1990 avec le groupe hollandais AMRO. Aujourd’hui NSM est devenue la banque NSMD de Neuflize, Schlumberger, Mallet, Demachy et fait partie du groupe ABN-AMRO, contrôlé par les Pays-Bas.220px-Ernest-Antoine_Seillière_3 ex-PRESIDENT Du MEDEF

Ernest-Antoine Seillière de Laborde ex-President du MEDEF

Par ailleurs, Demachy-Seillière est le fonds d’investissement de la famille de l’ancien patron du Medef, Ernest-Antoine Seillière de Laborde, dont l’aïeul, Jean-Joseph de Laborde, possédait au XVIIIe siècle des navires négriers déportant hommes, femmes, enfants d’Afrique vers les Amériques, notamment vers l’Île de Saint-Domingue. Il y possédait au moins trois plantations de cannes à sucre dans la plaine des Cayes, où peinaient pour son compte environ 1400 esclaves.

En décembre 1773, il possédait à Saint Domingue 1 324 175 francs ; en février 1788, ses revenus atteignaient 2 608 780 francs. En outre, Jean-Joseph de Laborde était propriétaire d’au moins trois bateaux négriers : « le Rosalie » (prénom de son épouse), « le Pauline » et « le Natalie » (prénoms de ses deux filles).

Ernest-Antoine Seillière se trouve donc lié au capitalisme négrier à la fois par son aïeul, Jean-Joseph de Laborde, et par sa participation à la banque NSMD, issue en partie de la banque Mallet.

II- Familles bordelaises liées à l’esclavage colonial

Plusieurs familles bordelaises peuvent être mises en cause en raison de leurs activités négrières, comme par exemple la famille de Bethmann, la famille Gradis et la famille Balguerie- Stuttenberg.

1) Famille de Bethmann

La famille de Bethmann est issue de négociants protestants, ayant renforcé leur fortune sur la base de la traite négrière. Elle a participé à la traite négrière, renforçant ainsi son patrimoine, qui est aussi constitué aujourd’hui de propriétés viticoles.

Jean-Jacques de Bethmann arrive à Bordeaux en 1740. Il fonde une maison d’armement qui se lance dans le commerce colonial, tout en restant lié à l’activité bancaire de sa famille en Allemagne (aujourd’hui encore existe la banque de Bethmann en Allemagne, propriété du groupe ABN AMRO, qui a repris plusieurs actifs issus de la traite). Il épouse Elisabeth Desclaux, et fonde bientôt la maison de commerce et d’armement Bethmann & Desclaux qui fournit les colonies.

Il finance de nombreuses expéditions négrières, et s’associe pour ce faire avec le négociant Owerman. Son activité est couronnée de succès. En 1768, il est nommé premier consul impérial à Bordeaux, puis est anobli en 1776 par Joseph II du Saint Empire. Son arrière petit-fils, Alexandre de Bethmann, investit dans la viticulture et se lance dans le négoce de vin. Il est élu maire de Bordeaux entre 1867 et 1870. Une rue bordelaise lui rend hommage, la rue de Bethmann.
La famille de Bethmann possède encore un patrimoine important, et notamment le Chateau Olivier, inscrit à l’Inventaire des monuments historiques, et un domaine de 40 hectares qui fournit un cru classé en rouge et en blanc. Mort en 2012, l’héritier Jean-Jacques de Bethmann a été Président de l’Union des Crus Classés de Graves. Son épouse Reine-Claude et son fils Alexandre poursuivent son action.

Château Olivier, appartenant à la famille de Bethmann

Château Olivier, appartenant à la famille de Bethmann

2) La Famille Gradis

 rue David-Gradis, rebaptisée « rue David-négrier »La rue David-Gradis, rebaptisée « rue David-négrier » par le collectif « Débaptisons les rues de négriers » à Bordeaux (avril 2014)

L’une des dynasties les plus célèbres et les plus puissantes était sans doute celle des Gradis. Juifs portugais, les Gradis avaient émigré à Bordeaux au début du XVIIe siècle. Jusqu’à la fin du siècle, malgré de nombreuses tentatives, la famille n’avait guère prospéré. C’est à partir de leurs investissements dans les colonies qu’ils commencent à s’enrichir très notablement.

David Gradis (vers 1665-1751) fonde en 1696 une maison de commerce de vins et spiritueux et abandonne en 1711 le commerce de toiles pour s’installer à la Martinique où il fonde à Saint-Pierre, une affaire de commerce avec une succursale à Saint-Domingue. De retour à Bordeaux, il développe, avec son fils Abraham, son activité d’armateur sous le nom de Compagnie David Gradis et fils, nom qu’elle conservera jusqu’au XXe siècle.

A sa mort, son fils Abraham s’attache avec succès à poursuivre son oeuvre. Les Gradis deviennent alors les plus grands négociants de Bordeaux, et leur entreprise franco-antillaise, l’une des plus prospères. Abraham Gradis devient si riche, grâce au commerce avec les Antilles, que c’est à lui que s’adresse le roi pour recevoir plusieurs millions d’avances, pour approvisionner le Canada et pour armer de nombreux navires pendant la guerre de Succession d’Autriche.

A cette occasion, Abraham Gradis obtient du surintendant du commerce l’exclusivité du commerce avec le Canada. En 1756, il est chargé d’acheminer dépêches et ordres secret vers le Canada. En 1763, le ministre de la Marine Choiseul lui confie le commerce des possessions françaises d’Afrique occidentale, où il avait acheté l’île de Gorée, puis de Cayenne et des Antilles. David et Abraham Gradis sont financés massivement par les banquiers Cottin, Banquet et Mallet. C’est en partie grâce à ce soutien que ces derniers purent occuper Gorée en 1748.

Plus tard, dans les années 1764-1770, on fait encore appel à Gradis pour approvisionner les colonies et pour introduire aux îles l’or dont elles ont besoin pour développer leur commerce. L’influence de ce personnage, qui doit tout aux Antilles, était si grande, les services qu’il avait rendus à la monarchie si précieux, qu’on n’hésita pas en 1779, pour le récompenser, à lui accorder « les droits des Français », distinction qui n’était jamais accordée à cette époque aux Juifs. Quand il mourut en 1780, sa fortune fut évaluée à 8 millions de livres, soit environ la moitié du montant des exportations de la Martinique vers la France à cette époque.

Abraham étant mort sans postérité, c’est son neveu David II Gradis (1742-1811) qui lui succéda à la tête de la maison de commerce et d’armement. À sa mort, son neveu Benjamin III Gradis (1789-1858) prit la direction de la maison de commerce. Après les turbulences de 1789 et du blocus continental, la famille Gradis parvient à reprendre le transport et le négoce du sucre de la Martinique.

Jusqu’à sa fermeture au XXe siècle, l’usine de Gradis à Basse-Pointe en Martinique continue d’enrichir la famille Gradis. Existent encore aujourd’hui les vestiges du « Pont de Gradis », qui transportait les wagons de canne vers l’usine de Gradis. Le pont de Gradis relie l’habitation Eyma où est né Aimé Césaire (rebaptisé Quartier Eyma- Aimé Césaire) à l’Habitation Gradis.

La grève de 1900, qui est assurément l’une des plus grandes de l’histoire de la Martinique, et qui fut marquée par une répression féroce, partit d’un mouvement d’ouvriers de l’Usine Gradis, protestant contre le salaire de misère qui était le leur. Une chanson composée à cette occasion est demeurée célèbre encore aujourd’hui, « Missié Michel pa lé baye dé francs » (Monsieur Michel ne veut pas donner deux francs).

En 1914, les régions productrices de sucre de betterave étant occupées par les Allemands, le gouvernement français charge les établissements Gradis d’assurer le ravitaillement sucrier de la France. En 1921, la maison Gradis prend le nom de Société française pour le commerce avec les colonies et l’étranger (SFCCE) et devient ensuite une société anonyme, la « Société pour la Commerce avec l’Outre-Mer » (1957), au capital de 2 380 000 euros, dont le siège est à Paris et qui est membre des « Hénokiens ». En 2005, la SFCO se spécialise dans la gestion de fonds, l’étude et à la réalisation d’investissements financiers.

3) La Famille Balguerie-Stuttenberg

Né en 1778, Pierre Balguerie est négociant et armateur dans le milieu bordelais . Il crée en effet une société d’armement qui prospère sous l’empire. De son mariage avec Sophie-Suzanne Stuttenberg, fille de négociant en vin, il a trois filles, dont l’aînée, Henriette Balguerie-Stuttenberg, épouse Charles-Alexandre de Bethmann, dont la famille est également impliquée dans le commerce triangulaire. A partir de 1814, avec Sarget et Verdonnet, Pierre Balguerie investit dans le commerce négrier et fonde bientôt la Banque de Bordeaux, qui sera ensuite absorbée par la Banque de France.

Décidé à financer la construction du Pont de pierre, que ni la ville ni l’Etat ne pouvaient financer, Pierre Balguerie-Stuttenberg apporte les financements nécessaires au gouvernement en échange de l’exploitation et du droit de péage, qui leur est accordé par concession pour 99 ans.

Aujourd’hui encore existent à Bordeaux le Cours Balguerie-Stuttenberg, ainsi que la compagnie de transport maritime Balguerie, employant 700 professionnels et regroupant 35 sociétés implantées dans les principaux ports et villes de France…

Cours Balguerie-Stuttenberg à Bordeaux
Cours Balguerie-Stuttenberg à Bordeaux

Dossier de presse
Esclavage et réparations
CGT, Solidaires, CRAN, CO-10 mai

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