LA TERRE SOUS PRESSION

Très bon documentaire où la terre est présentée comme un super-système très complexe grâce aux nombreux satellites et missions spatiales

(Regardez  en  mode plein écran)

La technologie actuelle nous permet, grâce aux nombreux satellites et missions spatiales, de voir la Terre d’une façon différente et plus précise.

Les courants marins contenant nutriments ou planctons, les vents de sable, les nuages de vapeur ou de volcan, les radiations électromagnétiques sont visibles grâce à ces millions d’informations collectées dans l’espace.

Les images satellites permettent de regarder respirer l’immense forêt amazonienne, écosystème unique dont les scientifiques commencent à peine à comprendre le fonctionnement.

Grâce à elles également, un ouragan observé de l’intérieur, apparaît comme une structure extrêmement bien organisée capable de transformer l’océan en énergie.

Ainsi, l’équilibre fragile de l’atmosphère et de la vie sur Terre se dessine sous nos yeux. Ce film invite le téléspectateur à s’émerveiller devant ces images et à s’interroger sur l’évolution de notre planète.

 

 

 

 

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Haïti survivra-t-elle ?

 

Haïti survivra-t-elle ?

par Pierre D. EDUGÈNE

« Il est dangereux de ne pas connaître la réalité du monde dans lequel on vit. »

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Après avoir connu tant de convulsions politiques et tant de cataclysmes dans son histoire récente, Haïti était en droit d’espérer des lendemains meilleurs, beaucoup plus reluisants. Mais les perspectives d’avenir, à court, à moyen et à long terme, ne sont guère rassurantes. Et les problèmes ne seront pas uniquement d’ordre politique.

Lorsqu’une majorité de chefs d’État de la planète se réunit, alliés et adversaires confondus, pour parler exclusivement d’un sujet, autre que les habituelles questions économiques ou de problèmes relatifs à la sécurité de leur région, cela est symptomatique d’un problème majeur. La situation doit être suffisamment inquiétante qu’elle requiert une attention soutenue et immédiate de la part de ces chefs d’État. La dernière fois qu’une conférence du genre avait eu lieu, c’était en 2009 à Copenhague. Un sommet extraordinaire sur le sujet, convoqué d’urgence et réunissant cent vingt chefs d’État, se tenait ce 23 septembre 2014 au siège de l’ONU sous l’égide du secrétaire général de l’organisation, M. Ban Ki Mon. Ce n’est pas un fait divers. En pareille circonstance, le commun des mortels se doit d’être alerté. Un nouveau tête-à-tête, toujours autour du même problème, est prévu l’an prochain, à Paris. L’objet de ces retrouvailles : la décomposition accélérée du climat. Les lois qui régissaient le climat de la terre sont en train d’être déréglées plus vite que prévu. Certains événements attendus dans une cinquantaine d’années se produisent maintenant. Le problème, c’est le rythme de progression du phénomène. Les effets se font ressentir de plus en plus intensément dans plusieurs régions du monde et commencent à avoir de nombreuses conséquences sur l’ensemble de la planète. Ce qui risque d’ébranler sérieusement les fragiles équilibres mondiaux non seulement sur le plan économique, mais aussi sur le plan social et politique.

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Le réchauffement du système climatique est sans équivoque et, depuis les années 1950, beaucoup de changements observés sont sans précédent depuis des décennies voire des millénaires. L’influence de l’homme sur le système climatique est clairement établie. L’atmosphère et l’océan se sont réchauffés, la couverture de neige et de glace a diminué, le niveau des mers s’est élevé et les concentrations des gaz à effet de serre ont augmenté. Dans le futur, la vulnérabilité ne dépendra pas seulement des changements climatiques mais aussi des voies de développement. GIEC, 2013 : Résumé à l’intention des décideurs, Changements climatiques 2013 : Les éléments scientifiques.

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Tous, nous avons entendu parler du dérèglement climatique. Planète en crise, planète malade : ces expressions et qualificatifs, en effet, ont été souvent utilisés pour décrire la nouvelle problématique environnementale mondiale. Nous avions lu des articles (en diagonale pour certains) ou avions visionné des documentaires consacrés à ce sujet. Puis, sans trop se sentir concerné, chacun a continué à vaquer à ses occupations. Pourtant, des répercussions perceptibles de ce phénomène sont déjà à l’œuvre en Haïti même. Selon ce qui ressort de plus récentes recherches scientifiques, un drame silencieux et insidieux se noue actuellement dans les océans et menace particulièrement les petits États insulaires, dont Haïti. Le niveau des mers ne cesse de s’élever. Et la surélévation de l’océan est de trois à quatre fois plus rapide dans le bassin des Caraïbes. Il y a des régions qui sont beaucoup plus à risque que d’autres. Il existe des zones dites à « faible risque », des zones à « risque élevé » et des zones à « risque extrême ». Le bassin des Caraïbes, les Philippines, l’Indonésie et la Polynésie sont situés dans des zones à « risque extrême ».  Il s’agit d’un danger qui menace la viabilité de certains États et qui risque de provoquer l’effondrement complet de certains autres.

Aussi, Haïti est-elle directement concernée par ce problème. En tant que petit État insulaire, elle est classée parmi les pays, dont la population, les infrastructures, les terres agricoles et les ressources en eau potable sont les plus vulnérables du fait plus particulièrement de l’élévation du niveau de la mer. Mieux : certaines organisations la font figurer en quatrième position de l’index de vulnérabilité des nations au monde qui ont déjà pâti et auraient encore à souffrir le plus sévèrement des conséquences du dérèglement climatique.

Au début du mois de novembre 2013, l’institution Germanwatch (qui dépend en partie du gouvernement allemand) a, quant à elle, placé Haïti en deuxième position des pays qui seront les plus vulnérables aux graves perturbations du réchauffement en cours de la planète.

Index de vulnérabilité des nations au changement climatique

                       Index de vulnérabilité des nations au changement climatique

Bien sûr qu’Haïti ne pourra pas s’en sortir, seule, de ce problème colossal. Le phénomène est mondial. Mais il faudrait tout au moins qu’elle commence sérieusement par s’en préoccuper. Des cyclones de même intensité peuvent frapper la République dominicaine, Cuba et Haïti, les dégâts matériels et humains seront nettement toujours plus importants en Haïti. Ce n’est pas un hasard.

Le but de ce texte est donc de sensibiliser l’opinion, d’informer la population des risques qu’elle court, d’alerter les pouvoirs publics, de les inciter à mettre en place des stratégies de parade et à intégrer  les conséquences du dérèglement climatique dans les programmes d’investissement et dans le processus de développement afin de doter le pays d’une certaine capacité de résilience et par souci de réduire la vulnérabilité de la population et de nos infrastructures face aux impacts prévisibles du   réchauffement climatique. L’intention n’est surtout pas de susciter la panique. Le réchauffement climatique ne procède pas de spéculations catastrophistes, mais de faits scientifiques solidement établis. Il ne découle pas non plus de parti-pris idéologique ou de positionnement politique. Dans cette affaire, la partisannerie devrait être écartée et il serait bon de dégager un consensus le plus large possible autour de la question. Car c’est un problème qui engage le pays tout entier et la société dans son ensemble.

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Le changement climatique est une épée de Damoclès suspendue sur la tête du pays. On en parle peu en Haïti. Et pour cause. Le dérèglement climatique est un phénomène très complexe et sa compréhension requiert quelques efforts cérébraux. La lecture des documents sur le sujet n’est pas trop limpide.  C’est de la science. Les textes sont en anglais et font en moyenne un millier de pages. De plus, ils sont écrits dans un langage hautement scientifique (particulièrement le 1er volet du Rapport 2013 sur « les éléments scientifiques » du premier Groupe de travail GT 1) du GIEC[1] Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (3000 scientifiques). Avec des phrases du genre: « within each pressure triangle, Gaussian low-pass filtered curves and estimated linear trends of the 99th percentile of these geostrophic wind speeds for winter are shown… », Ce n’est pas évident pour un non-initié. Les scientifiques en général n’écrivent pas pour un large public, mais pour un cercle restreint. À l’inverse des politiques, ils ne savent pas communiquer. Il y a donc des lacunes à combler au niveau de l’information. Autant pour les populations exposées que pour les décideurs institutionnels. L’information étant une des étapes clés dans le processus de décisions et de mise en place d’une politique de prévention et de réduction des risques de catastrophe, quelques-uns doivent se charger de la relayer et de partager les informations.

Avant d’examiner plus en profondeur le cas d’Haïti et pour garantir la véracité de nos propos, il nous a paru nécessaire de procéder à une revue sommaire des déclarations des principaux leaders politiques mondiaux et à une rapide synthèse des conclusions de certains rapports scientifiques notamment celui du Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC 3000 scientifiques), le rapport de la Maison-Blanche et celui de la Banque Mondiale.

Sachant qu’il est important pour bien appréhender un problème, d’être au préalable en mesure de l’identifier et d’en comprendre les causes, nous serions amenés à expliciter certains aspects scientifiques contenus dans les rapports d’évaluation précédemment cités. Toutefois, notre objectif étant d’éveiller les consciences à l’imminence d’un danger potentiel, nous essaierons d’éviter au maximum l’emploi de mots savants. Après la lecture de l’article, même le lecteur le moins averti des questions climatiques sera édifié et devrait même être en mesure d’éclairer la lanterne d’autres personnes. C’est notre vœu. Quoi qu’il en soit, il est crucial de comprendre le problème. Nous essaierons de le décrypter quelque peu pour vous.

Ensuite, nous verrons pourquoi Haïti figure en aussi bonne place sur la liste des pays qui devront faire les frais de ce dérèglement climatique et si de ces milliers d’îles dont les scientifiques pensent qu’elles seront englouties par la mer,  Haïti en fait partie.

Le danger est réel et il est déjà à l’œuvre

C’est Ban Ki Mon, le Secrétaire général des Nations unies, qui l’affirme. « Pendant trop longtemps, dit-il, nous avons sous-estimé l’urgence du changement climatique. Il est temps de se réveiller … Le changement climatique est réel, il ne connaît pas de frontières … . Pourtant même à l’heure actuelle, peu de personnes réalisent vraiment la gravité de la menace ou son immédiateté. Maintenant, je crois que nous sommes au bord de la catastrophe si nous n’agissons pas».

Dans le même registre, le ministre français des Affaires Étrangères M. Laurent Fabius récemment en visite en Chine a fait l’annonce suivante : «Il est minuit moins cinq pour le climat. Nous avons 500 jours pour éviter une catastrophe climatique. C’est l’avenir de l’humanité qui est en jeu dans cette affaire ».

L’on pourra citer également un autre ministre des Affaires Étrangères, l’américain M. John Kerry. Dans un sens, a-t-il dit, lors de sa visite en Indonésie, « le changement climatique peut être considéré comme une autre arme de destruction massive, peut-être l’arme la plus terrifiante ». Une menace plus importante que « le terrorisme, les épidémies, la prolifération des armes de destruction massive. » En ce qui a trait à la dangereuse élévation du niveau de la mer, il a ajouté qu’une hausse du niveau de la mer de un mètre « suffirait à engloutir la moitié de Jakarta ». Signalons au passage que la superficie de Jakarta, la capitale de l’Indonésie, est de 664 km². Celle de Port-au-Prince, la plus grande ville d’Haïti, si cela peut donner une idée, ne fait jamais que près de 38 km².

La dégradation du climat n’est pas seulement une source de préoccupations majeures des leaders politiques mondiaux. Le sujet est placé au premier rang des préoccupations des militaires, des banquiers, des assureurs et des grandes entreprises transnationales, telles que Nestlé, Apple, Acer, Symantec, Levy Strauss, Autodesk, General Motors Company, Microsoft, Unilever, etc.  Aux dires de ces dernières, « le dérèglement climatique fait peser une véritable menace sur la santé et la prospérité de leur pays, de leur communauté et de leurs familles. » Pour ces grandes multinationales, « il n’est pas question de fonder un vain espoir dans le fait que tous ces scientifiques pourraient bien se tromper, » affirment-elles dans un communiqué conjoint.

Dans un rapport rendu public le lundi 13 octobre 2014, le Pentagone s’alarme des « risques immédiats » que posent les effets du changement climatique pour la sécurité nationale des États-Unis et leurs opérations militaires dans le monde. Face au changement climatique, l’armée doit se tenir prête. « Nous avons déjà vu ces événements se produire dans d’autres régions du monde, et il existe des signes inquiétants qui laissent penser que le changement climatique peut mettre gravement en danger la stabilité de notre propre hémisphère« . « Dans les Caraïbes, à cause de la hausse du niveau de la mer … certaines îles devraient être complètement évacuées » a déclaré ce même lundi le ministre américain de la Défense Chuck Hagel lors d’une conférence réunissant les ministres de la Défense du continent américain au Pérou.

Une menace planétaire sérieuse et préoccupante

Le 6 mai 2014 paraissait pour le compte de la Maison-Blanche, un rapport d’évaluation du climat aux États-Unis, « The National Climate Assessment ». Selon ce rapport de près d’un millier de pages rédigées par plus de 300 scientifiques et experts, le changement climatique attribuable à « l’effet de serre » autrefois considéré comme un problème lointain s’est soudainement installé dans le présent. Il est passé de l’état d’une menace lointaine au stade de danger actuel. Et aucun Américain ne sera épargné, souligne le rapport. Ce dérèglement climatique est en train de transformer notablement America the beautiful, l’Amérique la Superbe en une affreuse Amérique, houleuse et dangereuse, ont titré en manchette certains médias américains à la sortie du document.

Selon un des auteurs principaux de ce rapport M. Don Wuebless. « Il ne s’agit pas de se demander si le climat est en train de changer. Non seulement il est en train de changer, mais il change à un rythme dix fois plus rapide qu’on ne l’avait prévu… Les températures moyennes ont augmenté de près de 2° depuis le début du siècle dernier, et pourraient augmenter de 10° d’ici la fin du siècle ; le niveau des mers pourrait s’élever jusqu’à deux mètres ; les villes côtières sont inondées plus régulièrement lors des tempêtes et des marées hautes ; les localités à l’intérieur des terres proches des grandes rivières connaissent davantage d’inondations ; les étés sont plus longs et plus chauds et les périodes de chaleur inhabituelle durent plus longtemps. Ce qu’aucun américain vivant n’avait jamais connu ; les hivers sont généralement plus courts et plus chauds, les averses sont plus fortes ; les tempêtes géantes semblables à Sandy deviendront monnaie courante …et cela devra s’aggraver tout au long de ce siècle et au-delà », indique le rapport qui conclut en exhortant le peuple américain “de se préparer à faire face aux conséquences incalculables du dérèglement climatique. »

De son côté,  le président Obama a déclaré ceci : « La réalité du changement climatique est quelque chose que nous ne pouvons pas nous permettre de nier. Ce sera un des défis les plus périlleux auquel la nation américaine aura à faire face ».

Deux mois avant la parution du rapport d’évaluation du climat aux États-Unis, soit le 31 mars dernier, le Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat, le GIEC, avait rendu public le deuxième volet de son cinquième rapport sur le dérèglement climatique sous la forme d’un résumé à l’intention des décideurs. Leur constat était sans appel. Notre planète « suit une mauvaise trajectoire ».

Selon le GIEC «l’élévation du niveau de la mer devrait intensifier les inondations, les ondes de tempête, l’érosion et d’autres phénomènes côtiers dangereux (submersion partielle ou totale de vastes régions côtières) menaceront les infrastructures, les établissements humains et les installations vitales pour les populations insulaires ».  Et il y a « plusieurs raisons de s’inquiéter », à cause de « de la montée alarmante du niveau de la mer qui entraînera une reconfiguration mondiale des côtes, des milliers d’îles qui seront submergées, des réfugiés climatiques par centaines de millions, des sécheresses sévères, de la réduction significative  des eaux de surface et souterraines, de la réduction drastique des récoltes agricoles, des cyclones nettement plus intenses, de l’insécurité alimentaire qui pourrait toucher des milliards de personnes, des risques de conflits violents entre États, de l’aggravation de la montée de la pauvreté, les chocs économiques,  la résurgence de virus et des conséquences incommensurables non encore prévisibles ou chiffrables »


[1] Le GIEC est un organisme intergouvernemental ouvert à tous les pays membres de l’ONU. Il est la référence internationale en matière de climat. Il a été créé en novembre 1988, à la demande du G8 par deux organismes de l’ONU : l’Organisme de météorologique mondiale (OMM) et par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE). L’une des principales activités du GIEC consiste à procéder, à intervalles réguliers, à une évaluation de l’état des connaissances relatives aux changements climatiques. Le GIEC élabore aussi des rapports spéciaux et des documents techniques sur des sujets qui nécessitent des informations et des avis scientifiques indépendants

Élévation du Niveau de la mer de 1993 à 2013

Courtoisie NASA

Courtoisie NASA

Le rapport indique que « d’ici le milieu du siècle les changements climatiques devraient réduire les ressources en eau dans de nombreuses îles, par exemple dans les Caraïbes et le Pacifique, à tel point que la demande ne pourra plus être satisfaite pendant les périodes de faible pluviosité ». Que dire alors pendant les périodes de sécheresse, sommes-nous tentés d’ajouter ?

Les experts du GIEC certifient que leurs prévisions sont basées sur près de dix mille (10.000) travaux de recherche et sur des modélisations informatiques et mathématiques dans lesquelles ils ont une « confiance accrue ». Dans la majorité des cas, les faits sont clairement établis. D’après eux, l’évaluation de la probabilité de survenance pour l’ensemble de ces événements est associée avec un degré de confiance élevé (95 %).  Ils affirment que « les effets cumulés de changements continus dans l’environnement peuvent atteindre des seuils qui se traduiront par des changements brutaux et irréversibles ».

Aussi, dans le «Résumé à l’intention des décideurs » les experts du Groupe Intergouvernemental d’Experts sur l’Évolution du Climat (GIEC) préviennent que : « De nouvelles émissions de gaz à effet de serre impliqueront une poursuite du réchauffement et des changements affectant toutes les composantes du système climatique. Pour limiter le changement climatique, il faudra réduire notablement et durablement les émissions de gaz à effet de serre. » GIEC, 2013: Résumé à l’intention des décideurs, Changements climatiques 2013: Les éléments scientifiques. {6, 11–14}

Les experts accentuent cette notion de seuil à ne pas dépasser. La hausse de la température moyenne de la planète due aux émissions de « gaz à effet de serre » dans l’atmosphère doit être circonscrite à moins de 2℃ par rapport à l’ère préindustrielle. Ce sur quoi d’ailleursles dirigeants du monde s’étaient d’ailleurs engagés en 2009 à Copenhague. Au-delà de ce seuil, on pourrait franchir un « point de basculement », c’est-à-dire un point de non-retour. Ce sera fort probablement l’emballement du climat. Ce qui nous précipitera en même temps dans un autre monde.

Un monde tellement différent qu’il est difficile de le décrire

Cette affirmation ne vient pas de nous. Elle émane du président du groupe de la Banque mondiale, Jim Yong Ki s’exprimant dans le préambule d’un rapport préparé pour la Banque par le respectable Potsdam Institute for Climate Impact Research et Climate Analytics et intitulé «Turn Down The Heat: Why a 4°C Warmer World Must be Avoided  » – [Baissons la chaleur : pourquoi il faut absolument éviter une élévation de 4°C de la température de la planète]

Nous retiendrons pour vous deux déclarations solennelles et documentées de ce rapport et nous ne croyons pas devoir ajouter le moindre commentaire à cet exposé des faits, car cela résume de manière éloquente la situation.

1) – « Si les promesses ne sont pas tenues (limite des 2°C), une élévation de température de 4°C pourrait intervenir dès les années 2060. Et même si le réchauffement climatique est limité à 2°C, le niveau moyen du niveau de la mer pourrait continuer à monter à l’échelle planétaire, certaines estimations prévoyant une élévation de 1,5 à 4 mètres au-dessus des niveaux actuels… Pour contenir la montée des eaux au-dessous de 2 mètres, il faudrait probablement réussir à maintenir le réchauffement nettement au-dessous de 1,5°C ». Une élévation de la mer d’environ cinquante centimètres suffit seulement pour inonder un bon nombre des grandes métropoles du monde, croient la plupart des experts scientifiques.

2) –  « Si le réchauffement climatique mondial approche ou dépasse les 2 °C, cela risque de déclencher des éléments de basculement non linéaires : par exemple, la fonte de la calotte glacière de l’Antarctique occidental, qui donnerait lieu à une élévation plus rapide du niveau des mers, ou le dépérissement de la forêt amazonienne, qui affecterait énormément les écosystèmes, les fleuves, l’agriculture, la production énergétique et les moyens de subsistance. De tels phénomènes viendraient encore renforcer le réchauffement mondial du XXIe siècle et auraient une incidence sur des continents entiers. » Pour ne citer que cela.

Aussi, selon le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim « Nous pouvons et nous devons éviter une hausse de 4 degrés. Il faut limiter le réchauffement à 2 degrés. Si nous n’agissons pas suffisamment contre le changement climatique, nous risquons de léguer à nos enfants un monde radicalement différent de celui que nous connaissons aujourd’hui. Ce monde serait tellement différent de celui dans lequel nous vivons qu’il est difficile de le décrire » avertit le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim.

Des îles disparaitront

Selon un responsable scientifique du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), Mme Jacqueline Mc Glade : « Certaines îles sont en grand danger de disparition dans les décennies à venir, car elles pourraient facilement perdre la protection de leurs côtes assurée par les récifs coralliens, souffrir de tempêtes et de la hausse du niveau de la mer… Toutefois c’est le changement climatique qui aura le plus fort impact et son atténuation ne fera que retarder l’incursion inexorable de la mer à l’intérieur des îles.»

Ici il conviendrait peut-être d’apporter certaines précisions. Certaines îles sont dans une meilleure position que d’autres.  Ainsi en est-il des îles continentales, on les appelle d’ailleurs des îles-continents, par ce qu’a un certain moment de la durée, elles étaient rattachées à un continent. C’est le cas de la Grande-Bretagne, de l’Australie, de l’Irlande, de Madagascar, etc. Ces îles-là ne sont pas menacées à court ou à moyen terme d’être englouties par la mer, même si elles sont tout aussi bien vulnérables.

Ensuite il y a les îles dites océaniques. L’océan les a pondues et fait éclore. Souvent, elles apparaissent à la suite de processus de refroidissement et de solidification de coulées de lave provenant d’éruptions de volcans. Ou encore à la suite de mouvements tectoniques, d’épisodes d’entrechoquement de plaques océaniques entre elles, des fois glissant l’une sous l’autre, créant ce qu’on appelle une dorsale qui émerge à la surface. Ce sont surtout ces îles qui sont menacées de totale submersion, comme il en va dans la déclaration du responsable scientifique du PNUE entre autres.VOLCANS chapelt

Relief sous-marin allongé, large de quelques centaines de kilomètres, dominant de 2000 à 3000 mètres les plaines abyssales et situé généralement à plus de 1 000 m de profondeur ; parfois la dorsale émerge. En son milieu, apparaît habituellement un fossé d’effondrement dénommé rift au centre duquel s’observe une activité volcanique (Source : Atlas des Espaces océaniques)

Haïti, en principe, fait partie de ces îles océaniques. Mais il y a une spécificité haïtienne. Là encore. Bien qu’appartenant à l’arc insulaire des Grandes Antilles, Haïti, compte tenu de sa formation géologique et de ses caractéristiques géochimiques, semble ne pas répondre totalement à la définition classique de cette catégorie d’îles. La terre d’Haïti n’a pas de tout temps été à cette place. Elle a fait du chemin.

 Il y a trois ans, une équipe de chercheurs de l’Université de Floride ont mené des enquêtes de terrain en Haïti. Ils ont été comme abasourdis par les résultats de leurs recherches qui ont été publiés dans un article paru dans la revue scientifique Nature Geosciences, « Ancient lithospheric source for Quaternary lavas in Hispaniola » [1].

Ils ont découvert que les roches d’Haïti dataient de plus d’un milliard d’années. Or, jusqu’à cette découverte, les géologues croyaient qu’Haïti, comme la plupart des autres îles de la région, n’était âgée que de 150 millions d’années. Ils ont ensuite noté que les caractéristiques chimiques de ces roches ne se retrouvaient dans le substrat rocheux d’aucune autre île de la Caraïbe.  En revanche, ils ont constaté que la signature isotopique de ces roches (sorte d’ADN inorganique comme le décrit G. Kamenov l’un des auteurs principaux de l’étude) était identique à celle qu’on retrouve ordinairement dans des roches de régions stables situées à des milliers de kilomètres de là, à l’intérieur d’un continent. En creusant un peu, l’équipe de chercheurs a fini par découvrir qu’en fait, Haïti repose sur le fragment d’un ancien supercontinent : le Gondwana[2] formé il y a 600 millions d’années et qui lors de sa dislocation en plusieurs blocs, il y a 200 millions d’années, aurait laissé échapper un fragment qui a dérivé sur une distance de plus de 1000 à 1500 km pour former le socle de cette île aujourd’hui partagée par les deux républiques : Haïti et la République Dominicaine. Conclusion : au plan géologique, une partie d’Haïti serait donc à composante continentale. Mais, est-ce un facteur qui pourrait prévenir l’île d’être engloutie par les eaux. Nous verrons plus loin?


[1] Kamenov, G.D., Perfit, M.R., Lewis, J., Goss, A.R., Arevalo, R., and Shuster, R.D., 2011, Ancient lithospheric source for Quaternary lavas in Hispaniola. Nature Geoscience 4, 554–557 (2011) doi: 10.1038/ngeo1203 10 July 2011

[2] Le Gondwana

Au commencement, il n’y avait qu’un seul continent. Une seule masse que les géographes ont baptisée du nom de la Pangée. Puis ce bloc s’est disloquée en deux parties pour former de supercontinents : l’un au nord dénommé Laurasia ; l’autre au sud dénommé Gondwana. Ce supercontinent s’est lui-même ensuite disloqué pour former d’autres continents dont l’Afrique, l’Australie, l’Antarctique l’Amérique du Sud, etc. En regardant le tracé du littoral de chacun de ces continents on s’aperçoit qu’ils peuvent s’emboîter l’un dans l’autre.

À suivre

Haïti survivra-t-elle : Une vérité invraisemblable  (2ème partie)

http://natureisspeaking.org/theocean.html

 

POURQUOI LES HAÏTIENS SONT-ILS SI PAUVRES ?

Pourquoi Haïti est-elle si pauvre ?

GALETTES DE TERRE POUR APAISER LA FAIM

GALETTES DE BOUE POUR APAISER LA FAIM

Ce titre est celui d’un article de Daron Acemoglu et James Robinson disponible sur leur blog http://whynationsfail.com. Il s’agit de deux des penseurs de l’économie du développement les plus connus au cours de la dernière décennie. Dans le milieu académique, on voit dans le profil d’Acemoglu celui d’un futur prix Nobel d’économie tant il est prolifique et tant sa contribution aux sciences économiques est cruciale et significative. Professeur au département d’économie du Massachussetts Institute of Technology (MIT), il a reçu en 2005 la médaille John Bates Clark récompensant des économistes de moins de 40 ans qui ont fait la contribution la plus significative à la pensée et au savoir économiques.

James Robinson, professeur à l’Université Harvard, est politologue et économiste, spécialiste de l’Amérique latine et de l’Afrique de renommée mondiale. Il conduit actuellement des recherches sur la République démocratique du Congo, la Sierra Léone, Haïti et la Colombie où il a enseigné pendant plusieurs années durant les sessions d’été à l’Université Los Andes. Les deux professeurs sont connus notamment pour leurs contributions essentielles montrant l’importance des institutions dans le développement économique à l’aide des données historiques à l’échelle internationale. Ils démontrent que les origines coloniales représentent un déterminant important des institutions contemporaines des anciennes colonies et donc leur niveau de développement économique. Donc, il m’a semblé très opportun d’avoir l’opinion de ces sommités sur les éventuelles causes de la pauvreté haïtienne. La lecture de leur chronique m’a conforté dans ma conviction de l’obligation et de la responsabilité de l’élite intellectuelle haïtienne de prendre le leadership de la pensée sur le développement national. Je reprends ici l’essence de l’article d’Acemoglu et de Robinson.

En effet, l’énigme pour les penseurs de l’économie du développement consiste à expliquer pourquoi Haïti, qui disposait en 1960 du même niveau de vie, représenté par le produit intérieur brut (PIB) par habitant, que la République dominicaine, garde aujourd’hui, un demi-siècle plus tard, un PIB par habitant d’à peine 13 % de celui de son voisin dominicain et de 2.5% de celui de son voisin américain.Comme explications à cet état lamentable, il ne manque pas d’explications mais la majeure partie d’entre elles sont insatisfaisantes, affirment Acemoglu et Robinson. Ces derniers ont fait un état des lieux des facteurs les plus cités en commençant par ceux évoqués par Jared Diamond qui, dans son livre intitulé Collapse (Effondrement*), explique la pauvreté d’Haïti par rapport à la République dominicaine, par des facteurs géographiques.

Jared Mason Diamond est un biologiste évolutionniste américain, également physiologiste et géonomiste (qui étudie les rapports entre les sociétés humaines et leur environnement). Professeur de géographie à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), il est surtout connu pour ses ouvrages: De l’inégalité parmi les sociétés (prix Pulitzer en 1998) et Collapse.L’un de ses arguments dans Collapse est que les vents venant généralement de l’est sont bloqués par les hautes montagnes, réduisant ainsi les précipitations sur la partie haïtienne de l’île.

Ce faible niveau de pluie combiné à une faible qualité du sol et une plus forte densité de la population conduit, selon Diamond, à une déforestation en Haïti pendant que la République dominicaine arrive à maintenir sa forêt verte et une grande qualité de son sol. Il reconnaît que la forte densité de population était le résultat de l’implantation de l’agriculture en Haïti supportée par le commerce des esclaves tout en mentionnant d’autres facteurs sociaux et culturels. À ce niveau, d’autres auteurs estiment qu’il ne devrait pas y avoir de grande différence entre Haïti et la République dominicaine qui ont eu en commun ce douloureux passé colonial. Diamond démontre, à partir notamment des exemples d’Haïti et de la République dominicaine, que les choix d’une société peuvent conduire à son salut ou à sa ruine. Malheureusement, on ne peut pas prétendre que les choix de politiques publiques des dirigeants haïtiens arrivent à placer le pays dans les rangs de ceux qui concourent à leur salut.

Plus populaires que les explications géographiques sont les arguments culturels. Certains commentateurs, nous disent Acemoglu et Robinson, arrivent à la conclusion qu’Haïti est si pauvre à cause de son peuple. Dans un ouvrage datant de 2012 intitulé : «Haïti : the Aftershocks of History», Laurent Dubois tente de faire une importante correction de ces arguments, mentionnent Acemoglu et Robinson. Le professeur Dubois, spécialiste de l’histoire et de la culture de la France et de la Caraïbe, enseigne l’histoire à Duke University et est directeur du Centre d’études françaises et francophones et codirecteur du laboratoire sur Haïti de l’institut humanitaire Franklin. Il commence par rappeler les arguments culturels qui datent pour certains de plusieurs siècles.

Par exemple, Victor Cochinat, avocat, journaliste et écrivain martiniquais du XIXe siècle affirmait que « Les Haïtiens sont paresseux et ont « honte » de travailler,…,c’est pourquoi ils sont si pauvres. Ils dépensent trop d’argent dans le rhum ». Cochinat est connu pour avoir été secrétaire d’Alexandre Dumas père, et fut un temps rédacteur au Mousquetaire, au Figaro et à de nombreux journaux parisiens.

On peut toujours penser qu’il s’agit de divagations d’un excentrique explorateur du XIXe siècle, mais le professeur Dubois montre comment les mêmes arguments persistent encore aujourd’hui. Par exemple, les jours qui ont suivi le séisme du 12 janvier 2010, le télé-évangéliste Pat Robertson affirmait que les Haïtiens souffrent autant parce qu’ils avaient vendu leurs âmes au diable. Paradoxalement, aujourd’hui encore, des « pasteurs» et croyants haïtiens répètent ces mêmes inepties. Une version à peine plus polie de cet argument était venue d’un des plus influents chroniqueurs du New York Times, David Brooks, qui avait accusé Haïti d’avoir «des influences culturelles résistantes» y compris « l’influence de la religion vaudou»…

J’ai beaucoup hésité avant de citer ces arguments mais à bien y réfléchir je me suis dit qu’il est important de discuter de la perception d’Haïti par des étrangers, et pas des moindres puisqu’il s’agit d’intellectuels et leaders d’opinion influents au niveau mondial. Qui plus est, ces arguments sont incrustés dans l’imaginaire de beaucoup de nos concitoyens. Il suffit de faire un tour sur les forums haïtiens sur Internet ou écouter certains prédicateurs pour s’en rendre compte.

De pareilles arguties ont conduit leurs adeptes, notamment les internationaux,à réclamer ouvertement un protectorat pour Haïti. David Brooks a même préconisé «un paternalisme intrusif» qui devra faire changer la culture locale en faisant la promotion d’un «No excuses countercultures». J’avoue ne pas trop savoir ce que cela veut dire…Le livre du professeur Dubois, indiquent Acemoglu et Robinson, fait une lecture animée, dissipe ces perceptions et localise fermement les racines de la pauvreté d’Haïti dans son histoire. Nous aurons à montrer dans cette chronique, en nous servant d’ailleurs des résultats des travaux de recherche d’Acemoglu et de Robinson, comment Haïti a été l’une des colonies les plus extractives que les Européens eussent mises en place. La majorité de sa population travaillait comme esclaves dans les plantations pour leurs maîtres français.Un passé lourd de conséquences aujourd’hui encore.

Une histoire coûteuse et compromettante

Une estimation datant de 1789, citée par les auteurs, établit le nombre de gens libres sur l’île à 55 000 et les esclaves à 450 000, soit 88 % de la population. Haïti a été une colonie dystopique basée sur la terreur et la répression des esclaves. Des institutions cruelles octroyaient des punitions brutales à la plus petite des infractions des esclaves qui mouraient à des taux élevés, soit de la maladie, de la maltraitance, de la surcharge de travail, etc. Haïti a choqué le monde par sa formidable révolte des esclaves ayant conduit à son indépendance de la France en 1804, mais cette révolution n’a pas conduit à la création d’institutions inclusives, ont fait remarquer Acemoglu et Robinson. La lutte haïtienne contre les Français qui ont tenté de reprendre la colonie a été longue et coûteuse. Par exemple, le professeur Dubois soutient que les besoins budgétaires imposés par cette guerre continue ont rendu l’abolition de l’esclavage essentiellement impossible. Une façon de dire que la pratique esclavagiste a perduré même après l’indépendance.

On peut penser par exemple au paiement de la dette de l’indépendance, les 150 millions de francs-or extorqués par les Français, qui a constitué un lourd fardeau sur le dos des paysans haïtiens. Cet état de fait a engendré un retard considérable dans l’évolution de ce nouvel État indépendant en investissant dans une politique de militarisation excessive après l’indépendance. Mais, peut-être plus important encore, selon Acemoglu et Robinson, est le cercle vicieux créé par les institutions extractives postindépendance qui oeuvrent au profit d’un groupe ou d’un clan au détriment de la collectivité.

On en garde encore des séquelles pour ne pas dire l’essentiel. Selon Acemoglu et Robinson, il y avait des contraintes suffisantes sur le pouvoir des chefs d’État durant la période postindépendance comme Dessalines, Christophe ou Pétion qui s’érigeront en élite exploitant les Haïtiens par les mêmes moyens que les Français avaient utilisés auparavent. On ne peut sûrement pas mettre les trois dans le même panier mais l’argument garde toute son essence.

Le professeur Dubois montre comment l’histoire d’après l’indépendance d’Haïti a influencé sa politique ultérieure avec notamment la persistance des institutions extractives coloniales qui ont engendré un chaos quasipermanent et généralisé. Il se montre aussi critique envers la communauté internationale en citant l’ex-chef de mission de l’Organisation des États américains en Haïti qui affirmait que la présence de l’Onu en Haïti était «inutile et même dangereuse». Le Brésilien Ricardo Seitenfus allait encore plus loin en indiquant qu’il existe un lien malveillant et pervers entre le groupe des organisations non gouvernementales et la faiblesse de l’État haïtien.

Tout en admettant que le livre du professeur Dubois est instructif et provocateur, l’énigme haïtienne demeure cependant intacte aux yeux d’Acemoglu et Robinson. Ils se posent une question fondamentale: pourquoi Haïti, pas la Barbade, la Jamaïque ou la République dominicaine ? À la fin de la seconde Guerre mondiale, Haïti et la République dominicaine étaient d’ailleurs essentiellement identiques en termes de revenu par habitant. Par la suite, les tendances ont divergé. Des situations de ce genre abondent dans l’histoire universelle. Par exemple, en 1800, les États-Unis n’étaient pas beaucoup plus riches que l’Amérique latine en termes de revenus, mais, soutiennent Acemoglu et Robinson, leurs institutions étaient différentes et constituaient un fort potentiel de développement économique.

L’écart commençait à se creuser notamment avec la révolution industrielle britannique qui, étant donné la qualité des institutions américaines, a profité aux États-Unis et pas à l’Amérique latine. Tout semble indiquer qu’en République dominicaine, les leaders dominicains de la période post-Trujillo ont réussi une transition bien qu’imparfaite mais acceptable vers des institutions politiques plus inclusives susceptibles de promouvoir la croissance économique durable. À l’autre bout de l’île, l’absence et/ou la faiblesse institutionnelle se sont plutôt accentuées, engendrant ainsi une instabilité politique chronique. La période des Duvalier a vu les tontons macoutes se substituer à l’armée d’Haïti qui s’attelait davantage à défendre les intérêts d’une classe au détriment de la grande masse, notent Acemoglu et Robinson. Cet échec dans la mise en place d’institutions inclusives, poursuivent-ils, est en grande partie responsable de la différence observée entre Haïti et la République dominicaine en termes de développement économique. Une thèse quelque part conciliable avec celle de Jared Diamond puisque construire des institutions inclusives est également un choix politique dans lequel les leaders dominicains se sont montrés plus habiles que leurs homologues haïtiens. Et s’il y a des inquiétudes à avoir sur le développement économique d’Haïti,c’est le manque de mesures concrètes devant pallier cette déficience institutionnelle.

Thomas Lalime thomaslalime@yahoo.fr

Le Nouvelliste | Publié le : 2013-01-28

(*) Un résumé commenté de la thèse de Diamond a été publié dans les colonnes du Nouvelliste par l’agronome Jean André Victor à compter du 22 novembre 2012.

WHY IS HAITI SO POOR? 

Daron Acemoglu and James Robinson

Haiti, located on the western part of the island of Hispaniola, is one of the poorest countries in the world. Its GDP per capita (at purchasing power parity) stands at about $1,241, merely 2.5 percent of US GDP per capita. Its neighbor on the island of Hispaniola, the Dominican Republic, is significantly richer, with GDP per capita of $9,289.

There has not been a shortage of explanations for the sorry state of Haiti’s economy. But most of them are fairly unsatisfactory. In his book Collapse, Jared Diamond attempted to explain Haiti’s poverty, in particular relative to the Dominican Republic, with geographic factors. He pointed out that the winds coming mostly from the east were blocked by high mountains, reducing rainfall for the Haitian part of the island. This combined with the lower soil quality and greater population density led to deforestation in Haiti, while the Dominican Republic maintained its forest cover and high-quality soil. (Diamond recognizes that this higher population density was the result of the plantation agriculture in Haiti based on the import of slaves, and also mentions other social and historical factors).

Even more popular than Diamond’s geographic explanation are cultural ones. Many commentators end up arguing that Haiti is poor because of its people. A recent book by Laurent Dubois, Haiti: the Aftershocks of History, is a useful corrective to these arguments. Dubois starts by recapping many of these arguments which go back centuries. For example, Victor Cochinat, a 19th-century visitor from Martinique, stated (p. 1)

Haitians were lazy and ‘ashamed’ to work,…, which was why they were so poor. They spent too much money on rum.

Lest you think that these are the ramblings of an eccentric 19th-century explorer, Dubois shows how the same arguments are what gets traction today, writing (p. 3)

The day after the earthquake, televangelist Pat Robertson famously opined that Haitians were suffering because they had sold themselves to the devil. A more polite version of the same argument came from New York Times columnist David Brooks, who accused Haiti of having “progress-resistant cultural influences,” including “the influence of voodoo religion.”… Many called openly for Haiti to be made a protectorate. Brooks advocated “intrusive paternalism” that would change the local culture by promoting “No Excuses countercultures.”

The book makes a lively read, dispelling these notions, and firmly locating the roots of Haiti’s poverty in its history. Haiti was one of the most extractive colonies Europeans set up, with the majority of its population working as slaves in plantations for their French masters. (An estimate from 1789 puts the number of free people at 55,000 vs. 450,000 slaves; the free people included a significant number of “free people of color”). Haiti was a dystopic colony, based on terror and repression. Brutal punishments and institutions were common for the most minor of offenses, and slaves died at staggering rates, with perhaps 10% of the slave population dying of disease, overwork and other causes.

Haitians shocked the world with a formidable slave revolt in 1791, ultimately leading to independence from France. But this revolt did not lead to the development of inclusive institutions. To start with, the fight against the French, who attempted to retake their prize colony several times, was protracted and costly. Dubois, for example, argues that the fiscal needs imposed by this continued war made the abolition of slavery essentially impossible. It probably also stunted the subsequent political development of this new independent state by excessively militarizing its politics. But perhaps more important was the vicious circle of extractive institutions. There were insufficient constraints on the power of post-independence leaders such as Dessalines, Christoph, or Petion, who set themselves up as the elite exploiting Haiti’s people through very much the same means as the French had done earlier (and this does not receive sufficient emphasis from Dubois who is somewhat more lenient towards the misdeeds by Haiti’s early leaders than those of its colonial masters and later politicians).

Dubois shows how the early post-independence history of Haiti shaped its later politics, in particular, opening the way to Duvaliers’ extractive rule and to the subsequent chaos.

He is equally critical of the international aid community. He cites the argument of Ricardo Seitenfus, the Brazilian head of Organization of American States mission in the country during the 2010 earthquake, that the UN presence in Haiti was “wasteful and even harmful”. Seitenfus went further, arguing:

There is a malicious and perverse relationship between the force of NGOs and the weakness of the Haitian state.

Though Dubois’s book is informative and provocative, the big puzzle remains: Why Haiti, not Barbados or Jamaica or the Dominican Republic? The Dominican Republic is a natural comparison, being on the same island and sharing, like Barbados and Jamaica, its history of slavery (even if its intensity was less than that Haiti). But the most puzzling aspect of the whole thing is shown in the next figure.

At the end of World War II, Haiti and the Dominican Republic had essentially identical levels of income per capita. Thereafter, they diverged. Situations like this are common in world history. In 1800 the US was not much richer than Latin America in terms of measured incomes, but its underlying institutions were different and so was its potential. This only started to matter when the British Industrial Revolution completely changed what was economically possible. The US could and did take advantage, Latin America did not.

One hypothesis about the divergence between Haiti and the Dominican Republic is that a similar situation arose with Haiti and the Dominican Republic. Though the latter shared a history of slavery, dictatorship and US invasion, it did not suffer as much as Haiti. After 1930 Rafael Trujillo, head of the US created national guard, set himself up as dictator. He controlled the army and embarked on a path of extractive economic growth. As the world economy boomed after 1945, divergence set in. The Dominican Republic exported sugarcane and cigars; afterwards they developed a successful export processing zone. After Trujillo was assassinated in 1961, they managed an imperfect transition to more inclusive political institutions, sustaining the economic growth. Haiti was different, without such a strong state or political control of the army, the period after 1930 saw political instability not extractive growth and when François Duvalier (“Papa Doc”) came to power in 1957 he privatized violence using the ton ton macoutes to control the country, not the army. There was no extractive growth in Haiti, just anarchy.

All the same, this is just one hypothesis that fits the facts, the divergence between the two halves of the island of Hispaniola remains a major puzzle.

Agriculture : La récolte de riz, affectée par une épidémie d’insectes

Agriculture : La récolte de riz, affectée par une épidémie d’insectes dans la vallée de l’Artibonite

par  Exalus Mergenat

Gonaïves, 02 janv. 2013 [AlterPresse] — Les agricultrices et agriculteurs de plusieurs zones dans la vallée de l’Artibonite ont perdu, fin décembre 2012, leurs récoltes de riz ravagé par une épidémie d’insectes, selon les informations rassemblées par l’agence en ligne AlterPresse.

RIZ PLANTATION

Des bestioles, identifiées comme des punaises, ont attaqué la culture de riz des paysannes et paysans à leur phase de grain laiteux pour enfin produire de faux grains (paille) en phase de maturité.

Les localités de Chevreau Lombard, Latapie, Drouin, Rossignol, Lamo, Théart, bac d’Aquin, Potneau, Bambou Laporte, situées dans la commune de Grande Saline (Bas Artibonite) sont, en majorité, les plus frappées par cette épidémie sur la culture de riz.

L’utilisation de produits insecticides n’aurait pas aidé les productrices et producteurs à combattre cette épidémie qui a de graves conséquences sur les conditions socio-économiques, déjà précaires, des productrices et producteurs, déplore l’agriculteur Jean-Robert Délivrance, qui est aussi un ancien maire de la commune de Grande Saline.

La perte de récolte de riz, dans les localités susmentionnées, découlerait également d’une situation de sécheresse, enregistrée depuis plusieurs mois, indique Délivrance.

La vie des productrices et producteurs de la zone et celle de leur famille dépendent essentiellement de la culture de riz.

« Malgré les démarches que j’ai effectuées auprès des responsables de l’organisme pour le développement de la vallée de l’Artibonite (Odva), rien n’est encore fait pour sauver les récoltes de riz des paysannes et paysans », déplore le président du conseil d’administration de la section communale (Casec) de Dauphiné, Énock Saint-Louis.

Pour la prochaine campagne, qui a déjà débuté, certains agriculteurs se montrent réticents à travailler, par crainte de ne pas perdre, à nouveau, leurs prochaines récoltes, fait remarquer Saint-Louis.

Le conseil d’administration de la section communale de Dauphiné appelle les responsables de l’organisme pour le développement de la vallée de l’Artibonite à prendre des mesures préventives visant à mettre en confiance les productrices et producteurs de riz dans la zone.

Se disant être au courant de la situation, le responsable du bureau agricole (Bac) de Grande Saline, l’ingénieur-agronome Monferry Prévilmond, contacté par AlterPresse, affirme avoir alerté le service de la production végétale à l’Odva, lequel avait distribué aux planteurs un produit insecticide appelé Celcron.

Cependant, ce produit insecticide, qui serait en quantité insuffisante, n’a pas permis de circonscrire le fléau ni de sauver les récoltes de riz, reconnait Prévilmond.

La culture de riz dans d’autres zones de la Vallée de l’Artibonite, comme Desdunes, L’Estère et Verrettes, serait aussi affectée par cette épidémie d’insectes, signale le président du bureau agricole de Grande Saline.

En vue de permettre la réussite de la campagne, déjà en cours, l’Odva aurait décidé de mettre à disposition, des planteuses et planteurs des zones affectées, des semences de qualité et des intrants agricoles, annoncé le responsable du Bac de Grande Saline, Monferry Prévilmond. [em rc apr 02/01/2013 0 :00]

 http://www.alterpresse.org/spip.php?article13886

Haïti: Les Scandales de 2012

Haïti-2012/Scandales : Une année qui fait rosir

Par Edner Fils Décime

P-au-P, 31 déc. 2012 [AlterPresse] — L’année 2012, du début à la fin est ponctuée de scandales et de dossiers obscurs impliquant, à un niveau ou un autre, l’administration politique de Michel Joseph Martelly, a observé l’agence en ligne AlterPresse.

Chaque scandale, qui a éclaté, reflète l’image d’un État déliquescent, où immoralité et corruption se conjuguent avec amateurisme.

PASSEPORT MICHEL JOSEPH MARTELLY 8

L’année s’ouvre (dès le 3 janvier) avec les déclarations, sur les ondes de stations de radio de Port-au-Prince, du sénateur Jean-Charles Moïse révélant que le chef de l’État, Michel Joseph Martelly, 3 ministres du gouvernement de Garry Conille et un secrétaire d’État détiennent la nationalité étrangère.

La république d’Haïti termine l’année 2012 avec la retentissante accusation de crime de viol, portée contre le président du conseil électoral contesté, Josué Pierre-Louis, par sa subordonnée, une jeune femme de 25 ans, Marie Danielle Bernadin.

Josué Pierre-Louis fut ministre de la justice, conseiller du Josué Pierre Louisprésident et ancien secrétaire du palais national. Il est réputé très proche du président Martelly.

Ikenson Edumé, frère de Josué Pierre-Louis profère de graves menaces contre le juge instructeur en charge du dossier, le magistrat Joseph Jeudilien Fanfan.

Il ne se passe pas plus de deux mois avant que dénonciations et éclaboussures, relayées par une presse à l’affut du sensationnel, ne fassent point des tollés dans le pays.

Martelly et son premier ministre d’alors, Garry Conille, ne s’accordent pas sur la diligence d’une enquête sur des contrats douteux, passés sous le gouvernement de Jean Max Bellerive (conseiller du chef de l’État) dans lesquels « les intérêts de l’État ne seraient pas suffisamment protégés ».

Une investigation d’une journaliste dominicaine, Nuria Peira, NURIA PIERA NURIA PIERAJOUNALISTE DOMINICAINErévèle des sources de financement occultes de la campagne de Michel Martelly et de Mirlande Manigat par un sénateur dominicain « peu catholique », Félix Ramon Baustista Rosario, Pdg de compagnies de construction ayant gagné des appels d’offres en dehors des normes.

Bien entendu, l’équipe de la présidence en Haïti dément.

images corrutionDes voix se sont élevées pour dénoncer une possible gestion illégale des fonds de l’État par la famille présidentielle.

Deux avocats, Newton St-Juste et André Michel produisent une dénonciation contre Sophia Martelly, épouse du président, et leur fils Olivier Martelly. Une grande agitation est faite, dans la presse surtout, sur la question.

Me Jean Renel Sénatus, commissaire du gouvernement d’alors, classera le dossier sans suite. A sa révocation cavalière par son ministre de tutelle, celui de la justice, Jean Renel Sanon, Sénatus affirmera, devant le sénat, que le gouvernement lui a exigé l’arrestation des deux avocats.

Le ministre Sanon a également été indexé comme étant lié au proxénétisme, au détournement de mineures et au trafic de stupéfiants.

Malgré la mise en place du conseil supérieur du pouvoir judiciaire (Cspj), la justice haïtienne semble être mise sous coupe réglée.

Le 9 octobre 2012, cet organe est obligé de revenir sur le précédent choix de ses trois représentants au conseil électoral permanent.

Des conseillers ont dénoncé la procédure ayant abouti à la sélection des premiers représentants, réputés valets de l’exécutif.

Des juges continuent à être nommés de façon jugée irrégulière dans le système judiciaire.

Des organisations de défense des droits humains se sont montrées scandalisées par la libération du conseiller politique du chef de l’État, Calixte Valentin, impliqué dans l’assassinat d’un jeune commerçant, Octanol Derissaint, à Fonds-Parisien.

Un juge aurait été nommé spécialement pour procéder à cette libération.

Au parquet de Port-au-Prince, une valse de commissaires de gouvernement a été observée. Un commissaire a même occupé ce poste durant moins de 24 heures.

D’un autre côté, les voyages privés et de prétendus per diem faramineux sont sévèrement critiqués.

Les programmes sociaux « ti manman cheri », « kore etidyan » sont pointés du doigt, en ce sens que l’État haïtien serait en collusion avec la compagnie de téléphonie mobile Digicel (qui a fait l’acquisition de Voilà).

Certaines organisations d’universitaires se sont demandé si « le gouvernement n’est pas responsable de la promotion des produits Digicel ? »

Après le passage du cyclone Sandy, le gouvernement s’est trouvé dans ses petits souliers pour présenter un rapport au sénat sur les 5 milliards de gourdes (US $ 1.00 = 43.00 gourdes ; 1 euro = 60.00 gourdes aujourd’hui), décaissées pendant la période d’urgence.

Aussi, des sénateurs, dont Annick François Joseph et Jean-Charles Moïse se sont-ils mis en colère en traitant le premier ministre d’être « domestique de la communauté internationale et un anti-nationaliste ».

Le riche homme d’affaires Clifford Brandt, chef d’un puissant réseau de malfaiteurs et de kidnappeurs, a défrayé la chronique. Des proches du chef de l’État, dont le responsable du Cat Team (corps de sécurité d’élite siégeant au Palais national), seraient membres du réseau.

A rappeler que le réseau national de défense de droits humains (Rnddh), dans une lettre adressée au chef de l’État, a attiré son attention sur la présence d’éléments mafieux dans son entourage. Quasiment tous ont été nommés à des postes de responsabilités dans l’appareil étatique.

Alors, au rythme que les scandales, les dénonciations et les dossiers suspects se sont succédé, au cours de l’année 2012, des observateurs se sont questionnés sur le sens et la signification en communication politique de ces données.

Selon des spécialistes de la communication politique, le pouvoir démontre une grande capacité à appliquer la théorie de « l’effet paravent », évoqué par l’ancien directeur du mensuel « monde diplomatique » (1990-2008) dans son livre « Tyrannie de la communication ».

On parle d’effet paravent quand une information occulte une autre. Généralement, cette stratégie est utilisée par les pouvoirs publics pour détourner l’attention des citoyennes et citoyens sur des informations fondamentales.

Pour certains, la seconde information, qui vient faire ombrage à la première, est, en général, fabriquée de toutes pièces.

Était-ce de « l’effet paravent » en Haïti, en 2012, ou tout simplement le règne de l’incompétence, de l’immoralité et de la corruption ? [efd kft rc apr 31/12/2012 0:50]

Les droits humains en Haïti : Fiction, idéologie ou défi ?

Les droits humains en Haïti : Fiction, idéologie ou défi ?

Par Wooldy Edson Louidor

P-au-P, 15 décembre 2012 [AlterPresse] — Le lundi 10 décembre 2012, le monde entier a célébré la journée mondiale des droits humains.

À l’occasion de la commémoration de cette date spéciale, ont eu lieu, un peu partout dans le monde entier, conférences de presse, communiqués, manifestations publiques de groupes et organismes de la société civile, déclarations de hauts fonctionnaires d’organisations internationales et de dignitaires gouvernementaux.

Des promesses et déclarations solennelles se sont égrenées.

Haïti n’a pas été l’exception.

Cependant, compte-tenu du contexte dans le pays, beaucoup d’Haïtiennes et d’Haïtiens ne sont pas tout à fait sûrs de ce que leur pays célèbre concrètement sous le concept de « droits humains ».

Qu’est-ce qui se cache sous ce vocable sonore qui retentit dans le pays, notamment depuis l’administration américaine du président Jimmy Carter (1977-1981), ayant fait des droits humains son cheval de bataille, non pas seulement dans le continent, mais aussi à travers le monde ?

Une fiction ?

Est-ce une fiction, c’est-à-dire un bouquet de vœux pieux (des droits proclamés dans la déclaration universelle des droits humains) que les constituants de 1987 ont établis dans la loi-mère qui, d’ailleurs, a fait l’objet de multiples violations et de tentatives de violations de la part des gouvernements successifs ?, est-on en droit de se demander.

Parler du droit à l’alimentation, à la santé, à l’éducation, au logement, au travail en Haïti, n’est-ce pas une chimère ? Qui garantit effectivement ces droits à l’ensemble des citoyennes et citoyens ?

Les discours des femmes et hommes politiques du pays et les projets ponctuels des organisations non gouvernementales de la communauté internationale ne suffisent pas évidemment pour protéger ces « droits ».

Une idéologie ?

Est-ce une idéologie, au nom de laquelle des personnes, des groupes, voire des nations réunies autour d’une « organisation mondiale » (comme dirait le chanteur Joseph Emmanuel / Manno / Charlemagne), font main mise sur le pays, le mettent sou tutelle « voilée » depuis plus de 20 ans (février 1993) et violent, dans la pratique, les droits humains, dont le droit à la vie, à l’autodétermination ?, se demandent plus d’un.

L’organisation des Nations Unies (Onu) se dit préoccupée par la situation des droits humains en Haïti. Elle se donne pour objectif de « donner ou redonner aux hommes, aux femmes et aux enfants de ce pays un accès à un ensemble de droits qui sont proclamés dans la déclaration universelle des droits humains », a déclaré Michel Forst, expert indépendant des Nations Unies sur la situation des droits humains en Haïti, au cours de sa 11e mission ayant pris fin le 30 novembre 2012.

Pourtant, la citoyenne / le citoyen haïtien attendait de l’expert « indépendant » un mot au sujet du dossier de l’accusation portée contre la mission des Nations Unies de stabilisation en Haïti (Minustah) pour sa « présumée » responsabilité dans l’introduction du virus du choléra ayant fait des milliers de morts dans le pays ? Un mot au sujet des viols contre tant de jeunes haïtiens, hommes et femmes, et pour lesquels des casques bleus sont mis au banc des accusés ?

La simple citoyenne et le simple citoyen ont la perception de ce que les droits humains ne sont pas de toutes les femmes et de tous les hommes de « la famille humaine », que l’indépendance d’un expert semble avoir des limites et le discours des droits humains peut se convertir aisément en un instrument d’oppression et d’impunité. Bref : en une idéologie.

Un défi ?

Est-ce un ensemble de garanties universellement reconnues et constitutionnellement établies, que la société civile haïtienne lutte au quotidien pour promouvoir et défendre, voire contre l’État et quelques-uns de ses hauts dignitaires, contre l’organisation mondiale prétendument créée pour protéger les droits humains des pays et des individus dans le monde ?

Une lutte, initiée depuis plus de 25 ans par un ensemble d’organisations de la société civile haïtienne pour demander la traduction dans la réalité de ces droits et ce, contre des gouvernements, des haut fonctionnaires de l’État, voire le système de l’administration de la justice qui, selon des organisations de droits humains, fonctionne selon la logique de « deux poids deux mesures ».

Une lutte, pour que les différents gouvernements traduisent, en politiques publiques, les libertés fondamentales des citoyennes et citoyens, et surtout les besoins sociaux de base de la population de plus en plus livrée à elle-même.

Une lutte, menée depuis près de 20 ans en faveur de la souveraineté de la nation haïtienne et contre l’impunité, dont semblent jouir des fonctionnaires de l’organisation « protectrice » des droits humains, de la paix et de la stabilisation du pays.

Une lutte, qui définit clairement ce que sont les droits humains, qui ne sauraient se réduire à un document [la Constitution de 1987, la déclaration universelle des droits humains], à la mission d’une organisation mondiale, au pouvoir d’un État.

Les droits humains sont une conquête historique, qui ne peut être gagnée qu’au prix de la sueur, du sang, voire de la vie, et à force de manifestations de rue, de vigilance citoyenne et de solidarité avec les victimes, dont celles des viols, crimes qui dégradent la dignité, la vie et le futur d’un être humain et déshumanisent une société (nationale et internationale) qui les accepterait.

Une lutte, qui a de multiples visages concrets en Haïti : ceux des organisations de femmes, de migrantes et migrants, d’ouvrières et d’ouvriers, de journalistes, de paysannes et de paysans, d’avocates et d’avocats, de petites marchandes, etc. |wel rc apr 15/12/2012 0:00]

Source: www.alterpresse.org

LA CONTESTATION GAGNE EN INTENSITÉ DANS LE NORD DU PAYS

Dans le Nord, des milliers de manifestants disent non au pouvoir de Martelly

Correspondance – Wedlyne Jacques

Cap-Haitien, 17 oct 2012 — Des milliers de manifestants ont une nouvelle fois investi les rues du Cap-Haïtien (Nord), pour protester contre le pouvoir en place.

La manifestation a été convoquée par plusieurs partis politiques de l’opposition et des organisations de la société civile comme Initiative citoyenne, Association des consommateurs du Nord et Batay ouvriye.

Les manifestants, qui ont demandé la démission du président Michel Martelly, ont dénoncé la mauvaise gestion supposée de l’équipe au pouvoir ainsi que l’interférence de la communauté internationale dans la politique interne du pays.

« A bas Martelly, à bas la corruption », pouvait-on lire sur des pancartes, tandis que d’autres mettaient en avant des revendications économiques et sociales contre le chômage, la pauvreté, les inégalités et la sous-traitance comme option de développement.

Les manifestants ont été très critiques à l’encontre de la famille présidentielle qu’ils accusent d’être en train de dilapider les caisses de l’État à travers des programmes bidon.

Ils ont également dénoncé la cherté de la vie et ont plaidé en faveur de la valorisation de la production nationale et la justice sociale.

Plusieurs personnalités politiques et des milieux sociaux ont pris part à cette manifestation anti-gouvernementale, parmi elles le sénateur Moise Jean-Charles, le dirigeant du Rassemblement des Démocrates Nationaux Progressistes (RDNP) Gérard Evens Baubrun, l’ancien gouverneur de la Banque Centrale Fritz Jean et le secrétaire exécutif de la Plateforme Haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif (PAPDA).

Le sénateur Jean-Charles, farouche opposant à Martelly, a annoncé la poursuite des mouvements de mobilisation anti-gouvernementale à travers le pays. Tout en étant très critique à l’endroit de la communauté internationale, il a lancé une mise en garde contre toute interférence de cette dernière dans « ce qui ne la regarde pas ».

La manifestation qui a durée environ 3 heures s’est déroulée sans incident majeur et a bénéficié de la couverture sécuritaire des forces de l’ordre.

Un manifeste de l’opposition

En prélude à la manifestation, répondant à l’invitation de l’Initiative Citoyenne, des représentants de plus d’une vingtaine de partis politiques, venant de Port-au-Prince et d’ailleurs, ont pris part à un forum les 15 et 16 octobre au Cap Haïtien.

Des thèmes comme la corruption, l’insécurité, les persécutions politiques, le départ de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation d’Haiti (Minustah) et la faim ont été abordés.

A l’issue des deux jours de discussions, un manifeste intitulé « Cri du Nord » a été paraphé par les participants qui exigent « la révocation de tous actes posés par l’exécutif en violation de la loi, le retour à la constitution de 1987 et l’élaboration d’une déclaration d’amendement après l’organisation d’élections (législatives partielles et locales) crédibles, la mise en place d’un Conseil électoral consensuel et des enquêtes sur l’utilisation des fonds publiques. »

Selon les participants, le pays fait face actuellement à un désastre institutionnel et une crise économique et sociale. Ils s’engagent à soutenir tout mouvement de protestation contre la mauvaise gestion supposée de l’administration Martelly.

Parmi les signataires du manifeste, figurent l’ancien maire de Port-au-Prince Evans Paul, de la Confédération Unité Démocratique (KID), Marie Denise Claude du Parti Démocrate Chrétien Haïtien (PDCH), le Dr Gerard Evens Baubrun du RDNP, le député Arnel Bélizaire et le dirigeant politique Turneb Delpé. [wj gp apr 17/10/2012 21 :00]

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