DEVOIR DE MÉMOIRE – 17 DÉCEMBRE 2001 : LE CYCLONE LAVALAS BALAYAIT LE PAYS D’HAÏTI

LES ÉVÉNEMENTS DU 17 DÉCEMBRE 2001

Lundi 17 DÉCEMBRE 2001….

3 h am – Un « flash » est diffusé par les radios (Radio Caraïbes) annonçant la nouvelle que le Palais National est attaqué par un commando.
Vers 6 h am, Jacques Maurice, membre du bureau de presse de la Présidence fait les premières déclarations: Il y a une tentative de « Coup d’Etat » et 80 hommes lourdement armés se sont introduits dans le Palais National. A partir de conversations entendues sur les walkies-talkies dont ils auraient dépouillés les policiers du Palais, ces hommes qui parlent espagnol, anglais et créole, révèlent avoir à leur tête Guy Philippe, un des commissaires de police réfugiés en République Dominicaine.

La peur et la terreur s’abattent sur la capitale Port-au-Prince et sur plusieurs autres villes du pays.  : attaque contre les locaux de la Presse, des partis politiques, des syndicats, contre leurs dirigeants et contre les centres culturels. Pillages, incendies, meurtres, disparitions… Selon Yvon Neptune, sénateur au moment des faits :  » Le peuple a identifié ses ennemis »

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Mais déjà, le dimanche 16 décembre, date de l’anniversaire de l’élection de Jean-Bertrand Aristide, le Président, après avoir célébré les « victoires électorales » de l’année 2000, s’adresse à l’assistance sur le thème du « patriotisme » en insistant sur le slogan qu’il lui fait répéter plusieurs fois: «Yon lavalas se yon patryòt, yon lavalasyen se yon patriyòt, yon bon lavalasyen se yon bon patriòt. » Plus d’uns se demandaient ce que cachaient de tels slogans.

En début de soirée, la tension est déjà manifeste; des rumeurs circulent et des opérations de blocage des rues sont rapportées dans certains quartiers de la capitale et des villes de province.

I – Annonce d’un supposé coup d’État


Selon informations recueillies par AP, Jacques Maurice fait également mention d’une attaque simultanée contre le pénitencier national et, toujours selon lui, l’un des auteurs intellectuels du coup serait Lucien Gervais, (ancien militaire ?) emprisonné au pénitencier national lors du soulèvement des détenus et depuis lors transféré dans un autre centre de détention. Lucien Gervais aurait à sa solde des mercenaires dominicains réunis à la frontière, prêts à intervenir. Lors de cette intervention, Jacques Maurice précise que le Président Aristide et sa famille sont en sûreté dans leur résidence de Tabarre.
Au cours de ces premières heures les radios diffusent largement les déclarations, nouvelles, et premières réactions. Des journalistes se trouvent au Champs de Mars, devant le Palais et rendent compte en direct, de l’évolution de la situation. Radio HaitiInter annonce à 9.00am que «7 hommes se trouvent embusqués dans les sous-sols du Palais». Des appels à la violence et à la chasse aux «responsables» du coup sont lancés par le porte-parole,
René Civil et des groupes Lavalassiens aux cris de «Bare-yo anwo, Bare-yo anba !»

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Quelques heures plus tard, Jean Oriel, responsable de l’unité de sécurité présidentielle, répond aux questions de la Presse et annonce que les assaillants ont pris la fuite à bord de deux pick-ups. Les unités d’élite de la PNH ont repris le contrôle du Palais. Les affrontements ont fait un mort dansle camp des assaillants et deux morts parmi les policiers.
Vers midi, le ministre de la Culture et de la Communication, Guy Paul, intervenant sur les ondes de la Radio nationale annonçait que le président avait le contrôle du Palais, marquant ainsi la fin du coup d’État. Il fait appel au calme et condamne les actes de violence enregistrés dans le pays.

Dans l’après-midi, le porte-parole de la PNH, Jean Dady Siméon, dans un point de presse au Palais National confirme la tentative de « coup d’état » par des assaillants au nombre de 30 et que le bilan de l’attaque repoussée s’élève à 5 morts, dont deux policiers, un assaillant et deux simples citoyens.

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Il fait aussi mention de la capture de l’un des assaillants du côté de Morne à Cabris.


Le Président intervient également au cours de cette longue conférence de presse pour condamner le coup d’État, «Pwazon demokrasi a se zam Kou Deta sa yo», réprouver la violence «Kelkeswa vyolans lan, nou kondane l». Par ailleurs, il confirme qu’il existe une relation entre les événements du 28 juillet et ce qui vient de se passer en affirmant : «Evenman 16-17 desanm 2001 yo konektab avèk evenman 28 Jiyè k sot pase yo. … Nou genyen dè prev ki montre yo konektab» et le peuple doit être loué d’avoir su agir en conséquence.

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 » Lè 28 Jiyè te rive, te gen plis konfizyon ke te fè yon seri moun doute, èske se vre, èske se pa vre. E nou rété gade akoz de konfizyon, yo te beaucoup plus timides que cette fois-ci. Yè, manifestasyon pèp la kale pou l defann demokrasi a. Jodi a manifestasyon l pasifikman montre ankò yon fwa ki jan li konprann w’ol pou l jwe, pa non kwaze bra, chita tann apre pou lal nan mawon. Men, nan kanpe pasifikman pou l mété barikad lapè kote k nesesè, lè l nesesè san vyolans, nan respè dwa tout moun, nan dyalog… »
Le poison qui tue la démocratie, ce sont les armes de ces coups d’État. Il y a un lien entre les évènements du 17 décembre et ceux du 28 juillet. Mais le 29 juillet, il y avait beaucoup de confusion, les gens étaient dans le doute, est-ce que c’est vrai,?: est-ce que c’est pas vrai ? A cause de cette confusion, les gens sont restés à regarder, ils étaient beaucoup plus timides que cette fois ci. (…) Hier, le peuple a manifesté sans hésiter pour défendre la démocratie (…) Aujourd’hui, ses manifestations ont montré pacifiquement le rôle que le peuple doit jouer, qu’il ne doit pas croiser les bras, s’asseoir, attendre, et finalement se lancer dans le marronage. Que son rôle est d’être debout, de monter des barricades de la paix là ou c’est nécessaire, quand c’est nécessaire, sans violence, dans le respect des droits de chacun, dans le dialogue (…) Immédiatement après la Conférence de Presse, le Chef de l’État adresse un «Message de Paix». Il commence par saluer la Police et tous les citoyens qui par leur détermination ont érigé les Barricades de la Paix et fait échec aux assassins de la démocratie.

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«Onè respè pou nou memm! »….. »M sot siyonnen yon bon pati nan Pòtoprens, mwen wè ak je m ki kantite barikad lapè nou mété pou anpeche teworis kouri sove e touye plis moun. Nou fè sa paske nou kwè nan peyi nou, Nou fè sa paske nou kwè nan demokrasi, Nou fè sa paske nou se bon jan pitit Dessalines, Toussaint Louverture ak zansèt nou yo, nou brav ! » « drapo la pè a flote toupatou »… »Aswè a, m mande pou gen veye patriyotik toupatou pou pwoteje lapè a»…
… «je viens de faire le tour de Port-au-Prince, j’ai pu voir le nombre de barricades de la Paix que vous avez érigées pour empêcher que les terroristes ne s’enfuient et ne continuent à tuer plus de gens. Vous avez fait cela parce que vous croyez en votre pays, en la démocratie, parce que vous êtes les fils de Dessalines, Toussaint Louverture de nos ancêres, vous êtes braves ! Le drapeau de la Paix flotte partout ! Ce soir je vous demande d’organiser une veillée patriotique, partout pour protéger la Paix».

«E nan moman sa a kote nou fyè lè nou wè bèl solidarite ki egziste ant Pèp la ak Polis la, nou ankouraje Pèp la kontinye bay la Polis la tout enfomasyon nou jwenn konsènan tout kriminèl k ap chèche kouri pou yo pa kenbe yo, pou yo pa pale…» … «Se yon Kou Deta nou ranvèse vit e se pou Kou Deta a pa retounen ankô ki fè m mande pou tout Popilasyon an kanpe pasifikman, defann demokrasi a pasifikman».
Au moment où nous parlons, nous sommes fiers de constater la belle solidarité qui existe entre le peuple et la police, et nous vous encourageons à continuer à fournir à la police toute information concernant tous les criminels qui tentent de s’enfuir pour ne pas être pris et avoir à parler… C’est un coup d’État que nous avons contrôlé rapidement et c’est pour éviter qu’il n’y en ait d’autres que nous demandons à toute la population de se mobiliser pacifiquement pour défendre la démocatie pacifiquement.
«Nap kontinye ini pou n pousuiv avek lalwa nan men nou anba drapo lapè a, tout criminèl teworis ki vle fè nou al nan mawon»
«Nous continuons d’être unis pour poursuivre avec la loi en mains, sous le drapeau de la paix, tous les criminels terroristes qui ont voulu nous acculer.


  1. LES FAITS : L’attaque contre la Presse, les partis politiques, leurs dirigeants et les centres culturels


À partir des différentes déclarations des représentants de la Présidence, des groupes armées de partisans de Lafanmi Lavalas s’organisent à Port-au-Prince et dans les villes de provinces, attaquent , pillent et incendient les locaux des partis politiques, les résidences de certains de leurs dirigeants. Des stations de radio sont investies et menacées de destruction, des journalistes sont violemment pris à partie et certains n’échappent au pire que de justesse. Plusieurs personnes périssent victimes de ces actes de violence au cours de la journée.


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Cap-Haïtien
– Le mobilier de la résidence du Pasteur Milton Chery, membre de la coordination de l’OPLdans le Nord, ex-candidat au Sénat, est jeté dans la rue et brûlé

– Eluscat Charles, porte-parole OPL dans le Nord a vu sa résidence pillée et incendiée ainsi que la maison voisine.
– La maison des frères Tanis, de la Convergence et celle de Jacques Etienne, critique connu de Lafanmi Lavalas, ont également été mises à sac.
– Un certain Célius, proche des FADH a failli être lynché, n’était-ce l’intervention de quel-ques passants et des affrontements ont eu lieu lorsque les manifestants lavalassiens ont tenté de s’attaquer à Grégory Joseph de la Convergence
– Le siège central de l’OPL dans le Nord est saccagé.
– Les assaillants ont tenté de mettre le feu à Radio Maxima mais ont dû renoncer devant la réaction des riverains qui se sont portés à la défense de la station.


Cayes
– La caisse de l’entreprise de construction que dirige Gabriel Fortuné, ex-député, porte-parole départemental de la Convergence, est pillée et 2 camions bascules incendiés.
– La résidence de Jean Robert Jeune, membre du comite de coordination départemental de l’OPL est partiellement saccagée.
– La maison de Wilfred Jean-Baptiste, membre du comite de coordination départemental de l’OPL est endommagée et pillée.
– La résidence de Kessel Cilius, membre de la Convergence est pillée.
– La résidence de Pierre Richard, membre de la Convergence est pillée.


Gonaïves
– La résidence du Pasteur Luc Mésadieu, président du Mochrena et membre du directoire de la Convergence démocratique est incendiée; 3 voitures sont brûlées; 2 personnes proches du pasteur sont tuées puis brûlées.
– La résidence du Pasteur Sylvio Dieudonné, vice-président de Mochrena est incendiée ainsi qu’une maison voisine. Une Eglise et une école dirigées par le Pasteur sont également incendiées.
– Le mobilier de la résidence de Anouès Difficile, membre de la Convergence démocratique, est incendié.
– Le correspondant de Radio Métropole dans l’Artibonite, Duc Jonathan Joseph est porté disparu.


Grande Rivière du Nord


– Le local de l’OPL est attaqué et saccagé.


Jacmel


– La résidence du porte-parole de la Convergence Démocratique dans le Sud-Est, Milot Gousse, a été attaquée avec jets de pierres.
Jérémie


– Lensky Cassamajor, représentant de l’OPL est sequestré, malmené et sauvé de justesse du lynchage.


– Local de la CATH (Centrale des travailleurs Haïtiens) incendié; beaucoup de membres de la Convergence ont dû prendre la fuite.


N.B – Participation de deux véhicules de l’Etat (Education Nationale et Finances).


Petit-Goave


– La maison de Jean Jasmin, enseignant, membre de la coordination locale de l’OPL, est incendiée, ainsi que celle de Déus Jean-François, MDN, ex-député, membre de la Convergence, responsable communal. Des affrontements ont eu lieu entre les groupes lavalassiens et les partisans de la Convergence. Au cours de la journée plus de 15 maisons ont été incendiées et 5 mises à sac. Les premiers rapports indiquent que: Yvon Jean, René Jean-Michel, Eligène Desrosiers, Jean Wilio Manéus, Dieusibon Jean, Yves Rigaud, Denise Osias, Inès Coicou, Genise Jean, Diréus Antoine, Prosper Jeanty, Montigène Sincère, Serge Bouzile, Wilbert Pierre, auraient ainsi, entièrement ou en partie, perdu leur résidence.


Thiotte
– Gabriel Davidson, membre dirigeant de l’OPL et une quinzaine de militants ont dû se mettre à couvert.


À la capitale, Port-au-Prince

La Presse

Au cours de la journée des journalistes, reporters, stations de radio sont l’objet de menaces, d’actes de violence qui obligent plusieurs représentants de la Presse à se mettre à couvert, certains, dans des ambassades. D’après Reporters Sans Frontières: «Le caractère systématique des agressions démontre que les manifestants avaient reçu des instructions pour s’en prendre à la presse».


Thony Bélizaire, photographe de l’Agence France Presse, Patrick Moussignac, Guérin Alexandre, Jean-Elie Moléus, respectivement directeur et reporters de Radio Caraïbes et Guyler Delva, président de l’Association des Journalistes Haïtiens, ainsi que des reporters de Telemax, ont été pris violemment à partie par des manifestants proches de Fanmi Lavalas armés de revolvers, de machettes, de bâtons. Ils ont obligés les journalistes à quitter les lieux sous la menace.
«Nous vous aurions abattu si vous étiez de Radio Caraïbe» ont déclaré des partisans du pouvoir à Maxo Exil, de l’agence Haïti Press Network, qu’ils menaçaient d’une arme.-


Roger Damas, de Radio Ibo, a été forcé de remettre sa carte de presse et son cellulaire aux manifestants qui assimilaient Radio Ibo à l’opposition.


Des journalistes de Radio Vision 2000 dont Pharès Duverné, Robert Philomé et Yves Clausel Alexis, alors qu’ils couvraient les évènements se déroulant au Palais National, ont été contraints de crier « Vive Aristide, Vive Lavalas » par des membres d’organisations populaires proches du pouvoir.


Selon Arins Bellevue, directeur de Radio Galaxie, leur confrère, Abel Descolines a dû se mettre à couvert après avoir reçu des menaces et avoir été informé que son nom et celui d’autres représentants de la presse se trouvaient sur une liste de journalistes à abattre. Un journaliste du RECAP, Gaston Janvier s’est trouvé dans la même situation.
Des reporters de Radio Métropole ont été agressés et mis en joue par des partisans du pouvoir qui se trouvaient à bord de véhicules appartenant à des entreprises de l’Etat. Les vitres de l’autobus de Radio Caraïbes ont été brisées par des manifestants pro-Lavalas. Plusieurs stations ont reçu des menaces de mort et ont cessé d’émettre ce jour-là: Radio Quisqueya, Radio Métropole, Radio Vision 2000, Radio Signal FM, et Radio Caraïbes. Cette dernière devait suspendre pendant plusieurs jours ses émissions.


Les sièges des partis politiques


– Le siège national de l’OPL (Organisation du Peuple en lutte), originellement Organisation Politique Lavalas) fondée en 1991, Quartier-General de la Convergence, a été pillé et incendié. Le mur et la barrière de l’entrée ont été renversés par un bulldozer du CNE. Les équipes d’assaillants ont été aussi véhiculés par la CNE. L’OPL est membre de l’Internationale socialiste, Coordinateur; Gérard Pierre Charles.
NB. Une maison attenante a été aussi pillée et incendiée.


– Le Local du Konakom, (Comité National du Congrès des Mouvements Démocratiques) membre de la Convergence et de l’Internationale Socialiste –Coordonnateur Victor Benoît– a été pillé et incendié.


– Le local de la KID (Confédération Unité Démocratique), membre de la Convergence, coordonnateur : Evans Paul (Konpè Plim) mis à sac et incendié.


  1. C’est la 3e fois que le local de la KID a été dévasté : en 1991 (deux mois avant le coup d’état), et en avril 2000.


– Le local de l’ALAH (Alliance pour la Libération et l’Avancement d’Haïti) membre de la Convergence qui est aussi le cabinet d’études de Me Reynold Georges, son coordonateur, a été incendié.
Les maisons familiales des dirigeants de la Convergence.


– La résidence du professeur Victor Benoît située à Bon Repos, dans la banlieue nord de Port-au-Prince, a été pillée et incendiée (voir détails dans le témoignage plus loin).


– La résidence du professeur Gérard Pierre Charles, située au Morne Hercule à Pétion-Ville a été pillée. La salle de la bibliothèque a été incendiée avec un cocktail Molotov. La maison a été assiégée en fin de matinée par des membres de la CIMO (Corps d’intervention et de maintient de l’ordre) et par des civils armés transportés en véhicules de la CNE (Compagnie nationale d’équipements – entreprise publique).
Dans les deux cas des officiels ont été reconnus, des véhicules ont été identifiés (voir témoignage plus bas).
Centres culturels


– Le CRESFED, Centre de formation, de recherche et de documentation, membre de la Plateforme des Droits Humains, dirigé par Suzy Castor, professeur universitaire, historienne de formation, fondé en 1986, a été attaqué, incendié et pillé (voir témoignage plus loin).


– La villa appartenant à l’État français et abritant les locaux administratifs de l’Institut Français d’Haïti, voisin du local de Konakom, a été pillé.

 À Suivre

 

 

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Haïti survivra-t-elle ?

 

Haïti survivra-t-elle ?

par Pierre D. EDUGÈNE

« Il est dangereux de ne pas connaître la réalité du monde dans lequel on vit. »

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Après avoir connu tant de convulsions politiques et tant de cataclysmes dans son histoire récente, Haïti était en droit d’espérer des lendemains meilleurs, beaucoup plus reluisants. Mais les perspectives d’avenir, à court, à moyen et à long terme, ne sont guère rassurantes. Et les problèmes ne seront pas uniquement d’ordre politique.

Lorsqu’une majorité de chefs d’État de la planète se réunit, alliés et adversaires confondus, pour parler exclusivement d’un sujet, autre que les habituelles questions économiques ou de problèmes relatifs à la sécurité de leur région, cela est symptomatique d’un problème majeur. La situation doit être suffisamment inquiétante qu’elle requiert une attention soutenue et immédiate de la part de ces chefs d’État. La dernière fois qu’une conférence du genre avait eu lieu, c’était en 2009 à Copenhague. Un sommet extraordinaire sur le sujet, convoqué d’urgence et réunissant cent vingt chefs d’État, se tenait ce 23 septembre 2014 au siège de l’ONU sous l’égide du secrétaire général de l’organisation, M. Ban Ki Mon. Ce n’est pas un fait divers. En pareille circonstance, le commun des mortels se doit d’être alerté. Un nouveau tête-à-tête, toujours autour du même problème, est prévu l’an prochain, à Paris. L’objet de ces retrouvailles : la décomposition accélérée du climat. Les lois qui régissaient le climat de la terre sont en train d’être déréglées plus vite que prévu. Certains événements attendus dans une cinquantaine d’années se produisent maintenant. Le problème, c’est le rythme de progression du phénomène. Les effets se font ressentir de plus en plus intensément dans plusieurs régions du monde et commencent à avoir de nombreuses conséquences sur l’ensemble de la planète. Ce qui risque d’ébranler sérieusement les fragiles équilibres mondiaux non seulement sur le plan économique, mais aussi sur le plan social et politique.

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Le réchauffement du système climatique est sans équivoque et, depuis les années 1950, beaucoup de changements observés sont sans précédent depuis des décennies voire des millénaires. L’influence de l’homme sur le système climatique est clairement établie. L’atmosphère et l’océan se sont réchauffés, la couverture de neige et de glace a diminué, le niveau des mers s’est élevé et les concentrations des gaz à effet de serre ont augmenté. Dans le futur, la vulnérabilité ne dépendra pas seulement des changements climatiques mais aussi des voies de développement. GIEC, 2013 : Résumé à l’intention des décideurs, Changements climatiques 2013 : Les éléments scientifiques.

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Tous, nous avons entendu parler du dérèglement climatique. Planète en crise, planète malade : ces expressions et qualificatifs, en effet, ont été souvent utilisés pour décrire la nouvelle problématique environnementale mondiale. Nous avions lu des articles (en diagonale pour certains) ou avions visionné des documentaires consacrés à ce sujet. Puis, sans trop se sentir concerné, chacun a continué à vaquer à ses occupations. Pourtant, des répercussions perceptibles de ce phénomène sont déjà à l’œuvre en Haïti même. Selon ce qui ressort de plus récentes recherches scientifiques, un drame silencieux et insidieux se noue actuellement dans les océans et menace particulièrement les petits États insulaires, dont Haïti. Le niveau des mers ne cesse de s’élever. Et la surélévation de l’océan est de trois à quatre fois plus rapide dans le bassin des Caraïbes. Il y a des régions qui sont beaucoup plus à risque que d’autres. Il existe des zones dites à « faible risque », des zones à « risque élevé » et des zones à « risque extrême ». Le bassin des Caraïbes, les Philippines, l’Indonésie et la Polynésie sont situés dans des zones à « risque extrême ».  Il s’agit d’un danger qui menace la viabilité de certains États et qui risque de provoquer l’effondrement complet de certains autres.

Aussi, Haïti est-elle directement concernée par ce problème. En tant que petit État insulaire, elle est classée parmi les pays, dont la population, les infrastructures, les terres agricoles et les ressources en eau potable sont les plus vulnérables du fait plus particulièrement de l’élévation du niveau de la mer. Mieux : certaines organisations la font figurer en quatrième position de l’index de vulnérabilité des nations au monde qui ont déjà pâti et auraient encore à souffrir le plus sévèrement des conséquences du dérèglement climatique.

Au début du mois de novembre 2013, l’institution Germanwatch (qui dépend en partie du gouvernement allemand) a, quant à elle, placé Haïti en deuxième position des pays qui seront les plus vulnérables aux graves perturbations du réchauffement en cours de la planète.

Index de vulnérabilité des nations au changement climatique

                       Index de vulnérabilité des nations au changement climatique

Bien sûr qu’Haïti ne pourra pas s’en sortir, seule, de ce problème colossal. Le phénomène est mondial. Mais il faudrait tout au moins qu’elle commence sérieusement par s’en préoccuper. Des cyclones de même intensité peuvent frapper la République dominicaine, Cuba et Haïti, les dégâts matériels et humains seront nettement toujours plus importants en Haïti. Ce n’est pas un hasard.

Le but de ce texte est donc de sensibiliser l’opinion, d’informer la population des risques qu’elle court, d’alerter les pouvoirs publics, de les inciter à mettre en place des stratégies de parade et à intégrer  les conséquences du dérèglement climatique dans les programmes d’investissement et dans le processus de développement afin de doter le pays d’une certaine capacité de résilience et par souci de réduire la vulnérabilité de la population et de nos infrastructures face aux impacts prévisibles du   réchauffement climatique. L’intention n’est surtout pas de susciter la panique. Le réchauffement climatique ne procède pas de spéculations catastrophistes, mais de faits scientifiques solidement établis. Il ne découle pas non plus de parti-pris idéologique ou de positionnement politique. Dans cette affaire, la partisannerie devrait être écartée et il serait bon de dégager un consensus le plus large possible autour de la question. Car c’est un problème qui engage le pays tout entier et la société dans son ensemble.

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Le changement climatique est une épée de Damoclès suspendue sur la tête du pays. On en parle peu en Haïti. Et pour cause. Le dérèglement climatique est un phénomène très complexe et sa compréhension requiert quelques efforts cérébraux. La lecture des documents sur le sujet n’est pas trop limpide.  C’est de la science. Les textes sont en anglais et font en moyenne un millier de pages. De plus, ils sont écrits dans un langage hautement scientifique (particulièrement le 1er volet du Rapport 2013 sur « les éléments scientifiques » du premier Groupe de travail GT 1) du GIEC[1] Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (3000 scientifiques). Avec des phrases du genre: « within each pressure triangle, Gaussian low-pass filtered curves and estimated linear trends of the 99th percentile of these geostrophic wind speeds for winter are shown… », Ce n’est pas évident pour un non-initié. Les scientifiques en général n’écrivent pas pour un large public, mais pour un cercle restreint. À l’inverse des politiques, ils ne savent pas communiquer. Il y a donc des lacunes à combler au niveau de l’information. Autant pour les populations exposées que pour les décideurs institutionnels. L’information étant une des étapes clés dans le processus de décisions et de mise en place d’une politique de prévention et de réduction des risques de catastrophe, quelques-uns doivent se charger de la relayer et de partager les informations.

Avant d’examiner plus en profondeur le cas d’Haïti et pour garantir la véracité de nos propos, il nous a paru nécessaire de procéder à une revue sommaire des déclarations des principaux leaders politiques mondiaux et à une rapide synthèse des conclusions de certains rapports scientifiques notamment celui du Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC 3000 scientifiques), le rapport de la Maison-Blanche et celui de la Banque Mondiale.

Sachant qu’il est important pour bien appréhender un problème, d’être au préalable en mesure de l’identifier et d’en comprendre les causes, nous serions amenés à expliciter certains aspects scientifiques contenus dans les rapports d’évaluation précédemment cités. Toutefois, notre objectif étant d’éveiller les consciences à l’imminence d’un danger potentiel, nous essaierons d’éviter au maximum l’emploi de mots savants. Après la lecture de l’article, même le lecteur le moins averti des questions climatiques sera édifié et devrait même être en mesure d’éclairer la lanterne d’autres personnes. C’est notre vœu. Quoi qu’il en soit, il est crucial de comprendre le problème. Nous essaierons de le décrypter quelque peu pour vous.

Ensuite, nous verrons pourquoi Haïti figure en aussi bonne place sur la liste des pays qui devront faire les frais de ce dérèglement climatique et si de ces milliers d’îles dont les scientifiques pensent qu’elles seront englouties par la mer,  Haïti en fait partie.

Le danger est réel et il est déjà à l’œuvre

C’est Ban Ki Mon, le Secrétaire général des Nations unies, qui l’affirme. « Pendant trop longtemps, dit-il, nous avons sous-estimé l’urgence du changement climatique. Il est temps de se réveiller … Le changement climatique est réel, il ne connaît pas de frontières … . Pourtant même à l’heure actuelle, peu de personnes réalisent vraiment la gravité de la menace ou son immédiateté. Maintenant, je crois que nous sommes au bord de la catastrophe si nous n’agissons pas».

Dans le même registre, le ministre français des Affaires Étrangères M. Laurent Fabius récemment en visite en Chine a fait l’annonce suivante : «Il est minuit moins cinq pour le climat. Nous avons 500 jours pour éviter une catastrophe climatique. C’est l’avenir de l’humanité qui est en jeu dans cette affaire ».

L’on pourra citer également un autre ministre des Affaires Étrangères, l’américain M. John Kerry. Dans un sens, a-t-il dit, lors de sa visite en Indonésie, « le changement climatique peut être considéré comme une autre arme de destruction massive, peut-être l’arme la plus terrifiante ». Une menace plus importante que « le terrorisme, les épidémies, la prolifération des armes de destruction massive. » En ce qui a trait à la dangereuse élévation du niveau de la mer, il a ajouté qu’une hausse du niveau de la mer de un mètre « suffirait à engloutir la moitié de Jakarta ». Signalons au passage que la superficie de Jakarta, la capitale de l’Indonésie, est de 664 km². Celle de Port-au-Prince, la plus grande ville d’Haïti, si cela peut donner une idée, ne fait jamais que près de 38 km².

La dégradation du climat n’est pas seulement une source de préoccupations majeures des leaders politiques mondiaux. Le sujet est placé au premier rang des préoccupations des militaires, des banquiers, des assureurs et des grandes entreprises transnationales, telles que Nestlé, Apple, Acer, Symantec, Levy Strauss, Autodesk, General Motors Company, Microsoft, Unilever, etc.  Aux dires de ces dernières, « le dérèglement climatique fait peser une véritable menace sur la santé et la prospérité de leur pays, de leur communauté et de leurs familles. » Pour ces grandes multinationales, « il n’est pas question de fonder un vain espoir dans le fait que tous ces scientifiques pourraient bien se tromper, » affirment-elles dans un communiqué conjoint.

Dans un rapport rendu public le lundi 13 octobre 2014, le Pentagone s’alarme des « risques immédiats » que posent les effets du changement climatique pour la sécurité nationale des États-Unis et leurs opérations militaires dans le monde. Face au changement climatique, l’armée doit se tenir prête. « Nous avons déjà vu ces événements se produire dans d’autres régions du monde, et il existe des signes inquiétants qui laissent penser que le changement climatique peut mettre gravement en danger la stabilité de notre propre hémisphère« . « Dans les Caraïbes, à cause de la hausse du niveau de la mer … certaines îles devraient être complètement évacuées » a déclaré ce même lundi le ministre américain de la Défense Chuck Hagel lors d’une conférence réunissant les ministres de la Défense du continent américain au Pérou.

Une menace planétaire sérieuse et préoccupante

Le 6 mai 2014 paraissait pour le compte de la Maison-Blanche, un rapport d’évaluation du climat aux États-Unis, « The National Climate Assessment ». Selon ce rapport de près d’un millier de pages rédigées par plus de 300 scientifiques et experts, le changement climatique attribuable à « l’effet de serre » autrefois considéré comme un problème lointain s’est soudainement installé dans le présent. Il est passé de l’état d’une menace lointaine au stade de danger actuel. Et aucun Américain ne sera épargné, souligne le rapport. Ce dérèglement climatique est en train de transformer notablement America the beautiful, l’Amérique la Superbe en une affreuse Amérique, houleuse et dangereuse, ont titré en manchette certains médias américains à la sortie du document.

Selon un des auteurs principaux de ce rapport M. Don Wuebless. « Il ne s’agit pas de se demander si le climat est en train de changer. Non seulement il est en train de changer, mais il change à un rythme dix fois plus rapide qu’on ne l’avait prévu… Les températures moyennes ont augmenté de près de 2° depuis le début du siècle dernier, et pourraient augmenter de 10° d’ici la fin du siècle ; le niveau des mers pourrait s’élever jusqu’à deux mètres ; les villes côtières sont inondées plus régulièrement lors des tempêtes et des marées hautes ; les localités à l’intérieur des terres proches des grandes rivières connaissent davantage d’inondations ; les étés sont plus longs et plus chauds et les périodes de chaleur inhabituelle durent plus longtemps. Ce qu’aucun américain vivant n’avait jamais connu ; les hivers sont généralement plus courts et plus chauds, les averses sont plus fortes ; les tempêtes géantes semblables à Sandy deviendront monnaie courante …et cela devra s’aggraver tout au long de ce siècle et au-delà », indique le rapport qui conclut en exhortant le peuple américain “de se préparer à faire face aux conséquences incalculables du dérèglement climatique. »

De son côté,  le président Obama a déclaré ceci : « La réalité du changement climatique est quelque chose que nous ne pouvons pas nous permettre de nier. Ce sera un des défis les plus périlleux auquel la nation américaine aura à faire face ».

Deux mois avant la parution du rapport d’évaluation du climat aux États-Unis, soit le 31 mars dernier, le Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat, le GIEC, avait rendu public le deuxième volet de son cinquième rapport sur le dérèglement climatique sous la forme d’un résumé à l’intention des décideurs. Leur constat était sans appel. Notre planète « suit une mauvaise trajectoire ».

Selon le GIEC «l’élévation du niveau de la mer devrait intensifier les inondations, les ondes de tempête, l’érosion et d’autres phénomènes côtiers dangereux (submersion partielle ou totale de vastes régions côtières) menaceront les infrastructures, les établissements humains et les installations vitales pour les populations insulaires ».  Et il y a « plusieurs raisons de s’inquiéter », à cause de « de la montée alarmante du niveau de la mer qui entraînera une reconfiguration mondiale des côtes, des milliers d’îles qui seront submergées, des réfugiés climatiques par centaines de millions, des sécheresses sévères, de la réduction significative  des eaux de surface et souterraines, de la réduction drastique des récoltes agricoles, des cyclones nettement plus intenses, de l’insécurité alimentaire qui pourrait toucher des milliards de personnes, des risques de conflits violents entre États, de l’aggravation de la montée de la pauvreté, les chocs économiques,  la résurgence de virus et des conséquences incommensurables non encore prévisibles ou chiffrables »


[1] Le GIEC est un organisme intergouvernemental ouvert à tous les pays membres de l’ONU. Il est la référence internationale en matière de climat. Il a été créé en novembre 1988, à la demande du G8 par deux organismes de l’ONU : l’Organisme de météorologique mondiale (OMM) et par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE). L’une des principales activités du GIEC consiste à procéder, à intervalles réguliers, à une évaluation de l’état des connaissances relatives aux changements climatiques. Le GIEC élabore aussi des rapports spéciaux et des documents techniques sur des sujets qui nécessitent des informations et des avis scientifiques indépendants

Élévation du Niveau de la mer de 1993 à 2013

Courtoisie NASA

Courtoisie NASA

Le rapport indique que « d’ici le milieu du siècle les changements climatiques devraient réduire les ressources en eau dans de nombreuses îles, par exemple dans les Caraïbes et le Pacifique, à tel point que la demande ne pourra plus être satisfaite pendant les périodes de faible pluviosité ». Que dire alors pendant les périodes de sécheresse, sommes-nous tentés d’ajouter ?

Les experts du GIEC certifient que leurs prévisions sont basées sur près de dix mille (10.000) travaux de recherche et sur des modélisations informatiques et mathématiques dans lesquelles ils ont une « confiance accrue ». Dans la majorité des cas, les faits sont clairement établis. D’après eux, l’évaluation de la probabilité de survenance pour l’ensemble de ces événements est associée avec un degré de confiance élevé (95 %).  Ils affirment que « les effets cumulés de changements continus dans l’environnement peuvent atteindre des seuils qui se traduiront par des changements brutaux et irréversibles ».

Aussi, dans le «Résumé à l’intention des décideurs » les experts du Groupe Intergouvernemental d’Experts sur l’Évolution du Climat (GIEC) préviennent que : « De nouvelles émissions de gaz à effet de serre impliqueront une poursuite du réchauffement et des changements affectant toutes les composantes du système climatique. Pour limiter le changement climatique, il faudra réduire notablement et durablement les émissions de gaz à effet de serre. » GIEC, 2013: Résumé à l’intention des décideurs, Changements climatiques 2013: Les éléments scientifiques. {6, 11–14}

Les experts accentuent cette notion de seuil à ne pas dépasser. La hausse de la température moyenne de la planète due aux émissions de « gaz à effet de serre » dans l’atmosphère doit être circonscrite à moins de 2℃ par rapport à l’ère préindustrielle. Ce sur quoi d’ailleursles dirigeants du monde s’étaient d’ailleurs engagés en 2009 à Copenhague. Au-delà de ce seuil, on pourrait franchir un « point de basculement », c’est-à-dire un point de non-retour. Ce sera fort probablement l’emballement du climat. Ce qui nous précipitera en même temps dans un autre monde.

Un monde tellement différent qu’il est difficile de le décrire

Cette affirmation ne vient pas de nous. Elle émane du président du groupe de la Banque mondiale, Jim Yong Ki s’exprimant dans le préambule d’un rapport préparé pour la Banque par le respectable Potsdam Institute for Climate Impact Research et Climate Analytics et intitulé «Turn Down The Heat: Why a 4°C Warmer World Must be Avoided  » – [Baissons la chaleur : pourquoi il faut absolument éviter une élévation de 4°C de la température de la planète]

Nous retiendrons pour vous deux déclarations solennelles et documentées de ce rapport et nous ne croyons pas devoir ajouter le moindre commentaire à cet exposé des faits, car cela résume de manière éloquente la situation.

1) – « Si les promesses ne sont pas tenues (limite des 2°C), une élévation de température de 4°C pourrait intervenir dès les années 2060. Et même si le réchauffement climatique est limité à 2°C, le niveau moyen du niveau de la mer pourrait continuer à monter à l’échelle planétaire, certaines estimations prévoyant une élévation de 1,5 à 4 mètres au-dessus des niveaux actuels… Pour contenir la montée des eaux au-dessous de 2 mètres, il faudrait probablement réussir à maintenir le réchauffement nettement au-dessous de 1,5°C ». Une élévation de la mer d’environ cinquante centimètres suffit seulement pour inonder un bon nombre des grandes métropoles du monde, croient la plupart des experts scientifiques.

2) –  « Si le réchauffement climatique mondial approche ou dépasse les 2 °C, cela risque de déclencher des éléments de basculement non linéaires : par exemple, la fonte de la calotte glacière de l’Antarctique occidental, qui donnerait lieu à une élévation plus rapide du niveau des mers, ou le dépérissement de la forêt amazonienne, qui affecterait énormément les écosystèmes, les fleuves, l’agriculture, la production énergétique et les moyens de subsistance. De tels phénomènes viendraient encore renforcer le réchauffement mondial du XXIe siècle et auraient une incidence sur des continents entiers. » Pour ne citer que cela.

Aussi, selon le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim « Nous pouvons et nous devons éviter une hausse de 4 degrés. Il faut limiter le réchauffement à 2 degrés. Si nous n’agissons pas suffisamment contre le changement climatique, nous risquons de léguer à nos enfants un monde radicalement différent de celui que nous connaissons aujourd’hui. Ce monde serait tellement différent de celui dans lequel nous vivons qu’il est difficile de le décrire » avertit le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim.

Des îles disparaitront

Selon un responsable scientifique du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), Mme Jacqueline Mc Glade : « Certaines îles sont en grand danger de disparition dans les décennies à venir, car elles pourraient facilement perdre la protection de leurs côtes assurée par les récifs coralliens, souffrir de tempêtes et de la hausse du niveau de la mer… Toutefois c’est le changement climatique qui aura le plus fort impact et son atténuation ne fera que retarder l’incursion inexorable de la mer à l’intérieur des îles.»

Ici il conviendrait peut-être d’apporter certaines précisions. Certaines îles sont dans une meilleure position que d’autres.  Ainsi en est-il des îles continentales, on les appelle d’ailleurs des îles-continents, par ce qu’a un certain moment de la durée, elles étaient rattachées à un continent. C’est le cas de la Grande-Bretagne, de l’Australie, de l’Irlande, de Madagascar, etc. Ces îles-là ne sont pas menacées à court ou à moyen terme d’être englouties par la mer, même si elles sont tout aussi bien vulnérables.

Ensuite il y a les îles dites océaniques. L’océan les a pondues et fait éclore. Souvent, elles apparaissent à la suite de processus de refroidissement et de solidification de coulées de lave provenant d’éruptions de volcans. Ou encore à la suite de mouvements tectoniques, d’épisodes d’entrechoquement de plaques océaniques entre elles, des fois glissant l’une sous l’autre, créant ce qu’on appelle une dorsale qui émerge à la surface. Ce sont surtout ces îles qui sont menacées de totale submersion, comme il en va dans la déclaration du responsable scientifique du PNUE entre autres.VOLCANS chapelt

Relief sous-marin allongé, large de quelques centaines de kilomètres, dominant de 2000 à 3000 mètres les plaines abyssales et situé généralement à plus de 1 000 m de profondeur ; parfois la dorsale émerge. En son milieu, apparaît habituellement un fossé d’effondrement dénommé rift au centre duquel s’observe une activité volcanique (Source : Atlas des Espaces océaniques)

Haïti, en principe, fait partie de ces îles océaniques. Mais il y a une spécificité haïtienne. Là encore. Bien qu’appartenant à l’arc insulaire des Grandes Antilles, Haïti, compte tenu de sa formation géologique et de ses caractéristiques géochimiques, semble ne pas répondre totalement à la définition classique de cette catégorie d’îles. La terre d’Haïti n’a pas de tout temps été à cette place. Elle a fait du chemin.

 Il y a trois ans, une équipe de chercheurs de l’Université de Floride ont mené des enquêtes de terrain en Haïti. Ils ont été comme abasourdis par les résultats de leurs recherches qui ont été publiés dans un article paru dans la revue scientifique Nature Geosciences, « Ancient lithospheric source for Quaternary lavas in Hispaniola » [1].

Ils ont découvert que les roches d’Haïti dataient de plus d’un milliard d’années. Or, jusqu’à cette découverte, les géologues croyaient qu’Haïti, comme la plupart des autres îles de la région, n’était âgée que de 150 millions d’années. Ils ont ensuite noté que les caractéristiques chimiques de ces roches ne se retrouvaient dans le substrat rocheux d’aucune autre île de la Caraïbe.  En revanche, ils ont constaté que la signature isotopique de ces roches (sorte d’ADN inorganique comme le décrit G. Kamenov l’un des auteurs principaux de l’étude) était identique à celle qu’on retrouve ordinairement dans des roches de régions stables situées à des milliers de kilomètres de là, à l’intérieur d’un continent. En creusant un peu, l’équipe de chercheurs a fini par découvrir qu’en fait, Haïti repose sur le fragment d’un ancien supercontinent : le Gondwana[2] formé il y a 600 millions d’années et qui lors de sa dislocation en plusieurs blocs, il y a 200 millions d’années, aurait laissé échapper un fragment qui a dérivé sur une distance de plus de 1000 à 1500 km pour former le socle de cette île aujourd’hui partagée par les deux républiques : Haïti et la République Dominicaine. Conclusion : au plan géologique, une partie d’Haïti serait donc à composante continentale. Mais, est-ce un facteur qui pourrait prévenir l’île d’être engloutie par les eaux. Nous verrons plus loin?


[1] Kamenov, G.D., Perfit, M.R., Lewis, J., Goss, A.R., Arevalo, R., and Shuster, R.D., 2011, Ancient lithospheric source for Quaternary lavas in Hispaniola. Nature Geoscience 4, 554–557 (2011) doi: 10.1038/ngeo1203 10 July 2011

[2] Le Gondwana

Au commencement, il n’y avait qu’un seul continent. Une seule masse que les géographes ont baptisée du nom de la Pangée. Puis ce bloc s’est disloquée en deux parties pour former de supercontinents : l’un au nord dénommé Laurasia ; l’autre au sud dénommé Gondwana. Ce supercontinent s’est lui-même ensuite disloqué pour former d’autres continents dont l’Afrique, l’Australie, l’Antarctique l’Amérique du Sud, etc. En regardant le tracé du littoral de chacun de ces continents on s’aperçoit qu’ils peuvent s’emboîter l’un dans l’autre.

À suivre

Haïti survivra-t-elle : Une vérité invraisemblable  (2ème partie)

http://natureisspeaking.org/theocean.html

 

Élections : Communiqué des organisations de la société civile

Les organisations de la société civile réclament un Conseil électoral équilibré et le vote des amendements à la loi électorale

 

Conseil électoral équilibré et vote des amendements à la loi électorale.

 

                          DÉCLARATION

Le 19 Mai 2014

Les Organisations de la Société Civile, les Organismes de Droits Humains et les Responsables Religieux, signataires de la présente déclaration, expriment leurs plus vives préoccupations face à la situation qui prévaut aujourd’hui par rapport à la question électorale.
En votant la Constitution de 1987, le Peuple haïtien a opté pour un régime démocratique, ce qui implique l’existence de trois pouvoirs indépendants, l’Exécutif, le Législatif et le Judiciaire, le fonctionnement démocratique et autonome des Collectivités Territoriales. En raison de défaillances graves de la part de nos dirigeants politiques, aujourd’hui, à la tête de la plupart de nos Mairies, se trouvent non des élus du peuple, mais des agents de l’Exécutif, ce qui constitue une violation flagrante de notre Charte fondamentale. Le Sénat de la République est amputé d’un tiers de ses membres, fonctionne de façon boiteuse et par conséquent est privé de certaines de ses prérogatives.

Dans huit mois, c’est-à-dire au début de Janvier 2015, les Députés actuels et un deuxième tiers des Sénateurs auront fini leur mandat. Il ne restera qu’un tiers du Sénat, autrement dit il n’y aura plus de Pouvoir Législatif, si entre temps les élections législatives n’ont pas lieu. Le temps qui reste est tout juste suffisant pour les réaliser.

Or il n’est pas question que l’État fonctionne sans Parlement. Le temps de gouverner par décret est définitivement révolu. Il n’est pas non plus question que le renouvellement de nos dirigeants politiques se fasse en dehors des voies légales. Ce temps aussi est révolu.
Pour permettre l’enclenchement du processus électoral, deux questions importantes doivent être résolues. D’abord, la mise en place d’un Conseil électoral équilibré, susceptible d’inspirer un minimum de confiance aux électeurs et aux futurs candidats, à quelque sensibilité politique qu’ils pourraient appartenir. Ensuite la question du vote des amendements à la loi électorale.

S’il existe un minimum de sentiment patriotique, de sens de responsabilité politique et d’esprit démocratique au niveau de nos responsables politiques et des dirigeants de partis, ces questions peuvent se régler en une semaine. La politique c’est l’art du compromis. Le régime démocratique pour lequel le peuple haïtien a opté suppose le pluralisme politique, l’acceptation des différences, la recherche de solutions gagnant-gagnant et non l’élimination de l’autre. Les signataires de la présente exhortent tous les acteurs concernés à s’élever au-dessus des querelles de chapelle et à défendre leurs intérêts partisans tout en les subordonnant à l’intérêt supérieur de la Nation. Faute par eux de le faire et de trouver une entente nationale, ils mettront davantage en péril la souveraineté nationale déjà grandement fragilisée.

Suivent les signatures :

Nom et Prénom Institution
Mgr Guire Poulard Archevêque de Port-au-Prince
Mgr Zachée Duracin Evêque de l’Église Episcopale
Pasteur Sylvain Exantus Président de la Fédération Protestante d’Haïti (FPH)
Ati Max Beauvoir Confédération Nationale des Vodouisants Haïtiens
Rosny Desroches Initiative de la Société Civile (ISC)
Edouard Paultre Conseil Haïtien des Acteurs non Étatiques (CONHANE)
Antonal Mortimé Plateforme des Organisations de Droits Humains
(POHDH)
Pierre Espérance Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH)
Jinaud Augustin Lanse-Haiti
Pasteur Pauris Jean-Baptiste Pasteur Protestant
André Apaid Jr Fondation Nouvelle Haïti (FNH)
Sylvie Bajeux Centre Œcuménique des Droits de l’Homme (CEDH)

Me André Michel, le farouche opposant au pouvoir du président Martelly a été arrêté

 andre-michel-4La police nationale d’Haïti (Pnh) a procédé, dans la soirée de ce mardi 22 octobre 2013, à l’arrestation du jeune avocat André Michel, farouche opposant du pouvoir en place, dans le quartier de Martissant (périphérie sud), où le trouble a régné au cours de l’opération.

Après avoir immobilisé la voiture de l’avocat près du sous-commissariat de Martissant, la police a eu du mal à emmener Me Michel, neutralisé à l’intérieur du véhicule, alors qu’une foule de riverains protestait avec véhémence.

Un important détachement de policiers a été déployé sur les lieux et a tiré du gaz lacrymogène pour disperser la foule et transporter « de force » l’avocat au commissariat de Port-au-Prince, selon les témoins.

Plusieurs personnalités, dont des responsables d’organisations de droits humains, se sont mobilisées pour apporter leur soutien à l’avocat en difficulté.

« C’est un acte arbitraire, puisque la Constitution interdit que des arrestations soient effectuées au delà de 6:00 du soir » (22:00 gmt), dénonce le directeur du Réseau national de défense de droits humains (Rnddh), Pierre Espérance, interrogé par AlterPresse.

Me Samuel Madistin, avocat d’André Michel, a qualifié cette arrestation de « kidnapping ».

Turneb Delpé, dirigeant du regroupement d’opposition Mopod, se dit « inquiet pour la vie d’André Michel ».

En août 2013, Me Michel avait déjà échappé à une tentative d’arrestation par le juge d’instruction Lamarre Belizaire.

Depuis le 25 juillet, le magistrat Belizaire avait émis un mandat d’amener contre André Michel dans un dossier d’assassinat d’un jeune universitaire de 31 ans, Frantzy Duverseau, défunt beau-frère d’Enold Florestal.

Florestal, qui a porté plainte contre la famille présidentielle pour corruption et usurpation de titre, a, lui-même, été arrêté en août 2013. http://www.alterpresse.org

 

DESRAS APPELLE A LA MOBILISATION GENERALE CONTRE MARTELLY

 par Roberson Alphonse

 LE PRÉSIDENT DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE M. SIMON DESRAS

LE PRÉSIDENT DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE M. SIMON DESRAS

Simon Dieuseul Desras n’y va pas avec le dos de la cuillère. Esquivant l’obligation de se fendre d’un bilan à la séance de clôture de la 2e session législative bouclée ce lundi 9 septembre, le président de l’Assemblée nationale a plutôt fait, avec plein de passifs, celui du chef de l’Etat, Michel Martelly, avant d’appeler le peuple à la mobilisation contre le président Michel Joseph Martelly. « Nous appelons le peuple souverain à la mobilisation pour faire échec au projet autoritaire et personnel du président de la République », a lancé tout de go Desras Simon Dieuseul.

Pugnace, il a souligné, en présence de 16 sénateurs et de 72 députés, que « les principaux dirigeants de l’exécutif haïtien s’acharnent à démanteler le Parlement pour bâtir un pouvoir personnel, assis sur la propagande, l’arbitraire et la corruption ». Dans les souliers du rabatteur, le sénateur du Centre a appelé « les parlementaires de la 49e législature à se constituer en un bloc monolithique pour défendre le pouvoir législatif ». « Que nos collègues vacillants, peu conscients de leurs responsabilités, peu imbus des leçons de l’histoire fassent attention ! », a-t-il dit.

Manichéen, Simon Dieuseul Desras a lancé un appel « aux combattants de la démocratie pour qu’ils réveillent à la modernité démocratique les nostalgiques de la dictature ». Une alternative à ses yeux face à l’incapacité de certains à se mettre d’accord pour la mise en accusation du président de la République et au renvoi du Premier ministre par les chambres compte tenu de « nombreux accrocs de ce pouvoir autoritaire et informel à l’ordre constitutionnel et légal ».

Selon Desras, les autres pouvoirs de l’Etat sont minés par des crises internes et des intrusions de l’exécutif. Rappelant encore une fois que « les perspectives s’assombrissent », le président de l’Assemblée nationale a évoqué le dossier des élections. « Le refus d’organiser des élections à la fin de l’année 2013, par l’équipe Martelly/Lamothe, peut déclencher des troubles que ni l’international, ni les forces d’argent ne pourront comprimer », a-t-il prévenu, rabrouant au passage l’ONU qui a salué « les nets progrès » réalisés par l’administration Martelly. Pour Desras, en deux ans, il y a eu plutôt quatre carnavals, zéro élection et trois rentrées scolaires reportées sur fond d’une aggravation des conditions de vie de la population haïtienne.

Le sénateur, qui a appelé à une mobilisation générale pour faire échec, selon lui, au projet dictatorial du président Michel Joseph Martelly, s’interroge : Y a-t-il une parade, une place réservée au dialogue, une alternative à cette descente aux enfers ? Malgré cette interrogation, il a invité les « démocrates à la vigilance.

 Il y a quelques semaines, il avait annoncé que le bureau de l’Assemblée nationale prendrait acte de la demission du président de la République si ce dernier ne se présente pas au Parlement le 2e lundi de janvier 2014.

Roberson Alphonse

http://lenouvelliste.com

LE PRÉSIDENT DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE M. SIMON DESRAS APPELLE LE PEUPLE SOUVERAIN À LA MOBILISATION POUR FAIRE ÉCHEC AU PROJET AUTORITAIRE DE M. MARTELLY


SIMON DESRAS

Honorable Vice- Président de l’Assemblée Nationale,

Honorables Membres du Bureau,

Honorables Sénateurs et Députés de l’Assemblée Nationale

Mesdames, Messieurs les hauts Cadres de l’Etat,

Mesdames, Messieurs les fonctionnaires du Parlement,

Distingués invités,

Le Parlement haïtien est ébranlé par les secousses d’une crise dont les racines plongent dans l’inadéquation des structures d’un état dépendant donc impuissant à répondre aux impératifs du développement national. Les conquêtes des dernières décennies, liées au respect et à la jouissance des droits fondamentaux de la personne, sont sans cesse menacées par les cabrioles d’une transition qui s’achoppe de manière récurrente aux digues de l’autoritarisme, de l’arbitraire, de l’opacité, de la personnalisation du pouvoir et du refus obstiné de se soumettre à la légalité constitutionnelle…

Tous les gouvernements de l’après-Duvalier avaient pour objectif stratégique, chacun en ce qui le concerne, d’actionner les leviers de la transition aux fins de contribuer à la normalisation politique et institutionnelle du Pays. La tentation autoritaire et l’obsession des dirigeants à se maintenir au pouvoir ont rendu vaines toutes les tentatives de promouvoir l’intérêt général et la stabilité politique.

Le Parlement, nanti par la Constitution de 1987 de pouvoirs et de moyens d’action lui permettant d’asseoir l’ordre démocratique par l’exercice de la fonction législative, ne s’est pas hissé à la hauteur des attentes du Peuple haïtien.Il n’est pas parvenu, à ce jour, à se doter des instruments nécessaires au plein exercice de ses prérogatives… Dans le cadre de l’endossement de son autonomie, garante des droits, des libertés, des valeurs républicaines et des intérêts du peuple, il ne peut aujourd’hui présenter à la Nation, une majorité fonctionnelle, une technostructure d’encadrement et un agenda législatif indicateurs du fonctionnement responsable, efficace d’un pouvoir législatif, issu du suffrage universel, co-dépositaire de la souveraineté nationale. Que penser d’une telle insuffisance !

Honorables Collègues, Sénateurs et Députés, bien que tétanisés par les errements de nombre d’entre nous, détenteurs d’un mandat du peuple pour maintenir et sauvegarder ses droits et être fidèle à la Constitution, nous lançons un mot d’ordre de ralliement du Corps législatif sous l’égide de la Constitution et de l’ordre démocratique, dans le cadre de l’Assemblée Nationale.

Toujours guidé par le principe de légalité et déférant aux obligations de faire ce que commande cette conjoncture décriée mais combien décisive, nous nous réunissons aujourd’hui en Assemblée Nationale aux termes des articles 92-2, 98, 98-1 99, 99-2, 100, 101, 102 de la Constitution de 1987 amendée, pour la clôture de la deuxième session législative ordinaire de l’année 2013 et les objectifs que prescrivent la consolidation des institutions, le respect des libertés publiques et la paix sociale.

Honorables Sénateurs et Députés de l’Assemblée Nationale,

Le Bureau vous présente ses respects et vous recommande la vigilance citoyenne, la fidélité au peuple, la loyauté au Parlement, le courage moral, en ces instants singuliers où se joue le sort de la démocratie en Haïti et l’éventualité d’épreuves conduisant à des souffrances inutiles pour les populations en situation de survie…

A l’échelle du monde se déroulent des évènements qui influencent la vie quotidienne des peuples, leurs droits imprescriptibles, leurs options socio-économiques, le régime politique et les dirigeants qu’ils se donnent… Il s’agit de la guerre, des coups d’état, des attaques contre la démocratie, des violations de droits et tous autres agissements portant atteinte aux institutions républicaines et à la morale publique.Ils aggravent le climat de tension et de violence brutale ou larvée qui s’installe dans plusieurs aires géographiques du Moyen Orient, de l’Amérique et de l’Asie.

Ce contexte global dominé par la guerre civile en Syrie, en Egypte notamment, se révèle nocif voire contagieux, lorsque les principaux dirigeants de l’Exécutif haïtien s’acharnent à démanteler le Parlement pour bâtir un pouvoir personnel, assis sur la propagande, l’arbitraire et la corruption.Que nos Collègues vacillants, peu conscients de leurs responsabilités, peu imbus des leçons de l’histoire fassent attention ! Jean Jacques Rousseau leur dit : « Lorsque dans la même personne ou dans le même corps de magistrature, la puissance législative est réunie à la puissance exécutive, il n’y a point de liberté. »

Mesdames, Messieurs,

Au niveau national, le pays expérimente une situation d’exacerbation de la crise institutionnelle. La loi électorale est déposée au Parlement dans l’intention avérée d’aiguiser les contradictions entre l’Exécutif et l’opposition parlementaire. Le Conseil de Sécurité des Nations-Unies applaudit les progrès patents du pouvoir en place, lesquels progrès échappent pourtant aux analystes les plus avertis et ne se répercutent dans aucun secteur de la vie socio-économique. Ce faux-fuyant amplifie le malaise entre l’opinion publique et les institutions de tutelle alors que l’opposition bat la générale contre le projet anti-démocratique du Président de la République. La réunion des Ministres de PETROCARIBE à Port-au-Prince met à nu le désintérêt du Gouvernement pour la production agricole, un moyen sûr de remboursement en nature des dettes pétrolières d’Haïti…

Les charges qui électrisent la scène nationale et les prolégomènes auxquels nous assistons conduisent à l’évidence et à l’imminence de l’éclatement de la crise, en maturation depuis l’arrivée au pouvoir du Président Martelly. Les espaces générateurs de crise. Le cadre socio-économique est animé par des secteurs potentiellement générateurs d’un ensemble d’activités susceptibles d’alimenter le discours de la mise en chantier du pays dans les domaines de la Reconstruction, des Investissements et de la Production agricole…

La reconstruction, conçue dans le cadre du capitalisme du désastre, est une catégorie étudiée par Naomie Klein : le cas d’Haïti a été une parfaite illustration… La CIRH, cette commission fantôme, a berné l’Etat et le Peuple haïtien. Elle figurerait en bonne place dans le livre de Pierre-Louis Damas « Les mensonges de notre démocratie. » Les initiatives qui ont suivi n’ont fait qu’entériner l’esprit de la démarche initiale, d’autant qu’elles étaient conduites par les mêmes mystificateurs.Trois ans plus tard, la reconstruction se débat dans les rets des multinationales. Les firmes nationales et la main d’œuvre locale sont déboutées par de puissants lobbies. Les procédures d’attribution des contrats sont obscures. La substance de ce secteur se ramasse autour des édifices publics où la cérémonie de pose de la première pierre a été organisée pour certains d’entre eux rien qu’à des fins médiatiques. Les millions d’haïtiens, victimes du séisme de janvier 2010 accrochés aux promesses fallacieuses de la communauté internationale, ne manqueront pas de défendre avec l’énergie du désespoir leur droit au logement… Cette frange de la population n’attendra pas longtemps pour s’embraser… si l’état haïtien ne pose ce problème au diapason des revendications de tous les marginalisés haïtiens de la Reconstruction : firmes, sociétaires, ingénieurs, techniciens, ouvriers etc.…Le deuxième secteur retenu comme générateur de crise est celui des investissements…Il y a des pré-requis à toute politique d’investissements.La garantie juridique commande le respect des engagements internationaux paraphés par Haïti et la préservation des droits, surtout du droit de propriété.

Les infrastructures de base incluent les disponibilités en eau, les routes, le téléphone, l’électricité, les ports, les aéroports etc.La stabilité du cadre macro-économique rassure sur les fluctuations du taux de change, le contrôle de l’inflation et la transparence des opérations financières.

L’instauration de l’état de droit garantit le fonctionnement régulier des institutions et la stabilité politique.Ces conditionnalités sont loin d’être réalisées…Au contraire, l’inféodation de la Justice à l’Exécutif, la soumission de certains mandataires du peuple à la personne du Président de la République…l’état précaire des structures foncières, la menace de rendre caduc le Parlement… et la fronde de l’Exécutif contre la Constitution, de l’affaire du Député Bélizaire au rejet du mandat de six ans des Sénateurs de 2009… mobilisent les partis politiques, la société civile, l’opposition parlementaire, les organisations socio-professionnelles, les groupes de base, effrayés par la volonté délibérée du Président de la République de plonger Haïti dans la violence et l’instabilité.

Le troisième secteur retenu comme générateur de crise est celui de la Production agricole. Au fait, l’Agriculture ne figure pas au programme officiel de l’Exécutif. La politique agricole est axée sur les importations de produits de consommation courante, riz, maïs, œufs, etc. qui s’élèvent à des centaines de millions de dollars US et sur l’organisation ABA GRANGOU qui s’approvisionne au niveau des ONGs et de l’humanitaire. La paysannerie n’a obtenu aucune réponse à son projet séculaire d’autosuffisance alimentaire pour Haïti…

L’énergie électrique, l’irrigation, l’encadrement technique, le crédit agricole, les routes vicinales, les engrais, les semences, l’accès au marché, etc. devraient permettre l’ouverture de chantiers bourdonnants ramenant la verdeur dans les champs et la vie dans les sections.La chèreté de la vie, le gonflement des flux migratoires, la rareté du numéraire, les déprédations dues aux intempéries récurrentes, créent déjà une sensation d’asphyxie pour le peuple du « pays en dehors ».

La famine grandissante et le dénuement subséquent au passage des ouragans et autres dépressions tropicales peuvent tout faire basculer à bref délai. La rentrée des classes jumelée à la pression fiscale peut devenir une cause occasionnelle de renversement de situations injustes.Il importe de souligner les lieux de priorité de ce Gouvernement Martelly-Lamothe qui, durant deux ans accomplis, a su organiser quatre (04) carnavals, zéro (0) élection autour d’une propagande Lekòl gratis pendant que la rentrée scolaire hypothétique est reportée dans de vacances prolongées, avec un mépris pour les normes, les enseignants, les élèves, les parents et l’avenir, en général. Kidonk, Gouvènman nan tan li fè sou pouvwa reyalize 4 kanaval, 0 eleksyon, lekòl gratis la plonje nan yon vakans san fen.

Un deuxième espace déstabilisateur retient notre attention et appelle notre analyse. Il s’agit d’un cadre institutionnel qui se compose du Parlement, du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire, du Conseil Transitoire du Conseil électoral permanent, de la Cour supérieure des comptes et du Contentieux administratif.Ces institutions sont toutes aujourd’hui en situation de déséquilibre dû aux contradictions qui les bouleversent, aux difficultés de fonctionnement, aux conflits entre les membres, aux retards enregistrés dans le processus du renouvellement de leur personnel… aux incursions de l’Exécutif dans le champ sacré de leur indépendance…Elles entretiennent un état de crise qui paralyse l’État, l’affaiblit et émousse la confiance des administrés.Elles évoluent sous la menace d’une possible désagrégation … les manifestations multiformes de cette crise pourraient, au cas où elles s’enveniment, jeter le pays dans l’ingouvernabilité la plus totale.

Les médias, la citoyenneté, la société politique et d’autres forces engagés dans le maintien de la stabilité étatique pourraient durcir leurs positions contre le Pouvoir en place, qualifié de rebelle à l’ordre constitutionnel et légal.Un troisième espace de crise est identifié dans la nature du régime politique imposé par la Constitution et la Gouvernance mondiale.Ce régime repose sur l’état de droit et la démocratie. Le Gouvernement Martelly/Lamothe a démontré son incapacité de se soumettre à la Constitution, de respecter les mandats des élus, d’honorer les échéances électorales, de garantir le fonctionnement permanent des institutions républicaines.Les nombreux accrocs de ce pouvoir autoritaire et informel à l’ordre constitutionnel et légal devaient conduire à la mise en accusation du Président de la République et au renvoi du Premier Ministre par les Chambres. Cependant la faiblesse de certains parlementaires, annihile l’efficacité de cette fonction de contrôle du Parlement. Le refus d’organiser des élections à la fin de l’année 2013, par l’équipe Martelly/Lamothe, peut déclencher des troubles que ni l’International, ni les forces d’argent ne pourront comprimer.

A ce stade de l’évolution de la crise, les perspectives s’assombrissent… l’affrontement entre les défenseurs des acquis démocratiques et les instigateurs du chaos se durcit au fil des jours.Y a-t-il une parade, une place réservée au dialogue, une alternative à cette descente aux enfers ?

Les voies de solution

Honorables Sénateurs et Députés,

Nous lançons un appel aux combattants de la Démocratie pour qu’ils réveillent à la modernité démocratique les nostalgiques de la dictature.

Nous convions les Parlementaires de la 49ème législature à se constituer en monolithe pour défendre le Pouvoir législatif.

Nous appelons le Peuple souverain à la mobilisation pour faire échec au projet autoritaire et personnel du Président de la République.

Et pour rester fidèle à nos convictions et à nos pratiques démocratiques, nous ferons en tout temps l’apologie du consensus et du dialogue dans l’intérêt national. Mais que force reste à la loi !

Honorables Sénateurs et Députés de l’Assemblée nationale,

Nous fermons aujourd’hui la session législative de l’année sur un bilan mitigé. La Chambre des Députés part en vacances, les Députés utiliseront ce temps non au repos bien mérité du guerrier mais pour resserrer les liens avec les populations qui leur ont confié le mandat de défendre leurs droits et leurs intérêts.

C’est pour moi le moment de citer à l’honneur les différents blocs politiques du parlement, principalement ceux de la Chambre des députés, notamment le PRI et le PEP qui ont déployé aux côtés des forces de la société civile et politique leur patriotisme pour contrer la saga totalitaire de l’équipe Martelly/Lamothe.

Le Sénat quant à lui siège en permanence comme une vigie. Il poursuivra le combat au sein du Parlement ainsi qu’avec les forces démocratiques et populaires pour le salut de la République.L’histoire et la conscience sociale et patriotique jugeront de nos comportements !Honorables Sénateurs et DéputésDans ce contexte particulièrement dangereux pour l’avenir de nos enfants et de notre pays, des vacances pour les démocrates que nous sommes ne peuvent être que fictives ni ne sauraient nous séparer. Vous qui êtes prêts à mener le bon combat,

Soyez au poste !

Simon Dieuseul Desras
Président de l’Assemblée Nationale

L’ASSOCIATION NATIONALE DES MÉDIAS HAÏTIENS (ANMH) S’ENGAGE DANS LA RÉSISTANCE À L’AUTORITARISME

L’ANMH dénonce officiellement la récente menace du nouveau chef du Parquet de Port-au-Prince contre la liberté de la presse

 

Publié le lundi 26 août 2013

ASSOCIATION NATIONALE DES MÉDIAS HAÏTIENS (ANMH)

NOTE DE CONJONCTURE

« En matière de presse, il n’y a pas de milieu entre la servitude et la licence. Pour recueillir les biens inestimables qu’assure la liberté de la presse, il faut savoir se soumettre aux maux inévitables qu’elle fait naître. Vouloir obtenir les uns en échappant aux autres, c’est se livrer à l’une de ces illusions dont se bercent d’ordinaire les nations malades…qui cherchent les moyens de faire coexister à la fois, sur le même sol, des opinions ennemies et des principes contraires. » Alexis de Tocqueville (De la Démocratie en Amérique II, 3).

L’Association Nationale des Médias Haïtiens (ANMH), offre à la réflexion de la nation et surtout à celle de nos dirigeants révisionnistes cette pensée de Tocqueville qui pourrait se résumer en utilisant la sagesse d’un proverbe haïtien. « Si’w renmen piman, fô’w renmen grenn an tou. »

L’ANMH dont l’une des missions consacrées par sa charte est de défendre les espaces de la liberté d’expression, exprime une vive inquiétude par rapport à la vision erronée du nouveau Commissaire du Gouvernement, Me Francisco René, quant à un droit consacré par la Constitution du 29 mars 1987, celui pour « tout Haïtien d’exprimer librement ses opinions en toute matière par la voie qu’il choisit. » (art.28).

Avec un excès de zèle anachronique, le nouveau serviteur du gouvernement prétend faire peser sur la nation la menace de perte de conquêtes fondamentales obtenues au prix d’une longue et infatigable lutte. L’Association Nationale des Médias Haïtiens (ANMH) rappelle que le peuple haïtien dans sa grande majorité a voté en faveur d’un nouveau cadre de vie, la Constitution du 29 mars 1987 qui, même amendée dans des conditions obscures, continue de garantir aux citoyens un ensemble de droits inaliénables. Aucun fonctionnaire élu ou nommé ne saurait prétendre se substituer aux lois, aux institutions pour mettre en péril l’ensemble des garanties auxquelles le corps social est attaché et est prêt à défendre à tout moment, comme cela a été le cas en maintes occasions, ces dernières années.

Ni les citoyens qui s’expriment dans les médias exerçant en cela un droit constitutionnel, ni les journalistes et animateurs d’espaces de débat public ne doivent tomber dans le piège de l’intimidation des fantasmes du Commissaire Francisco René qui prétend se doter de pouvoirs indus, pour fermer l’espace démocratique. Tout citoyen a le droit d’utiliser son droit à la parole dans les limites consacrées par la Constitution et par les lois qui prévoient les mécanismes de recours en cas de préjudice à des tiers.

Si le peuple haïtien devait perdre son droit critique face aux dérives de nos dirigeants. Si quand ces derniers ne font rien pour mériter le respect des administrés, ceux-là ne pouvaient plus réagir par peur des représailles de serviteurs zélés du pouvoir ou d’autres instances occultes des services de sécurité dévoués à la répression et aux brimades comme on l’a connu pendant les pires moments de la dictature d’avant le 7 février 1986, Haïti aura alors perdu tous les acquis, toutes les luttes et conquêtes de vingt-sept années de jouissance des libertés publiques pour revenir sur les sentiers battus de l’État de non droit où le pouvoir ne pouvait souffrir aucune contradiction.

On n’est plus au temps de la dictature où les dirigeants avaient le statut de petit dieu. Aujourd’hui Haïti veut prétendre à des institutions fonctionnelles au sein desquelles nos représentants ont un comportement exemplaire et ne sont pas ceux-là même dont l’usage contraire du pouvoir inspire réprobation, colère et déception de la population dont le seul exutoire est l’exercice de son droit de parole pour dénoncer, déplorer, réclamer des attitudes conformes de nos dirigeants au sein de toutes nos institutions. C’est là justement que la liberté d’expression peut faire la différence pour porter à des changements d’attitude.

L’Association Nationale des Médias Haïtiens (ANMH) croit que l’usage de la liberté d’expression et la perception à tort ou à raison d’excès de langage dans les prises de parole par la population est symptomatique d’une réalité de malaise induite par des chefs atypiques qui sont les premiers à sortir des normes et de la dignité traditionnelle liée à leur statut.

L’ANMH appelle à la vigilance de chaque citoyen pour défendre jalousement son droit de s’exprimer sur la marche des choses dans son pays et s’engage auprès de la population à garantir la libre expression des uns et des autres dans le respect que nos dirigeants doivent être les premiers à faire l’effort de mériter.

Port-au-Prince, le 22 août 2013

Liliane Pierre-Paul
Présidente
ANMH

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