DEVOIR DE MÉMOIRE – 17 DÉCEMBRE 2001 : LE CYCLONE LAVALAS BALAYAIT LE PAYS D’HAÏTI

LES ÉVÉNEMENTS DU 17 DÉCEMBRE 2001

Lundi 17 DÉCEMBRE 2001….

3 h am – Un « flash » est diffusé par les radios (Radio Caraïbes) annonçant la nouvelle que le Palais National est attaqué par un commando.
Vers 6 h am, Jacques Maurice, membre du bureau de presse de la Présidence fait les premières déclarations: Il y a une tentative de « Coup d’Etat » et 80 hommes lourdement armés se sont introduits dans le Palais National. A partir de conversations entendues sur les walkies-talkies dont ils auraient dépouillés les policiers du Palais, ces hommes qui parlent espagnol, anglais et créole, révèlent avoir à leur tête Guy Philippe, un des commissaires de police réfugiés en République Dominicaine.

La peur et la terreur s’abattent sur la capitale Port-au-Prince et sur plusieurs autres villes du pays.  : attaque contre les locaux de la Presse, des partis politiques, des syndicats, contre leurs dirigeants et contre les centres culturels. Pillages, incendies, meurtres, disparitions… Selon Yvon Neptune, sénateur au moment des faits :  » Le peuple a identifié ses ennemis »

caoutchouc

Mais déjà, le dimanche 16 décembre, date de l’anniversaire de l’élection de Jean-Bertrand Aristide, le Président, après avoir célébré les « victoires électorales » de l’année 2000, s’adresse à l’assistance sur le thème du « patriotisme » en insistant sur le slogan qu’il lui fait répéter plusieurs fois: «Yon lavalas se yon patryòt, yon lavalasyen se yon patriyòt, yon bon lavalasyen se yon bon patriòt. » Plus d’uns se demandaient ce que cachaient de tels slogans.

En début de soirée, la tension est déjà manifeste; des rumeurs circulent et des opérations de blocage des rues sont rapportées dans certains quartiers de la capitale et des villes de province.

I – Annonce d’un supposé coup d’État


Selon informations recueillies par AP, Jacques Maurice fait également mention d’une attaque simultanée contre le pénitencier national et, toujours selon lui, l’un des auteurs intellectuels du coup serait Lucien Gervais, (ancien militaire ?) emprisonné au pénitencier national lors du soulèvement des détenus et depuis lors transféré dans un autre centre de détention. Lucien Gervais aurait à sa solde des mercenaires dominicains réunis à la frontière, prêts à intervenir. Lors de cette intervention, Jacques Maurice précise que le Président Aristide et sa famille sont en sûreté dans leur résidence de Tabarre.
Au cours de ces premières heures les radios diffusent largement les déclarations, nouvelles, et premières réactions. Des journalistes se trouvent au Champs de Mars, devant le Palais et rendent compte en direct, de l’évolution de la situation. Radio HaitiInter annonce à 9.00am que «7 hommes se trouvent embusqués dans les sous-sols du Palais». Des appels à la violence et à la chasse aux «responsables» du coup sont lancés par le porte-parole,
René Civil et des groupes Lavalassiens aux cris de «Bare-yo anwo, Bare-yo anba !»

rene-civil

Quelques heures plus tard, Jean Oriel, responsable de l’unité de sécurité présidentielle, répond aux questions de la Presse et annonce que les assaillants ont pris la fuite à bord de deux pick-ups. Les unités d’élite de la PNH ont repris le contrôle du Palais. Les affrontements ont fait un mort dansle camp des assaillants et deux morts parmi les policiers.
Vers midi, le ministre de la Culture et de la Communication, Guy Paul, intervenant sur les ondes de la Radio nationale annonçait que le président avait le contrôle du Palais, marquant ainsi la fin du coup d’État. Il fait appel au calme et condamne les actes de violence enregistrés dans le pays.

Dans l’après-midi, le porte-parole de la PNH, Jean Dady Siméon, dans un point de presse au Palais National confirme la tentative de « coup d’état » par des assaillants au nombre de 30 et que le bilan de l’attaque repoussée s’élève à 5 morts, dont deux policiers, un assaillant et deux simples citoyens.

jean-dady-simeon

Il fait aussi mention de la capture de l’un des assaillants du côté de Morne à Cabris.


Le Président intervient également au cours de cette longue conférence de presse pour condamner le coup d’État, «Pwazon demokrasi a se zam Kou Deta sa yo», réprouver la violence «Kelkeswa vyolans lan, nou kondane l». Par ailleurs, il confirme qu’il existe une relation entre les événements du 28 juillet et ce qui vient de se passer en affirmant : «Evenman 16-17 desanm 2001 yo konektab avèk evenman 28 Jiyè k sot pase yo. … Nou genyen dè prev ki montre yo konektab» et le peuple doit être loué d’avoir su agir en conséquence.

jean-bertrand-aristide
 » Lè 28 Jiyè te rive, te gen plis konfizyon ke te fè yon seri moun doute, èske se vre, èske se pa vre. E nou rété gade akoz de konfizyon, yo te beaucoup plus timides que cette fois-ci. Yè, manifestasyon pèp la kale pou l defann demokrasi a. Jodi a manifestasyon l pasifikman montre ankò yon fwa ki jan li konprann w’ol pou l jwe, pa non kwaze bra, chita tann apre pou lal nan mawon. Men, nan kanpe pasifikman pou l mété barikad lapè kote k nesesè, lè l nesesè san vyolans, nan respè dwa tout moun, nan dyalog… »
Le poison qui tue la démocratie, ce sont les armes de ces coups d’État. Il y a un lien entre les évènements du 17 décembre et ceux du 28 juillet. Mais le 29 juillet, il y avait beaucoup de confusion, les gens étaient dans le doute, est-ce que c’est vrai,?: est-ce que c’est pas vrai ? A cause de cette confusion, les gens sont restés à regarder, ils étaient beaucoup plus timides que cette fois ci. (…) Hier, le peuple a manifesté sans hésiter pour défendre la démocratie (…) Aujourd’hui, ses manifestations ont montré pacifiquement le rôle que le peuple doit jouer, qu’il ne doit pas croiser les bras, s’asseoir, attendre, et finalement se lancer dans le marronage. Que son rôle est d’être debout, de monter des barricades de la paix là ou c’est nécessaire, quand c’est nécessaire, sans violence, dans le respect des droits de chacun, dans le dialogue (…) Immédiatement après la Conférence de Presse, le Chef de l’État adresse un «Message de Paix». Il commence par saluer la Police et tous les citoyens qui par leur détermination ont érigé les Barricades de la Paix et fait échec aux assassins de la démocratie.

lavalas-degats-jpg2

«Onè respè pou nou memm! »….. »M sot siyonnen yon bon pati nan Pòtoprens, mwen wè ak je m ki kantite barikad lapè nou mété pou anpeche teworis kouri sove e touye plis moun. Nou fè sa paske nou kwè nan peyi nou, Nou fè sa paske nou kwè nan demokrasi, Nou fè sa paske nou se bon jan pitit Dessalines, Toussaint Louverture ak zansèt nou yo, nou brav ! » « drapo la pè a flote toupatou »… »Aswè a, m mande pou gen veye patriyotik toupatou pou pwoteje lapè a»…
… «je viens de faire le tour de Port-au-Prince, j’ai pu voir le nombre de barricades de la Paix que vous avez érigées pour empêcher que les terroristes ne s’enfuient et ne continuent à tuer plus de gens. Vous avez fait cela parce que vous croyez en votre pays, en la démocratie, parce que vous êtes les fils de Dessalines, Toussaint Louverture de nos ancêres, vous êtes braves ! Le drapeau de la Paix flotte partout ! Ce soir je vous demande d’organiser une veillée patriotique, partout pour protéger la Paix».

«E nan moman sa a kote nou fyè lè nou wè bèl solidarite ki egziste ant Pèp la ak Polis la, nou ankouraje Pèp la kontinye bay la Polis la tout enfomasyon nou jwenn konsènan tout kriminèl k ap chèche kouri pou yo pa kenbe yo, pou yo pa pale…» … «Se yon Kou Deta nou ranvèse vit e se pou Kou Deta a pa retounen ankô ki fè m mande pou tout Popilasyon an kanpe pasifikman, defann demokrasi a pasifikman».
Au moment où nous parlons, nous sommes fiers de constater la belle solidarité qui existe entre le peuple et la police, et nous vous encourageons à continuer à fournir à la police toute information concernant tous les criminels qui tentent de s’enfuir pour ne pas être pris et avoir à parler… C’est un coup d’État que nous avons contrôlé rapidement et c’est pour éviter qu’il n’y en ait d’autres que nous demandons à toute la population de se mobiliser pacifiquement pour défendre la démocatie pacifiquement.
«Nap kontinye ini pou n pousuiv avek lalwa nan men nou anba drapo lapè a, tout criminèl teworis ki vle fè nou al nan mawon»
«Nous continuons d’être unis pour poursuivre avec la loi en mains, sous le drapeau de la paix, tous les criminels terroristes qui ont voulu nous acculer.


  1. LES FAITS : L’attaque contre la Presse, les partis politiques, leurs dirigeants et les centres culturels


À partir des différentes déclarations des représentants de la Présidence, des groupes armées de partisans de Lafanmi Lavalas s’organisent à Port-au-Prince et dans les villes de provinces, attaquent , pillent et incendient les locaux des partis politiques, les résidences de certains de leurs dirigeants. Des stations de radio sont investies et menacées de destruction, des journalistes sont violemment pris à partie et certains n’échappent au pire que de justesse. Plusieurs personnes périssent victimes de ces actes de violence au cours de la journée.


lavalas-degats-jpg2

Cap-Haïtien
– Le mobilier de la résidence du Pasteur Milton Chery, membre de la coordination de l’OPLdans le Nord, ex-candidat au Sénat, est jeté dans la rue et brûlé

– Eluscat Charles, porte-parole OPL dans le Nord a vu sa résidence pillée et incendiée ainsi que la maison voisine.
– La maison des frères Tanis, de la Convergence et celle de Jacques Etienne, critique connu de Lafanmi Lavalas, ont également été mises à sac.
– Un certain Célius, proche des FADH a failli être lynché, n’était-ce l’intervention de quel-ques passants et des affrontements ont eu lieu lorsque les manifestants lavalassiens ont tenté de s’attaquer à Grégory Joseph de la Convergence
– Le siège central de l’OPL dans le Nord est saccagé.
– Les assaillants ont tenté de mettre le feu à Radio Maxima mais ont dû renoncer devant la réaction des riverains qui se sont portés à la défense de la station.


Cayes
– La caisse de l’entreprise de construction que dirige Gabriel Fortuné, ex-député, porte-parole départemental de la Convergence, est pillée et 2 camions bascules incendiés.
– La résidence de Jean Robert Jeune, membre du comite de coordination départemental de l’OPL est partiellement saccagée.
– La maison de Wilfred Jean-Baptiste, membre du comite de coordination départemental de l’OPL est endommagée et pillée.
– La résidence de Kessel Cilius, membre de la Convergence est pillée.
– La résidence de Pierre Richard, membre de la Convergence est pillée.


Gonaïves
– La résidence du Pasteur Luc Mésadieu, président du Mochrena et membre du directoire de la Convergence démocratique est incendiée; 3 voitures sont brûlées; 2 personnes proches du pasteur sont tuées puis brûlées.
– La résidence du Pasteur Sylvio Dieudonné, vice-président de Mochrena est incendiée ainsi qu’une maison voisine. Une Eglise et une école dirigées par le Pasteur sont également incendiées.
– Le mobilier de la résidence de Anouès Difficile, membre de la Convergence démocratique, est incendié.
– Le correspondant de Radio Métropole dans l’Artibonite, Duc Jonathan Joseph est porté disparu.


Grande Rivière du Nord


– Le local de l’OPL est attaqué et saccagé.


Jacmel


– La résidence du porte-parole de la Convergence Démocratique dans le Sud-Est, Milot Gousse, a été attaquée avec jets de pierres.
Jérémie


– Lensky Cassamajor, représentant de l’OPL est sequestré, malmené et sauvé de justesse du lynchage.


– Local de la CATH (Centrale des travailleurs Haïtiens) incendié; beaucoup de membres de la Convergence ont dû prendre la fuite.


N.B – Participation de deux véhicules de l’Etat (Education Nationale et Finances).


Petit-Goave


– La maison de Jean Jasmin, enseignant, membre de la coordination locale de l’OPL, est incendiée, ainsi que celle de Déus Jean-François, MDN, ex-député, membre de la Convergence, responsable communal. Des affrontements ont eu lieu entre les groupes lavalassiens et les partisans de la Convergence. Au cours de la journée plus de 15 maisons ont été incendiées et 5 mises à sac. Les premiers rapports indiquent que: Yvon Jean, René Jean-Michel, Eligène Desrosiers, Jean Wilio Manéus, Dieusibon Jean, Yves Rigaud, Denise Osias, Inès Coicou, Genise Jean, Diréus Antoine, Prosper Jeanty, Montigène Sincère, Serge Bouzile, Wilbert Pierre, auraient ainsi, entièrement ou en partie, perdu leur résidence.


Thiotte
– Gabriel Davidson, membre dirigeant de l’OPL et une quinzaine de militants ont dû se mettre à couvert.


À la capitale, Port-au-Prince

La Presse

Au cours de la journée des journalistes, reporters, stations de radio sont l’objet de menaces, d’actes de violence qui obligent plusieurs représentants de la Presse à se mettre à couvert, certains, dans des ambassades. D’après Reporters Sans Frontières: «Le caractère systématique des agressions démontre que les manifestants avaient reçu des instructions pour s’en prendre à la presse».


Thony Bélizaire, photographe de l’Agence France Presse, Patrick Moussignac, Guérin Alexandre, Jean-Elie Moléus, respectivement directeur et reporters de Radio Caraïbes et Guyler Delva, président de l’Association des Journalistes Haïtiens, ainsi que des reporters de Telemax, ont été pris violemment à partie par des manifestants proches de Fanmi Lavalas armés de revolvers, de machettes, de bâtons. Ils ont obligés les journalistes à quitter les lieux sous la menace.
«Nous vous aurions abattu si vous étiez de Radio Caraïbe» ont déclaré des partisans du pouvoir à Maxo Exil, de l’agence Haïti Press Network, qu’ils menaçaient d’une arme.-


Roger Damas, de Radio Ibo, a été forcé de remettre sa carte de presse et son cellulaire aux manifestants qui assimilaient Radio Ibo à l’opposition.


Des journalistes de Radio Vision 2000 dont Pharès Duverné, Robert Philomé et Yves Clausel Alexis, alors qu’ils couvraient les évènements se déroulant au Palais National, ont été contraints de crier « Vive Aristide, Vive Lavalas » par des membres d’organisations populaires proches du pouvoir.


Selon Arins Bellevue, directeur de Radio Galaxie, leur confrère, Abel Descolines a dû se mettre à couvert après avoir reçu des menaces et avoir été informé que son nom et celui d’autres représentants de la presse se trouvaient sur une liste de journalistes à abattre. Un journaliste du RECAP, Gaston Janvier s’est trouvé dans la même situation.
Des reporters de Radio Métropole ont été agressés et mis en joue par des partisans du pouvoir qui se trouvaient à bord de véhicules appartenant à des entreprises de l’Etat. Les vitres de l’autobus de Radio Caraïbes ont été brisées par des manifestants pro-Lavalas. Plusieurs stations ont reçu des menaces de mort et ont cessé d’émettre ce jour-là: Radio Quisqueya, Radio Métropole, Radio Vision 2000, Radio Signal FM, et Radio Caraïbes. Cette dernière devait suspendre pendant plusieurs jours ses émissions.


Les sièges des partis politiques


– Le siège national de l’OPL (Organisation du Peuple en lutte), originellement Organisation Politique Lavalas) fondée en 1991, Quartier-General de la Convergence, a été pillé et incendié. Le mur et la barrière de l’entrée ont été renversés par un bulldozer du CNE. Les équipes d’assaillants ont été aussi véhiculés par la CNE. L’OPL est membre de l’Internationale socialiste, Coordinateur; Gérard Pierre Charles.
NB. Une maison attenante a été aussi pillée et incendiée.


– Le Local du Konakom, (Comité National du Congrès des Mouvements Démocratiques) membre de la Convergence et de l’Internationale Socialiste –Coordonnateur Victor Benoît– a été pillé et incendié.


– Le local de la KID (Confédération Unité Démocratique), membre de la Convergence, coordonnateur : Evans Paul (Konpè Plim) mis à sac et incendié.


  1. C’est la 3e fois que le local de la KID a été dévasté : en 1991 (deux mois avant le coup d’état), et en avril 2000.


– Le local de l’ALAH (Alliance pour la Libération et l’Avancement d’Haïti) membre de la Convergence qui est aussi le cabinet d’études de Me Reynold Georges, son coordonateur, a été incendié.
Les maisons familiales des dirigeants de la Convergence.


– La résidence du professeur Victor Benoît située à Bon Repos, dans la banlieue nord de Port-au-Prince, a été pillée et incendiée (voir détails dans le témoignage plus loin).


– La résidence du professeur Gérard Pierre Charles, située au Morne Hercule à Pétion-Ville a été pillée. La salle de la bibliothèque a été incendiée avec un cocktail Molotov. La maison a été assiégée en fin de matinée par des membres de la CIMO (Corps d’intervention et de maintient de l’ordre) et par des civils armés transportés en véhicules de la CNE (Compagnie nationale d’équipements – entreprise publique).
Dans les deux cas des officiels ont été reconnus, des véhicules ont été identifiés (voir témoignage plus bas).
Centres culturels


– Le CRESFED, Centre de formation, de recherche et de documentation, membre de la Plateforme des Droits Humains, dirigé par Suzy Castor, professeur universitaire, historienne de formation, fondé en 1986, a été attaqué, incendié et pillé (voir témoignage plus loin).


– La villa appartenant à l’État français et abritant les locaux administratifs de l’Institut Français d’Haïti, voisin du local de Konakom, a été pillé.

 À Suivre

 

 

Publicités

Élections : Communiqué des organisations de la société civile

Les organisations de la société civile réclament un Conseil électoral équilibré et le vote des amendements à la loi électorale

 

Conseil électoral équilibré et vote des amendements à la loi électorale.

 

                          DÉCLARATION

Le 19 Mai 2014

Les Organisations de la Société Civile, les Organismes de Droits Humains et les Responsables Religieux, signataires de la présente déclaration, expriment leurs plus vives préoccupations face à la situation qui prévaut aujourd’hui par rapport à la question électorale.
En votant la Constitution de 1987, le Peuple haïtien a opté pour un régime démocratique, ce qui implique l’existence de trois pouvoirs indépendants, l’Exécutif, le Législatif et le Judiciaire, le fonctionnement démocratique et autonome des Collectivités Territoriales. En raison de défaillances graves de la part de nos dirigeants politiques, aujourd’hui, à la tête de la plupart de nos Mairies, se trouvent non des élus du peuple, mais des agents de l’Exécutif, ce qui constitue une violation flagrante de notre Charte fondamentale. Le Sénat de la République est amputé d’un tiers de ses membres, fonctionne de façon boiteuse et par conséquent est privé de certaines de ses prérogatives.

Dans huit mois, c’est-à-dire au début de Janvier 2015, les Députés actuels et un deuxième tiers des Sénateurs auront fini leur mandat. Il ne restera qu’un tiers du Sénat, autrement dit il n’y aura plus de Pouvoir Législatif, si entre temps les élections législatives n’ont pas lieu. Le temps qui reste est tout juste suffisant pour les réaliser.

Or il n’est pas question que l’État fonctionne sans Parlement. Le temps de gouverner par décret est définitivement révolu. Il n’est pas non plus question que le renouvellement de nos dirigeants politiques se fasse en dehors des voies légales. Ce temps aussi est révolu.
Pour permettre l’enclenchement du processus électoral, deux questions importantes doivent être résolues. D’abord, la mise en place d’un Conseil électoral équilibré, susceptible d’inspirer un minimum de confiance aux électeurs et aux futurs candidats, à quelque sensibilité politique qu’ils pourraient appartenir. Ensuite la question du vote des amendements à la loi électorale.

S’il existe un minimum de sentiment patriotique, de sens de responsabilité politique et d’esprit démocratique au niveau de nos responsables politiques et des dirigeants de partis, ces questions peuvent se régler en une semaine. La politique c’est l’art du compromis. Le régime démocratique pour lequel le peuple haïtien a opté suppose le pluralisme politique, l’acceptation des différences, la recherche de solutions gagnant-gagnant et non l’élimination de l’autre. Les signataires de la présente exhortent tous les acteurs concernés à s’élever au-dessus des querelles de chapelle et à défendre leurs intérêts partisans tout en les subordonnant à l’intérêt supérieur de la Nation. Faute par eux de le faire et de trouver une entente nationale, ils mettront davantage en péril la souveraineté nationale déjà grandement fragilisée.

Suivent les signatures :

Nom et Prénom Institution
Mgr Guire Poulard Archevêque de Port-au-Prince
Mgr Zachée Duracin Evêque de l’Église Episcopale
Pasteur Sylvain Exantus Président de la Fédération Protestante d’Haïti (FPH)
Ati Max Beauvoir Confédération Nationale des Vodouisants Haïtiens
Rosny Desroches Initiative de la Société Civile (ISC)
Edouard Paultre Conseil Haïtien des Acteurs non Étatiques (CONHANE)
Antonal Mortimé Plateforme des Organisations de Droits Humains
(POHDH)
Pierre Espérance Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH)
Jinaud Augustin Lanse-Haiti
Pasteur Pauris Jean-Baptiste Pasteur Protestant
André Apaid Jr Fondation Nouvelle Haïti (FNH)
Sylvie Bajeux Centre Œcuménique des Droits de l’Homme (CEDH)

Me André Michel, le farouche opposant au pouvoir du président Martelly a été arrêté

 andre-michel-4La police nationale d’Haïti (Pnh) a procédé, dans la soirée de ce mardi 22 octobre 2013, à l’arrestation du jeune avocat André Michel, farouche opposant du pouvoir en place, dans le quartier de Martissant (périphérie sud), où le trouble a régné au cours de l’opération.

Après avoir immobilisé la voiture de l’avocat près du sous-commissariat de Martissant, la police a eu du mal à emmener Me Michel, neutralisé à l’intérieur du véhicule, alors qu’une foule de riverains protestait avec véhémence.

Un important détachement de policiers a été déployé sur les lieux et a tiré du gaz lacrymogène pour disperser la foule et transporter « de force » l’avocat au commissariat de Port-au-Prince, selon les témoins.

Plusieurs personnalités, dont des responsables d’organisations de droits humains, se sont mobilisées pour apporter leur soutien à l’avocat en difficulté.

« C’est un acte arbitraire, puisque la Constitution interdit que des arrestations soient effectuées au delà de 6:00 du soir » (22:00 gmt), dénonce le directeur du Réseau national de défense de droits humains (Rnddh), Pierre Espérance, interrogé par AlterPresse.

Me Samuel Madistin, avocat d’André Michel, a qualifié cette arrestation de « kidnapping ».

Turneb Delpé, dirigeant du regroupement d’opposition Mopod, se dit « inquiet pour la vie d’André Michel ».

En août 2013, Me Michel avait déjà échappé à une tentative d’arrestation par le juge d’instruction Lamarre Belizaire.

Depuis le 25 juillet, le magistrat Belizaire avait émis un mandat d’amener contre André Michel dans un dossier d’assassinat d’un jeune universitaire de 31 ans, Frantzy Duverseau, défunt beau-frère d’Enold Florestal.

Florestal, qui a porté plainte contre la famille présidentielle pour corruption et usurpation de titre, a, lui-même, été arrêté en août 2013. http://www.alterpresse.org

 

DESRAS APPELLE A LA MOBILISATION GENERALE CONTRE MARTELLY

 par Roberson Alphonse

 LE PRÉSIDENT DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE M. SIMON DESRAS

LE PRÉSIDENT DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE M. SIMON DESRAS

Simon Dieuseul Desras n’y va pas avec le dos de la cuillère. Esquivant l’obligation de se fendre d’un bilan à la séance de clôture de la 2e session législative bouclée ce lundi 9 septembre, le président de l’Assemblée nationale a plutôt fait, avec plein de passifs, celui du chef de l’Etat, Michel Martelly, avant d’appeler le peuple à la mobilisation contre le président Michel Joseph Martelly. « Nous appelons le peuple souverain à la mobilisation pour faire échec au projet autoritaire et personnel du président de la République », a lancé tout de go Desras Simon Dieuseul.

Pugnace, il a souligné, en présence de 16 sénateurs et de 72 députés, que « les principaux dirigeants de l’exécutif haïtien s’acharnent à démanteler le Parlement pour bâtir un pouvoir personnel, assis sur la propagande, l’arbitraire et la corruption ». Dans les souliers du rabatteur, le sénateur du Centre a appelé « les parlementaires de la 49e législature à se constituer en un bloc monolithique pour défendre le pouvoir législatif ». « Que nos collègues vacillants, peu conscients de leurs responsabilités, peu imbus des leçons de l’histoire fassent attention ! », a-t-il dit.

Manichéen, Simon Dieuseul Desras a lancé un appel « aux combattants de la démocratie pour qu’ils réveillent à la modernité démocratique les nostalgiques de la dictature ». Une alternative à ses yeux face à l’incapacité de certains à se mettre d’accord pour la mise en accusation du président de la République et au renvoi du Premier ministre par les chambres compte tenu de « nombreux accrocs de ce pouvoir autoritaire et informel à l’ordre constitutionnel et légal ».

Selon Desras, les autres pouvoirs de l’Etat sont minés par des crises internes et des intrusions de l’exécutif. Rappelant encore une fois que « les perspectives s’assombrissent », le président de l’Assemblée nationale a évoqué le dossier des élections. « Le refus d’organiser des élections à la fin de l’année 2013, par l’équipe Martelly/Lamothe, peut déclencher des troubles que ni l’international, ni les forces d’argent ne pourront comprimer », a-t-il prévenu, rabrouant au passage l’ONU qui a salué « les nets progrès » réalisés par l’administration Martelly. Pour Desras, en deux ans, il y a eu plutôt quatre carnavals, zéro élection et trois rentrées scolaires reportées sur fond d’une aggravation des conditions de vie de la population haïtienne.

Le sénateur, qui a appelé à une mobilisation générale pour faire échec, selon lui, au projet dictatorial du président Michel Joseph Martelly, s’interroge : Y a-t-il une parade, une place réservée au dialogue, une alternative à cette descente aux enfers ? Malgré cette interrogation, il a invité les « démocrates à la vigilance.

 Il y a quelques semaines, il avait annoncé que le bureau de l’Assemblée nationale prendrait acte de la demission du président de la République si ce dernier ne se présente pas au Parlement le 2e lundi de janvier 2014.

Roberson Alphonse

http://lenouvelliste.com

LE PRÉSIDENT DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE M. SIMON DESRAS APPELLE LE PEUPLE SOUVERAIN À LA MOBILISATION POUR FAIRE ÉCHEC AU PROJET AUTORITAIRE DE M. MARTELLY


SIMON DESRAS

Honorable Vice- Président de l’Assemblée Nationale,

Honorables Membres du Bureau,

Honorables Sénateurs et Députés de l’Assemblée Nationale

Mesdames, Messieurs les hauts Cadres de l’Etat,

Mesdames, Messieurs les fonctionnaires du Parlement,

Distingués invités,

Le Parlement haïtien est ébranlé par les secousses d’une crise dont les racines plongent dans l’inadéquation des structures d’un état dépendant donc impuissant à répondre aux impératifs du développement national. Les conquêtes des dernières décennies, liées au respect et à la jouissance des droits fondamentaux de la personne, sont sans cesse menacées par les cabrioles d’une transition qui s’achoppe de manière récurrente aux digues de l’autoritarisme, de l’arbitraire, de l’opacité, de la personnalisation du pouvoir et du refus obstiné de se soumettre à la légalité constitutionnelle…

Tous les gouvernements de l’après-Duvalier avaient pour objectif stratégique, chacun en ce qui le concerne, d’actionner les leviers de la transition aux fins de contribuer à la normalisation politique et institutionnelle du Pays. La tentation autoritaire et l’obsession des dirigeants à se maintenir au pouvoir ont rendu vaines toutes les tentatives de promouvoir l’intérêt général et la stabilité politique.

Le Parlement, nanti par la Constitution de 1987 de pouvoirs et de moyens d’action lui permettant d’asseoir l’ordre démocratique par l’exercice de la fonction législative, ne s’est pas hissé à la hauteur des attentes du Peuple haïtien.Il n’est pas parvenu, à ce jour, à se doter des instruments nécessaires au plein exercice de ses prérogatives… Dans le cadre de l’endossement de son autonomie, garante des droits, des libertés, des valeurs républicaines et des intérêts du peuple, il ne peut aujourd’hui présenter à la Nation, une majorité fonctionnelle, une technostructure d’encadrement et un agenda législatif indicateurs du fonctionnement responsable, efficace d’un pouvoir législatif, issu du suffrage universel, co-dépositaire de la souveraineté nationale. Que penser d’une telle insuffisance !

Honorables Collègues, Sénateurs et Députés, bien que tétanisés par les errements de nombre d’entre nous, détenteurs d’un mandat du peuple pour maintenir et sauvegarder ses droits et être fidèle à la Constitution, nous lançons un mot d’ordre de ralliement du Corps législatif sous l’égide de la Constitution et de l’ordre démocratique, dans le cadre de l’Assemblée Nationale.

Toujours guidé par le principe de légalité et déférant aux obligations de faire ce que commande cette conjoncture décriée mais combien décisive, nous nous réunissons aujourd’hui en Assemblée Nationale aux termes des articles 92-2, 98, 98-1 99, 99-2, 100, 101, 102 de la Constitution de 1987 amendée, pour la clôture de la deuxième session législative ordinaire de l’année 2013 et les objectifs que prescrivent la consolidation des institutions, le respect des libertés publiques et la paix sociale.

Honorables Sénateurs et Députés de l’Assemblée Nationale,

Le Bureau vous présente ses respects et vous recommande la vigilance citoyenne, la fidélité au peuple, la loyauté au Parlement, le courage moral, en ces instants singuliers où se joue le sort de la démocratie en Haïti et l’éventualité d’épreuves conduisant à des souffrances inutiles pour les populations en situation de survie…

A l’échelle du monde se déroulent des évènements qui influencent la vie quotidienne des peuples, leurs droits imprescriptibles, leurs options socio-économiques, le régime politique et les dirigeants qu’ils se donnent… Il s’agit de la guerre, des coups d’état, des attaques contre la démocratie, des violations de droits et tous autres agissements portant atteinte aux institutions républicaines et à la morale publique.Ils aggravent le climat de tension et de violence brutale ou larvée qui s’installe dans plusieurs aires géographiques du Moyen Orient, de l’Amérique et de l’Asie.

Ce contexte global dominé par la guerre civile en Syrie, en Egypte notamment, se révèle nocif voire contagieux, lorsque les principaux dirigeants de l’Exécutif haïtien s’acharnent à démanteler le Parlement pour bâtir un pouvoir personnel, assis sur la propagande, l’arbitraire et la corruption.Que nos Collègues vacillants, peu conscients de leurs responsabilités, peu imbus des leçons de l’histoire fassent attention ! Jean Jacques Rousseau leur dit : « Lorsque dans la même personne ou dans le même corps de magistrature, la puissance législative est réunie à la puissance exécutive, il n’y a point de liberté. »

Mesdames, Messieurs,

Au niveau national, le pays expérimente une situation d’exacerbation de la crise institutionnelle. La loi électorale est déposée au Parlement dans l’intention avérée d’aiguiser les contradictions entre l’Exécutif et l’opposition parlementaire. Le Conseil de Sécurité des Nations-Unies applaudit les progrès patents du pouvoir en place, lesquels progrès échappent pourtant aux analystes les plus avertis et ne se répercutent dans aucun secteur de la vie socio-économique. Ce faux-fuyant amplifie le malaise entre l’opinion publique et les institutions de tutelle alors que l’opposition bat la générale contre le projet anti-démocratique du Président de la République. La réunion des Ministres de PETROCARIBE à Port-au-Prince met à nu le désintérêt du Gouvernement pour la production agricole, un moyen sûr de remboursement en nature des dettes pétrolières d’Haïti…

Les charges qui électrisent la scène nationale et les prolégomènes auxquels nous assistons conduisent à l’évidence et à l’imminence de l’éclatement de la crise, en maturation depuis l’arrivée au pouvoir du Président Martelly. Les espaces générateurs de crise. Le cadre socio-économique est animé par des secteurs potentiellement générateurs d’un ensemble d’activités susceptibles d’alimenter le discours de la mise en chantier du pays dans les domaines de la Reconstruction, des Investissements et de la Production agricole…

La reconstruction, conçue dans le cadre du capitalisme du désastre, est une catégorie étudiée par Naomie Klein : le cas d’Haïti a été une parfaite illustration… La CIRH, cette commission fantôme, a berné l’Etat et le Peuple haïtien. Elle figurerait en bonne place dans le livre de Pierre-Louis Damas « Les mensonges de notre démocratie. » Les initiatives qui ont suivi n’ont fait qu’entériner l’esprit de la démarche initiale, d’autant qu’elles étaient conduites par les mêmes mystificateurs.Trois ans plus tard, la reconstruction se débat dans les rets des multinationales. Les firmes nationales et la main d’œuvre locale sont déboutées par de puissants lobbies. Les procédures d’attribution des contrats sont obscures. La substance de ce secteur se ramasse autour des édifices publics où la cérémonie de pose de la première pierre a été organisée pour certains d’entre eux rien qu’à des fins médiatiques. Les millions d’haïtiens, victimes du séisme de janvier 2010 accrochés aux promesses fallacieuses de la communauté internationale, ne manqueront pas de défendre avec l’énergie du désespoir leur droit au logement… Cette frange de la population n’attendra pas longtemps pour s’embraser… si l’état haïtien ne pose ce problème au diapason des revendications de tous les marginalisés haïtiens de la Reconstruction : firmes, sociétaires, ingénieurs, techniciens, ouvriers etc.…Le deuxième secteur retenu comme générateur de crise est celui des investissements…Il y a des pré-requis à toute politique d’investissements.La garantie juridique commande le respect des engagements internationaux paraphés par Haïti et la préservation des droits, surtout du droit de propriété.

Les infrastructures de base incluent les disponibilités en eau, les routes, le téléphone, l’électricité, les ports, les aéroports etc.La stabilité du cadre macro-économique rassure sur les fluctuations du taux de change, le contrôle de l’inflation et la transparence des opérations financières.

L’instauration de l’état de droit garantit le fonctionnement régulier des institutions et la stabilité politique.Ces conditionnalités sont loin d’être réalisées…Au contraire, l’inféodation de la Justice à l’Exécutif, la soumission de certains mandataires du peuple à la personne du Président de la République…l’état précaire des structures foncières, la menace de rendre caduc le Parlement… et la fronde de l’Exécutif contre la Constitution, de l’affaire du Député Bélizaire au rejet du mandat de six ans des Sénateurs de 2009… mobilisent les partis politiques, la société civile, l’opposition parlementaire, les organisations socio-professionnelles, les groupes de base, effrayés par la volonté délibérée du Président de la République de plonger Haïti dans la violence et l’instabilité.

Le troisième secteur retenu comme générateur de crise est celui de la Production agricole. Au fait, l’Agriculture ne figure pas au programme officiel de l’Exécutif. La politique agricole est axée sur les importations de produits de consommation courante, riz, maïs, œufs, etc. qui s’élèvent à des centaines de millions de dollars US et sur l’organisation ABA GRANGOU qui s’approvisionne au niveau des ONGs et de l’humanitaire. La paysannerie n’a obtenu aucune réponse à son projet séculaire d’autosuffisance alimentaire pour Haïti…

L’énergie électrique, l’irrigation, l’encadrement technique, le crédit agricole, les routes vicinales, les engrais, les semences, l’accès au marché, etc. devraient permettre l’ouverture de chantiers bourdonnants ramenant la verdeur dans les champs et la vie dans les sections.La chèreté de la vie, le gonflement des flux migratoires, la rareté du numéraire, les déprédations dues aux intempéries récurrentes, créent déjà une sensation d’asphyxie pour le peuple du « pays en dehors ».

La famine grandissante et le dénuement subséquent au passage des ouragans et autres dépressions tropicales peuvent tout faire basculer à bref délai. La rentrée des classes jumelée à la pression fiscale peut devenir une cause occasionnelle de renversement de situations injustes.Il importe de souligner les lieux de priorité de ce Gouvernement Martelly-Lamothe qui, durant deux ans accomplis, a su organiser quatre (04) carnavals, zéro (0) élection autour d’une propagande Lekòl gratis pendant que la rentrée scolaire hypothétique est reportée dans de vacances prolongées, avec un mépris pour les normes, les enseignants, les élèves, les parents et l’avenir, en général. Kidonk, Gouvènman nan tan li fè sou pouvwa reyalize 4 kanaval, 0 eleksyon, lekòl gratis la plonje nan yon vakans san fen.

Un deuxième espace déstabilisateur retient notre attention et appelle notre analyse. Il s’agit d’un cadre institutionnel qui se compose du Parlement, du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire, du Conseil Transitoire du Conseil électoral permanent, de la Cour supérieure des comptes et du Contentieux administratif.Ces institutions sont toutes aujourd’hui en situation de déséquilibre dû aux contradictions qui les bouleversent, aux difficultés de fonctionnement, aux conflits entre les membres, aux retards enregistrés dans le processus du renouvellement de leur personnel… aux incursions de l’Exécutif dans le champ sacré de leur indépendance…Elles entretiennent un état de crise qui paralyse l’État, l’affaiblit et émousse la confiance des administrés.Elles évoluent sous la menace d’une possible désagrégation … les manifestations multiformes de cette crise pourraient, au cas où elles s’enveniment, jeter le pays dans l’ingouvernabilité la plus totale.

Les médias, la citoyenneté, la société politique et d’autres forces engagés dans le maintien de la stabilité étatique pourraient durcir leurs positions contre le Pouvoir en place, qualifié de rebelle à l’ordre constitutionnel et légal.Un troisième espace de crise est identifié dans la nature du régime politique imposé par la Constitution et la Gouvernance mondiale.Ce régime repose sur l’état de droit et la démocratie. Le Gouvernement Martelly/Lamothe a démontré son incapacité de se soumettre à la Constitution, de respecter les mandats des élus, d’honorer les échéances électorales, de garantir le fonctionnement permanent des institutions républicaines.Les nombreux accrocs de ce pouvoir autoritaire et informel à l’ordre constitutionnel et légal devaient conduire à la mise en accusation du Président de la République et au renvoi du Premier Ministre par les Chambres. Cependant la faiblesse de certains parlementaires, annihile l’efficacité de cette fonction de contrôle du Parlement. Le refus d’organiser des élections à la fin de l’année 2013, par l’équipe Martelly/Lamothe, peut déclencher des troubles que ni l’International, ni les forces d’argent ne pourront comprimer.

A ce stade de l’évolution de la crise, les perspectives s’assombrissent… l’affrontement entre les défenseurs des acquis démocratiques et les instigateurs du chaos se durcit au fil des jours.Y a-t-il une parade, une place réservée au dialogue, une alternative à cette descente aux enfers ?

Les voies de solution

Honorables Sénateurs et Députés,

Nous lançons un appel aux combattants de la Démocratie pour qu’ils réveillent à la modernité démocratique les nostalgiques de la dictature.

Nous convions les Parlementaires de la 49ème législature à se constituer en monolithe pour défendre le Pouvoir législatif.

Nous appelons le Peuple souverain à la mobilisation pour faire échec au projet autoritaire et personnel du Président de la République.

Et pour rester fidèle à nos convictions et à nos pratiques démocratiques, nous ferons en tout temps l’apologie du consensus et du dialogue dans l’intérêt national. Mais que force reste à la loi !

Honorables Sénateurs et Députés de l’Assemblée nationale,

Nous fermons aujourd’hui la session législative de l’année sur un bilan mitigé. La Chambre des Députés part en vacances, les Députés utiliseront ce temps non au repos bien mérité du guerrier mais pour resserrer les liens avec les populations qui leur ont confié le mandat de défendre leurs droits et leurs intérêts.

C’est pour moi le moment de citer à l’honneur les différents blocs politiques du parlement, principalement ceux de la Chambre des députés, notamment le PRI et le PEP qui ont déployé aux côtés des forces de la société civile et politique leur patriotisme pour contrer la saga totalitaire de l’équipe Martelly/Lamothe.

Le Sénat quant à lui siège en permanence comme une vigie. Il poursuivra le combat au sein du Parlement ainsi qu’avec les forces démocratiques et populaires pour le salut de la République.L’histoire et la conscience sociale et patriotique jugeront de nos comportements !Honorables Sénateurs et DéputésDans ce contexte particulièrement dangereux pour l’avenir de nos enfants et de notre pays, des vacances pour les démocrates que nous sommes ne peuvent être que fictives ni ne sauraient nous séparer. Vous qui êtes prêts à mener le bon combat,

Soyez au poste !

Simon Dieuseul Desras
Président de l’Assemblée Nationale

L’ASSOCIATION NATIONALE DES MÉDIAS HAÏTIENS (ANMH) S’ENGAGE DANS LA RÉSISTANCE À L’AUTORITARISME

L’ANMH dénonce officiellement la récente menace du nouveau chef du Parquet de Port-au-Prince contre la liberté de la presse

 

Publié le lundi 26 août 2013

ASSOCIATION NATIONALE DES MÉDIAS HAÏTIENS (ANMH)

NOTE DE CONJONCTURE

« En matière de presse, il n’y a pas de milieu entre la servitude et la licence. Pour recueillir les biens inestimables qu’assure la liberté de la presse, il faut savoir se soumettre aux maux inévitables qu’elle fait naître. Vouloir obtenir les uns en échappant aux autres, c’est se livrer à l’une de ces illusions dont se bercent d’ordinaire les nations malades…qui cherchent les moyens de faire coexister à la fois, sur le même sol, des opinions ennemies et des principes contraires. » Alexis de Tocqueville (De la Démocratie en Amérique II, 3).

L’Association Nationale des Médias Haïtiens (ANMH), offre à la réflexion de la nation et surtout à celle de nos dirigeants révisionnistes cette pensée de Tocqueville qui pourrait se résumer en utilisant la sagesse d’un proverbe haïtien. « Si’w renmen piman, fô’w renmen grenn an tou. »

L’ANMH dont l’une des missions consacrées par sa charte est de défendre les espaces de la liberté d’expression, exprime une vive inquiétude par rapport à la vision erronée du nouveau Commissaire du Gouvernement, Me Francisco René, quant à un droit consacré par la Constitution du 29 mars 1987, celui pour « tout Haïtien d’exprimer librement ses opinions en toute matière par la voie qu’il choisit. » (art.28).

Avec un excès de zèle anachronique, le nouveau serviteur du gouvernement prétend faire peser sur la nation la menace de perte de conquêtes fondamentales obtenues au prix d’une longue et infatigable lutte. L’Association Nationale des Médias Haïtiens (ANMH) rappelle que le peuple haïtien dans sa grande majorité a voté en faveur d’un nouveau cadre de vie, la Constitution du 29 mars 1987 qui, même amendée dans des conditions obscures, continue de garantir aux citoyens un ensemble de droits inaliénables. Aucun fonctionnaire élu ou nommé ne saurait prétendre se substituer aux lois, aux institutions pour mettre en péril l’ensemble des garanties auxquelles le corps social est attaché et est prêt à défendre à tout moment, comme cela a été le cas en maintes occasions, ces dernières années.

Ni les citoyens qui s’expriment dans les médias exerçant en cela un droit constitutionnel, ni les journalistes et animateurs d’espaces de débat public ne doivent tomber dans le piège de l’intimidation des fantasmes du Commissaire Francisco René qui prétend se doter de pouvoirs indus, pour fermer l’espace démocratique. Tout citoyen a le droit d’utiliser son droit à la parole dans les limites consacrées par la Constitution et par les lois qui prévoient les mécanismes de recours en cas de préjudice à des tiers.

Si le peuple haïtien devait perdre son droit critique face aux dérives de nos dirigeants. Si quand ces derniers ne font rien pour mériter le respect des administrés, ceux-là ne pouvaient plus réagir par peur des représailles de serviteurs zélés du pouvoir ou d’autres instances occultes des services de sécurité dévoués à la répression et aux brimades comme on l’a connu pendant les pires moments de la dictature d’avant le 7 février 1986, Haïti aura alors perdu tous les acquis, toutes les luttes et conquêtes de vingt-sept années de jouissance des libertés publiques pour revenir sur les sentiers battus de l’État de non droit où le pouvoir ne pouvait souffrir aucune contradiction.

On n’est plus au temps de la dictature où les dirigeants avaient le statut de petit dieu. Aujourd’hui Haïti veut prétendre à des institutions fonctionnelles au sein desquelles nos représentants ont un comportement exemplaire et ne sont pas ceux-là même dont l’usage contraire du pouvoir inspire réprobation, colère et déception de la population dont le seul exutoire est l’exercice de son droit de parole pour dénoncer, déplorer, réclamer des attitudes conformes de nos dirigeants au sein de toutes nos institutions. C’est là justement que la liberté d’expression peut faire la différence pour porter à des changements d’attitude.

L’Association Nationale des Médias Haïtiens (ANMH) croit que l’usage de la liberté d’expression et la perception à tort ou à raison d’excès de langage dans les prises de parole par la population est symptomatique d’une réalité de malaise induite par des chefs atypiques qui sont les premiers à sortir des normes et de la dignité traditionnelle liée à leur statut.

L’ANMH appelle à la vigilance de chaque citoyen pour défendre jalousement son droit de s’exprimer sur la marche des choses dans son pays et s’engage auprès de la population à garantir la libre expression des uns et des autres dans le respect que nos dirigeants doivent être les premiers à faire l’effort de mériter.

Port-au-Prince, le 22 août 2013

Liliane Pierre-Paul
Présidente
ANMH

http://www.radiokiskeya.com

LE PRÉSIDENT MARTELLY  À BOUT DE SOUFFLE

Par Ella PERRARD

 « Voleurs de terre, voleurs de bœufs et de poules, fomentateurs de coup d’État etc » : c’est avec ces noms d’oiseaux que M. Martelly, le président de la république, traitait tout récemment encore les partis politiques. Aujourd’hui M.  Martelly semble vouloir adopter un ton plus conciliant envers ces mêmes partis politiques contre lesquels il fulminait, il y a encore une quinzaine de jours, en cherchant à substituer une logique politique à sa logique autocratique. Il veut jouer la carte de l’apaisement. Il se soucie de la bonne marche des institutions. Cela, bien sûr, avec l’accord indispensable de ces partis politiques. Du moins c’est l’impression qu’il a voulu donner dans son allocution après que ces derniers aient choisi de bouder une rencontre qu’il avait prévu d’organiser le mercredi 14 août au Caribe Convention Center autour de la tenue des élections sénatoriales partielles, municipales et locales. Martelly a aussi tenté de transformer ce revers à son avantage. Avec un luxe de détails, il énumère les résultats des partis politiques dans les élections depuis 1990 à 2010 et mesure leur importance sur l’échiquier politique, particulièrement ceux regroupés autour « d’un courant idéologique affirmé ». Il cite « le Parti Fusion des Sociaux-démocrates issu de l’union du PANPRA et du KONAKOM qui figurait parmi les rares à pouvoir former un groupe parlementaire avec 17 députés, l’OPL de Gérard Pierre-Charles (nommément) de tendance communiste avec 11 députés,  le Parti Union avec 10 députés. Et Lavalas tendance Ti Kominote Legliz (dans ses propres mots) qui avaient 72 députés à la suite des élections controversées et boycottées par les partis politiques en l’an 2000 et s’est retrouvé avec zéro député en 2006 et 2010. » Ici il convient de signaler que le président n’a fait que constater. La conclusion qu’il en tire par la suite procède d’une analyse extrêmement sommaire. Le président et ses conseillers gagneraient à consulter certains ouvrages et articles parus sur la question, plus particulièrement ceux d’auteurs étrangers à cause de la prise de distanciation objective qu’ils ont pu établir avec leur sujet d’étude.

Nous retiendrons à titre d’illustrations que quelques exemples qui n’ont vraiment pas lieu d’être dans l’exposé du président parce qu’ils n’édifient personne.  Par exemple, si Lavalas n’a pas eu de députés en 2006 et en 2010, ce n’est pas compliqué. La raison, c’est que Lavalas n’avait pas pris part à ces joutes électorales tout simplement.  Si les partis politiques n’arrivent pas à retenir leurs élus dans leur camp, là encore, ce n’est pas compliqué et il ne faudrait vraiment pas aller chercher trop loin. Il suffit de jeter un coup d’œil sur cette corruption qui gangrène nos institutions. Le premier ministre Laurent Lamothe nous avait donné une belle démonstration au moment de sa ratification.  Comme une marchandise qui s’achète et qui se vend, les parlementaires dans leur grande majorité  s’étaient laissé corrompre par le premier ministre que le président nous avait donné. C’est dommage, mais c’est la triste réalité.

Le président s’est posé la question: pourquoi le pays est-il obligé d’investir des fonds qu’il n’a pas pour réaliser des élections à répétition ? Et là, étonné de sa propre audace, il a eu un sourire qui en dit long. Peut-être pensait-il au gaspillage et au déblocage de fonds pour organiser les carnavals à répétition ces deux dernières années. Mais à question élémentaire, réponse  élémentaire : parce que la Constitution le prévoit et qu’il faut respecter les règles du jeu démocratique.

Le président nous dit que « si nous voulons réellement renforcer la démocratie, tout le monde en général, tous les partis politiques sans exception devraient montrer dans les actes qu’ils posent qu’ils sont prêts à utiliser tous les outils que la démocratie met à notre disposition (discussions, brasser l’idée, chita tande).

Alors là, le président oublie l’essentiel. Si les discussions, les séances de brainstorming, les chita tande sont nécessaires en démocratie, des élections périodiques, un système judiciaire indépendant, l’existence d’une opposition organisée et libre, la garantie de l’alternance politique  (À vie) et le fonctionnement d’une presse libre en constituent les outils indispensables. Et le président a négligé de se les approprier.

La porte du dialogue reste ouverte, affirme pourtant Martelly.

Trop tard, semble lui répondre les partis politiques. Car, pour les dirigeants des partis politiques et pour beaucoup d’observateurs avertis, cette invitation n’était qu’une diversion, une opération “ écran de fumée » devant servir à masquer les nombreux problèmes et scandales dans lesquels se trouve empêtré le président de la République. L’expérience de ces hommes politiques acquise sur le terrain de la lutte politique pour l’instauration de la démocratie en Haïti pendant ces vingt dernières années leur a montré que ce genre d’exercice n’aboutit finalement à rien sinon qu’à leur faire perdre du temps et à permettre aux dirigeants du moment gagner du temps pour pouvoir se refaire une santé et mieux rebondir. C’était déjà le cas avec Prosper Avril, mais surtout avec Aristide lorsqu’il s’était agi pour la convergence démocratique de trouver un accord suite aux élections controversées de l’année 2000. Ils n’allaient pas tomber dans ce panneau. Ils en ont vu d’autres.

Pour eux, le gouvernement haïtien sait trouver de l’argent quand il s’agit d’organiser les carnavals. Quatre en deux ans. Mais il rechigne à respecter le calendrier électoral et à s’engager lorsqu’il s’agit d’organiser des élections prévues par la constitution. Dans quel but ? La majorité de ces partis reproche à Martelly de vouloir provoquer un effondrement des institutions dans le seul but de pérenniser son maintien au sommet de l’État. Aussi Martelly devrait trouver une parade.

Au fait, ce n’est un secret pour personne. Bien avant même qu’il ne soit investi dans ses fonctions de président de la République, on prêtait au futur président l’intention de vouloir dissoudre le Parlement, abolir la constitution, diriger par décret, mettre en place une nouvelle assemblée constituante, écrire une nouvelle constitution taillée sur mesure et installer un pouvoir sans partage. Enfin une nouvelle dictature ! Et cela, personne n’en veut. Voilà pourquoi aujourd’hui l’opposition semble s’embarquer dans une dynamique unitaire. Pour tout gouvernement haïtien dans un passé pas trop lointain, cela peut signifier effectivement le début de la fin.

De plus, avec la menace d’une probable destitution et de mise en accusation devant la Haute Cour de justice, le président Martelly est en difficultés. C’est le moins qu’on puisse dire. Il est en très grandes difficultés. Ce n’est donc pas le moment de monter une barque qui risque de sombrer.

Avec aussi tous ces scandales qui nécessairement ne manqueront pas de rebondir même après une apparente accalmie et malgré toutes les arguties juridiques qui pourraient être invoquées nous voyons très difficilement comment Martelly pourra arriver à enterrer, même en l’absence du juge décédé, toutes ces affaires et les poursuites entamées contre sa femme et son fils sans porter de nouveaux coups à l’indépendance judiciaire.

Même avec la tenue d’élections avant la fin de l’année 2013, ce qui semble peu probable dans les conditions actuelles, étant donné que Martelly cherchera de toute façon, ce, comme tous les autres avant lui d’ailleurs, à sauver sa mise en s’offrant la part du lion lors de ces élections, ne serait-ce que pour se prémunir d’une éventuelle destitution et mise en accusation devant la Haute Cour de justice. De plus, eu égard aux contestations qui s’ensuivront de la part des organisations politiques, nous pouvons affirmer avec assurance que l’avenir ne sera pas rose pour Haïti, pas plus que pour l’actuel président.

Aussi, Martelly se devra de trouver autre chose? Cette surprenante invitation du président aux partis politiques en ce moment crucial reflète les inquiétudes et les incertitudes de Martelly devant l’avenir.

Le pouvoir est à bout de souffle .

Ella PERRARD