DEVOIR DE MÉMOIRE – 17 DÉCEMBRE 2001 : LE CYCLONE LAVALAS BALAYAIT LE PAYS D’HAÏTI

LES ÉVÉNEMENTS DU 17 DÉCEMBRE 2001

Lundi 17 DÉCEMBRE 2001….

3 h am – Un « flash » est diffusé par les radios (Radio Caraïbes) annonçant la nouvelle que le Palais National est attaqué par un commando.
Vers 6 h am, Jacques Maurice, membre du bureau de presse de la Présidence fait les premières déclarations: Il y a une tentative de « Coup d’Etat » et 80 hommes lourdement armés se sont introduits dans le Palais National. A partir de conversations entendues sur les walkies-talkies dont ils auraient dépouillés les policiers du Palais, ces hommes qui parlent espagnol, anglais et créole, révèlent avoir à leur tête Guy Philippe, un des commissaires de police réfugiés en République Dominicaine.

La peur et la terreur s’abattent sur la capitale Port-au-Prince et sur plusieurs autres villes du pays.  : attaque contre les locaux de la Presse, des partis politiques, des syndicats, contre leurs dirigeants et contre les centres culturels. Pillages, incendies, meurtres, disparitions… Selon Yvon Neptune, sénateur au moment des faits :  » Le peuple a identifié ses ennemis »

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Mais déjà, le dimanche 16 décembre, date de l’anniversaire de l’élection de Jean-Bertrand Aristide, le Président, après avoir célébré les « victoires électorales » de l’année 2000, s’adresse à l’assistance sur le thème du « patriotisme » en insistant sur le slogan qu’il lui fait répéter plusieurs fois: «Yon lavalas se yon patryòt, yon lavalasyen se yon patriyòt, yon bon lavalasyen se yon bon patriòt. » Plus d’uns se demandaient ce que cachaient de tels slogans.

En début de soirée, la tension est déjà manifeste; des rumeurs circulent et des opérations de blocage des rues sont rapportées dans certains quartiers de la capitale et des villes de province.

I – Annonce d’un supposé coup d’État


Selon informations recueillies par AP, Jacques Maurice fait également mention d’une attaque simultanée contre le pénitencier national et, toujours selon lui, l’un des auteurs intellectuels du coup serait Lucien Gervais, (ancien militaire ?) emprisonné au pénitencier national lors du soulèvement des détenus et depuis lors transféré dans un autre centre de détention. Lucien Gervais aurait à sa solde des mercenaires dominicains réunis à la frontière, prêts à intervenir. Lors de cette intervention, Jacques Maurice précise que le Président Aristide et sa famille sont en sûreté dans leur résidence de Tabarre.
Au cours de ces premières heures les radios diffusent largement les déclarations, nouvelles, et premières réactions. Des journalistes se trouvent au Champs de Mars, devant le Palais et rendent compte en direct, de l’évolution de la situation. Radio HaitiInter annonce à 9.00am que «7 hommes se trouvent embusqués dans les sous-sols du Palais». Des appels à la violence et à la chasse aux «responsables» du coup sont lancés par le porte-parole,
René Civil et des groupes Lavalassiens aux cris de «Bare-yo anwo, Bare-yo anba !»

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Quelques heures plus tard, Jean Oriel, responsable de l’unité de sécurité présidentielle, répond aux questions de la Presse et annonce que les assaillants ont pris la fuite à bord de deux pick-ups. Les unités d’élite de la PNH ont repris le contrôle du Palais. Les affrontements ont fait un mort dansle camp des assaillants et deux morts parmi les policiers.
Vers midi, le ministre de la Culture et de la Communication, Guy Paul, intervenant sur les ondes de la Radio nationale annonçait que le président avait le contrôle du Palais, marquant ainsi la fin du coup d’État. Il fait appel au calme et condamne les actes de violence enregistrés dans le pays.

Dans l’après-midi, le porte-parole de la PNH, Jean Dady Siméon, dans un point de presse au Palais National confirme la tentative de « coup d’état » par des assaillants au nombre de 30 et que le bilan de l’attaque repoussée s’élève à 5 morts, dont deux policiers, un assaillant et deux simples citoyens.

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Il fait aussi mention de la capture de l’un des assaillants du côté de Morne à Cabris.


Le Président intervient également au cours de cette longue conférence de presse pour condamner le coup d’État, «Pwazon demokrasi a se zam Kou Deta sa yo», réprouver la violence «Kelkeswa vyolans lan, nou kondane l». Par ailleurs, il confirme qu’il existe une relation entre les événements du 28 juillet et ce qui vient de se passer en affirmant : «Evenman 16-17 desanm 2001 yo konektab avèk evenman 28 Jiyè k sot pase yo. … Nou genyen dè prev ki montre yo konektab» et le peuple doit être loué d’avoir su agir en conséquence.

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 » Lè 28 Jiyè te rive, te gen plis konfizyon ke te fè yon seri moun doute, èske se vre, èske se pa vre. E nou rété gade akoz de konfizyon, yo te beaucoup plus timides que cette fois-ci. Yè, manifestasyon pèp la kale pou l defann demokrasi a. Jodi a manifestasyon l pasifikman montre ankò yon fwa ki jan li konprann w’ol pou l jwe, pa non kwaze bra, chita tann apre pou lal nan mawon. Men, nan kanpe pasifikman pou l mété barikad lapè kote k nesesè, lè l nesesè san vyolans, nan respè dwa tout moun, nan dyalog… »
Le poison qui tue la démocratie, ce sont les armes de ces coups d’État. Il y a un lien entre les évènements du 17 décembre et ceux du 28 juillet. Mais le 29 juillet, il y avait beaucoup de confusion, les gens étaient dans le doute, est-ce que c’est vrai,?: est-ce que c’est pas vrai ? A cause de cette confusion, les gens sont restés à regarder, ils étaient beaucoup plus timides que cette fois ci. (…) Hier, le peuple a manifesté sans hésiter pour défendre la démocratie (…) Aujourd’hui, ses manifestations ont montré pacifiquement le rôle que le peuple doit jouer, qu’il ne doit pas croiser les bras, s’asseoir, attendre, et finalement se lancer dans le marronage. Que son rôle est d’être debout, de monter des barricades de la paix là ou c’est nécessaire, quand c’est nécessaire, sans violence, dans le respect des droits de chacun, dans le dialogue (…) Immédiatement après la Conférence de Presse, le Chef de l’État adresse un «Message de Paix». Il commence par saluer la Police et tous les citoyens qui par leur détermination ont érigé les Barricades de la Paix et fait échec aux assassins de la démocratie.

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«Onè respè pou nou memm! »….. »M sot siyonnen yon bon pati nan Pòtoprens, mwen wè ak je m ki kantite barikad lapè nou mété pou anpeche teworis kouri sove e touye plis moun. Nou fè sa paske nou kwè nan peyi nou, Nou fè sa paske nou kwè nan demokrasi, Nou fè sa paske nou se bon jan pitit Dessalines, Toussaint Louverture ak zansèt nou yo, nou brav ! » « drapo la pè a flote toupatou »… »Aswè a, m mande pou gen veye patriyotik toupatou pou pwoteje lapè a»…
… «je viens de faire le tour de Port-au-Prince, j’ai pu voir le nombre de barricades de la Paix que vous avez érigées pour empêcher que les terroristes ne s’enfuient et ne continuent à tuer plus de gens. Vous avez fait cela parce que vous croyez en votre pays, en la démocratie, parce que vous êtes les fils de Dessalines, Toussaint Louverture de nos ancêres, vous êtes braves ! Le drapeau de la Paix flotte partout ! Ce soir je vous demande d’organiser une veillée patriotique, partout pour protéger la Paix».

«E nan moman sa a kote nou fyè lè nou wè bèl solidarite ki egziste ant Pèp la ak Polis la, nou ankouraje Pèp la kontinye bay la Polis la tout enfomasyon nou jwenn konsènan tout kriminèl k ap chèche kouri pou yo pa kenbe yo, pou yo pa pale…» … «Se yon Kou Deta nou ranvèse vit e se pou Kou Deta a pa retounen ankô ki fè m mande pou tout Popilasyon an kanpe pasifikman, defann demokrasi a pasifikman».
Au moment où nous parlons, nous sommes fiers de constater la belle solidarité qui existe entre le peuple et la police, et nous vous encourageons à continuer à fournir à la police toute information concernant tous les criminels qui tentent de s’enfuir pour ne pas être pris et avoir à parler… C’est un coup d’État que nous avons contrôlé rapidement et c’est pour éviter qu’il n’y en ait d’autres que nous demandons à toute la population de se mobiliser pacifiquement pour défendre la démocatie pacifiquement.
«Nap kontinye ini pou n pousuiv avek lalwa nan men nou anba drapo lapè a, tout criminèl teworis ki vle fè nou al nan mawon»
«Nous continuons d’être unis pour poursuivre avec la loi en mains, sous le drapeau de la paix, tous les criminels terroristes qui ont voulu nous acculer.


  1. LES FAITS : L’attaque contre la Presse, les partis politiques, leurs dirigeants et les centres culturels


À partir des différentes déclarations des représentants de la Présidence, des groupes armées de partisans de Lafanmi Lavalas s’organisent à Port-au-Prince et dans les villes de provinces, attaquent , pillent et incendient les locaux des partis politiques, les résidences de certains de leurs dirigeants. Des stations de radio sont investies et menacées de destruction, des journalistes sont violemment pris à partie et certains n’échappent au pire que de justesse. Plusieurs personnes périssent victimes de ces actes de violence au cours de la journée.


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Cap-Haïtien
– Le mobilier de la résidence du Pasteur Milton Chery, membre de la coordination de l’OPLdans le Nord, ex-candidat au Sénat, est jeté dans la rue et brûlé

– Eluscat Charles, porte-parole OPL dans le Nord a vu sa résidence pillée et incendiée ainsi que la maison voisine.
– La maison des frères Tanis, de la Convergence et celle de Jacques Etienne, critique connu de Lafanmi Lavalas, ont également été mises à sac.
– Un certain Célius, proche des FADH a failli être lynché, n’était-ce l’intervention de quel-ques passants et des affrontements ont eu lieu lorsque les manifestants lavalassiens ont tenté de s’attaquer à Grégory Joseph de la Convergence
– Le siège central de l’OPL dans le Nord est saccagé.
– Les assaillants ont tenté de mettre le feu à Radio Maxima mais ont dû renoncer devant la réaction des riverains qui se sont portés à la défense de la station.


Cayes
– La caisse de l’entreprise de construction que dirige Gabriel Fortuné, ex-député, porte-parole départemental de la Convergence, est pillée et 2 camions bascules incendiés.
– La résidence de Jean Robert Jeune, membre du comite de coordination départemental de l’OPL est partiellement saccagée.
– La maison de Wilfred Jean-Baptiste, membre du comite de coordination départemental de l’OPL est endommagée et pillée.
– La résidence de Kessel Cilius, membre de la Convergence est pillée.
– La résidence de Pierre Richard, membre de la Convergence est pillée.


Gonaïves
– La résidence du Pasteur Luc Mésadieu, président du Mochrena et membre du directoire de la Convergence démocratique est incendiée; 3 voitures sont brûlées; 2 personnes proches du pasteur sont tuées puis brûlées.
– La résidence du Pasteur Sylvio Dieudonné, vice-président de Mochrena est incendiée ainsi qu’une maison voisine. Une Eglise et une école dirigées par le Pasteur sont également incendiées.
– Le mobilier de la résidence de Anouès Difficile, membre de la Convergence démocratique, est incendié.
– Le correspondant de Radio Métropole dans l’Artibonite, Duc Jonathan Joseph est porté disparu.


Grande Rivière du Nord


– Le local de l’OPL est attaqué et saccagé.


Jacmel


– La résidence du porte-parole de la Convergence Démocratique dans le Sud-Est, Milot Gousse, a été attaquée avec jets de pierres.
Jérémie


– Lensky Cassamajor, représentant de l’OPL est sequestré, malmené et sauvé de justesse du lynchage.


– Local de la CATH (Centrale des travailleurs Haïtiens) incendié; beaucoup de membres de la Convergence ont dû prendre la fuite.


N.B – Participation de deux véhicules de l’Etat (Education Nationale et Finances).


Petit-Goave


– La maison de Jean Jasmin, enseignant, membre de la coordination locale de l’OPL, est incendiée, ainsi que celle de Déus Jean-François, MDN, ex-député, membre de la Convergence, responsable communal. Des affrontements ont eu lieu entre les groupes lavalassiens et les partisans de la Convergence. Au cours de la journée plus de 15 maisons ont été incendiées et 5 mises à sac. Les premiers rapports indiquent que: Yvon Jean, René Jean-Michel, Eligène Desrosiers, Jean Wilio Manéus, Dieusibon Jean, Yves Rigaud, Denise Osias, Inès Coicou, Genise Jean, Diréus Antoine, Prosper Jeanty, Montigène Sincère, Serge Bouzile, Wilbert Pierre, auraient ainsi, entièrement ou en partie, perdu leur résidence.


Thiotte
– Gabriel Davidson, membre dirigeant de l’OPL et une quinzaine de militants ont dû se mettre à couvert.


À la capitale, Port-au-Prince

La Presse

Au cours de la journée des journalistes, reporters, stations de radio sont l’objet de menaces, d’actes de violence qui obligent plusieurs représentants de la Presse à se mettre à couvert, certains, dans des ambassades. D’après Reporters Sans Frontières: «Le caractère systématique des agressions démontre que les manifestants avaient reçu des instructions pour s’en prendre à la presse».


Thony Bélizaire, photographe de l’Agence France Presse, Patrick Moussignac, Guérin Alexandre, Jean-Elie Moléus, respectivement directeur et reporters de Radio Caraïbes et Guyler Delva, président de l’Association des Journalistes Haïtiens, ainsi que des reporters de Telemax, ont été pris violemment à partie par des manifestants proches de Fanmi Lavalas armés de revolvers, de machettes, de bâtons. Ils ont obligés les journalistes à quitter les lieux sous la menace.
«Nous vous aurions abattu si vous étiez de Radio Caraïbe» ont déclaré des partisans du pouvoir à Maxo Exil, de l’agence Haïti Press Network, qu’ils menaçaient d’une arme.-


Roger Damas, de Radio Ibo, a été forcé de remettre sa carte de presse et son cellulaire aux manifestants qui assimilaient Radio Ibo à l’opposition.


Des journalistes de Radio Vision 2000 dont Pharès Duverné, Robert Philomé et Yves Clausel Alexis, alors qu’ils couvraient les évènements se déroulant au Palais National, ont été contraints de crier « Vive Aristide, Vive Lavalas » par des membres d’organisations populaires proches du pouvoir.


Selon Arins Bellevue, directeur de Radio Galaxie, leur confrère, Abel Descolines a dû se mettre à couvert après avoir reçu des menaces et avoir été informé que son nom et celui d’autres représentants de la presse se trouvaient sur une liste de journalistes à abattre. Un journaliste du RECAP, Gaston Janvier s’est trouvé dans la même situation.
Des reporters de Radio Métropole ont été agressés et mis en joue par des partisans du pouvoir qui se trouvaient à bord de véhicules appartenant à des entreprises de l’Etat. Les vitres de l’autobus de Radio Caraïbes ont été brisées par des manifestants pro-Lavalas. Plusieurs stations ont reçu des menaces de mort et ont cessé d’émettre ce jour-là: Radio Quisqueya, Radio Métropole, Radio Vision 2000, Radio Signal FM, et Radio Caraïbes. Cette dernière devait suspendre pendant plusieurs jours ses émissions.


Les sièges des partis politiques


– Le siège national de l’OPL (Organisation du Peuple en lutte), originellement Organisation Politique Lavalas) fondée en 1991, Quartier-General de la Convergence, a été pillé et incendié. Le mur et la barrière de l’entrée ont été renversés par un bulldozer du CNE. Les équipes d’assaillants ont été aussi véhiculés par la CNE. L’OPL est membre de l’Internationale socialiste, Coordinateur; Gérard Pierre Charles.
NB. Une maison attenante a été aussi pillée et incendiée.


– Le Local du Konakom, (Comité National du Congrès des Mouvements Démocratiques) membre de la Convergence et de l’Internationale Socialiste –Coordonnateur Victor Benoît– a été pillé et incendié.


– Le local de la KID (Confédération Unité Démocratique), membre de la Convergence, coordonnateur : Evans Paul (Konpè Plim) mis à sac et incendié.


  1. C’est la 3e fois que le local de la KID a été dévasté : en 1991 (deux mois avant le coup d’état), et en avril 2000.


– Le local de l’ALAH (Alliance pour la Libération et l’Avancement d’Haïti) membre de la Convergence qui est aussi le cabinet d’études de Me Reynold Georges, son coordonateur, a été incendié.
Les maisons familiales des dirigeants de la Convergence.


– La résidence du professeur Victor Benoît située à Bon Repos, dans la banlieue nord de Port-au-Prince, a été pillée et incendiée (voir détails dans le témoignage plus loin).


– La résidence du professeur Gérard Pierre Charles, située au Morne Hercule à Pétion-Ville a été pillée. La salle de la bibliothèque a été incendiée avec un cocktail Molotov. La maison a été assiégée en fin de matinée par des membres de la CIMO (Corps d’intervention et de maintient de l’ordre) et par des civils armés transportés en véhicules de la CNE (Compagnie nationale d’équipements – entreprise publique).
Dans les deux cas des officiels ont été reconnus, des véhicules ont été identifiés (voir témoignage plus bas).
Centres culturels


– Le CRESFED, Centre de formation, de recherche et de documentation, membre de la Plateforme des Droits Humains, dirigé par Suzy Castor, professeur universitaire, historienne de formation, fondé en 1986, a été attaqué, incendié et pillé (voir témoignage plus loin).


– La villa appartenant à l’État français et abritant les locaux administratifs de l’Institut Français d’Haïti, voisin du local de Konakom, a été pillé.

 À Suivre

 

 

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La « résistance » s’organise aux États-Unis contre Donald Trump

Manifestations, pétitions, démonstrations de soutien aux minorités : les anti-Trump poursuivent leur mobilisation.

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Lors d’une manifestation anti-Trump, le 14 novembre à Seattle. JASON REDMOND / AFP

Près d’une semaine après l’élection de Donald Trump, à quoi sert de continuer à protester ? « On cherche à se montrer qu’on n’est pas tout seul », dit un ingénieur d’origine indienne venu de la Silicon Valley avec ses deux filles participer à l’un des rassemblements organisés le 13 novembre, à San Francisco.

Le « président élu » a beau s’être installé dans le paysage, le choc est resté. Et la « résistance » – selon le terme revendiqué par les intéressés – ne faiblit pas. Tout le week-end , les manifestations anti-Trump se sont poursuivies à New York et Los Angeles, mais aussi dans des villes moyennes comme Erié (Pennsylvanie) ou Dayton (Ohio). Lundi 14 novembre, ce sont les lycéens qui sont descendus dans la rue, à Seattle (Washington), Portland (Oregon), Denver (Colorado), Silver Spring (Maryland), Tucson (Arizona).

Les manifestants ne réclament rien, et rien, surtout, que Donald Trump semble prêt à leur accorder : désavouer ses propos racistes de campagne. Ils ne remettent pas en cause, pour la plupart, le résultat de l’élection mais cherchent à se rassurer , se réconforter les uns les autres sur leurs « valeurs » inchangées.

« Murs de l’empathie »

Beaucoup portent une épingle à nourrice sur la poitrine, symbole de la « protection » qu’ils s’engagent à fournir aux plus vulnérables. « Si vous êtes musulman, femme, homosexuel, personne de couleur, latino, transsexuel, immigrant ou handicapé : je suis avec vous », proclame un habitant de San Francisco derrière une pancarte rédigée à la main. Dans le métro de la ville californienne, sont apparus des « murs de l’empathie », comme à New York après le 11 septembre 2001. On y colle des pensées ou des encouragements. « Love trumps hate » : « L’amour est plus fort que la haine ».

Depuis l’élection, une partie de l’Amérique est plongée dans l’anxiété. Les incidents xénophobes se sont multipliés. Entre le 8 et le 11 novembre, le Southern Poverty Law Center (SPLC), l’organisme de référence en matière de surveillance des extrémistes, a reçu plus de 200 plaintes pour des faits racistes ou antisémites. Des croix gammées sont apparues dans les universités , des étudiants noirs ont reçu des menaces signées « Daddy Trump ». Dans le Maryland, une église qui célèbre des offices en espagnol a été barrée d’une inscription : « Trump Nation, Whites Only » (« La nation de Trump, seulement pour les Blancs »). Le slogan de campagne, « Make America great again » a été détourné en « Make America white again », comme si « grandeur » et « blancheur » étaient synonymes. « Les suprémacistes blancs pensent que leur homme a gagné la Maison Blanche », analyse le SPLC.

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Devant la mairie de Los Angeles, le 9 novembre. MARIO ANZUONI / REUTERS

Pour les enfants d’immigrés, « l’élection de Trump, c’est une sorte de 11-Septembre », commente le magazine Westword de Denver. La peur est réelle. Dans une école de l’Etat de Washington, les élèves, à la cafétéria, se sont mis à scander « Build the wall ! » (« Construisez le mur ! »), comme dans les meetings de Trump. A San Francisco, une jeune Américaine d’origine assyrienne a posté sur Facebook la vidéo d’une passagère du métro qui, l’entendant parler une langue inconnue, lui assure que Trump va l’« expulser ».

À Los Angeles, les deux acteurs vedettes de la série télévisée de HBO Silicon Valley, Thomas Middleditch et Kumail Nanjiani, ont été pris à partie dans un bar par des fans du président élu. « Je ne peux pas imaginer ce que ça doit être , dans d’autres endroits, d’être quelqu’un qui a mon physique », s’est alarmé le jeune comédien d’origine pakistanaise.

Parmi les anti-Trump, certains ne désespèrent pas de renverser le résultat de l’élection. Une pétition sur Change.org, intitulée « Faites de Hillary Clinton la présidente le 19 décembre » (date de la réunion du collège électoral), a conquis les campus . Elle appelle les grands électeurs – qui doivent, selon la Constitution, choisir le président, élu au suffrage indirect – à porter leur voix sur celle qui a remporté le vote populaire (avec plus de 668 000 voix d’avance, selon un décompte non définitif) plutôt que sur Donald Trump. Un scénario hautement improbable, mais réclamé par plus de 4 millions de signataires.

D’autres mettent l’accent sur la vigilance. Dans une pleine page du New York Times, le11 novembre, l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU) a demandé à Donald Trump de désavouer ses promesses sur l’expulsion de 11 millions de sans-papiers, la réautorisation du waterboarding (le simulacre de noyade) pour les interrogatoires, etc. « Si vous essayez de faire de ces promesses une réalité, vous vous trouverez à chaque pas confronté à la puissance de feu de l’ACLU », menace l’association, en rappelant qu’elle compte des millions de partisans, et des juristes dans tous les Etats.

Des manifestations sont déjà en préparation à l’occasion de l’investiture du 20 janvier à Washington, dont une marche d’« un million de femmes ». Plusieurs villes, dites « sanctuaires », dont Chicago ou San Francisco, ont fait savoir qu’elles continueraient à fournir des services sociaux sans condition aux sans-papiers, malgré la menace de Donald Trump de les priver de subventions fédérales. Les associations de soutien aux immigrés ont commencé à tenir des réunions pour rassurer les « dreamers », les jeunes clandestins arrivés avec leurs parents, qui ne doivent qu’à un décret de Barack Obama – facilement réversible – leur statut légal aux États-Unis.

« Sans-papiers, mais sans peur »

« Pendant les quatre prochaines années, nous allons montrer que nous sommes certes sans-papiers, mais aussi sans peur », écrit l’avocat Cesar Vargas, un proche de Bernie Sanders lui-même sans-papiers, dans l’hebdomadaire The Nation. Au contraire de Barack Obama et de la plupart des responsables démocrates, qui estiment qu’il faut donner sa « chance » à l’homme que les Américains ont élu, les militants progressistes refusent toute « normalisation » de la situation.

« Résistance » est leur maître mot. Et grâce à Donald Trump, qui a mis fin à la dynastie Clinton, ils espèrent prendre les rênes d’un Parti démocrate sonné par la défaite.

Élections : Communiqué des organisations de la société civile

Les organisations de la société civile réclament un Conseil électoral équilibré et le vote des amendements à la loi électorale

 

Conseil électoral équilibré et vote des amendements à la loi électorale.

 

                          DÉCLARATION

Le 19 Mai 2014

Les Organisations de la Société Civile, les Organismes de Droits Humains et les Responsables Religieux, signataires de la présente déclaration, expriment leurs plus vives préoccupations face à la situation qui prévaut aujourd’hui par rapport à la question électorale.
En votant la Constitution de 1987, le Peuple haïtien a opté pour un régime démocratique, ce qui implique l’existence de trois pouvoirs indépendants, l’Exécutif, le Législatif et le Judiciaire, le fonctionnement démocratique et autonome des Collectivités Territoriales. En raison de défaillances graves de la part de nos dirigeants politiques, aujourd’hui, à la tête de la plupart de nos Mairies, se trouvent non des élus du peuple, mais des agents de l’Exécutif, ce qui constitue une violation flagrante de notre Charte fondamentale. Le Sénat de la République est amputé d’un tiers de ses membres, fonctionne de façon boiteuse et par conséquent est privé de certaines de ses prérogatives.

Dans huit mois, c’est-à-dire au début de Janvier 2015, les Députés actuels et un deuxième tiers des Sénateurs auront fini leur mandat. Il ne restera qu’un tiers du Sénat, autrement dit il n’y aura plus de Pouvoir Législatif, si entre temps les élections législatives n’ont pas lieu. Le temps qui reste est tout juste suffisant pour les réaliser.

Or il n’est pas question que l’État fonctionne sans Parlement. Le temps de gouverner par décret est définitivement révolu. Il n’est pas non plus question que le renouvellement de nos dirigeants politiques se fasse en dehors des voies légales. Ce temps aussi est révolu.
Pour permettre l’enclenchement du processus électoral, deux questions importantes doivent être résolues. D’abord, la mise en place d’un Conseil électoral équilibré, susceptible d’inspirer un minimum de confiance aux électeurs et aux futurs candidats, à quelque sensibilité politique qu’ils pourraient appartenir. Ensuite la question du vote des amendements à la loi électorale.

S’il existe un minimum de sentiment patriotique, de sens de responsabilité politique et d’esprit démocratique au niveau de nos responsables politiques et des dirigeants de partis, ces questions peuvent se régler en une semaine. La politique c’est l’art du compromis. Le régime démocratique pour lequel le peuple haïtien a opté suppose le pluralisme politique, l’acceptation des différences, la recherche de solutions gagnant-gagnant et non l’élimination de l’autre. Les signataires de la présente exhortent tous les acteurs concernés à s’élever au-dessus des querelles de chapelle et à défendre leurs intérêts partisans tout en les subordonnant à l’intérêt supérieur de la Nation. Faute par eux de le faire et de trouver une entente nationale, ils mettront davantage en péril la souveraineté nationale déjà grandement fragilisée.

Suivent les signatures :

Nom et Prénom Institution
Mgr Guire Poulard Archevêque de Port-au-Prince
Mgr Zachée Duracin Evêque de l’Église Episcopale
Pasteur Sylvain Exantus Président de la Fédération Protestante d’Haïti (FPH)
Ati Max Beauvoir Confédération Nationale des Vodouisants Haïtiens
Rosny Desroches Initiative de la Société Civile (ISC)
Edouard Paultre Conseil Haïtien des Acteurs non Étatiques (CONHANE)
Antonal Mortimé Plateforme des Organisations de Droits Humains
(POHDH)
Pierre Espérance Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH)
Jinaud Augustin Lanse-Haiti
Pasteur Pauris Jean-Baptiste Pasteur Protestant
André Apaid Jr Fondation Nouvelle Haïti (FNH)
Sylvie Bajeux Centre Œcuménique des Droits de l’Homme (CEDH)

LE CARTEL DE JACMEL : JOSEPH LAMBERT, EDWIN ZENNY, FOUREL CELESTIN

Révélations fracassantes d’un jeune ex-membre d’un gang armé

Le Cartel de Jacmel :

Joseph Lambert, Edwin Zenny, Fourel Celestin : des truands d’envergure reconvertis en politique

I. Introduction

Je m’appelle Sherlson Sanon. Identifié par le Numéro de ma Carte d’Identification Nationale : 02-01-99-1988-12-00245, je suis né à Jacmel le 16 décembre 1988. .

En 1999, j’étais âgé de onze (11) ans et en situation précaire, lorsque j’ai été approché par l’ex-Sénateur Joseph Lambert, aujourd’hui Conseiller du Président de la République Joseph Michel Martelly, qui m’a introduit dans le secteur criminel.

J’ai spontanément décidé d’arrêter mes activités criminelles. C’est pourquoi, tout en me mettant à la disposition de la Justice, le 12 mars 2013, je me suis rendu au Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) en vue de faire ce témoignage.

II. Mon Enrôlement à titre de transporteur de drogue

En 1999, l’ancien Sénateur Joseph Lambert m’a proposé d’être son ami car, il voyait en moi, me disait-il, un jeune garçon intelligent et plein d’avenir. A cette époque, Joseph Lambert n’était pas encore Sénateur cependant, il était très proche du Sénateur d’alors, Fourel Célestin.

C’est ainsi que j’ai intégré la base KAKOS, localisée à la Rue Sainte Anne, à Jacmel. Mon nom d’opération est Andrébert Sanon. J’ai été nommé ainsi par l’ex-Sénateur Joseph Lambert lui-même qui s’est aussi chargé de mon instruction en matière de crime. En effet, j’ai reçu une formation en reconnaissance de cocaïne. J’ai aussi appris à faire usage d’une arme à feu, à conduire les automobiles et les motocyclettes, avant de recevoir des matériels de travail savoir, des gants, des armes, des munitions, etc.

Après ma formation, l’ex-Sénateur Joseph LAMBERT m’a engagé pour assurer le transport de cargaisons de drogue. Je devais transporter ces cargaisons de la Rue de la Ravine à Lamandou, chez un agent de sécurité d’alors de Joseph LAMBERT, dénommé Kern DESAMOUR. Je recevais deux mille (2000) gourdes pour ce travail.

Au fur et à mesure que je travaillais, l’ex-Sénateur me léguait d’autres responsabilités comme le transport de cargaisons d’armes à feu ou le transport de cargaisons de drogue en des endroits éloignés. En effet, j’ai aussi l’habitude de transporter de la drogue pour l’actuel Commissaire du gouvernement près le Tribunal de Première Instance de la Croix des Bouquets, Me Lenny THELISMA ce pour le compte de l’actuel conseiller du Président Joseph Michel Martelly. Cependant, Me Leny Thelisma qui habite Martissant 7, ne reçoit pas la drogue chez lui, mais au Carrefour Fleuriot.

Parallèlement, le Sénateur Joseph Lambert m’a conseillé d’abandonner mes études, arguant que les documents, les certificats de fin d’études ne rapportent rien en Haïti. Il m’a affirmé qu’il pourrait me les faire avoir, sans qu’il ne me soit nécessaire d’aller à l’école. De plus, il m’a promis une voiture, une maison et un emploi au niveau de la fonction publique.

L’ex-Sénateur Joseph Lambert a aussi loué une maison où les membres du gang KAKOS sont hébergés lorsqu’ils rentrent à Port-au-Prince, notamment pour des missions. Cette maison est située au # 29, Impasse Wallace, Route de Frères. De plus, le Commissaire du Gouvernement près le Tribunal de Première Instance de la Croix des Bouquets, Me Lenny Thelisma a mis sa propre maison, localisée à Martissant 7, à la disposition de la base KAKOS.

Cette base est composée d’au moins dix-sept (17) individus. Il s’agit de :

1.    Edner Come connu encore sous le nom de Jackson Travelino, actuellement rechercé par la Police Nationale d’Haïti (PNH) dans le cadre de l’enquête judiciaire relative au démantèlement du gang dirigé par Clifford Brandt.

2.    Yvener PoMPY

3.    Herlain THELEMAQUE, un aspirant policier

4.    Alain Moïse

5.    Jude Millien

6.    Fabienne Louis

7.    Eddy Jean

8.    Jean Edwidge Roy connu encore sous le nom de Papouche ROY

9.    Sherlson Sanon connu encore sous le nom d’Andrébert Sanon

10.Saint-Fleur Roy

11.Sony Lambert

12.Yves JOACfflM

13.Raymond FRID

14.Berthony alias Tchampan

15.Amounou ainsi connu

16.Grégory ainsi connu

17.Design ainsi connu

III. Les premiers crimes que j’ai perpétrés

a. Assassinat d’étrangers à Jacmel

En 1999, moi, Sherlson Sanon, j’ai tué pour le compte de l’ex-Sénateur Joseph Lambert, une étrangère du nom Céline Moulier qui était venue implémenter une organisation à Jacmel. Elle habitait à Civadier. J’ai reçu deux mille (2000) gourdes pour cette exécution. Le jour du crime, j’étais accompagné de Alain MOÏSE.. Ce dernier est un agent de la Police Nationale d’Haïti (PNH). Lorsque je l’ai exécutée à hauteur de la route de Makary, Céline MOULIER pilotait une Toyota double cabine, blanche. Le même jour, le père de la victime, Fernand MOULIER, a aussi été assassiné par Alain MOÏSE.

Le gang a reçu Tordre de conduire le véhicule de Céline MOULIER au garage de Jacky CAROLLI, situé à St Cyr, Jacmel. Les pièces du véhicule ont été vendues. La carcasse se trouve encore au garage.

Après l’assassinat des deux (2) étrangers susmentionnés, j’ai été emmené en République Dominicaine, au Bahia Prencipe Hôtel, Bavaro situé à Punta Canay en attendant que tout se calme.

b. Cas de Kern Désamour

Kern Desamour était un membre du gang. Il assurait la sécurité du dépôt de drogue de l’ex-Sénateur. Une fois, il a reçu pour mission de récupérer une cargaison et de l’apporter à l’ex-Sénateur Fourel Célestin. Cependant, Kern Desamour a préféré prendre la marchandise et l’a vendue à Jacky Carolli (Khawly).

J’ai été chargé d’assassiner Kern Desamour pour cet écart de conduite.

Le 30 octobre 2006, j’ai exécuté Kern Desamour. Je lui ai administré trois (3) balles alors qu’il se trouvait dans un bar restaurant situé à Lamandou. Lors du crime, Yvener Pompy, un autre membre du gang, spécialisé notamment dans les exécutions, était présent. L’arme du crime m’a été remise spécialement par l’ex-Sénateur Joseph Lambert.

Après l’assassinat de Kern Desamour, des policiers basés à Jacmel ont reçu l’ordre de dire que ce dernier a été tué par un policier. Parallèlement, j’ai été encore emmené en République Dominicaine, où j’ai passé trois (3) mois, logé au même hôtel, le Bahia Prencipe Hôtel, Bavaro situé à Punta Cana. A chaque fois, toutes mes dépenses étaient prises en charge par l’ex-Sénateur qui me rendait visite chaque mois.

Après une retraite de trois (3) mois, l’ex-Sénateur est venu me chercher. Arrivé à Jacmel, il m’a offert une moto qu’il a lui-même achetée chez Edo Zenny pour une somme de trente-cinq mille (35.000) gourdes.

IV. Ma présentation au Sénateur Edwin Zenny

En 2006, en raison des multiples services rendus et surtout, parce que je me suis toujours montré consciencieux dans mes nombreuses tâches, le Sénateur Joseph Lambert m’a présenté au Sénateur Edwin Zenny connu encore sous le nom de Edo Zenny. A partir de ce moment, j’ai eu deux (2) patrons.

Toutefois, avec le Sénateur Edwin Zenny, mes contacts se sont multipliés. De plus, mon travail de transporteur est devenu plus important. J’ai été autorisé à prendre les cargaisons chez Jacky Carolli (Khawly) et chez Joël Carolli (Khawly) pour le compte des Sénateurs Edwin Zenny et Joseph Lambert.

Les cargaisons emmenées à Lamandou étaient toujours sécurisées par Saint-Fleur ROY, Jean Edwidge Roy connu encore sous le nom de Papouche ROY et Eddy JEAN. Aujourd’hui, Eddy JEAN est propriétaire d’une boutique de vêtements localisée à Lamandou 1.

V. Mon implication dans les actes de violence enregistrés lors des élections de 2010

Pour les élections de 2010, le Sénateur Joseph Lambert a supporté le candidat à la députation Kénol Charles. J’avais pour tâche de remplir les urnes au profit de Kénol Charles. J’étais aidé par les autres membres de la base KAKOS. Puis, sécurisé par des agents de la Mission des Nations-Unies pour la Stabilisation en Haïti (MINUSTAH), j’ai emmené les urnes au bureau de vote de Meyer, une commune du Sud-est.

Je dois souligner que ces fraudes ont favorisé le candidat Kénol Charles qui a gagné les élections et est aujourd’hui Député de la circonscription de Cayes-Jacmel.

Après les élections, notamment au début de l’année 2011, le Sénateur Edwin ZENNY s’est rangé du côté de Joseph Michel MARTELLY, consacrant ainsi son divorce temporaire avec le Sénateur Joseph LAMBERT. Pour se venger, le Sénateur Edwin ZENNY nous a offert trois mille (3000) dollars américains à moi et à Yvener POMPY pour incendier son propre véhicule, une Hammer 4X4 de couleur blanche, qui se trouvait alors à Lamandou. Ensuite, il a accusé le Sénateur Joseph LAMBERT d’avoir procédé à cet incendie.

Suite à l’incendie, des agents de la PNH dont un dénommé Arland BEROUETTE, à la solde du Sénateur Edwin ZENNY, se sont rendus à Lamandou et ont déclaré dans leur procès-verbal avoir remarqué le véhicule du Sénateur Joseph LAMBERT qui prenait la fuite.

VI. Quelques exemples d’autres crimes perpétrés par le gang Edo Zenny / Joseph Lambert

1. Le 1er septembre 2012, j’ai été engagé par le Sénateur Edwin Zenny pour exécuter Reyista Desamour. Ayant échoué après plusieurs tentatives, un prêtre du vodou Jean Marie Domond a reçu dix mille (10.000) dollars américains pour faire le crime. Ce dernier a été par la suite arrêté le 16 octobre 2012. Jean Marie Domond se trouve aujourd’hui à la Prison Civile de Jacmel. La petite fille de Reyista Desamour a, pour sa part, reçu une balle à la cuisse.

2.    Le 17 novembre 2012, à Jacmel, le gang KAKOS a pris part à l’enlèvement suivi de séquestration du petit Jorym Sam Etienne, âgé de trois (3) ans. Ce crime a été perpétré sur instigation du Sénateur Edwin Zenny qui est l’amoureux d’une jeune fille habitant la maison. Les proches de la jeune fille reprochait à cette dernière d’entretenir une relation amoureuse avec le Sénateur, un homme marié qui de surcroit, entretient plusieurs maitresses. Cette dernière a rapporté les faits au Sénateur qui, pour leur donner une leçon, a ordonné l’enlèvement de Jorym Sam Etienne. Il n’était pas prévu de tuer l’agronome Jean Marie Patrice Etienne. Cependant, celui-ci, croyant qu’il avait affaire à des voleurs, a tiré le premier. Un des bandits, Alain Moïse a reçu un projectile au bras. C’est en ripostant que l’agronome Jean Marie Patrice Etienne a été tué. Pour libérer Jorym Sam Etienne, la famille a dû payer la rançon de quarante mille (40.000) dollars américains.

3.    Deux (2) autres assassinats ont été perpétrés pour le compte du Sénateur Edwin ZENNY, le 5 février 2013. Ces deux (2) individus ont été tués parce qu’ils ont frappé le véhicule du Sénateur Edwin ZENNY. Ils ont été criblés de balles. Il s’agit de Jerry DAETOIS et de M. C Hammer D ARTOIS. Pour ce travail, le Sénateur Edwin ZENNY a offert la somme de mille cinq cents (1.500) dollars américains à Yvener POMPY, à Eddy JEAN et à Berthony ainsi connu alias Tchampan. Ils étaient montés à bord d’une motocyclette immatriculée MC 7030.

4.    Le 6 mars 2013, le Sénateur Joseph LAMBERT m’a confié quatre (4) armes de calibre 9 millimètres à apporter à l’une des ramifications de la base KAKOS, à La Saline. J’ai remis ces armes à Yvener POMPY et à Jean Edwidge ROY, connu encore sous le nom de Papouche ROY.

5.    Le 5 avril 2013, le gang KAKOS a reçu une mission de l’ex-Sénateur Joseph LAMBERT de se rendre à Marigot, dans la maison de Jetho SANON, l’officier de l’Etat Civil de cette commune. Le gang a emporté seize (16) boites en carton remplies de drogue. Cette drogue a été emmenée chez Christophe LAMBERT à Bréman.

6.    Le 7 avril 2013, l’ex-Sénateur et Conseiller du Président de la République m’a donné six (6) armes à feu de calibre 9 millimètres, avec pour mission de les apporter à La Saline et de les remettre à Raymond FRID, Jean Edwidge ROY, Fresny BALTAZAR, Jude MlLIEN, etc.

7.    Le 10 avril 2013, plusieurs membres du gang, montés à bord de deux (2) véhicules dont celui du Sénateur Edwin ZENNY, immatriculé OF 00828, piloté par Edner COME, et une Land Cruiser grise, appartenant à Joseph LAMBERT, ont transporté six (6) boites de cocaïne de Jacmel à Ouanamithe. Cette drogue a été livrée à une autorité de la ville. Eddy JEAN, Berthony alias Tchampan, Alain MOÏSE, et moi-même nous nous trouvions dans le second véhicule.

8. Cacite BERTRAND, un cousin de ma mère a été tué à Peredo par Alain MOÏSE. Il était un commerçant. Il lui était reproché d’avoir des opinions politiques contraires à celles de l’ex-Sénateur Joseph LAMBERT.

9. Dalbert Bertrand a été tué par Eddy jean, et Yvener Pompy, sur ordres du Sénateur Joseph lambert.

VII – Les ordres que j’ai choisi de ne pas exécuter

En février 2013, l’ex-Sénateur Joseph LAMBERT m’a engagé pour assassiner le député Sorel JACINTHE. Il m’a donné une bouteille que je devais placer à l’intérieur ou sous le véhicule du Député Sorel JACINTHE, une Land Cruiser de couleur or. De plus, il m’a donné un portable avec, enregistré, un message vocal prétextant que le Député Anel BELIZAIRE avait communiqué avec le Député Sorel JACINTHE et qu’il lui avait fixé rendez-vous à La Saline.

j’ai aussi reçu pour mission de déposer, dans, le véhicule du Sénateur Moïse jean Charles, une cargaison de drogue pour qu’une arrestation soit orchestrée à l’encontre dudit Sénateur. j’ai commencé par exécuter ce travail. j’avais déjà en ma possession la drogue. Tout était planifié. j’ai finalement décidé de ne pas donner suite. De plus, je devais aussi procédé à l’identification et à l’exécution du Député Levaillant louis jeune avant le 29 avril 2013.

Selon toute vraisemblance, l’ex-Sénateur Joseph lambert tient à éliminer les Députés Sorel Jacinthe et Levaillant Louis Jeune en raison des déclarations de ces derniers sur les ondes de plusieurs stations de radio de la Capitale, selon lesquelles Vex- Sénateur ne peut vivre en Haïti sans le bénéfice de l’immunité parlementaire ou la couverture d’un pouvoir politique.

VIII.     Membres de l’appareil judiciaire impliqués dans les actes

Les chefs du gang KAKOS, savoir l’ex-Sénateur Joseph Lambert et le Sénateur Edwin Zenny contrôlent l’appareil judiciaire du Sud-est. Lorsque les membres du gang sont arrêtés, ils interviennent eux-mêmes et souvent, les membres du gang KAKOS sont remis en liberté.

IX.   Conclusion

Pour me pousser à exécuter ces ordres que j’ai choisi d’ignorer, l’ex-Sénateur Joseph Lambert m’a encore une fois promis sa Toyota Prado, une maison, un emploi pour moi et aussi un emploi pour ma femme.

Toutefois, je ne veux plus travailler pour l’ex-Sénateur et Conseiller Joseph Lambert ni pour le Sénateur Edwin Zenny. Lorsque j’en ai fait part à l’ex-Sénateur Joseph Lambert, ce dernier a passé aux autres membres du gang KAKOS, des instructions claires et précises pour que je sois exécuté. Je m’attends donc à mourir à n’importe quel moment. C’est pourquoi, pour l’histoire et pour la vérité, j’ai fait ce témoignage afin que nul n’ignore les dessous des jeux politiques en Haïti dont j’ai été victime, sous l’attrait du gain facile.

Fait à Port-au-Prince, le 23 avril 2013Vu uniquement pour la certification matérielle de la signature de Sherlson Sanon, connu encore sous le nom d’Andrebert Sanon, identifie au numéro 02­01-99-1988-12-00245 qui l’a apposée en notre présence, ce vingt trois avril deux mille treize.Port-au-Prince, le 23 avril 2013 Me Jean Beaubrun L. RONY Notaire Public

DESRAS APPELLE A LA MOBILISATION GENERALE CONTRE MARTELLY

 par Roberson Alphonse

 LE PRÉSIDENT DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE M. SIMON DESRAS

LE PRÉSIDENT DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE M. SIMON DESRAS

Simon Dieuseul Desras n’y va pas avec le dos de la cuillère. Esquivant l’obligation de se fendre d’un bilan à la séance de clôture de la 2e session législative bouclée ce lundi 9 septembre, le président de l’Assemblée nationale a plutôt fait, avec plein de passifs, celui du chef de l’Etat, Michel Martelly, avant d’appeler le peuple à la mobilisation contre le président Michel Joseph Martelly. « Nous appelons le peuple souverain à la mobilisation pour faire échec au projet autoritaire et personnel du président de la République », a lancé tout de go Desras Simon Dieuseul.

Pugnace, il a souligné, en présence de 16 sénateurs et de 72 députés, que « les principaux dirigeants de l’exécutif haïtien s’acharnent à démanteler le Parlement pour bâtir un pouvoir personnel, assis sur la propagande, l’arbitraire et la corruption ». Dans les souliers du rabatteur, le sénateur du Centre a appelé « les parlementaires de la 49e législature à se constituer en un bloc monolithique pour défendre le pouvoir législatif ». « Que nos collègues vacillants, peu conscients de leurs responsabilités, peu imbus des leçons de l’histoire fassent attention ! », a-t-il dit.

Manichéen, Simon Dieuseul Desras a lancé un appel « aux combattants de la démocratie pour qu’ils réveillent à la modernité démocratique les nostalgiques de la dictature ». Une alternative à ses yeux face à l’incapacité de certains à se mettre d’accord pour la mise en accusation du président de la République et au renvoi du Premier ministre par les chambres compte tenu de « nombreux accrocs de ce pouvoir autoritaire et informel à l’ordre constitutionnel et légal ».

Selon Desras, les autres pouvoirs de l’Etat sont minés par des crises internes et des intrusions de l’exécutif. Rappelant encore une fois que « les perspectives s’assombrissent », le président de l’Assemblée nationale a évoqué le dossier des élections. « Le refus d’organiser des élections à la fin de l’année 2013, par l’équipe Martelly/Lamothe, peut déclencher des troubles que ni l’international, ni les forces d’argent ne pourront comprimer », a-t-il prévenu, rabrouant au passage l’ONU qui a salué « les nets progrès » réalisés par l’administration Martelly. Pour Desras, en deux ans, il y a eu plutôt quatre carnavals, zéro élection et trois rentrées scolaires reportées sur fond d’une aggravation des conditions de vie de la population haïtienne.

Le sénateur, qui a appelé à une mobilisation générale pour faire échec, selon lui, au projet dictatorial du président Michel Joseph Martelly, s’interroge : Y a-t-il une parade, une place réservée au dialogue, une alternative à cette descente aux enfers ? Malgré cette interrogation, il a invité les « démocrates à la vigilance.

 Il y a quelques semaines, il avait annoncé que le bureau de l’Assemblée nationale prendrait acte de la demission du président de la République si ce dernier ne se présente pas au Parlement le 2e lundi de janvier 2014.

Roberson Alphonse

http://lenouvelliste.com

LE PRÉSIDENT DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE M. SIMON DESRAS APPELLE LE PEUPLE SOUVERAIN À LA MOBILISATION POUR FAIRE ÉCHEC AU PROJET AUTORITAIRE DE M. MARTELLY


SIMON DESRAS

Honorable Vice- Président de l’Assemblée Nationale,

Honorables Membres du Bureau,

Honorables Sénateurs et Députés de l’Assemblée Nationale

Mesdames, Messieurs les hauts Cadres de l’Etat,

Mesdames, Messieurs les fonctionnaires du Parlement,

Distingués invités,

Le Parlement haïtien est ébranlé par les secousses d’une crise dont les racines plongent dans l’inadéquation des structures d’un état dépendant donc impuissant à répondre aux impératifs du développement national. Les conquêtes des dernières décennies, liées au respect et à la jouissance des droits fondamentaux de la personne, sont sans cesse menacées par les cabrioles d’une transition qui s’achoppe de manière récurrente aux digues de l’autoritarisme, de l’arbitraire, de l’opacité, de la personnalisation du pouvoir et du refus obstiné de se soumettre à la légalité constitutionnelle…

Tous les gouvernements de l’après-Duvalier avaient pour objectif stratégique, chacun en ce qui le concerne, d’actionner les leviers de la transition aux fins de contribuer à la normalisation politique et institutionnelle du Pays. La tentation autoritaire et l’obsession des dirigeants à se maintenir au pouvoir ont rendu vaines toutes les tentatives de promouvoir l’intérêt général et la stabilité politique.

Le Parlement, nanti par la Constitution de 1987 de pouvoirs et de moyens d’action lui permettant d’asseoir l’ordre démocratique par l’exercice de la fonction législative, ne s’est pas hissé à la hauteur des attentes du Peuple haïtien.Il n’est pas parvenu, à ce jour, à se doter des instruments nécessaires au plein exercice de ses prérogatives… Dans le cadre de l’endossement de son autonomie, garante des droits, des libertés, des valeurs républicaines et des intérêts du peuple, il ne peut aujourd’hui présenter à la Nation, une majorité fonctionnelle, une technostructure d’encadrement et un agenda législatif indicateurs du fonctionnement responsable, efficace d’un pouvoir législatif, issu du suffrage universel, co-dépositaire de la souveraineté nationale. Que penser d’une telle insuffisance !

Honorables Collègues, Sénateurs et Députés, bien que tétanisés par les errements de nombre d’entre nous, détenteurs d’un mandat du peuple pour maintenir et sauvegarder ses droits et être fidèle à la Constitution, nous lançons un mot d’ordre de ralliement du Corps législatif sous l’égide de la Constitution et de l’ordre démocratique, dans le cadre de l’Assemblée Nationale.

Toujours guidé par le principe de légalité et déférant aux obligations de faire ce que commande cette conjoncture décriée mais combien décisive, nous nous réunissons aujourd’hui en Assemblée Nationale aux termes des articles 92-2, 98, 98-1 99, 99-2, 100, 101, 102 de la Constitution de 1987 amendée, pour la clôture de la deuxième session législative ordinaire de l’année 2013 et les objectifs que prescrivent la consolidation des institutions, le respect des libertés publiques et la paix sociale.

Honorables Sénateurs et Députés de l’Assemblée Nationale,

Le Bureau vous présente ses respects et vous recommande la vigilance citoyenne, la fidélité au peuple, la loyauté au Parlement, le courage moral, en ces instants singuliers où se joue le sort de la démocratie en Haïti et l’éventualité d’épreuves conduisant à des souffrances inutiles pour les populations en situation de survie…

A l’échelle du monde se déroulent des évènements qui influencent la vie quotidienne des peuples, leurs droits imprescriptibles, leurs options socio-économiques, le régime politique et les dirigeants qu’ils se donnent… Il s’agit de la guerre, des coups d’état, des attaques contre la démocratie, des violations de droits et tous autres agissements portant atteinte aux institutions républicaines et à la morale publique.Ils aggravent le climat de tension et de violence brutale ou larvée qui s’installe dans plusieurs aires géographiques du Moyen Orient, de l’Amérique et de l’Asie.

Ce contexte global dominé par la guerre civile en Syrie, en Egypte notamment, se révèle nocif voire contagieux, lorsque les principaux dirigeants de l’Exécutif haïtien s’acharnent à démanteler le Parlement pour bâtir un pouvoir personnel, assis sur la propagande, l’arbitraire et la corruption.Que nos Collègues vacillants, peu conscients de leurs responsabilités, peu imbus des leçons de l’histoire fassent attention ! Jean Jacques Rousseau leur dit : « Lorsque dans la même personne ou dans le même corps de magistrature, la puissance législative est réunie à la puissance exécutive, il n’y a point de liberté. »

Mesdames, Messieurs,

Au niveau national, le pays expérimente une situation d’exacerbation de la crise institutionnelle. La loi électorale est déposée au Parlement dans l’intention avérée d’aiguiser les contradictions entre l’Exécutif et l’opposition parlementaire. Le Conseil de Sécurité des Nations-Unies applaudit les progrès patents du pouvoir en place, lesquels progrès échappent pourtant aux analystes les plus avertis et ne se répercutent dans aucun secteur de la vie socio-économique. Ce faux-fuyant amplifie le malaise entre l’opinion publique et les institutions de tutelle alors que l’opposition bat la générale contre le projet anti-démocratique du Président de la République. La réunion des Ministres de PETROCARIBE à Port-au-Prince met à nu le désintérêt du Gouvernement pour la production agricole, un moyen sûr de remboursement en nature des dettes pétrolières d’Haïti…

Les charges qui électrisent la scène nationale et les prolégomènes auxquels nous assistons conduisent à l’évidence et à l’imminence de l’éclatement de la crise, en maturation depuis l’arrivée au pouvoir du Président Martelly. Les espaces générateurs de crise. Le cadre socio-économique est animé par des secteurs potentiellement générateurs d’un ensemble d’activités susceptibles d’alimenter le discours de la mise en chantier du pays dans les domaines de la Reconstruction, des Investissements et de la Production agricole…

La reconstruction, conçue dans le cadre du capitalisme du désastre, est une catégorie étudiée par Naomie Klein : le cas d’Haïti a été une parfaite illustration… La CIRH, cette commission fantôme, a berné l’Etat et le Peuple haïtien. Elle figurerait en bonne place dans le livre de Pierre-Louis Damas « Les mensonges de notre démocratie. » Les initiatives qui ont suivi n’ont fait qu’entériner l’esprit de la démarche initiale, d’autant qu’elles étaient conduites par les mêmes mystificateurs.Trois ans plus tard, la reconstruction se débat dans les rets des multinationales. Les firmes nationales et la main d’œuvre locale sont déboutées par de puissants lobbies. Les procédures d’attribution des contrats sont obscures. La substance de ce secteur se ramasse autour des édifices publics où la cérémonie de pose de la première pierre a été organisée pour certains d’entre eux rien qu’à des fins médiatiques. Les millions d’haïtiens, victimes du séisme de janvier 2010 accrochés aux promesses fallacieuses de la communauté internationale, ne manqueront pas de défendre avec l’énergie du désespoir leur droit au logement… Cette frange de la population n’attendra pas longtemps pour s’embraser… si l’état haïtien ne pose ce problème au diapason des revendications de tous les marginalisés haïtiens de la Reconstruction : firmes, sociétaires, ingénieurs, techniciens, ouvriers etc.…Le deuxième secteur retenu comme générateur de crise est celui des investissements…Il y a des pré-requis à toute politique d’investissements.La garantie juridique commande le respect des engagements internationaux paraphés par Haïti et la préservation des droits, surtout du droit de propriété.

Les infrastructures de base incluent les disponibilités en eau, les routes, le téléphone, l’électricité, les ports, les aéroports etc.La stabilité du cadre macro-économique rassure sur les fluctuations du taux de change, le contrôle de l’inflation et la transparence des opérations financières.

L’instauration de l’état de droit garantit le fonctionnement régulier des institutions et la stabilité politique.Ces conditionnalités sont loin d’être réalisées…Au contraire, l’inféodation de la Justice à l’Exécutif, la soumission de certains mandataires du peuple à la personne du Président de la République…l’état précaire des structures foncières, la menace de rendre caduc le Parlement… et la fronde de l’Exécutif contre la Constitution, de l’affaire du Député Bélizaire au rejet du mandat de six ans des Sénateurs de 2009… mobilisent les partis politiques, la société civile, l’opposition parlementaire, les organisations socio-professionnelles, les groupes de base, effrayés par la volonté délibérée du Président de la République de plonger Haïti dans la violence et l’instabilité.

Le troisième secteur retenu comme générateur de crise est celui de la Production agricole. Au fait, l’Agriculture ne figure pas au programme officiel de l’Exécutif. La politique agricole est axée sur les importations de produits de consommation courante, riz, maïs, œufs, etc. qui s’élèvent à des centaines de millions de dollars US et sur l’organisation ABA GRANGOU qui s’approvisionne au niveau des ONGs et de l’humanitaire. La paysannerie n’a obtenu aucune réponse à son projet séculaire d’autosuffisance alimentaire pour Haïti…

L’énergie électrique, l’irrigation, l’encadrement technique, le crédit agricole, les routes vicinales, les engrais, les semences, l’accès au marché, etc. devraient permettre l’ouverture de chantiers bourdonnants ramenant la verdeur dans les champs et la vie dans les sections.La chèreté de la vie, le gonflement des flux migratoires, la rareté du numéraire, les déprédations dues aux intempéries récurrentes, créent déjà une sensation d’asphyxie pour le peuple du « pays en dehors ».

La famine grandissante et le dénuement subséquent au passage des ouragans et autres dépressions tropicales peuvent tout faire basculer à bref délai. La rentrée des classes jumelée à la pression fiscale peut devenir une cause occasionnelle de renversement de situations injustes.Il importe de souligner les lieux de priorité de ce Gouvernement Martelly-Lamothe qui, durant deux ans accomplis, a su organiser quatre (04) carnavals, zéro (0) élection autour d’une propagande Lekòl gratis pendant que la rentrée scolaire hypothétique est reportée dans de vacances prolongées, avec un mépris pour les normes, les enseignants, les élèves, les parents et l’avenir, en général. Kidonk, Gouvènman nan tan li fè sou pouvwa reyalize 4 kanaval, 0 eleksyon, lekòl gratis la plonje nan yon vakans san fen.

Un deuxième espace déstabilisateur retient notre attention et appelle notre analyse. Il s’agit d’un cadre institutionnel qui se compose du Parlement, du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire, du Conseil Transitoire du Conseil électoral permanent, de la Cour supérieure des comptes et du Contentieux administratif.Ces institutions sont toutes aujourd’hui en situation de déséquilibre dû aux contradictions qui les bouleversent, aux difficultés de fonctionnement, aux conflits entre les membres, aux retards enregistrés dans le processus du renouvellement de leur personnel… aux incursions de l’Exécutif dans le champ sacré de leur indépendance…Elles entretiennent un état de crise qui paralyse l’État, l’affaiblit et émousse la confiance des administrés.Elles évoluent sous la menace d’une possible désagrégation … les manifestations multiformes de cette crise pourraient, au cas où elles s’enveniment, jeter le pays dans l’ingouvernabilité la plus totale.

Les médias, la citoyenneté, la société politique et d’autres forces engagés dans le maintien de la stabilité étatique pourraient durcir leurs positions contre le Pouvoir en place, qualifié de rebelle à l’ordre constitutionnel et légal.Un troisième espace de crise est identifié dans la nature du régime politique imposé par la Constitution et la Gouvernance mondiale.Ce régime repose sur l’état de droit et la démocratie. Le Gouvernement Martelly/Lamothe a démontré son incapacité de se soumettre à la Constitution, de respecter les mandats des élus, d’honorer les échéances électorales, de garantir le fonctionnement permanent des institutions républicaines.Les nombreux accrocs de ce pouvoir autoritaire et informel à l’ordre constitutionnel et légal devaient conduire à la mise en accusation du Président de la République et au renvoi du Premier Ministre par les Chambres. Cependant la faiblesse de certains parlementaires, annihile l’efficacité de cette fonction de contrôle du Parlement. Le refus d’organiser des élections à la fin de l’année 2013, par l’équipe Martelly/Lamothe, peut déclencher des troubles que ni l’International, ni les forces d’argent ne pourront comprimer.

A ce stade de l’évolution de la crise, les perspectives s’assombrissent… l’affrontement entre les défenseurs des acquis démocratiques et les instigateurs du chaos se durcit au fil des jours.Y a-t-il une parade, une place réservée au dialogue, une alternative à cette descente aux enfers ?

Les voies de solution

Honorables Sénateurs et Députés,

Nous lançons un appel aux combattants de la Démocratie pour qu’ils réveillent à la modernité démocratique les nostalgiques de la dictature.

Nous convions les Parlementaires de la 49ème législature à se constituer en monolithe pour défendre le Pouvoir législatif.

Nous appelons le Peuple souverain à la mobilisation pour faire échec au projet autoritaire et personnel du Président de la République.

Et pour rester fidèle à nos convictions et à nos pratiques démocratiques, nous ferons en tout temps l’apologie du consensus et du dialogue dans l’intérêt national. Mais que force reste à la loi !

Honorables Sénateurs et Députés de l’Assemblée nationale,

Nous fermons aujourd’hui la session législative de l’année sur un bilan mitigé. La Chambre des Députés part en vacances, les Députés utiliseront ce temps non au repos bien mérité du guerrier mais pour resserrer les liens avec les populations qui leur ont confié le mandat de défendre leurs droits et leurs intérêts.

C’est pour moi le moment de citer à l’honneur les différents blocs politiques du parlement, principalement ceux de la Chambre des députés, notamment le PRI et le PEP qui ont déployé aux côtés des forces de la société civile et politique leur patriotisme pour contrer la saga totalitaire de l’équipe Martelly/Lamothe.

Le Sénat quant à lui siège en permanence comme une vigie. Il poursuivra le combat au sein du Parlement ainsi qu’avec les forces démocratiques et populaires pour le salut de la République.L’histoire et la conscience sociale et patriotique jugeront de nos comportements !Honorables Sénateurs et DéputésDans ce contexte particulièrement dangereux pour l’avenir de nos enfants et de notre pays, des vacances pour les démocrates que nous sommes ne peuvent être que fictives ni ne sauraient nous séparer. Vous qui êtes prêts à mener le bon combat,

Soyez au poste !

Simon Dieuseul Desras
Président de l’Assemblée Nationale

L’ASSOCIATION NATIONALE DES MÉDIAS HAÏTIENS (ANMH) S’ENGAGE DANS LA RÉSISTANCE À L’AUTORITARISME

L’ANMH dénonce officiellement la récente menace du nouveau chef du Parquet de Port-au-Prince contre la liberté de la presse

 

Publié le lundi 26 août 2013

ASSOCIATION NATIONALE DES MÉDIAS HAÏTIENS (ANMH)

NOTE DE CONJONCTURE

« En matière de presse, il n’y a pas de milieu entre la servitude et la licence. Pour recueillir les biens inestimables qu’assure la liberté de la presse, il faut savoir se soumettre aux maux inévitables qu’elle fait naître. Vouloir obtenir les uns en échappant aux autres, c’est se livrer à l’une de ces illusions dont se bercent d’ordinaire les nations malades…qui cherchent les moyens de faire coexister à la fois, sur le même sol, des opinions ennemies et des principes contraires. » Alexis de Tocqueville (De la Démocratie en Amérique II, 3).

L’Association Nationale des Médias Haïtiens (ANMH), offre à la réflexion de la nation et surtout à celle de nos dirigeants révisionnistes cette pensée de Tocqueville qui pourrait se résumer en utilisant la sagesse d’un proverbe haïtien. « Si’w renmen piman, fô’w renmen grenn an tou. »

L’ANMH dont l’une des missions consacrées par sa charte est de défendre les espaces de la liberté d’expression, exprime une vive inquiétude par rapport à la vision erronée du nouveau Commissaire du Gouvernement, Me Francisco René, quant à un droit consacré par la Constitution du 29 mars 1987, celui pour « tout Haïtien d’exprimer librement ses opinions en toute matière par la voie qu’il choisit. » (art.28).

Avec un excès de zèle anachronique, le nouveau serviteur du gouvernement prétend faire peser sur la nation la menace de perte de conquêtes fondamentales obtenues au prix d’une longue et infatigable lutte. L’Association Nationale des Médias Haïtiens (ANMH) rappelle que le peuple haïtien dans sa grande majorité a voté en faveur d’un nouveau cadre de vie, la Constitution du 29 mars 1987 qui, même amendée dans des conditions obscures, continue de garantir aux citoyens un ensemble de droits inaliénables. Aucun fonctionnaire élu ou nommé ne saurait prétendre se substituer aux lois, aux institutions pour mettre en péril l’ensemble des garanties auxquelles le corps social est attaché et est prêt à défendre à tout moment, comme cela a été le cas en maintes occasions, ces dernières années.

Ni les citoyens qui s’expriment dans les médias exerçant en cela un droit constitutionnel, ni les journalistes et animateurs d’espaces de débat public ne doivent tomber dans le piège de l’intimidation des fantasmes du Commissaire Francisco René qui prétend se doter de pouvoirs indus, pour fermer l’espace démocratique. Tout citoyen a le droit d’utiliser son droit à la parole dans les limites consacrées par la Constitution et par les lois qui prévoient les mécanismes de recours en cas de préjudice à des tiers.

Si le peuple haïtien devait perdre son droit critique face aux dérives de nos dirigeants. Si quand ces derniers ne font rien pour mériter le respect des administrés, ceux-là ne pouvaient plus réagir par peur des représailles de serviteurs zélés du pouvoir ou d’autres instances occultes des services de sécurité dévoués à la répression et aux brimades comme on l’a connu pendant les pires moments de la dictature d’avant le 7 février 1986, Haïti aura alors perdu tous les acquis, toutes les luttes et conquêtes de vingt-sept années de jouissance des libertés publiques pour revenir sur les sentiers battus de l’État de non droit où le pouvoir ne pouvait souffrir aucune contradiction.

On n’est plus au temps de la dictature où les dirigeants avaient le statut de petit dieu. Aujourd’hui Haïti veut prétendre à des institutions fonctionnelles au sein desquelles nos représentants ont un comportement exemplaire et ne sont pas ceux-là même dont l’usage contraire du pouvoir inspire réprobation, colère et déception de la population dont le seul exutoire est l’exercice de son droit de parole pour dénoncer, déplorer, réclamer des attitudes conformes de nos dirigeants au sein de toutes nos institutions. C’est là justement que la liberté d’expression peut faire la différence pour porter à des changements d’attitude.

L’Association Nationale des Médias Haïtiens (ANMH) croit que l’usage de la liberté d’expression et la perception à tort ou à raison d’excès de langage dans les prises de parole par la population est symptomatique d’une réalité de malaise induite par des chefs atypiques qui sont les premiers à sortir des normes et de la dignité traditionnelle liée à leur statut.

L’ANMH appelle à la vigilance de chaque citoyen pour défendre jalousement son droit de s’exprimer sur la marche des choses dans son pays et s’engage auprès de la population à garantir la libre expression des uns et des autres dans le respect que nos dirigeants doivent être les premiers à faire l’effort de mériter.

Port-au-Prince, le 22 août 2013

Liliane Pierre-Paul
Présidente
ANMH

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