LE MENSONGE DANS LEQUEL NOUS VIVONS

L’argent ne pourra pas être mangé.

Une fois n’est pas coutume, nous vous proposons de découvrir et de méditer sur les messages de ces vidéos qui, en quelques minutes, synthétisent avec brio le monde  que nous construisons chaque jour.

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Déclaration solennelle de la Conférence des Pasteurs Haïtiens

Déclaration solennelle de la Conférence des Pasteurs Haïtiens

Port-au-Prince, le 19 Décembre 2012

L’année 2012 touche à sa fin. Cette année a été particulièrement difficile pour le peuple Haïtien à bien des égards. La situation générale du pays continue de se détériorer lamentablement. Tous les indicateurs sont au rouge et rien ne permet d’espérer dans l’immédiat une amélioration substantielle des conditions de vie de la population. L’année 2012 a été difficile pour le pays sur quasiment tous les plans : social, économique et politique.

La Conférence des Pasteurs Haïtiens constate avec peine la paupérisation des classes moyennes se poursuit à un rythme vertigineux et que les masses défavorisées continuent de végéter dans la crasse alors que la misère et le choléra conjuguent leurs efforts pour anéantir une population majoritairement appauvrie. La situation est si grave qu’à plusieurs reprises, les populations de diverses régions du pays ont dû manifester pour dénoncer la faim et la gestion catastrophique de l’état. A l’occasion des fêtes de fin d’année et du nouvel an, la Conférence des Pasteurs haïtiens (COPAH) veut attirer l’attention des autorités en place sur la situation d’extrême misère de la majorité des haïtiens qui, aujourd’hui se trouvent aux abois face à la dégradation accélérée de leurs conditions matérielles d’existence. Ils n’ont pas le cœur à la fête ; ils ne peuvent pas fêter et n’en n’ont pas les moyens. Les haïtiens sont plutôt préoccupés par l’aggravation de la crise environnementale, énergétique, l’impunité érigée en système, la corruption et l’insécurité toujours non maitrisée…

Le kidnapping et le trafic illicite de la drogue deviennent aujourd’hui deux industries très prospères alors que les structures étatiques chargées de combattre le crime organisé semblent être dépassées par la situation. Les criminels disposent de gros moyens financiers, des armes et dans certains cas, de la protection auprès de certaines autorités politiques. «La justice élève une nation, mais le péché est la honte des peuples. » (Proverbes 14 :34)

En matière de santé, la population n’a toujours pas accès aux soins de santé primaire. Le choléra qui, selon plusieurs études conduites par des experts internationaux, a été introduit en Haïti par la MINUSTAH continue de faire des victimes parmi les couches les plus défavorisées de la population. Les efforts entrepris par les organismes compétents ne permettent toujours pas d’enrayer ce fléau qui a déjà tué plus de huit mille (8.000) personnes. Un bilan officiel qui, sans doute, cache la réalité.

Sur le plan économique, la situation est tout aussi préoccupante. Très peu d’investissements ont été faits dans le pays. La croissance économique n’est pas au rendez-vous. Le chômage continue d’affecter la majorité de la population active. Parallèlement, la corruption, véritable frein au développement durable et à la croissance économique gangrène l’administration publique. Des scandales de corruption de nature diverse ont éclaboussé de hautes autorités de l’Etat. Aucune enquête sérieuse n’a été diligentée pour élucider les cas de corruption dénoncés soit par des parlementaires et d’autres dignitaires de l’Etat.

En dépit des campagnes de propagande entreprises par le pouvoir en place sur l’investissement, il est navrant de constater que les investisseurs se montrent toujours hésitants. Cependant, il est compréhensible. On ne peut espérer grand-chose en matière d’investissements dans un pays occupé où les citoyens et surtout les dirigeants ne se montrent pas à la hauteur de leurs responsabilités. Un pays occupé est un Etat qui a failli à ses responsabilités.

Sur le plan politique, la situation n’est pas rassurante. Les élections législatives partielles, municipales et des collectivités qui devraient se tenir en novembre 2011, n’ont toujours pas eu lieu. La formation du Conseil Electoral devant organiser ces joutes est toujours dans l’impasse. Jusqu’ici, rien n’indique que les élections auront lieu dans les prochains trois (3) mois. Pourtant, amputé d’un tiers (1/3) de ses membres, le Sénat de la république est quasiment dysfonctionnel au point qu’aucune séance en assemblée ne peut s’y tenir. Personne ne sait de quoi demain sera fait. C’est l’incertitude totale.
La Conférence des pasteurs Haïtiens estime que l’heure n’est plus aux beaux discours ni à l’expression de simples velléités, mais aux actes qui tiennent compte des intérêts majeur du pays et des revendications fondamentales des haïtiens. Le moment est venu pour que les décideurs se penchent enfin sérieusement sur le sort des marginaux, ceux qui n’ont pas accès à l’éducation, aux soins de santé et aux services de base. Il est temps que les autorités cessent de se payer de mots et de slogans pour commencer à satisfaire les revendications du peuple haïtien.
Il est clair que dans le contexte actuel, les haïtiens ne peuvent et ne vont pas fêter. Cependant, la Conférence des Pasteurs Haïtiens ne peut s’empêcher de penser à ceux qui crèvent de faim, ceux dont les droits fondamentaux sont violés et ceux qui ne pourront pas organiser de réveillon et manger de la soupe du premier Janvier, contrairement à la tradition. La Conférence des pasteurs invite les frères et sœurs Haïtiens à garder l’espoir et à ne pas se décourager, car le jour de la délivrance est proche. Ils doivent se souvenir que Dieu a entendu leurs cris de détresse et de douleur. «Quand le malheureux crie l’Eternel entend et Il le délivre de toutes ses détresses, » (Psaume 34 :7)
Aussi, veut-elle inviter ceux qui ont de quoi manger à la réflexion, au partage et à la solidarité agissante avec les démunis, à l’occasion des fêtes de fin d’année. C’est le moment plus que jamais où tout un chacun devrait signifier son amour envers son prochain. «Il y a plus de bénédiction à donner qu’à recevoir, dit la bible. Que Dieu dans son amour incommensurable fasse luire sur Haïti et son peuple sa lumière de bienveillance pour que la nouvelle année marque un nouveau départ pour ce pays qui a trop souffert !

Rév. Abraham Loreston
Président

Rév. Ernst Pierre Vincent
Secrétaire exécutif

POURQUOI LES HAÏTIENS SONT-ILS SI PAUVRES ?

Pourquoi Haïti est-elle si pauvre ?

GALETTES DE TERRE POUR APAISER LA FAIM

GALETTES DE BOUE POUR APAISER LA FAIM

Ce titre est celui d’un article de Daron Acemoglu et James Robinson disponible sur leur blog http://whynationsfail.com. Il s’agit de deux des penseurs de l’économie du développement les plus connus au cours de la dernière décennie. Dans le milieu académique, on voit dans le profil d’Acemoglu celui d’un futur prix Nobel d’économie tant il est prolifique et tant sa contribution aux sciences économiques est cruciale et significative. Professeur au département d’économie du Massachussetts Institute of Technology (MIT), il a reçu en 2005 la médaille John Bates Clark récompensant des économistes de moins de 40 ans qui ont fait la contribution la plus significative à la pensée et au savoir économiques.

James Robinson, professeur à l’Université Harvard, est politologue et économiste, spécialiste de l’Amérique latine et de l’Afrique de renommée mondiale. Il conduit actuellement des recherches sur la République démocratique du Congo, la Sierra Léone, Haïti et la Colombie où il a enseigné pendant plusieurs années durant les sessions d’été à l’Université Los Andes. Les deux professeurs sont connus notamment pour leurs contributions essentielles montrant l’importance des institutions dans le développement économique à l’aide des données historiques à l’échelle internationale. Ils démontrent que les origines coloniales représentent un déterminant important des institutions contemporaines des anciennes colonies et donc leur niveau de développement économique. Donc, il m’a semblé très opportun d’avoir l’opinion de ces sommités sur les éventuelles causes de la pauvreté haïtienne. La lecture de leur chronique m’a conforté dans ma conviction de l’obligation et de la responsabilité de l’élite intellectuelle haïtienne de prendre le leadership de la pensée sur le développement national. Je reprends ici l’essence de l’article d’Acemoglu et de Robinson.

En effet, l’énigme pour les penseurs de l’économie du développement consiste à expliquer pourquoi Haïti, qui disposait en 1960 du même niveau de vie, représenté par le produit intérieur brut (PIB) par habitant, que la République dominicaine, garde aujourd’hui, un demi-siècle plus tard, un PIB par habitant d’à peine 13 % de celui de son voisin dominicain et de 2.5% de celui de son voisin américain.Comme explications à cet état lamentable, il ne manque pas d’explications mais la majeure partie d’entre elles sont insatisfaisantes, affirment Acemoglu et Robinson. Ces derniers ont fait un état des lieux des facteurs les plus cités en commençant par ceux évoqués par Jared Diamond qui, dans son livre intitulé Collapse (Effondrement*), explique la pauvreté d’Haïti par rapport à la République dominicaine, par des facteurs géographiques.

Jared Mason Diamond est un biologiste évolutionniste américain, également physiologiste et géonomiste (qui étudie les rapports entre les sociétés humaines et leur environnement). Professeur de géographie à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), il est surtout connu pour ses ouvrages: De l’inégalité parmi les sociétés (prix Pulitzer en 1998) et Collapse.L’un de ses arguments dans Collapse est que les vents venant généralement de l’est sont bloqués par les hautes montagnes, réduisant ainsi les précipitations sur la partie haïtienne de l’île.

Ce faible niveau de pluie combiné à une faible qualité du sol et une plus forte densité de la population conduit, selon Diamond, à une déforestation en Haïti pendant que la République dominicaine arrive à maintenir sa forêt verte et une grande qualité de son sol. Il reconnaît que la forte densité de population était le résultat de l’implantation de l’agriculture en Haïti supportée par le commerce des esclaves tout en mentionnant d’autres facteurs sociaux et culturels. À ce niveau, d’autres auteurs estiment qu’il ne devrait pas y avoir de grande différence entre Haïti et la République dominicaine qui ont eu en commun ce douloureux passé colonial. Diamond démontre, à partir notamment des exemples d’Haïti et de la République dominicaine, que les choix d’une société peuvent conduire à son salut ou à sa ruine. Malheureusement, on ne peut pas prétendre que les choix de politiques publiques des dirigeants haïtiens arrivent à placer le pays dans les rangs de ceux qui concourent à leur salut.

Plus populaires que les explications géographiques sont les arguments culturels. Certains commentateurs, nous disent Acemoglu et Robinson, arrivent à la conclusion qu’Haïti est si pauvre à cause de son peuple. Dans un ouvrage datant de 2012 intitulé : «Haïti : the Aftershocks of History», Laurent Dubois tente de faire une importante correction de ces arguments, mentionnent Acemoglu et Robinson. Le professeur Dubois, spécialiste de l’histoire et de la culture de la France et de la Caraïbe, enseigne l’histoire à Duke University et est directeur du Centre d’études françaises et francophones et codirecteur du laboratoire sur Haïti de l’institut humanitaire Franklin. Il commence par rappeler les arguments culturels qui datent pour certains de plusieurs siècles.

Par exemple, Victor Cochinat, avocat, journaliste et écrivain martiniquais du XIXe siècle affirmait que « Les Haïtiens sont paresseux et ont « honte » de travailler,…,c’est pourquoi ils sont si pauvres. Ils dépensent trop d’argent dans le rhum ». Cochinat est connu pour avoir été secrétaire d’Alexandre Dumas père, et fut un temps rédacteur au Mousquetaire, au Figaro et à de nombreux journaux parisiens.

On peut toujours penser qu’il s’agit de divagations d’un excentrique explorateur du XIXe siècle, mais le professeur Dubois montre comment les mêmes arguments persistent encore aujourd’hui. Par exemple, les jours qui ont suivi le séisme du 12 janvier 2010, le télé-évangéliste Pat Robertson affirmait que les Haïtiens souffrent autant parce qu’ils avaient vendu leurs âmes au diable. Paradoxalement, aujourd’hui encore, des « pasteurs» et croyants haïtiens répètent ces mêmes inepties. Une version à peine plus polie de cet argument était venue d’un des plus influents chroniqueurs du New York Times, David Brooks, qui avait accusé Haïti d’avoir «des influences culturelles résistantes» y compris « l’influence de la religion vaudou»…

J’ai beaucoup hésité avant de citer ces arguments mais à bien y réfléchir je me suis dit qu’il est important de discuter de la perception d’Haïti par des étrangers, et pas des moindres puisqu’il s’agit d’intellectuels et leaders d’opinion influents au niveau mondial. Qui plus est, ces arguments sont incrustés dans l’imaginaire de beaucoup de nos concitoyens. Il suffit de faire un tour sur les forums haïtiens sur Internet ou écouter certains prédicateurs pour s’en rendre compte.

De pareilles arguties ont conduit leurs adeptes, notamment les internationaux,à réclamer ouvertement un protectorat pour Haïti. David Brooks a même préconisé «un paternalisme intrusif» qui devra faire changer la culture locale en faisant la promotion d’un «No excuses countercultures». J’avoue ne pas trop savoir ce que cela veut dire…Le livre du professeur Dubois, indiquent Acemoglu et Robinson, fait une lecture animée, dissipe ces perceptions et localise fermement les racines de la pauvreté d’Haïti dans son histoire. Nous aurons à montrer dans cette chronique, en nous servant d’ailleurs des résultats des travaux de recherche d’Acemoglu et de Robinson, comment Haïti a été l’une des colonies les plus extractives que les Européens eussent mises en place. La majorité de sa population travaillait comme esclaves dans les plantations pour leurs maîtres français.Un passé lourd de conséquences aujourd’hui encore.

Une histoire coûteuse et compromettante

Une estimation datant de 1789, citée par les auteurs, établit le nombre de gens libres sur l’île à 55 000 et les esclaves à 450 000, soit 88 % de la population. Haïti a été une colonie dystopique basée sur la terreur et la répression des esclaves. Des institutions cruelles octroyaient des punitions brutales à la plus petite des infractions des esclaves qui mouraient à des taux élevés, soit de la maladie, de la maltraitance, de la surcharge de travail, etc. Haïti a choqué le monde par sa formidable révolte des esclaves ayant conduit à son indépendance de la France en 1804, mais cette révolution n’a pas conduit à la création d’institutions inclusives, ont fait remarquer Acemoglu et Robinson. La lutte haïtienne contre les Français qui ont tenté de reprendre la colonie a été longue et coûteuse. Par exemple, le professeur Dubois soutient que les besoins budgétaires imposés par cette guerre continue ont rendu l’abolition de l’esclavage essentiellement impossible. Une façon de dire que la pratique esclavagiste a perduré même après l’indépendance.

On peut penser par exemple au paiement de la dette de l’indépendance, les 150 millions de francs-or extorqués par les Français, qui a constitué un lourd fardeau sur le dos des paysans haïtiens. Cet état de fait a engendré un retard considérable dans l’évolution de ce nouvel État indépendant en investissant dans une politique de militarisation excessive après l’indépendance. Mais, peut-être plus important encore, selon Acemoglu et Robinson, est le cercle vicieux créé par les institutions extractives postindépendance qui oeuvrent au profit d’un groupe ou d’un clan au détriment de la collectivité.

On en garde encore des séquelles pour ne pas dire l’essentiel. Selon Acemoglu et Robinson, il y avait des contraintes suffisantes sur le pouvoir des chefs d’État durant la période postindépendance comme Dessalines, Christophe ou Pétion qui s’érigeront en élite exploitant les Haïtiens par les mêmes moyens que les Français avaient utilisés auparavent. On ne peut sûrement pas mettre les trois dans le même panier mais l’argument garde toute son essence.

Le professeur Dubois montre comment l’histoire d’après l’indépendance d’Haïti a influencé sa politique ultérieure avec notamment la persistance des institutions extractives coloniales qui ont engendré un chaos quasipermanent et généralisé. Il se montre aussi critique envers la communauté internationale en citant l’ex-chef de mission de l’Organisation des États américains en Haïti qui affirmait que la présence de l’Onu en Haïti était «inutile et même dangereuse». Le Brésilien Ricardo Seitenfus allait encore plus loin en indiquant qu’il existe un lien malveillant et pervers entre le groupe des organisations non gouvernementales et la faiblesse de l’État haïtien.

Tout en admettant que le livre du professeur Dubois est instructif et provocateur, l’énigme haïtienne demeure cependant intacte aux yeux d’Acemoglu et Robinson. Ils se posent une question fondamentale: pourquoi Haïti, pas la Barbade, la Jamaïque ou la République dominicaine ? À la fin de la seconde Guerre mondiale, Haïti et la République dominicaine étaient d’ailleurs essentiellement identiques en termes de revenu par habitant. Par la suite, les tendances ont divergé. Des situations de ce genre abondent dans l’histoire universelle. Par exemple, en 1800, les États-Unis n’étaient pas beaucoup plus riches que l’Amérique latine en termes de revenus, mais, soutiennent Acemoglu et Robinson, leurs institutions étaient différentes et constituaient un fort potentiel de développement économique.

L’écart commençait à se creuser notamment avec la révolution industrielle britannique qui, étant donné la qualité des institutions américaines, a profité aux États-Unis et pas à l’Amérique latine. Tout semble indiquer qu’en République dominicaine, les leaders dominicains de la période post-Trujillo ont réussi une transition bien qu’imparfaite mais acceptable vers des institutions politiques plus inclusives susceptibles de promouvoir la croissance économique durable. À l’autre bout de l’île, l’absence et/ou la faiblesse institutionnelle se sont plutôt accentuées, engendrant ainsi une instabilité politique chronique. La période des Duvalier a vu les tontons macoutes se substituer à l’armée d’Haïti qui s’attelait davantage à défendre les intérêts d’une classe au détriment de la grande masse, notent Acemoglu et Robinson. Cet échec dans la mise en place d’institutions inclusives, poursuivent-ils, est en grande partie responsable de la différence observée entre Haïti et la République dominicaine en termes de développement économique. Une thèse quelque part conciliable avec celle de Jared Diamond puisque construire des institutions inclusives est également un choix politique dans lequel les leaders dominicains se sont montrés plus habiles que leurs homologues haïtiens. Et s’il y a des inquiétudes à avoir sur le développement économique d’Haïti,c’est le manque de mesures concrètes devant pallier cette déficience institutionnelle.

Thomas Lalime thomaslalime@yahoo.fr

Le Nouvelliste | Publié le : 2013-01-28

(*) Un résumé commenté de la thèse de Diamond a été publié dans les colonnes du Nouvelliste par l’agronome Jean André Victor à compter du 22 novembre 2012.

WHY IS HAITI SO POOR? 

Daron Acemoglu and James Robinson

Haiti, located on the western part of the island of Hispaniola, is one of the poorest countries in the world. Its GDP per capita (at purchasing power parity) stands at about $1,241, merely 2.5 percent of US GDP per capita. Its neighbor on the island of Hispaniola, the Dominican Republic, is significantly richer, with GDP per capita of $9,289.

There has not been a shortage of explanations for the sorry state of Haiti’s economy. But most of them are fairly unsatisfactory. In his book Collapse, Jared Diamond attempted to explain Haiti’s poverty, in particular relative to the Dominican Republic, with geographic factors. He pointed out that the winds coming mostly from the east were blocked by high mountains, reducing rainfall for the Haitian part of the island. This combined with the lower soil quality and greater population density led to deforestation in Haiti, while the Dominican Republic maintained its forest cover and high-quality soil. (Diamond recognizes that this higher population density was the result of the plantation agriculture in Haiti based on the import of slaves, and also mentions other social and historical factors).

Even more popular than Diamond’s geographic explanation are cultural ones. Many commentators end up arguing that Haiti is poor because of its people. A recent book by Laurent Dubois, Haiti: the Aftershocks of History, is a useful corrective to these arguments. Dubois starts by recapping many of these arguments which go back centuries. For example, Victor Cochinat, a 19th-century visitor from Martinique, stated (p. 1)

Haitians were lazy and ‘ashamed’ to work,…, which was why they were so poor. They spent too much money on rum.

Lest you think that these are the ramblings of an eccentric 19th-century explorer, Dubois shows how the same arguments are what gets traction today, writing (p. 3)

The day after the earthquake, televangelist Pat Robertson famously opined that Haitians were suffering because they had sold themselves to the devil. A more polite version of the same argument came from New York Times columnist David Brooks, who accused Haiti of having “progress-resistant cultural influences,” including “the influence of voodoo religion.”… Many called openly for Haiti to be made a protectorate. Brooks advocated “intrusive paternalism” that would change the local culture by promoting “No Excuses countercultures.”

The book makes a lively read, dispelling these notions, and firmly locating the roots of Haiti’s poverty in its history. Haiti was one of the most extractive colonies Europeans set up, with the majority of its population working as slaves in plantations for their French masters. (An estimate from 1789 puts the number of free people at 55,000 vs. 450,000 slaves; the free people included a significant number of “free people of color”). Haiti was a dystopic colony, based on terror and repression. Brutal punishments and institutions were common for the most minor of offenses, and slaves died at staggering rates, with perhaps 10% of the slave population dying of disease, overwork and other causes.

Haitians shocked the world with a formidable slave revolt in 1791, ultimately leading to independence from France. But this revolt did not lead to the development of inclusive institutions. To start with, the fight against the French, who attempted to retake their prize colony several times, was protracted and costly. Dubois, for example, argues that the fiscal needs imposed by this continued war made the abolition of slavery essentially impossible. It probably also stunted the subsequent political development of this new independent state by excessively militarizing its politics. But perhaps more important was the vicious circle of extractive institutions. There were insufficient constraints on the power of post-independence leaders such as Dessalines, Christoph, or Petion, who set themselves up as the elite exploiting Haiti’s people through very much the same means as the French had done earlier (and this does not receive sufficient emphasis from Dubois who is somewhat more lenient towards the misdeeds by Haiti’s early leaders than those of its colonial masters and later politicians).

Dubois shows how the early post-independence history of Haiti shaped its later politics, in particular, opening the way to Duvaliers’ extractive rule and to the subsequent chaos.

He is equally critical of the international aid community. He cites the argument of Ricardo Seitenfus, the Brazilian head of Organization of American States mission in the country during the 2010 earthquake, that the UN presence in Haiti was “wasteful and even harmful”. Seitenfus went further, arguing:

There is a malicious and perverse relationship between the force of NGOs and the weakness of the Haitian state.

Though Dubois’s book is informative and provocative, the big puzzle remains: Why Haiti, not Barbados or Jamaica or the Dominican Republic? The Dominican Republic is a natural comparison, being on the same island and sharing, like Barbados and Jamaica, its history of slavery (even if its intensity was less than that Haiti). But the most puzzling aspect of the whole thing is shown in the next figure.

At the end of World War II, Haiti and the Dominican Republic had essentially identical levels of income per capita. Thereafter, they diverged. Situations like this are common in world history. In 1800 the US was not much richer than Latin America in terms of measured incomes, but its underlying institutions were different and so was its potential. This only started to matter when the British Industrial Revolution completely changed what was economically possible. The US could and did take advantage, Latin America did not.

One hypothesis about the divergence between Haiti and the Dominican Republic is that a similar situation arose with Haiti and the Dominican Republic. Though the latter shared a history of slavery, dictatorship and US invasion, it did not suffer as much as Haiti. After 1930 Rafael Trujillo, head of the US created national guard, set himself up as dictator. He controlled the army and embarked on a path of extractive economic growth. As the world economy boomed after 1945, divergence set in. The Dominican Republic exported sugarcane and cigars; afterwards they developed a successful export processing zone. After Trujillo was assassinated in 1961, they managed an imperfect transition to more inclusive political institutions, sustaining the economic growth. Haiti was different, without such a strong state or political control of the army, the period after 1930 saw political instability not extractive growth and when François Duvalier (“Papa Doc”) came to power in 1957 he privatized violence using the ton ton macoutes to control the country, not the army. There was no extractive growth in Haiti, just anarchy.

All the same, this is just one hypothesis that fits the facts, the divergence between the two halves of the island of Hispaniola remains a major puzzle.

Why is Haiti so poor?

Why is Haiti so poor? 

By Daron Acemoglu and James Robinson

Haiti camp for those displaced by 2010 earthquake

Haiti, located on the western part of the island of Hispaniola, is one of the poorest countries in the world. Its GDP per capita (at purchasing power parity) stands at about $1,241, merely 2.5 percent of US GDP per capita. Its neighbor on the island of Hispaniola, the Dominican Republic, is significantly richer, with GDP per capita of $9,289.

There has not been a shortage of explanations for the sorry state of Haiti’s economy. But most of them are fairly unsatisfactory. In his book Collapse, Jared Diamond attempted to explain Haiti’s poverty, in particular relative to the Dominican Republic, with geographic factors. He pointed out that the winds coming mostly from the east were blocked by high mountains, reducing rainfall for the Haitian part of the island. This combined with the lower soil quality and greater population density led to deforestation in Haiti, while the Dominican Republic maintained its forest cover and high-quality soil. (Diamond recognizes that this higher population density was the result of the plantation agriculture in Haiti based on the import of slaves, and also mentions other social and historical factors).

Even more popular than Diamond’s geographic explanation are cultural ones. Many commentators end up arguing that Haiti is poor because of its people. A recent book by Laurent Dubois, Haiti: the Aftershocks of History, is a useful corrective to these arguments. Dubois starts by recapping many of these arguments which go back centuries. For example, Victor Cochinat, a 19th-century visitor from Martinique, stated (p. 1)

Haitians were lazy and ‘ashamed’ to work,…, which was why they were so poor. They spent too much money on rum.

Lest you think that these are the ramblings of an eccentric 19th-century explorer, Dubois shows how the same arguments are what gets traction today, writing (p. 3)

The day after the earthquake, televangelist Pat Robertson famously opined that Haitians were suffering because they had sold themselves to the devil. A more polite version of the same argument came from New York Times columnist David Brooks, who accused Haiti of having “progress-resistant cultural influences,” including “the influence of voodoo religion.”… Many called openly for Haiti to be made a protectorate. Brooks advocated “intrusive paternalism” that would change the local culture by promoting “No Excuses countercultures.”

The book makes a lively read, dispelling these notions, and firmly locating the roots of Haiti’s poverty in its history. Haiti was one of the most extractive colonies Europeans set up, with the majority of its population working as slaves in plantations for their French masters. (An estimate from 1789 puts the number of free people at 55,000 vs. 450,000 slaves; the free people included a significant number of “free people of color”). Haiti was a dystopic colony, based on terror and repression. Brutal punishments and institutions were common for the most minor of offenses, and slaves died at staggering rates, with perhaps 10% of the slave population dying of disease, overwork and other causes.

Haitians shocked the world with a formidable slave revolt in 1791, ultimately leading to independence from France. But this revolt did not lead to the development of inclusive institutions. To start with, the fight against the French, who attempted to retake their prize colony several times, was protracted and costly. Dubois, for example, argues that the fiscal needs imposed by this continued war made the abolition of slavery essentially impossible. It probably also stunted the subsequent political development of this new independent state by excessively militarizing its politics. But perhaps more important was the vicious circle of extractive institutions. There were insufficient constraints on the power of post-independence leaders such as Dessalines, Christoph, or Petion, who set themselves up as the elite exploiting Haiti’s people through very much the same means as the French had done earlier (and this does not receive sufficient emphasis from Dubois who is somewhat more lenient towards the misdeeds by Haiti’s early leaders than those of its colonial masters and later politicians).

Dubois shows how the early post-independence history of Haiti shaped its later politics, in particular, opening the way to Duvaliers’ extractive rule and to the subsequent chaos.

He is equally critical of the international aid community. He cites the argument of Ricardo Seitenfus, the Brazilian head of Organization of American States mission in the country during the 2010 earthquake, that the UN presence in Haiti was “wasteful and even harmful”. Seitenfus went further, arguing:

There is a malicious and perverse relationship between the force of NGOs and the weakness of the Haitian state.

Though Dubois’s book is informative and provocative, the big puzzle remains: Why Haiti, not Barbados or Jamaica or the Dominican Republic? The Dominican Republic is a natural comparison, being on the same island and sharing, like Barbados and Jamaica, its history of slavery (even if its intensity was less than that Haiti). But the most puzzling aspect of the whole thing is shown in the next figure.

At the end of World War II, Haiti and the Dominican Republic had essentially identical levels of income per capita. Thereafter, they diverged. Situations like this are common in world history. In 1800 the US was not much richer than Latin America in terms of measured incomes, but its underlying institutions were different and so was its potential. This only started to matter when the British Industrial Revolution completely changed what was economically possible. The US could and did take advantage, Latin America did not.

One hypothesis about the divergence between Haiti and the Dominican Republic is that a similar situation arose with Haiti and the Dominican Republic. Though the latter shared a history of slavery, dictatorship and US invasion, it did not suffer as much as Haiti. After 1930 Rafael Trujillo, head of the US created national guard, set himself up as dictator. He controlled the army and embarked on a path of extractive economic growth. As the world economy boomed after 1945, divergence set in. The Dominican Republic exported sugarcane and cigars; afterwards they developed a successful export processing zone. After Trujillo was assassinated in 1961, they managed an imperfect transition to more inclusive political institutions, sustaining the economic growth. Haiti was different, without such a strong state or political control of the army, the period after 1930 saw political instability not extractive growth and when François Duvalier (“Papa Doc”) came to power in 1957 he privatized violence using the ton ton macoutes to control the country, not the army. There was no extractive growth in Haiti, just anarchy.

All the same, this is just one hypothesis that fits the facts, the divergence between the two halves of the island of Hispaniola remains a major puzzle.

Les vraies raisons du désengagement canadien en Haïti

Haïti: Les fonds pour les nouveaux projets sont gelés

 par Hugo de Grandpré

(Ottawa) L’Agence canadienne de développement international (ACDI) a mis les fonds destinés aux nouveaux projets en Haïti sur la glace, en attendant de déterminer une approche plus «efficace» qui permettrait aux Haïtiens «de se prendre en main».

PHOTO ARCHIVES PC

PHOTO ARCHIVES PC – lapresse.ca

C’est ce que le ministre de la Coopération internationale, Julian Fantino, a indiqué à La Presse au cours d’une entrevue téléphonique. M. Fantino cherchait ainsi à illustrer sa nouvelle approche à l’égard de l’aide internationale, dont l’annonce à la fin du mois de novembre a soulevé la controverse. Cette stratégie misera davantage sur les entreprises canadiennes.

«C’est sur la glace en ce moment», a-t-il dit au sujet de l’enveloppe de quelques centaines de millions de dollars destinée au pays. «Nous continuons à financer certains programmes […]. Mais il n’y a pas de nouvelle initiative en ce moment. Et nous réfléchissons à ce que devrait être la prochaine étape.»

Le ministre a tenu un discours sévère à l’égard d’Haïti et de la nécessité pour le pays de prendre son propre destin en charge. «Depuis 2006, le Canada a versé environ 1 milliard de dollars à Haïti», a dit le ministre qui, il y a quelques semaines, a visité pour la première fois le pays ravagé par un tremblement de terre en 2010.

«Le fait est qu’Haïti est toujours en mauvais état. Et on va à côté, en République dominicaine, et les choses vont beaucoup mieux. Allons-nous continuer à faire la même chose de la même manière en Haïti? Je ne pense pas! Parce que nous n’obtenons pas le progrès auquel les Canadiens sont en droit de s’attendre.»

Les fonds destinés aux nouveaux projets pour Haïti ont donc été gelés en attendant de décider des prochaines étapes, a indiqué M. Fantino.

«Eux aussi doivent se prendre en main»

L’ancien chef de la police provinciale de l’Ontario, qui a succédé à Bev Oda à la tête de l’Agence canadienne de développement internationale, estime que les Haïtiens pourraient et devraient maintenant en faire plus pour bâtir leur propre avenir.

«Prenez la situation des déchets, par exemple. Le taux de chômage est très élevé en Haïti. Il y a des centaines de milliers d’hommes et de femmes très capables qui pourraient s’impliquer et nettoyer. Il y a des déchets partout!

«Même ici, au Canada, nous avons des activités de nettoyage des quartiers, nous avons le programme Adoptez une autoroute. Les gens se portent volontaires pour nettoyer les choses…

«Allons-nous nous occuper de leurs problèmes pour toujours? Eux aussi doivent se prendre en main.»

Discours sévère

François Audet, directeur de l’Observatoire canadien sur les crises et l’aide humanitaire, a vu dans ce discours un ton exceptionnellement sévère venant d’un ministre canadien de la Coopération à l’égard d’un pays en reconstruction.

«Je suis à la fois surpris et étonné, a dit M. Audet. Si cette rhétorique-là se transforme en action, ce serait un peu triste par rapport à tout ce qui a été fait.»

Des sources au sein du secteur des ONG ont indiqué à La Presse que si le ministre Fantino n’avait pas encore annoncé publiquement un tel gel du financement accordé aux nouveaux projets, ses propos confirment néanmoins la réalité sur le terrain, et pas seulement pour Haïti. «Il est là depuis le mois d’août et il ne se passe rien depuis», a confié l’une de ces sources.

Ainsi, plusieurs se demandent ce à quoi pourrait ressembler un tel virage pour Haïti, dans le contexte où le pays regorge de matières premières et où le Canada y est l’un des plus importants donateurs d’aide internationale. Plusieurs sociétés minières canadiennes sont déjà actives de l’autre côté de la frontière, en République dominicaine, dont Barrick Gold. En 2010-2011, l’ACDI a décaissé plus de 250 millions de dollars dans le pays, selon les données fournies par l’Agence.

 Source: http://www.lapresse.ca/actualites

«Nous ne sommes pas une oeuvre de charité», dit Julian Fantino

 par Hugo de Grandpré

Ottawa, Ontario) Le ministre de la Coopération internationale, PHOTO ARCHIVES PCJulian FANTINO, se défend de vouloir lier l’aide internationale aux objectifs de libre-échange du Canada. Mais en même temps, dit-il, les Canadiens sont en droit de s’attendre à ce que leur gouvernement recherche des occasions où «tout le monde ressort gagnant».

Le ministre a donné quelques détails sur ses intentions quant au virage d’«efficacité» de l’aide internationale qu’il a confirmé il y a quelques semaines. La «responsabilité», l’«efficacité» et la «vision d’entreprise» évoquées par l’ancien chef de police passent entre autres par des partenariats avec des sociétés privées ou des organismes de charité comme la Fondation Bill&Melinda Gates, a-t-il précisé.

Elle passe aussi par la sélection attentive de pays qui bénéficieront de la générosité canadienne: «Nous allons travailler avec des pays qui, certainement, aspirent à la démocratie, respectent les droits de la personne, l’État de droit en place…»

Les exemples de partenariats possibles fournis dans un récent rapport de comité parlementaire (où les conservateurs sont majoritaires) incluent les secteurs de la microfinance, de l’aide à l’envoi de fonds par les diasporas ou de PPP avec des sociétés minières pour la formation de la main-d’oeuvre. Ce dernier type de partenariat fait déjà l’objet de trois projets-pilotes fort controversés à l’ACDI.

Le politicien s’indigne devant les critiques de ses détracteurs. «Nous ne finançons pas les compagnies minières. Ç’a été dit et c’est complètement faux», a-t-il précisé. Il a ensuite lancé: «Nous ne sommes pas une oeuvre de charité. Et s’il y en a qui croient qu’on l’est, on ne le sera plus à l’avenir.»

De lui-même, Julian Fantino évoque la possibilité de coupes éventuelles dans certains programmes – sans donner plus de détail. «Un programme a une date de début et une date de fin, dit-il. Et si on ne reçoit pas les bons résultats, ou les résultats anticipés, nous faisons des ajustements.»

 Hugo de Grandpré

P.S. – Toutefois, selon des sources concordantes, les vraies raisons du désengagement canadien ont trait fondamentalement à la mauvaise gouvernance (c’est évident !) mais sont surtout liées à la corruption choquante et aux malversations avérées du gouvernement haïtien. Rappelons que, dans son rapport 2011 sur les Droits Humains, le Département d’État avait vigoureusement réprouvé les pratiques de corruption au sein du  gouvernement haïtien, affirmant que la corruption était solennellement installée à tous les paliers de l’administration publique, qu’elle était gravissime et très préoccupante. Au même moment,  Transparency International classait Haïti comme étant le pays le plus corrompu du continent américain. Sa branche officielle, la Fondation Héritage pour Haïti (LFHH) appelait le parlement à adopter, de manière célère, le projet de loi portant sur la prévention et la répression de la corruption. Quelques mois plus tard, cette organisation mettait en place  un « téléphone rouge anti-corruption » devant servir à dépister les pratiques de fraude et de corruption. Cette nouvelle  posture du gouvernement canadien, juste quelques jours après avoir interdit le sol d’Haïti à ses ressortissants, même si elle n’était pas commanditée par d’autres puissances en réaction à cette corruption répugnante, reste un signal très fort d’un membre important de la communauté internationale  (spécialement pour Haïti) au pouvoir de Martelly-Lamothe. (La Rédaction)

LE PRESIDENT MARTELLY COMMENCE 2013 ENTRE L’ENCLUME ET LE MARTEAU

Par Leslie Péan (1er janvier 2013)

Si Haïti est aujourd’hui un pays en ruines, cela n’est pas uniquement le fait du tremblement de terre de 2010, de l’épidémie de choléra,  des ouragans qui le dévastent périodiquement. C’est aussi et surtout à cause de la gouvernance locale qui a accéléré la décomposition des institutions garantes de la bonne marche de la barque de l’État. Nous avons eu à répertorier 22 cas de forfaitures[1], d’abus de pouvoir, de scandales et d’assassinats depuis la prestation de serment du président Martelly. Ces cas recensés dans des domaines divers tels que l’organisation des élections, la fiscalité, le népotisme, la justice, l’éducation, les révocations arbitraires, ont grossi depuis lors. Parallèlement, les nécessaires enquêtes sur des assassinats scandaleux comme ceux du banquier Guiteau Toussaint n’ont jamais démarré selon toutes les apparences, tandis que d’autres comme celle sur le kidnapping des deux jeunes Moscoso par des policiers en cagoule du gang de Clifford Brandt junior sont dans l’impasse. À cet égard, on ne saurait passer sous silence la série noire des assassinats quotidiens et des incendies d’origine criminelle, dont le plus récent est celui qui a ravagé hier encore le marché du Port (Nan Guérites), décapitalisant de manière irréparable des centaines de microentrepreneurs.

Nous ne nous attarderons pas sur ces méfaits dans le cadre du présent article qui se bornera à traiter d’une question préjudicielle expliquant le manque d’engouement de la communauté internationale à aider Haïti à reconstruire les quartiers affectés par le séisme du 12 janvier 2010. Deborah Sontag, du New York Times, décrit le président Martelly comme « un musicien sans expérience politique[2]» promu par la communauté internationale à la plus haute fonction de l’Etat. Ce qu’elle  ne dit pas, c’est que ce personnage secondaire décalé, ou pour mieux dire décalqué de Sweet Micky, n’est pas un inconnu des milieux de toutes les dérives. C’est un nostalgique de l’ère jean-claudiste au cours de laquelle des centaines de millions de dollars d’aide internationale ont été engloutis sans le moindre résultat, si ce n’est l’exode massive d’Haïtiens fuyant la répression politique et la misère économique.

L’argent de la reconstruction, objet de convoitise absolue, est venu ajouter d’autres nœuds au problème de la corruption en Haïti. Les bailleurs de fonds traditionnels, pourtant connus comme receleurs et complices, ont verrouillé les décaissements pour se donner bonne conscience. Ils ont été accablés par les pratiques corruptrices de l’administration Martelly dès son installation et déroutés par la continuation du système de rétrocommissions institué sous le gouvernement Préval-Bellerive. Le détournement des fonds de PetroCaribe aux fins de passation de contrats de gré à gré avec les entreprises dominicaines de construction explique la réticence évidente des bailleurs de fonds traditionnels dans la reconstruction[3].

Le bilan définitivement négatif de la filière Venezuela-République Dominicaine crée des obstacles de taille dans ce domaine. Bilan qui contraste avec celui de la coopération cubaine où les seuls torts sont imputables à la partie haïtienne. En effet, à la date du 27 décembre 2010, selon Fidel Castro, des 625 médecins haïtiens diplômés à Cuba depuis 2006, 521 étaient intégrés à différents niveaux dans le système médical haïtien mais 104  travaillaient à l’étranger[4]. Haïti a encore des efforts à faire pour freiner l’hémorragie de ses cadres et bénéficier pleinement de l’assistance internationale.

La mise à nu des raisons du scandale des contrats

L’affaire des contrats signés avec trois compagnies dominicaines appartenant au sénateur dominicain Félix Bautista a laissé des traces et des cicatrices profondes. Nuria Peria[5], journaliste dominicaine crédible et courageuse, a présenté à la télévision dominicaine le 31 mars 2012 les relevés bancaires[6], les numéros de compte des entreprises dominicaines de construction indiquant les transferts d’argent aux deux principaux candidats à la présidence : Mirlande H. Manigat, pour 250 000 dollars, et Michel Martelly pour le gros du magot, soit 2 587 000 dollars. Ces derniers ont bénéficié des largesses des entreprises dominicaines qui violent, avec ces montants faramineux, la loi électorale fixant à deux millions de gourdes (50 000 dollars) le plafond des versements d’un particulier à un candidat. Les relevés bancaires exhibés par la journaliste dominicaine sont des justificatifs irréfutables des virements faits entre la BanReservas, la Banco Popular en République Dominicaine et la Unibank en Haïti au compte de Michel Martelly.

Comme le dit le journaliste Jean-Michel Caroit, « ces fonds proviennent des entreprises Hadom (dont Félix Bautista possède 98% des actions), Diseño de Obras Civiles y Electo (DOCE) et ROFI. Hadom et ROFI sont deux des entreprises du sénateur Bautista qui ont obtenu, en une seule journée, le 8 novembre 2010, des contrats d’un montant total de 385 millions de dollars pour la reconstruction d’Haïti[7]. » Au fait, 500 millions quand on ajoute les contrats de DOCE. Les entreprises HADOM et DOCE avaient respectivement trois mois et quatre ans d’existence, soit moins que les cinq ans requis dans le dossier d’appel d’offres (DAO), quand leurs contrats ont été signés en Haïti[8]. Quel est le pathos, la motivation réelle de ces huit attributions de marché à trois compagnies dominicaines en une journée ? La mise à nu des raisons de ce délire de contrats  avec les entreprises de Bautista n’est pas difficile.

La corruption financière a trouvé un autre moyen de griser les nouveaux détenteurs du pouvoir. La nouvelle équipe, dont on est convaincu qu’elle n’est intéressée que par la jouissance et les plaisirs, a voulu faire croire qu’elle est d’une surprenante virginité. Pourtant, elle bat les records de déliquescence de l’administration Préval-Bellerive.  Elle s’y enracine en lui donnant une autre dimension dans la dépravation. Elle confirme le mot de Scott Wilson du Washington Post qui disait en 2002 que Martelly est « un favori des voyous qui travaillaient pour le compte de la dictature familiale détestée des Duvalier[9]. » En plein dans le délit d’initié, l’Haïti de Martelly est loin d’être l’incarnation du lien établi par Bernard Mandeville entre les vices privés et les vertus publiques[10].

L’apologie de l’inculture politique

Dans cet univers détrempé de peurs, de lâchetés et d’impunités, le président Martelly  fait les frais du désarroi de la communauté internationale, après avoir bénéficié d’elle. En effet, la communauté internationale ne s’est jamais remise de la désillusion amoureuse causée essentiellement par le jeu ambivalent des anarcho-populistes qui ont appliqué des politiques d’ajustement structurel et opéré les coupes budgétaires tant préjudiciables aux démunis. Elle ne voulait plus avoir affaire à des subalternes arrogants ou experts en marronnage.

Comme l’affirmait en décembre 2010 Ricardo Seitenfus, représentant spécial du secrétaire général de l’Organisation des États Américains (OEA) en Haïti, « le modèle révolutionnaire haïtien fait peur aux grandes puissances. Les États-Unis ne reconnaissent l’indépendance d’Haïti qu’en 1865. Et la France exige le paiement d’une rançon pour accepter cette libération. Dès le départ, l’indépendance est compromise et le développement du pays entravé. Le monde n’a jamais su comment traiter Haïti, alors il a fini par l’ignorer. Ont commencé deux cents ans de solitude sur la scène internationale[11]».

La propulsion du président Martelly, reconnu par tous pour son inculture politique,  au devant de la scène tient à cette psychose de la communauté internationale, elle-même prise aussi entre l’enclume et le marteau : entre le poulin d’un Préval dont elle vient de découvrir la mauvaise foi manifeste et une Mirlande H. Manigat à qui elle n’arrive pas à faire confiance. Peur décuplée par ce scandale financier haïtiano-dominicain qui oblige cette communauté internationale aux abois à couper les vivres au gouvernement Martelly, le privant de  l’aide budgétaire essentielle à sa survie. La communauté internationale préfère laisser Martelly se précipiter seul dans la falaise. Le déficit budgétaire a atteint en 2012 le niveau record de 6% par rapport au produit intérieur brut (PIB), soit près de 500 millions de dollars, en hausse par rapport au niveau de 1.85% au moment de la prise de pouvoir de Martelly en 2011. Un  niveau aussi élevé, fruit de dépenses inconsidérées (carnavals, voyages, sinécures, etc.), n’a jamais été atteint depuis 1984, année précédant les émeutes des Gonaïves qui ont conduit à l’effondrement du régime Duvalier en février 1986. Cette politique d’accroissement du déficit budgétaire ne peut avoir qu’un effet négatif sur les taux d’intérêt déjà élevés et sur le crédit au secteur privé.

 L’obsolescence accélérée du gouvernement Martelly était annoncée dès les premiers jours par la découverte des contrats  scandaleux conclus avec les firmes dominicaines dans la nuit précédant la prestation de serment du nouveau président. La première victime sera Daniel-Gérard Rouzier, immolée sur l’autel de la corruption. L’équipe parallèle mise en place depuis survit d’expédients en refusant jusqu’aux possibilités de formation sur le tas inhérentes à la pratique du pouvoir.  À preuve, les attaques répétées contre les journalistes, les étudiants, les parlementaires.  Cela explique à la fois les piétinements, les  reculs, ainsi que les velléités passagères de réformes de ce gouvernement. Le président Martelly a refusé que son premier ministre Garry Conille aille jusqu’au bout de l’enquête sur les contrats scandaleux signés avec les entreprises dominicaines liées à Félix Bautista dans les derniers mois du tandem Préval-Bellerive. Le rapport préliminaire de la commission d’audit le rongeait de l’intérieur. Il menaçait de briser sa vie,  de compromettre ses nouvelles amitiés dominicaines, d’empoisonner ses relations avec René Préval et son cousin Jean-Max Bellerive, bref de lui enlever le sommeil.

La corruption des consciences

On peut discuter indéfiniment de la signification du fait que des entreprises dominicaines aient financé des candidats haïtiens au cours de la campagne électorale. On peut débattre des effets que ce type d’intervention dans la vie politique haïtienne risque d’avoir sur la remise à niveau de l’économie nationale. Haïti pourra-t-elle jamais rééquilibrer sa balance commerciale avec son voisin ? Dans un article publié en août 1982 sur les rapports haïtiano-dominicains dans Le Monde Diplomatique, je disais que « la sclérose des structures politico-administratives et l’anarchie économique plongent la bourgeoisie haïtienne dans le désarroi : sans perspective à long terme, elle n’a d’autre recours que d’accepter la domestication. La puissance du clan syro-libanais – au sein duquel les familles Cassis, Mourra, Handal, Accra, Hakime, etc. sont actives dans la vie économique des deux pays – favorise ce projet[12].» Ce qui s’est précisé depuis. Les exportations dominicaines annuelles vers Haïti sont passées de 647 millions de dollars en 2009 à un milliard et deux cent millions de dollars en 2012 tandis qu’Haïti n’exporte vers son voisin que des produits d’une valeur annuelle de 10 millions de dollars.  Minable !

Mais ce qui est carrément inacceptable, c’est que six mois après son accession au pouvoir,  soit le 3 et le 5 novembre 2011,  le président Martelly aurait reçu des associés de Bautista  un transfert de 100 000 dollars  et un autre de 150 000 dollars. Les services secrets américains en savent long ! On ne saurait répondre n’importe comment à des accusations aussi graves. Le gouvernement ne dit plus « l’enquête se poursuit ». Il décide carrément de ne pas faire d’enquête. La justice haïtienne ne fait même pas semblant de lever le petit doigt. Ce qui est encore plus grave, c’est que l’Unité de Lutte contre la Corruption (ULCC), l’Unité Centrale de Renseignements Financiers (UCREF), le Parlement et la société civile n’ont pas donné à ces révélations les suites qu’elles exigeaient. Elles auraient dû soit déclencher une enquête en bonne et due forme qui aurait pu culminer en la destitution du président Martelly, soit conduire à une action judiciaire en diffamation contre les journalistes Nuria Peria et Jean-Michel Caroit, si les relevés bancaires se révélaient faux. De l’avis de plus d’un, l’intervention des services secrets dominicains a mis ce dossier sous le boisseau, des deux côtés de la frontière.

Mais ce qui pouvait passer pour de l’inertie a été vite démenti par les manifestations tenues au Cap-Haïtien, aux Cayes, à Hinche, Léogane, Petit-Goâve, Jacmel, Jérémie et à la Capitale. La corruption d’une majorité de parlementaires a suspendu leurs consciences dans le vide. Mais les récentes manifestations de rue  ont montré que la société haïtienne a encore des forces qui peuvent un jour frapper du poing sur la table et dire dans un accès de colère que ça suffit : « Basta ! ». Elles peuvent changer le cours des  choses. La stratégie appliquée par la communauté internationale à travers, entre autres, ses diplomates accrédités en Haïti, consiste aussi à corrompre les consciences pour tenter d’empêcher  qu’aucune lueur d’espoir ne soit  possible pour Haïti  après Préval.  C’est que cette communauté est, elle aussi, très friande de contrats de gré à gré, pour elle-même et ses propres barons de la pauvreté.

 N’a-t-on pas vu après le tremblement de terre de janvier 2010 un certain Lewis Lucke, ancien haut cadre de l’USAID, démissionner de son poste et s’établir en Haïti avec un mirobolant salaire de 30 000 dollars le mois[13]. Lewis Lucke devait obtenir deux contrats de gré à gré de 10 millions de dollars chacun, le premier de la Banque mondiale et le second de CHF International, devenu depuis Global Communities Partners for Good.  Le « capitalisme du désastre » dénoncé par Naomi Klein[14] une semaine après le séisme du 12 janvier 2010 a su, comme partout ailleurs, déclencher en Haïti la spirale infernale de l’enrichissement de quelques entrepreneurs et de l’appauvrissement continuel des populations affectées.

Le pillage va donc bon train, et une fraction de 50 millions de dollars issue des contrats avec les firmes dominicaines totalisant 500 millions de dollars est utilisée pour construire une université dans le Nord d’Haïti. Comme par hasard, la construction est confiée à l’entreprise Constructora Mar de Micalo Bermudez, un associé de l’éternel Félix Baustita[15]. En fait, il s’agit de souligner les aspects bénéfiques de la corruption et d’empêcher toute enquête publique sur l’administration Préval-Bellerive. Le tour est ainsi joué avec la création de quelque chose d’honorable à partir de la corruption.  En laissant de côté la loi et la justice.

La politique tèt kale est cuisinée à la sauce du parti INITE, ou de ce qu’il en reste. Étonnant ou détonnant, on a vu le sens de la démesure dans ses rejets de certaines candidatures au poste de Premier ministre et dans la complaisance manifestée quand la personnalité proposée faisait son affaire. Le personnel diplomatique haïtien regorge maintenant de diplomates sans formation aucune, dont le seul mérite est d’être apparentés à un député ou un sénateur. La politique se résume à une bataille pour les « places » et les jobs au gouvernement. Rien de plus, même si cela coûte très cher, soit 39 millions de dollars par mois[16]

Un chemin semé d’embûches

Dans le combat multiséculaire qu’elle livre pour s’affranchir de la tyrannie et de la bêtise, la société haïtienne a fait des avancées. Les forces démocratiques ont fait des conquêtes. Elles ont même atteint des sommets, comme c’est le cas avec la Constitution de 1987, pour ensuite subir des reculs. Mais elles trouvent toujours la force pour repartir et recommencer à grimper vers de nouveaux sommets. Le courage des alpinistes de la démocratie haïtienne a été résumé ainsi par l’économiste Edmond Paul, le plus grand d’entre eux.

« Ce n’est pas que, plus d’une fois, le despotisme ne disputât et n’annulât ces conquêtes. Nous observons que, nonobstant les revers, la nation fut ardente à les revendiquer, et non pas sans succès. De tels résultats ressortiront précieux aux yeux de qui voudra considérer que la société haïtienne naquit semblable à un monde renversé la tête en bas, où les plus inférieurs de ses membres, nous entendons dire les moins préparés, montèrent subitement à la surface, devinrent les éléments les plus consistants de l’ordre social nouveau, doués, par conséquent, de la vertu de l’affirmer plus solidement aux yeux de l’ennemi du dehors, et que cela accoutuma le peuple à porter ou à souffrir à la tête de son administration intérieure des hommes incultes qui n’y pouvaient désormais que le mal[17]

Des incultes ne sachant faire que le mal ont sauvagement exploité le pays et l’ont mis en coupe réglée. Le mal ne cesse de déborder. Le président Martelly tire sans retenue sur la corde avec un gouvernement qui n’arrive pas à présenter au Parlement en deux occasions un rapport sur les dépenses d’urgence de 5  milliards de gourdes (115 millions de dollars au taux du jour) occasionnées par l’ouragan Sandy. La fenêtre d’opportunités se rétrécit chaque jour, car, tout en étant généralement une caisse de résonance du pouvoir, il y a au Parlement des gens sérieux qui ne veulent pas couler avec le pouvoir exécutif. À preuve, la lettre ouverte à la Nation publiée le 26 décembre 2012 par les Parlementaires pour le renforcement institutionnel (PRI). Surtout à l’approche de la période carnavalesque où le gouvernement est condamné à faire les frais des sarcasmes de la population. L’homme du men diri-a  du carnaval de 2002 ne peut l’avoir oublié aussi vite !

La prolongation au 5 janvier 2013 de l’état d’urgence décrété originellement le 31 octobre 2012 pour un mois, comme l’a fait l’administration Martelly-Lamothe, est la meilleure façon pour lui de programmer sa propre mort. C’est une grande erreur de vouloir se cacher derrière l’état d’urgence pour gouverner n’importe comment sans rendre de comptes. Cela revient à retomber dans le précipice creusé par l’administration Préval-Bellerive qui a orchestré le scénario de faire revenir le dictateur Jean-Claude Duvalier en Haïti en janvier 2011. Un gage à Martelly ? Ultime fourberie du président Préval qui, en favorisant ainsi le duvaliérisme, a réussi à brouiller les pistes. Tout le drame d’Haïti vient justement de ces manipulateurs conduisant le pays à sa perte et qui ont le toupet de mettre tous les torts sur la communauté internationale.

Avec le pouvoir suprême, le président peut tout se permettre. Et le vertige du « pouvoirisme », le pouvoir absolu à n’importe quel prix, peut même lui faire répandre du sang à sa guise. Comme les trois singes chinois de la sagesse, il n’aura qu’à déclarer ensuite : « Je ne vois rien, je ne sais rien, je n’entends rien ». Personne n’osera le contredire. Sa seule crainte est celle d’un soulèvement populaire. S’il lui reste encore un certain sens des réalités, il devrait savoir que le lait empoisonné qu’il a tété du pouvoir Préval-Bellerive risque à tout moment de lui repasser par le nez.

En ce début de l’année 2013, on peut dire que le président Martelly se trouve pris entre l’enclume et le marteau. L’enclume étant sa fragile base rose et blanche, la clientèle des défilés carnavalesques, les vestiges et les transfuges d’INITE et la communauté internationale. Le marteau, ce qui reste de sain dans ce pays laminé par le destin : les étudiants, les crève-la-faim, les entrepreneurs nationaux écartés par le pouvoir, les paysans, les déshérités, les secteurs patriotiques de la société civile, des médias et de l’intelligentsia qui crient leur faim et leurs aspirations à un monde meilleur.

[1] Leslie Péan, « Les manifestations contre la politique du ridicule et de la dérision », Le Nouvelliste, 19 octobre 2012.

[2] Deborah Sontag, « Rebuilding in Haiti Lags After Billions in Post-Quake Aid », New York Times, December 23, 2012.

[3] Idem.

[4] Fidel Castro Ruz, Reflections of Fidel, Granma International, December 27, 2010.

 [5] « Nuria revela que Félix Bautista y amigos regalaron millones de dólares a Martelly », Acento.com.do, 02 de abril del 2012.

[6] Nuria Peria, « Documento del caso Félix Bautista », Voir http://www.scribd.com/doc/87837992/Les-documents-presentes-par-Nuria-Piera-sur-Felix-Bautista

[7] Jean-Michel Caroit, « Les pièces du scandale », Le Nouvelliste, 2 avril 2012.

[8] « Le rapport préliminaire de la Commission d’Audit (CA) », Haiti-Observateur, no. 28, 14-21 mars, 2012.

 [9] « a favorite of the thugs who worked on behalf of the hated Duvalier family dictatorship », Scott Wilson, « Political Notes Fill Carnival In Haiti », The Washington Post, February 13, 2002, p. A22.

 [10] Bernard Mandeville, La fable des abeilles, ou les vices privés font le bien public (1714), Paris, éd. Vrin, 1998.

[11] Ricardo Seintenfus, « La solidarité internationale en Haïti remise en question », Le Temps, Genève, 20 décembre 2010.

[12] Leslie Péan, « À l’ombre de la République Dominicaine – L’Alliance hégémonique insulaire », Le Monde Diplomatique, numéro 381, Août 1982, p. 10.

 [13] Bill Quigley and Amber Ramanauskas, « Haiti: Where is the Money? », Counterpunch, January 3, 2012.

 [14] Naomi Klein, « Haiti Disaster Capitalism Alert: Stop Them Before They Shock Again », January 13th, 2010. On lira du même auteur The Shock Doctrine: The Rise of Disaster Capitalism, Alfred A. Knopf, Canada, 2007.

[15] Jean-Michel Caroit, « Un scandale de corruption entache les autorités dominicaines et haïtiennes », Le Monde, 3 avril 2012.

[16] International Monetary Fund, Haiti Fourth Review Under the Extended Credit Facility, Washington, D.C., August 2012, p. 15.

[17] Edmond Paul, OEuvres Posthumes, Tome I, Paris, Dunod et Vicq, 1996, p. 132.

Corruption: Le cri de l’Archevêque de Port-au-Prince

Facebook est en train de divaguer 

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Posted by Ella Perrard

Mgr Guire Poulard, sort de sa réserve et dénonce la corruption et le gaspillage des ressources publiques

Sans les citer, il pointe du doigt des autorités qui perçoivent des « per diem » faramineux

Publié le jeudi 3 janvier 2013

Mgr Guire PoulardDans une homélie prononcée mardi lors d’une messe à l’occasion de la 46ème journée internationale de la Paix et du 209ème anniversaire de l’Indépendance d’Haïti, l’Archevêque métropolitain de Port-au-Prince, Mgr Guire Poulard, s’est montré très critique vis-à-vis de la gouvernance actuelle du pays et a particulièrement dénoncé les inégalités criantes, la corruption, le gaspillage des ressources publiques et la cooptation d’un large secteur de la presse.

Mgr Guire Poulard a étendu ses dénonciations de la corruption au pouvoir judiciaire, au parlement et à la police.

Pour le prélat catholique, il n’est pas normal que des autorités qu’il n’a pas identifiées se fassent payer des « per diem » faramineux allant jusqu’à 20 mille dollars par jour alors qu’elles partent se reposer chez elles en terre étrangère bien avant ou après les activités pour lesquelles elles sont censées avoir laissé le pays. Indigné, l’Archevêque a demandé à la population si elle entend continuer à accepter passivement un tel état de fait.

L’allusion du prélat à la pratique des « per diem » coïncide avec des dénonciations émises par des parlementaires et des militants politiques concernant la dilapidation des fonds publics via les voyages fréquents à l’étranger du Président Martelly et du Premier Ministre Lamothe.

Il a dénoncé la mauvaise utilisation des fonds publics quand ils servent à rétribuer des proches des autorités et des partisans du pouvoir, donnant ainsi l’exemple de feu le général Charles de Gaulle qui, du temps où il dirigeait la France, payait de sa poche le vin servi à son fils venu le visiter à l’Elysée.

Les autorités ont pour obligation de rendre compte de leur gestion à la population, a ajouté le prélat. Il a d’autre part fustigé les pouvoirs publics pour leur nonchalance dans la construction de la route de Carrefour (banlieue Sud de la capitale), malgré l’importance des fonds débloqués à cette fin depuis 2011.

Faisant référence au démantèlement récent d’un réseau de faussaires spécialisés en documents administratifs aux abords du Palais national, l’Archevêque a relevé que cela n’avait rien de surprenant vu que tout le monde était au courant du fonctionnement des malfrats et que, de plus, certains d’entre eux étaient vraisemblablement au service de grands commis de l’Etat.

L’Archevêque a aussi déploré le fait que le pays est occupé en raison du fait que les haïtiens ne parviennent pas, jusqu’à présent, à assumer leur destin.

Jadis très présent sur la scène politique avec des prises de position et des commentaires très percutants sur la conjoncture, l’ex-Evêque de Jacmel (Sud-Est) et des Cayes (Sud) avait observé un profond mutisme depuis son investiture à l’Archidiocèse de Port-au-Prince. [jmd/RK]

http://radiokiskeya.com/spip.php?article9376

Martelly: 2013 une année consacrée à l’environnement

Haïti-Politique : Martelly propose une année 2013 consacrée à l’environnement

Quid des voies et moyens ?

P-au-P, 1er janv. 2013 – L’environnement et l’agriculture seront les principales priorités du gouvernement pour l’année 2013, Martelly uannonce le président de la république, Joseph Michel Martelly sur la place d’armes des Gonaïves (la cité de l’indépendance, à 174 km au nord de la capitale) à l’occasion de la célébration du 209e anniversaire de la proclamation de l’indépendance d’ Haïti, le mardi premier janvier 2013.

Réduire la vulnérabilité de l’environnement d’Haïti par rapport aux catastrophes naturelles, relancer la production agricole pour diminuer la dépendance alimentaire du pays de l’extérieur : tels sont les objectifs que se donne Martelly dans son message de vœux à la nation haïtienne pour le nouvel an.

« Notre environnement doit être réhabilité pour que la moindre intempérie ne nous endeuille plus, ne perturbe plus notre économie », souhaite t-il.

Il demande à chaque Haïtienne et à chaque Haïtien de prendre l’engagement de planter au moins un arbre comme contribution citoyenne pour une meilleure résistance du pays aux catastrophes naturelles.

L’actuelle administration politique promet d’œuvrer en faveur d’initiatives, notamment dans l’agriculture, l’environnement et l’économie, en suivant les traces des ancêtres et héros, faisant référence à la geste héroïque ayant débouché sur la déclaration d’indépendance nationale le 1er janvier 1804 aux Gonaïves.

« Sur mes trois ans restants, je veux qu’Haïti dépende d’elle-même à soixante dix pour cent (70%) de la production alimentaire », projette Martelly.

A date, tournée davantage vers l’extérieur, l’actuelle administration politique n’a pas encore démontré de détermination à consolider la production agricole nationale et à réhabiliter l’environnement.

Au lieu d’agir dans les zones rizicoles, elle a préféré commander des tonnes de riz en provenance de l’Asie. Il n’y a pas encore de signes évidents de renforcement des filières de production agricole.

Les crises politiques, que l’actuelle administration politique a contribué à accentuer, avec une succession de scandales à tout bout de champ, les problèmes économiques et les catastrophes naturelles ont retardé le développement d’Haïti, déplore Martelly.

« Si Haïti veut rester tout le temps maitre de son destin, il ne faut pas perdre la bataille du développement », conseille t-il en appelant à l’unité pour que le pays reprenne sa marche vers le progrès, la paix et la justice « que [toutes les filles et] tous fils de cette terre souhaitent voir surgir et s’imposer ».

Sans préciser les actions concrètes envisagées, Martelly déclare vouloir, entre autres, remodeler les institutions démocratiques pour que s’instaure la confiance et que chacun soit incité à l’investissement et à l’entrepreneuriat, générateurs d’emplois et de richesses ».

Cela devrait permettre d’avancer pas à pas vers une main d‘œuvre mieux formée avec un Etat de droit garantissant à toutes et à tous le libre exercice des facultés vers une Haïti de progrès et de justice sociale à laquelle aspire la nation haïtienne, croit-il.

Le président prône l’union de la population en mettant de côté les différences en vue de montrer au monde entier qu’Haïti mérite son héritage d’indépendance, légué par ses ancêtres.

Déplorant combien, jusqu’à aujourd’hui, le peuple haïtien ne peut assurer sa propre sécurité, il exhorte le peuple à se servir de ses forces pour bâtir une autre Haïti tout-à-fait libre

Quoi qu’il en soit, tous les signaux sont au rouge pour l’année 2013.

Plusieurs analystes relèvent, depuis mai 2011, une arrogance sans bornes, aucun respect pour les contribuables, une machine de propagande politique, un manque de dialogue politique véritable, une volonté des officiels de piétiner les droits des citoyennes et citoyens (celles et ceux qui circulent en véhicules de l’État se croient investis d’un pouvoir discrétionnaire sur l’ensemble de la population) une hostilité contre les critiques sur le mode de gestion gouvernementale, une mainmise sur les institutions démocratiques (comme la justice) et une tendance à l’autoritarisme et au pouvoir personnel (tout est ramené au président, une carte de santé porte même les insignes / couleur rose / de campagne de Martelly).

Au-delà des vœux pieux, d’aucuns prédisent, pour 2013, de nouveaux remous sociaux, exacerbés par la faiblesse du pouvoir d’achat, la vie chère, les conditions socioéconomiques de plus en plus désastreuses et le peu d’investissements publics en matière de protection de l’environnement.

Comble de l’improvisation, de l’incompétence et d’une absence criante de planification, de nombreux trottoirs ont été défoncés, à partir d’octobre 2012, dans la zone métropolitaine de la capitale Port-au-Prince, par les travaux publics qui tardent encore à les réhabiliter définitivement.

Des intempéries, notamment le cyclone Sandy, ont été enregistrées sans une réparation pertinente des rues cassées, sur lesquelles ont été amoncelés gravats, sable et autres débris.

La fin de l’année 2012 et le début de l’année 2013 n’ont pas eu d’éclat particulier chez la plupart des couches nationales.

Des doutes persistent sur une transformation véritable des conditions de vie de la population, martelée par les autorités politiques qui privilégient la mise en place d’usines de sous-traitance au détriment de la recherche de filières de production porteuses, particulièrement dans l’agriculture. [emb rc apr 01/01/2013 16:40]

 http://www.alterpresse.org/spip.php?article13885