LE MENSONGE DANS LEQUEL NOUS VIVONS

L’argent ne pourra pas être mangé.

Une fois n’est pas coutume, nous vous proposons de découvrir et de méditer sur les messages de ces vidéos qui, en quelques minutes, synthétisent avec brio le monde  que nous construisons chaque jour.

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POURQUOI LES HAÏTIENS SONT-ILS SI PAUVRES ?

Pourquoi Haïti est-elle si pauvre ?

GALETTES DE TERRE POUR APAISER LA FAIM

GALETTES DE BOUE POUR APAISER LA FAIM

Ce titre est celui d’un article de Daron Acemoglu et James Robinson disponible sur leur blog http://whynationsfail.com. Il s’agit de deux des penseurs de l’économie du développement les plus connus au cours de la dernière décennie. Dans le milieu académique, on voit dans le profil d’Acemoglu celui d’un futur prix Nobel d’économie tant il est prolifique et tant sa contribution aux sciences économiques est cruciale et significative. Professeur au département d’économie du Massachussetts Institute of Technology (MIT), il a reçu en 2005 la médaille John Bates Clark récompensant des économistes de moins de 40 ans qui ont fait la contribution la plus significative à la pensée et au savoir économiques.

James Robinson, professeur à l’Université Harvard, est politologue et économiste, spécialiste de l’Amérique latine et de l’Afrique de renommée mondiale. Il conduit actuellement des recherches sur la République démocratique du Congo, la Sierra Léone, Haïti et la Colombie où il a enseigné pendant plusieurs années durant les sessions d’été à l’Université Los Andes. Les deux professeurs sont connus notamment pour leurs contributions essentielles montrant l’importance des institutions dans le développement économique à l’aide des données historiques à l’échelle internationale. Ils démontrent que les origines coloniales représentent un déterminant important des institutions contemporaines des anciennes colonies et donc leur niveau de développement économique. Donc, il m’a semblé très opportun d’avoir l’opinion de ces sommités sur les éventuelles causes de la pauvreté haïtienne. La lecture de leur chronique m’a conforté dans ma conviction de l’obligation et de la responsabilité de l’élite intellectuelle haïtienne de prendre le leadership de la pensée sur le développement national. Je reprends ici l’essence de l’article d’Acemoglu et de Robinson.

En effet, l’énigme pour les penseurs de l’économie du développement consiste à expliquer pourquoi Haïti, qui disposait en 1960 du même niveau de vie, représenté par le produit intérieur brut (PIB) par habitant, que la République dominicaine, garde aujourd’hui, un demi-siècle plus tard, un PIB par habitant d’à peine 13 % de celui de son voisin dominicain et de 2.5% de celui de son voisin américain.Comme explications à cet état lamentable, il ne manque pas d’explications mais la majeure partie d’entre elles sont insatisfaisantes, affirment Acemoglu et Robinson. Ces derniers ont fait un état des lieux des facteurs les plus cités en commençant par ceux évoqués par Jared Diamond qui, dans son livre intitulé Collapse (Effondrement*), explique la pauvreté d’Haïti par rapport à la République dominicaine, par des facteurs géographiques.

Jared Mason Diamond est un biologiste évolutionniste américain, également physiologiste et géonomiste (qui étudie les rapports entre les sociétés humaines et leur environnement). Professeur de géographie à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), il est surtout connu pour ses ouvrages: De l’inégalité parmi les sociétés (prix Pulitzer en 1998) et Collapse.L’un de ses arguments dans Collapse est que les vents venant généralement de l’est sont bloqués par les hautes montagnes, réduisant ainsi les précipitations sur la partie haïtienne de l’île.

Ce faible niveau de pluie combiné à une faible qualité du sol et une plus forte densité de la population conduit, selon Diamond, à une déforestation en Haïti pendant que la République dominicaine arrive à maintenir sa forêt verte et une grande qualité de son sol. Il reconnaît que la forte densité de population était le résultat de l’implantation de l’agriculture en Haïti supportée par le commerce des esclaves tout en mentionnant d’autres facteurs sociaux et culturels. À ce niveau, d’autres auteurs estiment qu’il ne devrait pas y avoir de grande différence entre Haïti et la République dominicaine qui ont eu en commun ce douloureux passé colonial. Diamond démontre, à partir notamment des exemples d’Haïti et de la République dominicaine, que les choix d’une société peuvent conduire à son salut ou à sa ruine. Malheureusement, on ne peut pas prétendre que les choix de politiques publiques des dirigeants haïtiens arrivent à placer le pays dans les rangs de ceux qui concourent à leur salut.

Plus populaires que les explications géographiques sont les arguments culturels. Certains commentateurs, nous disent Acemoglu et Robinson, arrivent à la conclusion qu’Haïti est si pauvre à cause de son peuple. Dans un ouvrage datant de 2012 intitulé : «Haïti : the Aftershocks of History», Laurent Dubois tente de faire une importante correction de ces arguments, mentionnent Acemoglu et Robinson. Le professeur Dubois, spécialiste de l’histoire et de la culture de la France et de la Caraïbe, enseigne l’histoire à Duke University et est directeur du Centre d’études françaises et francophones et codirecteur du laboratoire sur Haïti de l’institut humanitaire Franklin. Il commence par rappeler les arguments culturels qui datent pour certains de plusieurs siècles.

Par exemple, Victor Cochinat, avocat, journaliste et écrivain martiniquais du XIXe siècle affirmait que « Les Haïtiens sont paresseux et ont « honte » de travailler,…,c’est pourquoi ils sont si pauvres. Ils dépensent trop d’argent dans le rhum ». Cochinat est connu pour avoir été secrétaire d’Alexandre Dumas père, et fut un temps rédacteur au Mousquetaire, au Figaro et à de nombreux journaux parisiens.

On peut toujours penser qu’il s’agit de divagations d’un excentrique explorateur du XIXe siècle, mais le professeur Dubois montre comment les mêmes arguments persistent encore aujourd’hui. Par exemple, les jours qui ont suivi le séisme du 12 janvier 2010, le télé-évangéliste Pat Robertson affirmait que les Haïtiens souffrent autant parce qu’ils avaient vendu leurs âmes au diable. Paradoxalement, aujourd’hui encore, des « pasteurs» et croyants haïtiens répètent ces mêmes inepties. Une version à peine plus polie de cet argument était venue d’un des plus influents chroniqueurs du New York Times, David Brooks, qui avait accusé Haïti d’avoir «des influences culturelles résistantes» y compris « l’influence de la religion vaudou»…

J’ai beaucoup hésité avant de citer ces arguments mais à bien y réfléchir je me suis dit qu’il est important de discuter de la perception d’Haïti par des étrangers, et pas des moindres puisqu’il s’agit d’intellectuels et leaders d’opinion influents au niveau mondial. Qui plus est, ces arguments sont incrustés dans l’imaginaire de beaucoup de nos concitoyens. Il suffit de faire un tour sur les forums haïtiens sur Internet ou écouter certains prédicateurs pour s’en rendre compte.

De pareilles arguties ont conduit leurs adeptes, notamment les internationaux,à réclamer ouvertement un protectorat pour Haïti. David Brooks a même préconisé «un paternalisme intrusif» qui devra faire changer la culture locale en faisant la promotion d’un «No excuses countercultures». J’avoue ne pas trop savoir ce que cela veut dire…Le livre du professeur Dubois, indiquent Acemoglu et Robinson, fait une lecture animée, dissipe ces perceptions et localise fermement les racines de la pauvreté d’Haïti dans son histoire. Nous aurons à montrer dans cette chronique, en nous servant d’ailleurs des résultats des travaux de recherche d’Acemoglu et de Robinson, comment Haïti a été l’une des colonies les plus extractives que les Européens eussent mises en place. La majorité de sa population travaillait comme esclaves dans les plantations pour leurs maîtres français.Un passé lourd de conséquences aujourd’hui encore.

Une histoire coûteuse et compromettante

Une estimation datant de 1789, citée par les auteurs, établit le nombre de gens libres sur l’île à 55 000 et les esclaves à 450 000, soit 88 % de la population. Haïti a été une colonie dystopique basée sur la terreur et la répression des esclaves. Des institutions cruelles octroyaient des punitions brutales à la plus petite des infractions des esclaves qui mouraient à des taux élevés, soit de la maladie, de la maltraitance, de la surcharge de travail, etc. Haïti a choqué le monde par sa formidable révolte des esclaves ayant conduit à son indépendance de la France en 1804, mais cette révolution n’a pas conduit à la création d’institutions inclusives, ont fait remarquer Acemoglu et Robinson. La lutte haïtienne contre les Français qui ont tenté de reprendre la colonie a été longue et coûteuse. Par exemple, le professeur Dubois soutient que les besoins budgétaires imposés par cette guerre continue ont rendu l’abolition de l’esclavage essentiellement impossible. Une façon de dire que la pratique esclavagiste a perduré même après l’indépendance.

On peut penser par exemple au paiement de la dette de l’indépendance, les 150 millions de francs-or extorqués par les Français, qui a constitué un lourd fardeau sur le dos des paysans haïtiens. Cet état de fait a engendré un retard considérable dans l’évolution de ce nouvel État indépendant en investissant dans une politique de militarisation excessive après l’indépendance. Mais, peut-être plus important encore, selon Acemoglu et Robinson, est le cercle vicieux créé par les institutions extractives postindépendance qui oeuvrent au profit d’un groupe ou d’un clan au détriment de la collectivité.

On en garde encore des séquelles pour ne pas dire l’essentiel. Selon Acemoglu et Robinson, il y avait des contraintes suffisantes sur le pouvoir des chefs d’État durant la période postindépendance comme Dessalines, Christophe ou Pétion qui s’érigeront en élite exploitant les Haïtiens par les mêmes moyens que les Français avaient utilisés auparavent. On ne peut sûrement pas mettre les trois dans le même panier mais l’argument garde toute son essence.

Le professeur Dubois montre comment l’histoire d’après l’indépendance d’Haïti a influencé sa politique ultérieure avec notamment la persistance des institutions extractives coloniales qui ont engendré un chaos quasipermanent et généralisé. Il se montre aussi critique envers la communauté internationale en citant l’ex-chef de mission de l’Organisation des États américains en Haïti qui affirmait que la présence de l’Onu en Haïti était «inutile et même dangereuse». Le Brésilien Ricardo Seitenfus allait encore plus loin en indiquant qu’il existe un lien malveillant et pervers entre le groupe des organisations non gouvernementales et la faiblesse de l’État haïtien.

Tout en admettant que le livre du professeur Dubois est instructif et provocateur, l’énigme haïtienne demeure cependant intacte aux yeux d’Acemoglu et Robinson. Ils se posent une question fondamentale: pourquoi Haïti, pas la Barbade, la Jamaïque ou la République dominicaine ? À la fin de la seconde Guerre mondiale, Haïti et la République dominicaine étaient d’ailleurs essentiellement identiques en termes de revenu par habitant. Par la suite, les tendances ont divergé. Des situations de ce genre abondent dans l’histoire universelle. Par exemple, en 1800, les États-Unis n’étaient pas beaucoup plus riches que l’Amérique latine en termes de revenus, mais, soutiennent Acemoglu et Robinson, leurs institutions étaient différentes et constituaient un fort potentiel de développement économique.

L’écart commençait à se creuser notamment avec la révolution industrielle britannique qui, étant donné la qualité des institutions américaines, a profité aux États-Unis et pas à l’Amérique latine. Tout semble indiquer qu’en République dominicaine, les leaders dominicains de la période post-Trujillo ont réussi une transition bien qu’imparfaite mais acceptable vers des institutions politiques plus inclusives susceptibles de promouvoir la croissance économique durable. À l’autre bout de l’île, l’absence et/ou la faiblesse institutionnelle se sont plutôt accentuées, engendrant ainsi une instabilité politique chronique. La période des Duvalier a vu les tontons macoutes se substituer à l’armée d’Haïti qui s’attelait davantage à défendre les intérêts d’une classe au détriment de la grande masse, notent Acemoglu et Robinson. Cet échec dans la mise en place d’institutions inclusives, poursuivent-ils, est en grande partie responsable de la différence observée entre Haïti et la République dominicaine en termes de développement économique. Une thèse quelque part conciliable avec celle de Jared Diamond puisque construire des institutions inclusives est également un choix politique dans lequel les leaders dominicains se sont montrés plus habiles que leurs homologues haïtiens. Et s’il y a des inquiétudes à avoir sur le développement économique d’Haïti,c’est le manque de mesures concrètes devant pallier cette déficience institutionnelle.

Thomas Lalime thomaslalime@yahoo.fr

Le Nouvelliste | Publié le : 2013-01-28

(*) Un résumé commenté de la thèse de Diamond a été publié dans les colonnes du Nouvelliste par l’agronome Jean André Victor à compter du 22 novembre 2012.

WHY IS HAITI SO POOR? 

Daron Acemoglu and James Robinson

Haiti, located on the western part of the island of Hispaniola, is one of the poorest countries in the world. Its GDP per capita (at purchasing power parity) stands at about $1,241, merely 2.5 percent of US GDP per capita. Its neighbor on the island of Hispaniola, the Dominican Republic, is significantly richer, with GDP per capita of $9,289.

There has not been a shortage of explanations for the sorry state of Haiti’s economy. But most of them are fairly unsatisfactory. In his book Collapse, Jared Diamond attempted to explain Haiti’s poverty, in particular relative to the Dominican Republic, with geographic factors. He pointed out that the winds coming mostly from the east were blocked by high mountains, reducing rainfall for the Haitian part of the island. This combined with the lower soil quality and greater population density led to deforestation in Haiti, while the Dominican Republic maintained its forest cover and high-quality soil. (Diamond recognizes that this higher population density was the result of the plantation agriculture in Haiti based on the import of slaves, and also mentions other social and historical factors).

Even more popular than Diamond’s geographic explanation are cultural ones. Many commentators end up arguing that Haiti is poor because of its people. A recent book by Laurent Dubois, Haiti: the Aftershocks of History, is a useful corrective to these arguments. Dubois starts by recapping many of these arguments which go back centuries. For example, Victor Cochinat, a 19th-century visitor from Martinique, stated (p. 1)

Haitians were lazy and ‘ashamed’ to work,…, which was why they were so poor. They spent too much money on rum.

Lest you think that these are the ramblings of an eccentric 19th-century explorer, Dubois shows how the same arguments are what gets traction today, writing (p. 3)

The day after the earthquake, televangelist Pat Robertson famously opined that Haitians were suffering because they had sold themselves to the devil. A more polite version of the same argument came from New York Times columnist David Brooks, who accused Haiti of having “progress-resistant cultural influences,” including “the influence of voodoo religion.”… Many called openly for Haiti to be made a protectorate. Brooks advocated “intrusive paternalism” that would change the local culture by promoting “No Excuses countercultures.”

The book makes a lively read, dispelling these notions, and firmly locating the roots of Haiti’s poverty in its history. Haiti was one of the most extractive colonies Europeans set up, with the majority of its population working as slaves in plantations for their French masters. (An estimate from 1789 puts the number of free people at 55,000 vs. 450,000 slaves; the free people included a significant number of “free people of color”). Haiti was a dystopic colony, based on terror and repression. Brutal punishments and institutions were common for the most minor of offenses, and slaves died at staggering rates, with perhaps 10% of the slave population dying of disease, overwork and other causes.

Haitians shocked the world with a formidable slave revolt in 1791, ultimately leading to independence from France. But this revolt did not lead to the development of inclusive institutions. To start with, the fight against the French, who attempted to retake their prize colony several times, was protracted and costly. Dubois, for example, argues that the fiscal needs imposed by this continued war made the abolition of slavery essentially impossible. It probably also stunted the subsequent political development of this new independent state by excessively militarizing its politics. But perhaps more important was the vicious circle of extractive institutions. There were insufficient constraints on the power of post-independence leaders such as Dessalines, Christoph, or Petion, who set themselves up as the elite exploiting Haiti’s people through very much the same means as the French had done earlier (and this does not receive sufficient emphasis from Dubois who is somewhat more lenient towards the misdeeds by Haiti’s early leaders than those of its colonial masters and later politicians).

Dubois shows how the early post-independence history of Haiti shaped its later politics, in particular, opening the way to Duvaliers’ extractive rule and to the subsequent chaos.

He is equally critical of the international aid community. He cites the argument of Ricardo Seitenfus, the Brazilian head of Organization of American States mission in the country during the 2010 earthquake, that the UN presence in Haiti was “wasteful and even harmful”. Seitenfus went further, arguing:

There is a malicious and perverse relationship between the force of NGOs and the weakness of the Haitian state.

Though Dubois’s book is informative and provocative, the big puzzle remains: Why Haiti, not Barbados or Jamaica or the Dominican Republic? The Dominican Republic is a natural comparison, being on the same island and sharing, like Barbados and Jamaica, its history of slavery (even if its intensity was less than that Haiti). But the most puzzling aspect of the whole thing is shown in the next figure.

At the end of World War II, Haiti and the Dominican Republic had essentially identical levels of income per capita. Thereafter, they diverged. Situations like this are common in world history. In 1800 the US was not much richer than Latin America in terms of measured incomes, but its underlying institutions were different and so was its potential. This only started to matter when the British Industrial Revolution completely changed what was economically possible. The US could and did take advantage, Latin America did not.

One hypothesis about the divergence between Haiti and the Dominican Republic is that a similar situation arose with Haiti and the Dominican Republic. Though the latter shared a history of slavery, dictatorship and US invasion, it did not suffer as much as Haiti. After 1930 Rafael Trujillo, head of the US created national guard, set himself up as dictator. He controlled the army and embarked on a path of extractive economic growth. As the world economy boomed after 1945, divergence set in. The Dominican Republic exported sugarcane and cigars; afterwards they developed a successful export processing zone. After Trujillo was assassinated in 1961, they managed an imperfect transition to more inclusive political institutions, sustaining the economic growth. Haiti was different, without such a strong state or political control of the army, the period after 1930 saw political instability not extractive growth and when François Duvalier (“Papa Doc”) came to power in 1957 he privatized violence using the ton ton macoutes to control the country, not the army. There was no extractive growth in Haiti, just anarchy.

All the same, this is just one hypothesis that fits the facts, the divergence between the two halves of the island of Hispaniola remains a major puzzle.

Why is Haiti so poor?

Why is Haiti so poor? 

By Daron Acemoglu and James Robinson

Haiti camp for those displaced by 2010 earthquake

Haiti, located on the western part of the island of Hispaniola, is one of the poorest countries in the world. Its GDP per capita (at purchasing power parity) stands at about $1,241, merely 2.5 percent of US GDP per capita. Its neighbor on the island of Hispaniola, the Dominican Republic, is significantly richer, with GDP per capita of $9,289.

There has not been a shortage of explanations for the sorry state of Haiti’s economy. But most of them are fairly unsatisfactory. In his book Collapse, Jared Diamond attempted to explain Haiti’s poverty, in particular relative to the Dominican Republic, with geographic factors. He pointed out that the winds coming mostly from the east were blocked by high mountains, reducing rainfall for the Haitian part of the island. This combined with the lower soil quality and greater population density led to deforestation in Haiti, while the Dominican Republic maintained its forest cover and high-quality soil. (Diamond recognizes that this higher population density was the result of the plantation agriculture in Haiti based on the import of slaves, and also mentions other social and historical factors).

Even more popular than Diamond’s geographic explanation are cultural ones. Many commentators end up arguing that Haiti is poor because of its people. A recent book by Laurent Dubois, Haiti: the Aftershocks of History, is a useful corrective to these arguments. Dubois starts by recapping many of these arguments which go back centuries. For example, Victor Cochinat, a 19th-century visitor from Martinique, stated (p. 1)

Haitians were lazy and ‘ashamed’ to work,…, which was why they were so poor. They spent too much money on rum.

Lest you think that these are the ramblings of an eccentric 19th-century explorer, Dubois shows how the same arguments are what gets traction today, writing (p. 3)

The day after the earthquake, televangelist Pat Robertson famously opined that Haitians were suffering because they had sold themselves to the devil. A more polite version of the same argument came from New York Times columnist David Brooks, who accused Haiti of having “progress-resistant cultural influences,” including “the influence of voodoo religion.”… Many called openly for Haiti to be made a protectorate. Brooks advocated “intrusive paternalism” that would change the local culture by promoting “No Excuses countercultures.”

The book makes a lively read, dispelling these notions, and firmly locating the roots of Haiti’s poverty in its history. Haiti was one of the most extractive colonies Europeans set up, with the majority of its population working as slaves in plantations for their French masters. (An estimate from 1789 puts the number of free people at 55,000 vs. 450,000 slaves; the free people included a significant number of “free people of color”). Haiti was a dystopic colony, based on terror and repression. Brutal punishments and institutions were common for the most minor of offenses, and slaves died at staggering rates, with perhaps 10% of the slave population dying of disease, overwork and other causes.

Haitians shocked the world with a formidable slave revolt in 1791, ultimately leading to independence from France. But this revolt did not lead to the development of inclusive institutions. To start with, the fight against the French, who attempted to retake their prize colony several times, was protracted and costly. Dubois, for example, argues that the fiscal needs imposed by this continued war made the abolition of slavery essentially impossible. It probably also stunted the subsequent political development of this new independent state by excessively militarizing its politics. But perhaps more important was the vicious circle of extractive institutions. There were insufficient constraints on the power of post-independence leaders such as Dessalines, Christoph, or Petion, who set themselves up as the elite exploiting Haiti’s people through very much the same means as the French had done earlier (and this does not receive sufficient emphasis from Dubois who is somewhat more lenient towards the misdeeds by Haiti’s early leaders than those of its colonial masters and later politicians).

Dubois shows how the early post-independence history of Haiti shaped its later politics, in particular, opening the way to Duvaliers’ extractive rule and to the subsequent chaos.

He is equally critical of the international aid community. He cites the argument of Ricardo Seitenfus, the Brazilian head of Organization of American States mission in the country during the 2010 earthquake, that the UN presence in Haiti was “wasteful and even harmful”. Seitenfus went further, arguing:

There is a malicious and perverse relationship between the force of NGOs and the weakness of the Haitian state.

Though Dubois’s book is informative and provocative, the big puzzle remains: Why Haiti, not Barbados or Jamaica or the Dominican Republic? The Dominican Republic is a natural comparison, being on the same island and sharing, like Barbados and Jamaica, its history of slavery (even if its intensity was less than that Haiti). But the most puzzling aspect of the whole thing is shown in the next figure.

At the end of World War II, Haiti and the Dominican Republic had essentially identical levels of income per capita. Thereafter, they diverged. Situations like this are common in world history. In 1800 the US was not much richer than Latin America in terms of measured incomes, but its underlying institutions were different and so was its potential. This only started to matter when the British Industrial Revolution completely changed what was economically possible. The US could and did take advantage, Latin America did not.

One hypothesis about the divergence between Haiti and the Dominican Republic is that a similar situation arose with Haiti and the Dominican Republic. Though the latter shared a history of slavery, dictatorship and US invasion, it did not suffer as much as Haiti. After 1930 Rafael Trujillo, head of the US created national guard, set himself up as dictator. He controlled the army and embarked on a path of extractive economic growth. As the world economy boomed after 1945, divergence set in. The Dominican Republic exported sugarcane and cigars; afterwards they developed a successful export processing zone. After Trujillo was assassinated in 1961, they managed an imperfect transition to more inclusive political institutions, sustaining the economic growth. Haiti was different, without such a strong state or political control of the army, the period after 1930 saw political instability not extractive growth and when François Duvalier (“Papa Doc”) came to power in 1957 he privatized violence using the ton ton macoutes to control the country, not the army. There was no extractive growth in Haiti, just anarchy.

All the same, this is just one hypothesis that fits the facts, the divergence between the two halves of the island of Hispaniola remains a major puzzle.

Affaire Josué Pierre-Louis : Des organisations de droits humains interpellent le CSPJ sur de graves menaces contre un juge d’instruction

Affaire Josué Pierre-Louis : Des organisations de droits humains interpellent le CSPJ sur de graves menaces contre un juge d’instruction

Port-au-Prince, le 19 décembre 2012

Membres du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) En leurs Bureaux.-

Honorables Membres du CSPJ

Les organisations de promotion et de défense des droits humains, signataires de la présente, soucieuses de l’indépendance du pouvoir judiciaire, s’empressent de porter à votre connaissance un fait qui nécessite votre plus urgente intervention.

En effet, Me Josué PIERRE-LOUIS, président du CEP contesté, est inculpé de viol sur la personne de Marie Danielle BERNADIN. Le Parquet près du Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince, saisi du dossier en date du 28 novembre 2012, l’a transféré au Cabinet d’Instruction pour enquête judiciaire. Choix a été fait du Juge d’Instruction Joseph Jeudilien FANFAN, pour instruire l’affaire. A date, diverses étapes ont déjà été franchies dans le cadre de cette instruction notamment, l’audition de plusieurs personnes dont la victime ainsi qu’une interdiction de départ à l’encontre de Me Josué PIERRE-LOUIS.

Aujourd’hui, le Magistrat Joseph Jeudilien FANFAN fait l’objet de graves menaces de la part d’un autre Juge d’Instruction du Tribunal de Première Instance de Port-auPrince, Me Ikenson EDUME. Ce dernier, frère de Me Josué PIERRE LOUIS, a entre autres, promis au Magistrat instructeur qu’il s’en prendrait à lui, s’il n’enterrait pas le dossier car, en aucune façon, il ne peut accepter que l’image de son frère soit ternie.

Devant la gravité des menaces proférées, le Juge d’Instruction Joseph Jeudilien FANFAN a sollicité et obtenu du doyen du Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince, Me Raymond JEAN MICHEL, la convocation en urgence d’une Assemblée des Juges. Cette assemblée s’est tenue le 18 décembre 2012 avec la participation de vingt-six (26) Magistrats. Au cours de la rencontre, le Juge d’Instruction Ikenson EDUME a réitéré en présence de tous les Magistrats, ses menaces vis-à-vis du Magistrat instructeur Joseph Jeudilien FANFAN. Invité par le doyen à faire le retrait de ses graves propos contre un collègue Magistrat, le Juge Ikenson EDUME a catégoriquement refusé. 2 Dans l’après-midi du 18 décembre 2012, une délégation du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) a rencontré le Magistrat instructeur Joseph Jeudilien FANFAN qui a confirmé les menaces dont il est l’objet, ce, depuis le lundi 17 décembre 2012.

Honorables Membres du CSPJ

Les organisations de promotion et de défense des droits humains tiennent à rappeler à votre attention que le Magistrat Ikenson EDUME est un ancien suppléant Juge de Paix de Delmas révoqué pour malversations le 5 août 2010 par l’ex-Ministre de la Justice et de la Sécurité Publique Paul DENIS. En effet, ce Magistrat, par son fonctionnement, remplaçait le greffe. De plus, était impliqué dans le détournement, à Delmas, de corps du délit (bijoux volés, argent, volailles, etc.) et la libération de plusieurs prévenus contre des versements de pots de vin. Mécontent, le Juge de Paix titulaire de Delmas d’alors, Me Al Duniel DIMANCHE, aujourd’hui Juge d’Instruction près le Tribunal de Première Instance de Port-auPrince, demanda au Juge Ikenson EDUME de mettre fin à ces pratiques malsaines et de laisser le greffe jouer son rôle. Il s’en est suivi une altercation entre les deux (2) Magistrats et l’intervention du Parquet de Port-au-Prince à travers le substitut Commissaire du Gouvernement d’alors Berge O. SURPRIS. Suite aux rapports reçus au Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique contre Me Ikenson EDUME, il a été décidé de le renvoyer pour malversations. Il est revenu dans le système en catimini en juillet 2012 à la faveur des nominations irrégulières réalisées par l’actuel Ministre de la Justice et de la Sécurité Publique, Me Jean Renel SANON et a recommencé à travailler en octobre 2012. Aujourd’hui, c’est ce Magistrat qui profère des menaces sur la personne du Juge d’Instruction Joseph Jeudilien FANFAN en charge de l’affaire Marie Danielle BERNADIN contre Josué PIERRE-LOUIS.

Honorables Membres du CSPJ,

Le cas du Magistrat Ikenson EDUME est prévu et puni par le Code Pénal haïtien. De plus, c’est sur la base de l’article 22 de la Loi créant le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire que les organisations de promotion et de défense des droits humains signataires de la présente saisissent votre organe. En effet, cet article stipule qu’« En matière disciplinaire, le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire est saisi : • Soit par le Ministre de la Justice et de la Sécurité Publique ; • Soit par le Doyen du Tribunal Civil, en ce qui concerne les magistrats du siège en poste dans le ressort de son tribunal et pour les juges du Tribunal de Paix ; • Soit par le Président de la Cour d’Appel, en ce qui concerne les magistrats du siège en poste dans le ressort de sa cour ; 3 • Soit, selon les modalités énoncées à l’article suivant, par toute personne estimant avoir été directement victime du comportement d’un magistrat susceptible d’engager sa responsabilité disciplinaire. » De plus, le procès-verbal de l’assemblée générale des Juges du Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince tenue le 18 décembre 2012 et relatant les menaces du Juge Ikenson EDUME contre le Juge d’Instruction Joseph Jeudilien FANFAN est un élément de preuve tangible, établissant les menaces susmentionnées. Honorables Membres du CSPJ, La justice, pour être efficace et crédible, doit être indépendante des pouvoirs exécutif et législatif ainsi que des parties et des forces sociopolitiques et économiques. La justice doit être aussi indépendante par rapport aux individus corrompus et aux délinquants, quels qu’ils soient. Pourquoi, ayant pour mission principale d’enquêter, de dénoncer et de saisir les autorités compétentes sur les cas de violation de droits humains, les organisations de promotion et de défense des droits humains, signataires de la présente, portent, par devant vous, ces faits qui constituent un exemple des cas typiques de pressions et de menaces qui entravent généralement les enquêtes des Magistrats instructeurs.

Les organisations de promotion et de défense des droits humains signataires de la présente vous exhortent donc à prendre des mesures conservatoires à l’encontre du Magistrat Ikenson EDUME et vous encouragent vivement à porter le Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique à prendre toutes les dispositions nécessaires et urgentes afin de garantir la sécurité du Juge et Juge d’instruction Me Joseph Jeudilien FANFAN.

Espérant que prompte suite sera donnée à la présente, les organisations de promotion et de défense des droits humains signataires de la présente, vous prient de recevoir, Honorables Membres du CSPJ, l’expression de leurs respectueux hommages.

Liste des Organisations signataires : • Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) • Plateforme des Organisations Haïtiennes de Droits Humains (POHDH) • Solidarite Fanm Ayisyèn (SOFA) • Kay Fanm

Pour authentification :

Antonal MORTIME Secrétaire Exécutif POHDH

 

Pourquoi Vertières en 2012 ?

Haïti-Histoire : Pourquoi Vertières en 2012 ?

Par Philomé Robert

Journaliste à France 24

N’étant pas historien, étant de surcroît un journaliste solidement amarré, peut-être malgré moi, à l’immédiateté, à l’information internationale en continu, je dois dire que je ne me reconnais aucune légitimité à évoquer, même brièvement, ce chapitre de l’histoire d’Haïti. Mais ce serait une lâcheté, sinon une faute de ma part, si je me dérobais.

Que je veuille l’admettre ou non, cette bataille, qui précipita la fin de la guerre d’indépendance haïtienne, la deuxième guerre d’indépendance en Amérique après celle des États-Unis contre l’Angleterre, est un marqueur fort dans notre vie de peuple.

Pour moi, Vertières, ce sont d’abord des souvenirs d’enfant. Souvenirs livresques, s’entend.

Comment ne pas frémir à l’évocation de cette journée de gloire, qui ne fût pourtant pas tout de suite reconnue en tant que telle, et par ceux qui l’ont vécue et par ceux qui, par la suite, en ont tiré profit ?

L’Haïtien étant patriote sans grand effort, quoiqu’on puisse questionner ce qu’est devenu, depuis plusieurs décennies, le patriotisme à l’haïtienne, il n’est pas vain de mettre l’accent sur cette fierté qui s’empare des cœurs et des poumons à l’évocation de ces faits d’armes.

Là, les noms des héros célèbres jaillissent : Dessalines bien sûr, Clervaux, Gabart, Jean Pierre Daut et surtout François Capois, dit Capois La Mort qui, selon l’expression consacrée, s’est couvert de gloire ce jour-là. Cette dernière expression ayant été utilisée à juste titre par l’ennemi, le général Rochambeau, commandant des bataillons français.

Vertières, aussi, pour moi, ce sont les prémices de cette Haïti qui se dessine, encore Saint-Domingue, que Napoléon Bonaparte, en dépit du bon sens, et alors même que l’esclavage avait été aboli 11 ans plus tôt sous l’impulsion de l’Abbé Grégoire – on sait que, par la suite, il y a aura une deuxième abolition en 1848-, décide d’asservir de nouveau.

Ce sera l’expédition de 1801, commandée par son beau-frère, le général Charles Victoire Emmanuel Leclerc. Ce dernier, tout à son arrogance, investi de cette mission sacrilège, eût la mauvaise idée de demander aux commandants, qui détiennent les bastions insurgés, de se rendre, sous peine de passer par la mitraille. Une diplomatie de la canonnière, que la France utilisera honteusement contre le nouvel État en lui faisant payer son indépendance jusqu’en 1972.

Mais, ne nous égarons pas, c’est un autre sujet.

Écoutons plutôt la réponse que fit, en 1801, deux ans avant Vertières, le général Henri Christophe, commandant de la ville du Cap à Leclerc :

« Si vous avez toute la force dont vous me menacez, je vous opposerai toute la résistance qui caractérise un général et, si le sort des armes vous est favorable, je ne vous livrerai la ville du Cap que lorsqu’elle sera réduite en cendres et, même sur la cendre, je vous combattrai encore ».

Voilà Vertières, avant Vertières.

Cette déclaration héroïque, face à l’armée la plus puissante du monde à l’époque, apparaît, non seulement comme un magistral acte de bravoure, mais aussi et surtout comme un cri venu du tréfonds des tripes, pour signifier à l’ennemi un féroce appétit de vivre libre.

Vivre ! Libres !

En vérité, ce cri, qui a explosé avant et pendant Vertières, peut être repris aujourd’hui dans toute son intégralité.

Vivre face à la défaillance et les grotesques comédies d’État.

Vivre face aux éléments naturels : séismes, ouragans, cyclones et autres méga-tempêtes.

Vivre, malgré l’horizon qui s’obscurcit.

Vivre, parce qu’il le faut, car Haïti reste une formidable promesse.

Les beaux fantômes de 1803, revêtus de leurs habits de gloire et de lumière, sont là pour nous le rappeler à chaque instant.

Philomé Robert

Journaliste à France 24

http://www.alterpresse.org/spip.php?article13694

« Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre. » Winston Churchil

Rebelote : Des soldats de la Minustah en armes tentent de pénétrer dans les facultés

Des soldats de la Minustah en armes tentent de pénétrer dans la faculté des sciences humaines de Port-au-Prince

Les dénonciations de faits graves commis par les forces armées de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah), qui occupent Haïti depuis huit ans déjà, se multiplient. Agressions, viols, actes de torture, propagation du virus du choléra responsable de la mort de plus de 500 personnes et de la contamination de 150 000  autres…

La liste s’allonge chaque jour, nourrissant une colère justifiée de la population et l’urgence grandissante du retrait immédiat de la Minustah, le rétablissement de la pleine souveraineté du peuple haïtien. Le 15 juin dernier, ce sont des soldats brésiliens de la Minustah en armes qui ont tenté par trois fois de pénétrer dans l’enceinte de la faculté des sciences humaines (FASCH), à Port-au-Prince, la capitale haïtienne.

Ayant recueilli de nombreux témoignages d’étudiants et de professeurs, le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) confirme que « des soldats du contingent brésilien de la Minustah se sont présentés ce jour-là à la barrière de la faculté des sciences humaines (FASCH) et ont été empêchés d’entrer par le gardien qui leur a expliqué qu’ils ne pouvaient être admis dans l’enceinte de la faculté avec leurs armes à la main. N’ayant pas voulu laisser leurs armes dans la voiture, sur insistance du gardien, ils ont dû rebrousser chemin. » Dans l’après-midi, le même contingent, renforcé par environ dix autres soldats brésiliens, s’est présenté une seconde fois à la barrière de la faculté, tirant à balles en caoutchouc en direction de la faculté. L’une des balles a atteint une salle de cours, provoquant la panique des étudiants qui se sont enfuis. Pour la troisième fois, vers cinq heures de l’après-midi, des soldats de la Minustah, estimés cette fois à plus de vingt cinq, ont encore tenté de s’introduire dans l’enceinte de la faculté. Ils se sont présentés à la barrière, lourdement armés. Ils ont bouclé l’impasse dans laquelle se trouve l’entrée de la faculté, ce qui a conduit le gardien à fermer la barrière de peur qu’ils n’assiègent le bâtiment et n’attaquent les étudiants. Des enseignants, ainsi que des étudiants qui étaient sur les lieux, ont dû abandonner les salles de classe et se réfugier dans l’arrière-cour du bâtiment. Des examens en cours ont dû être renvoyés. Des riverains ont été obligés de quitter les environs de la faculté, par peur d’être eux-mêmes agressés si la situation se dégradait.

Le RNDDH rappelle qu’« au cours de ces quatre dernières années, des agents de la Minustah ont violé l’espace universitaire à maintes reprises, s’introduisant de force dans les facultés, brutalisant des étudiants et procédant même à des arrestations. De plus, le RNDDH déplore que des agents de la Minustah soient impliqués dans toute sortes d’exactions, dont des viols, des vols, des assassinats, des cas de pédophilie, de bastonnade, d’intimidation, etc. »

Le RNDDH rappelle que « les espaces d’enseignement restent et demeurent libres, selon la Constitution de 1987 qui, en son article 24, dispose qu’“hormis les cas de flagrant délit, l’enceinte des établissements d’enseignement est inviolable. Aucune force de l’ordre ne peut y pénétrer qu’en accord avec la direction de ces établissements.” »

Rappelons que dans le cadre de la journée internationale de lutte pour le retrait immédiat de la Minustah d’Haïti, le POI a demandé à être entendu par le nouveau ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius.

REPORT DE LA RENTRÉE SCOLAIRE 2012-2013 : PROBLÉMATIQUE ET PERPECTIVES

Par Roller Saint Pierre

Alors qu’on s’acheminait tranquillement avec ce que tout cela comportait de gymnastique institutionnelle vers la réouverture des classes le 4 septembre 2012 – le calendrier scolaire 2012-2013 faisant le tour des officines, un certain imprimeur-éditeur ayant imprimé au moins 80.000 posters-calendriers scolaires – des directeurs d’établissement scolaires faisant des préparatifs habituels, des parents faisant les gymnastiques financières en vue de réserver la place de leurs enfants dans une certaine catégorie d’écoles, la majorité des parents (comme à l’ordinaire) se préparant pour envoyer leurs enfants à l’école à partir d’octobre voire janvier 2013, coup de théâtre, le Premier Ministre Laurent Lamothe crée la première surprise sociale à relents économiques de l’automne : la rentrée des classes est reportée pour le 1e octobre 2012.

Les réactions n’ont pas tardé à fuser. Certains pensent que, en dehors des explications officielles faisant croire que le gouvernement, étant à l’écoute des classes nécessiteuses, les structures de mise en place de la deuxième vague des cohortes d’élèves du Programme de Scolarisation Universelle gratuite et Obligatoire (PSUGO) n’étant pas prêtes, le pouvoir exécutif réédite le report de la rentrée scolaire comme cela a été le cas pour l’année 2011-2012. De fait, à l’occasion de la tenue du Conseil de Gouvernement dans la métropole du Sud, le mercredi 8 août 2012, le nouveau Ministre de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle n’a pas caché qu’il lui reste à payer la troisième tranche de subvention annuelle aux directeurs d’écoles non publiques abritant les élèves inscrits dans le PSUGO et qu’il allait, immédiatement après ce conseil de gouvernement signer des chèques d’arriérés aux enseignants. D’autres opinions, cette fois-ci plus politiques, ont utilisé la thématique de la qualité de l’éducation pour appuyer leur raisonnement. Parmi lesquelles, il y a lieu de retenir : « on diminue encore une fois le nombre de jours de classes, alors que les enfants ne reflètent pas le niveau de leur classe » ; « on va perdre 40 jours de classe » ; « le gouvernement Martelly-Lamothe va permettre aux familles socio-économiquement pauvres la possibilité d’avoir la situation financière nécessaire pour faire face aux dépenses impliquées par l’ouverture des classes » ; « le gouvernement Martelly – Lamothe ne fait que verser dans la démagogie populiste en vue de faire croire aux membres des classes les plus pauvres qu’il agit dans leurs intérêts, alors que leurs enfants inscrits dans le PSUGO ne reçoivent pas un enseignement de qualité » ; etc. Enfin, un autre secteur de la société civile, plus structuré que les autres, une organisation d’organisations, a convoqué les membres de son directoire. Ces derniers ont décidé d’avoir une approche plus rationnelle de la question en proposant toute une série d’activités visant à sensibiliser les pouvoirs publics sur les effets négatifs du report de la rentrée scolaire. De nouveau, à chaque fois qu’il s’agit de l’éducation en Haïti, tout un chacun s’autoproclame expert et émet des opinions qui vont vers l’accessoire conjoncturel en laissant intact le principal structurel.

Le principal structurel dont il est question ici, dans le jargon des sciences de l’éducation, se nomme « rythmes scolaires ». La question principale que l’on doit se poser est : est-ce que les rythmes scolaires tels que conçus par le Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle seront affectés par le report de la rentrée scolaire ? Si oui, quelles sont les conséquences institutionnelles et économiques à effets sur les décideurs du ministère, les directeurs d’écoles et enseignants ? Et, au-delà des préoccupations politiques, le vin étant tiré, au nom des élèves haïtiens (du public et du privé), qu’est ce qui peut être fait pour rétablir un équilibre structurel ?

1. Qu’appelle-t-on rythmes scolaires ?

La question des rythmes scolaires a toujours attiré l’attention des responsables politiques et d’éducation au point qu’elle est qualifiée de « vieux débat » toujours d’actualité aux rentrées scolaires (Cavet, 2011). Les rythmes scolaires sont centraux au développement des systèmes éducatifs. Ils impliquent un débat multidisciplinaire d’autant plus que ces rythmes ont des effets qui vont au delà de l’espace scolaire lui même. Non seulement, ils concernent les responsables de la gestion de l’éducation, mais aussi ils répondent à des préoccupations sociales et économiques qui transcendent l’institution scolaire (Galbaud, 2011).

D’un point de vue scientifique, les rythmes scolaires renvoient à une définition plurielle. La première est celle de l’institution. Elle renvoie aux calendriers, aux emplois du temps, … (Testu, 2003). A ce sujet, selon Cavet (2011), « le temps des enfants ne peut être abstrait de celui des adultes, avec lequel il doit être concilié et articulé, tant au sein de la famille que dans l’espace public. Les horaires d’ouverture des écoles, les jours de classe ou de repos, et encore le calendrier des congés scolaires sont autant de points névralgiques soumis à la pression et aux contradictions de la demande sociale ». La deuxième renvoie aux rythmes biologiques avec une rythmicité de la personne et non de l’environnement. Cavet (2011) précise : « la compréhension des rythmes de l’enfant aux différents stades de son développement, physique et cognitif, intéresse depuis 30 ans les « chronosciences (chronobiologie et chronopsychologie) », au carrefour de la biologie, de la physiologie et de la psychologie ». Cette deuxième définition conduit à l’énoncé de diverses recommandations visant à éviter aux enfants fatigue, surcharge et stress, mais aussi à exploiter les variations rythmiques de leurs facultés d’attention, de concentration et de mémorisation pour optimiser l’organisation des temps éducatifs…

Dans le cadre de cet article, en vue d’éliminer une confusion définitionnelle, seule la première définition servira de cadre référentiel. Ainsi se posera la problématique des rythmes scolaires assimilés au temps strictement scolaire et institutionnel sans tenir compte des autres composantes du temps scolaire tels : le temps de la cantine scolaire, le temps du transport scolaire, le trajet à pied (la durée du trajet scolaire de la maison familiale à l’école et inversement), le temps des devoirs à la maison, etc.

2. Une problématique des rythmes scolaires du système éducatif haïtien

2.1. Rythmes scolaires officiels et rythmes scolaires cachés

En Haïti, les rythmes scolaires sont définis dans les plans d’études de l’école fondamentale de base et du 3e cycle pour l’enseignement fondamental 1e et 2e cycles et pour le 3e cycle de l’enseignement fondamental. Ceux des enseignements secondaires rénovés le sont dans le plan d’études du nouveau secondaire. Tandis que, ceux de l’enseignement secondaire traditionnel ne peuvent être que déduits. Ils sont définis en heures hebdomadaires et annuels et non en jours. En vue de permettre au lecteur une meilleure compréhension, les paragraphes qui suivent concerneront essentiellement l’enseignement fondamental 1e et 2e cycles, communément appelé l’enseignement primaire.

Les rythmes scolaires de l’école fondamentale de base varient d’une année à l’autre dans un ordre croissant. En 1re année fondamentale, il comporte 24 heures hebdomadaires pour 720 heures annuelles. En 2e année fondamentale, il comporte 25 heures hebdomadaires pour 750 heures annuelles. En 3e et 4e années fondamentale, il compte pour 26 heures hebdomadaires pour 780 heures annuelles. Enfin, en 5e et 6e années fondamentale, il s’établit à 27 heures hebdomadaires pour 810 heures annuelles. Tels que structurés, les rythmes scolaires haïtiens sont conformes aux principes des « chronosciences ». Cependant, il convient de faire remarquer que dans les faits, à cause de la non application effective du curriculum de l’école fondamentale, les cuuricula liés aux disciplines telles l’éducation esthétique et artistique, l’initiation à la technologie et aux activités productives et l’éducation physique et sportive – d’une manière générale – étant inachevés, il faudra déduire des rythmes scolaires officiels respectivement 4 heures, 5 heures, 6heures et 7 heures hebdomadaires en 1e et 2e années fondamentales, en 3e et 4e année fondamentale, en 5e année fondamentale et en 6e année fondamentale. Ce qui réduit le temps d’apprentissage et augmente la malformation des élèves haïtiens au niveau de l’école fondamentale.

2.2. Une tromperie officielle émanant du calendrier scolaire

La problématique des rythmes scolaires du système éducatif haïtien induit aussi celle du calendrier scolaire en termes d’inadéquation avec le plan d’études officiel. En effet, ce dernier structure le « delivery system » en nombre d’heures d’enseignement, alors que le calendrier scolaire le structure en nombre de jours. De ce qui précède, il appert que ce qui doit compter dans la planification de l’enseignement n’est pas forcément le nombre de jours. Le nombre d’heures d’enseignement est beaucoup plus important que ce dernier pour les agents d’éducation.

Par ailleurs, le calendrier scolaire haïtien traduit une méconnaissance de la réalité de l’effectivité de l’enseignement sur le territoire national. Le nombre de jours de classe proposé par le Ministère est un trompe l’œil. Dans la réalité officielle, il n’existerait que 148 jours de classes. L’analyse du calendrier scolaire officiel 2012-2013 avant le renvoi de la rentrée scolaire à octobre 2012 fait ressortir ce qui suit :

Le nombre de jours de classes proposé par le Ministère chargé de l’éducation nationale est fixé à 190 jours alors qu’il est prévu 34 jours dits « jours de contrôle » et 8 jours de congé officiel. Or, tout analyste des classes haïtiennes sait très bien que pendant les jours de contrôle, l’école cesse de fonctionner pour diverses raisons telles i) le moment de récupérer l’argent de l’écolage ; ii) une méconnaissance de la gestion de l’évaluation des apprentissages par les enseignants et les directeurs d’écoles ; iii) en période d’examens officiels, la nécessité de libérer l’espace scolaire pour l’organisation des examens d’état par le Ministère chargé de l’éducation nationale. Concrètement, en soustrayant les 42 jours ci-dessus, il ne resterait que 148 jours de classe.

2.3. Non respect du calendrier scolaire de 148 jours

Même avec 148 jours de classes, le calendrier scolaire n’est pas respecté dans les faits ; surtout en milieu socio-économiquement défavorisé, en particulier dans les espaces ruraux. Ce qui donne naissance à d’autres rythmes scolaires cachés. Déjà, depuis 2007, le document de Stratégie Nationale d’Éducation Pour Tous soulignait la réduction de fait du nombre de jours de classe en ces termes :

« Depuis environ une dizaine d’années, le ministère de l’Education Nationale multiplie les efforts en vue d’arriver à une augmentation substantielle du nombre de jours de classe par année. Ainsi, plusieurs mesures ont été prises pour faire passer la moyenne de 142 à 185 jours, qui reste malgré tout en dessous de la moyenne internationale de 200. Cependant, des problèmes liés à l’instabilité politique de ces dernières années, la dégradation de la situation économique, du pays qui pousse certaines écoles à travailler moins de cinq jours par semaine, le non-respect du temps scolaire dû entre autres à des raisons culturelles ont empêché d’atteindre cet objectif ». (SNAEPT. P.29).

Parmi ces raisons, il faut citer, entre autres, les jours de marché où élèves, enseignants et directeurs s’absentent pour vendre les produits agricoles récoltés de leurs jardins. Des focus groupes tenus à l’occasion de diverses enquêtes de terrain font ressortir que le nombre moyen de jours de classes par semaine s’élève à 3.

A l’analyse le Ministère haïtien chargé de l’éducation nationale, à travers l’Institut Pédagogique National (défunt), depuis 1982, s’était inscrit dans la modernité, en fixant le nombre d’heures d’apprentissage en lieu et place des jours de classe, alors qu’’une série de pays européens, aujourd’hui, sont en train de réfléchir sur les rythmes scolaires à adopter en vue de lier les deux définitions suscitées des rythmes scolaires. Par exemple, le Ministre français de l’éducation du Président François Hollande, Vincent Peillon, suite aux résultats de la conférence nationale sur les rythmes scolaires et la performance des élèves français de 15 ans au PISA (22 e en mathématiques, 27 e en sciences, 22 e en savoir-lire), veut revenir à la semaine officielle des 5 jours de classe. La résistance est forte. Dans les faits, selon les données d’EUROSTAT (2010), pour 4 jours hebdomadaires de classe, si l’on tient compte du nombre d’heures annuelles, la France arrive seconde derrière l’Italie, avec 958 heures annuelles d’enseignement, les élèves français bénéficient du plus grand nombre d’heures de cours en Europe sur le laps de temps le plus court. Donc, la problématique à résoudre, dans le cas haïtien, à l’occasion du report de la rentrée scolaire 2012-2013, se situerait autour des heures d’enseignement à combler pour boucler l’année scolaire. 3. Conséquences du report de la rentrée scolaire 2012-2013

La question des rythmes scolaires dépasse le cadre strict de l’institution scolaire. L’organisation du temps scolaire a toujours été au centre d’intérêts traduisant de grands enjeux sociaux et économiques (Galbaud, 2011). Ainsi, un report de la rentrée scolaire dans un pays comme Haïti ne peut avoir que des conséquences sociales et économiques sur toutes les institutions et agents concernés directement ou indirectement par l’école.

a) Au niveau institutionnel, pour ne citer que celle là :

La première institution concernée est le Ministère chargé de l’éducation nationale qui avait officialisé son calendrier scolaire, depuis la fin du mois de juin 2012 et qui sera obligé de modifier le calendrier scolaire avec une perte de 20 jours de classes ou 100 heures d’enseignement. Cette perte de jours de classe sera aussi répercutée au sein des écoles de scolarisation universelle mises en place par le gouvernement l’année dernière qui soit dit en passant sont l’objet de nombreuses critiques, justifiées, liées à la qualité de l’éducation. Dans une perspective stricte de perte, l’année scolaire sera de 128 jours. En fait, les contraintes de réajustement du calendrier scolaire sont nombreuses : les écoles à double et triple vacation ; les jours de vacance de Noel, de Pâques et des grandes vacances à respecter ; la période liée aux examens d’état à conserver si on ne veut pas que les cohortes de candidats aux examens du Baccalauréat 2012-2013 ne rencontrent celles de nouveaux entrants pour 2013-2014 ; la cessation des heures d’enseignement au début du mois de juin compte tenu de l’atmosphère insoutenable, non favorable à l’apprentissage, créée par la chaleur qui débute dès la moitié du mois de mai (des écoles fonctionnent encore sous des tentes post séisme de janvier 2012)

b) Au niveau économique, sans être économiste :

• la première institution concernée est le gouvernement lui-même qui, à travers le Ministère de l’Économie et des Finances, affichera un manque à gagner sur la taxation de la masse salariale d’environ 40.000 enseignants du secteur privé et d’impôt sur le revenu d’environ, au moins, 10.000 directeurs d’écoles. En fait, bizarrement, les écoles du secteur privé de l’éducation qui fournissent un service public sont taxées par la DGI ;

• la deuxième institution est l’ONA qui ne pourra recevoir des cotisations patronales et salariales que sur 9 mois des directions d’écoles.

• Il en est de même de l’OFATMA ;

• les agents économiques qui gravitent autour des écoles tels les petit (e)s marchand (e) s, les chauffeurs d’autobus et de tap-taps, les propriétaires de locaux scolaires en location, etc. ;

• Les cadres administratifs et pédagogiques des écoles du secteur privé de l’éducation qui ne pourront recevoir que 9 mois de salaire en lieu et place de 10 mois ;

• Les enseignants du secteur privé de l’éducation subiront le même sort que les cadres administratifs et pédagogiques, etc.

4. Report de la rentrée scolaire : que peut-on faire pour rétablir un équilibre structurel ?

Avant de répondre à cette question, il est important de souligner comme Testu, F. (2001) que « les aménagements du temps scolaire ont été conçus par et pour les adultes. Ils ont pratiquement toujours résulté des exigences économiques, politiques, religieuses et sociales de la société adulte du moment ». Cette assertion, dans le cas haïtien, voudrait dire deux choses : nous sommes une société d’adultes. Et, tant que telle, il est important que nous puissions comprendre que la participation des citoyens à la gestion de la « Res publica » est une des exigences du moment.

Concrètement, il en résulte qu’une rentrée scolaire implique trop d’agents sociaux et économiques pour qu’elle soit le privilège exclusif du Ministère chargé de l’éducation nationale. Comme exemple, ce dernier avait déjà publié le calendrier scolaire 2012-2013 quand le premier ministre, sans un arrêté de l’exécutif, voire un communiqué officiel, arguant des raisons économiques justifiées, pour permettre aux familles de la grande catégorie sociale nécessiteuse de faire face aux dépenses à encourir pour l’ouverture des classes, a annoncé le report de la rentrée scolaire pour octobre 2012.

Cette décision est peut être justifiée du point de vue politique sociale et économique. Elle est manifeste d’une préoccupation mainte fois répétée du Chef de Gouvernement à répondre aux appels de la population de la frange marginalisée du pays. Mais, elle traduit non seulement une absence de planification concertée entre deux instances complémentaires de l’État, mais surtout la non adoption de mécanismes établis et partagés de prise de décision au niveau stratégique de l’état.

L’expérience haïtienne et la littérature sur les temps scolaires démontrent qu’une rentrée scolaire concerne toutes les structures sociales et économiques (Testu, F. 2003). Donc, elle doit être une décision partagée par tous les acteurs. Sur cette base, il serait souhaitable que les autorités mettent en place, dans l’immédiat, deux (2) commissions, à opération annuelle, pour s’occuper de la rentrée scolaire : une commission interministérielle et une commission permanente de la rentrée scolaire au sein du Ministère chargé de l’éducation nationale.

La première, de niveau stratégique, sous la responsabilité du Premier Ministre, pourrait être composée des titulaires des ministères suivants : Ministère de l’économie et des Finances, Ministère chargé de l’Éducation Nationale, Ministère de la Jeunesse, des Activités Civiques et des Sports, Ministère de la Planification et de la Coopération Externe et Ministère chargé de la Lutte contre la Pauvreté Extrême. Sur la base des exigences socio-économiques de la rentrée scolaire (dotation de manuels scolaires, subvention de manuels scolaires, cantine scolaire, transport scolaire, uniformes scolaires, arriérés de salaires des enseignants, etc.), cette commission statuerait sur les grandes décisions à prendre. Les objectifs, les attributions et les modalités de fonctionnement de cette commission feraient l’objet d’un travail d’experts.

La deuxième, de niveau opérationnel, la Commission Permanente de la Rentrée Scolaire (CPRS) ou Commission Permanente sur les Rythmes Scolaires (CPRS), sous la responsabilité du Ministre chargé de l’Éducation Nationale pourrait être composée des membres suivants : le Ministre chargé de l’éducation nationale, le Directeur de la planification et de la Planification Externe, les Directeurs de l’Enseignement Fondamental et du Secondaire, le Directeur du BUNEXE, les dix (10) Directeurs Départementaux d’Éducation, le Directeur Général de l’Institut National de Formation Professionnelle (INFP), le Directeur du Programme National de la Cantine Scolaire (PNCS), des représentants de syndicats d’enseignants, des représentants d’éditeurs de manuels scolaires, des représentants de directeurs d’écoles, etc. Cette CPRS, une instance technique, s’efforcerait à avoir une représentation nationale. Elle s’occuperait essentiellement des problématiques liées aux rythmes scolaires et fixerait le calendrier scolaire annuel. Sa structuration se ferait dans les mêmes conditions que la commission de niveau stratégique.

En absence de ces deux commissions, face à la menace du Ministre actuel chargé de l’éducation nationale de sévir dans toute sa rigueur contre tous les directeurs d’écoles qui entendent outrepasser la décision de report de la rentrée scolaire, en vue de rétablir l’équilibre structurel, ces derniers doivent mettre en œuvre des procédures de réajustement en vue de permettre le rattrapage des 100 heures aux élèves. Ce rattrapage peut se faire sous diverses formes. Parmi lesquelles, on peut citer : i) ajouter une (1) heure sur les 100 premiers jours de classe ; ii) diminuer le nombre de jours de vacances ; iii) inclure 20 samedis dans les 148 jours de classe. Ce qui porterait ces derniers à 168 jours de classe ; etc. La solution sera peut être une combinaison intelligente de ces options qui s’inscrivent dans la manipulation du temps. L’important sera surtout d’inscrire les choix dans un dispositif de concertation le plus large possible qui aura pour préoccupation principale la réussite des écoliers haïtiens.

Bibliographie

CAVET Agnès (2011). « Les rythmes scolaires : pour une dynamique nouvelle des temps éducatifs ». Dossier d’actualité de la VST, n° 60, février. [En ligne] : http://www.inrp.fr/vst/LettreVST/60….

EUROSTAT (2010). [En ligne] : http://www.eurydice.org/Eurybase/fr….

GALBAUD, D (2011). « Les rythmes scolaires » Mensuel Sommes Nous rationnels ?, n0 225.

INSTITUT PÉDAGOGIQUE NATIONAL / MINISTERE DE L’ÉDUCATION NATIONALE. Haïti. (1982). Curriculum de l’école fondamentale. Document inédit.

MINISTERE DE L’ÉDUCATION NATIONALE ET DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE (2007). Stratégie Nationale d’Éducation Pour Tous (SNAEPT). Document inédit.

TESTU, F. (2001). « Aménager le temps scolaire. Pour qui ? », Enfances & Psy,1 no13, p. 67-72.

TESTU, F. (2003). Dans le futur débat sur l’école, le problème des rythmes scolaires. Cahiers pédagogiques [en ligne] : http://www.cahiers-pedagogiques.com….

Source : http://www.alterpresse.org