3 DÉCEMBRE 2001–3 DÉCEMBRE 2016 : 15 ANS DÉJÀ DEPUIS LE LÂCHE ASSASSINAT DU JOURNALISTE BRIGNOL LINDOR !

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par Roseline LINDOR

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Le 3 décembre 2001, mon frère Brignol Lindor, journaliste à Radio Echo2000 de Petit-Goâve, a lâchement été assassiné par « une bande de tueurs liée aux autorités politiques locales du mouvement « Lavalas » (l’Avalanche) du président Jean-Bertrand Aristide », comme le mentionne Yves Saint-Gérard dans « Haïti : 1804-2004 Entre mythes et réalités » (Le Félin, 2004, p. 201).

« Cette agression, particulièrement horrible, a coûté la vie à un jeune homme brillant, compétent, cultivé, indépendant des coteries rivales, attaché à sa ville natale. Beaucoup considéraient Brignol Lindor, 31 ans, comme ‘‘l’avenir’’ de cette commune déshéritée », ajoute-t-il.

Depuis 2001, ce n’est donc pas seulement la ville de Petit-Goâve qui est endeuillée mais toute la nation haïtienne.

Plus que jamais, notre famille pleure la disparition de Brignol et continue de réclamer justice. Les acteurs de cet acte barbare doivent payer pour leur forfait ! Bien que toujours meurtris, nous sommes totalement déterminés à faire triompher la justice !

Nous n’avons rien oublié ! C’est comme si c’était hier lorsqu’un ami de la famille est venu nous annoncer la triste nouvelle sans trop vouloir nous en dire plus, de peur de nous accabler. Nous nous rendîmes au commissariat de police, mais aucun policier n’a voulu faire le déplacement pour accompagner la famille sur les lieux du drame.

Ce jour-là, de par leur attitude, les policiers ont fait incontestablement preuve de non-assistance à personne en danger, violant ainsi la devise de la police nationale telle que prescrite par la Constitution haïtienne, à savoir « protéger et servir ». En fait, en échangeant avec les policiers, nous avons tout de suite compris qu’ils avaient reçu l’ordre de ne pas intervenir

L’assassinat de mon frère a été minutieusement planifié au plus haut niveau du pouvoir en place. Il était devenu l’ennemi numéro un au niveau local, l’homme à abattre. Plusieurs réunions ont été tenues, suivies d’une déclaration de Dumé Bony, l’adjoint au maire, lors d’une conférence de presse organisée par les autorités de la ville.

Faut-il rappeler les faits ! Parmi les dix personnes inculpées lors d’un procès en 2007, seules deux d’entre elles ont été condamnées à perpétuité. Les autres, jamais arrêtées depuis, ont été condamnées par contumace. A vrai dire, la justice a totalement failli !

Ainsi que le souligne Yves Saint-Gérard, « l’instruction [a épargné] les instigateurs présumés du crime, à savoir les membres du conseil municipal et les chefs des administrations locales en place à l’époque. La plupart d’entre eux [ont continué] d’exercer leurs fonctions à Petit-Goâve.

Ils avaient nommément désigné la victime comme un ‘‘terroriste’’ et appelé à lui appliquer la formule ‘‘tolérance zéro’’ énoncée quelques mois plus tôt par le chef de l’État de l’époque [M. Jean-Bertrand Aristide…C’est cette même formule qui a été invoquée par les exécutants du journaliste au moment du meurtre et dans des aveux livrés à une association de défense de la liberté de la presse, deux jours seulement après leur forfait ».

Qu’est-ce qui a été fait depuis ? Rien ! Le fameux prêtre a changé de commune. Aucun des policiers présents lors de notre passage au commissariat n’a été inquiété. Et l’on a assisté à une parodie de justice après que le pouvoir « Lavalas » eut prétexté arrêter une personne du groupe « dòmi nan bwa ».

Alors, à quand une véritable justice pour la famille, la ville de Petit-Goâve et, plus largement, le pays tout entier suite à cet acte abject qui reste à jamais gravé dans la mémoire collective ?

Quand est-ce qu’on va mettre fin, une fois pour toutes, à cette culture mortifère de l’impunité qui ronge tant la société haïtienne depuis des lustres ?

Nou pa bliye Brignol ! E nou p ap janm bliye l ! Li lè li tan pou lajistis blayi nan peyi a!

Roseline et Famille LINDOR

 

Funérailles émouvantes du journaliste Brignol Lindor

La ville de Petit-Goâve a rendu un dernier et vibrant hommage, le mardi 11 décembre, à Brignol Lindor. Le directeur de la Salle des Nouvelles de Radio Écho 2000 a été tué à coup de machette, le lundi 3 décembre dernier, par des membres d’une Organisation Populaire (OP) proche de Lavalas dénommée “ Domi nan bwa”. A l’occasion des funérailles du journaliste, la famille de la victime a une fois de plus réclamé justice.

Sous un soleil de plomb et dans la confusion la plus totale, le journaliste Brignol Lindor a été conduit à sa dernière demeure. Malgré le vacarme provoqué par les cris de la foule nombreuse des parents , sympathisants , amis et confrères du journaliste , le père Hans Alexandre a su mener la cérémonie à terme . Le prélat, cousin du défunt, n’a pas pu contenir ses larmes face à l’assassinat de Brignol Lindor avec qui, indique-t-il , il a eu de bons souvenirs d’enfance. Dans son homélie, le père Alexandre a condamné le crime crapuleux du 3 décembre mais a exhorté les fidèles à s’abstenir de toute vengeance. Il a prôné la justice, le respect de la vie humaine, la non-violence et a dénoncé le laxisme des autorités locales. Pour le père Alexandre, Brignol Lindor fut un pacifiste, il est un martyr de la vérité dont le sang doit servir à réconcilier chaque haïtien .

À l’intérieur de l’église, la foule ne cessait de scander des slogans hostiles au pouvoir Lavalas particulièrement au président Jean Bertrand Aristide. Le nouveau curé de la paroisse de Petit-Goâve, le père Edwige Carré, présent à la cérémonie et accusé par l’Opposition d’avoir participé à la réunion de planification de l’assassinat de Brignol Lindor n’était pas non plus exempt d’injures. Face à cette vague de protestations anti-Lavalas, les organisateurs de la cérémonie ont dû écourter le programme funéraire dont une partie était dédiée aux Associations de Journalistes et à l’Association Nationale des Médias Haïtiens ( ANMH) .

Des dizaines de journalistes étaient venus de différentes villes du pays pour rendre un dernier hommage au directeur de nouvelles de Radio Écho 2000 de Petit-Goâve à l’occasion de ses obsèques déroulées en présence de militants de droits humains , de représentants du pouvoir et de l’Opposition. La corporation continue de réclamer justice pour le jeune confrère de 32 ans et interpelle la conscience des auteurs de cet acte odieux.

http://www.metropolehaiti.com/metropole/full_une_fr.php?id=3698

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III – L’état du débat sur l’Arrêt de la Cour Constitutionnelle dominicaine (3 sur 4)

Alors que la Cour Constitutionnelle défend énergiquement par-devant la communauté internationale l’arrêt visant à dénationaliser ces quelque 250 personnes, nombreux sont les secteurs qui s’opposent à cette mesure. Dans cette partie de notre article, nous continuons à présenter les opinions de ces groupes.

3.3 Position de leaders d’opinion dominicains

A côté de ces institutions, des personnalités dominicaines de renom se sont élevées la voix contre la sentence, parmi lesquelles on peut citer la sociologue Rosario Espinal, le journaliste Juan Bolivar Diaz, Monseigneur Telesforo Isaac et le philosophe David Alvarez. La première fustige le gouvernement pour son irresponsabilité d’avoir permis une migration désorganisée et illégale, en même qu’elle voit dans la décision de la Cour la route vers un « apartheid constitutionnel ». Elle met à nu trois sophismes que les nationalistes dominicains tiennent à l’égard des haïtiens, à savoir que (1) les ONG sont les coupables de l’invasion haïtienne, (2) la souveraineté de l’Etat Dominicain lui permet d’agir à sa guise en matière de migration, et (3) pour exercer sa souveraineté, le pays doit prendre distance par rapport aux organismes internationaux qui remettent en question ses décisions.

La première idée fallacieuse a été rejetée par le fait que la migration haïtienne a précédé les ONG et a été promue par le gouvernement dominicain pour le travail dans les plantations sucrières. La seconde a été déconstruite du fait que la souveraineté ne permet pas à un Etat d’agir comme bon lui semble avec les êtres humains et que celui-là est soumis à un ordre juridique national et international. La dernière ne tient pas du fait que l’auto-isolement de la République Dominicaine mettrait en cause son existence même et, dans une telle situation, même les Dominicains de pure souche – s’il en existe, affirme-t-elle – abandonneraient le pays.

A la différence du cardinal Lopez Rodriguez, pour l’évêque anglican, Telesforo Isaac, cette mesure est insolite et résulte de préjugés sociaux, d’intolérance raciale, de vengeance historique et d’un nationalisme exagéré. Il rappelle que de graves erreurs de décisions ont été prises légalement dans le passé dont la persécution des chrétiens par les empereurs romains, l’Inquisition, l’Holocauste juif.

A l’instar du prélat anglican, la Conférence Dominicaine de Religieux (CONDOR), une entité de l’Eglise catholique romaine, plaide pour la révocation de la sentence dans un communiqué publié sur son site web le 9 octobre dernier. Citant le texte de libération d’Exode 3 où Dieu est parti à la défense de son peuple opprimé en Egypte, et le message du pape François pour la Journée de la Migration de cette année rappelant que la dignité de la personne humaine est indépendante de sa classe sociale et de sa race, la CONDOR clame pour une dominicanité inclusive, inspirée des valeurs de l’Evangile, comme l’ont voulu les pères de la Patrie. Elle dit unir sa voix à celle des opprimés pour exiger l’annulation de cette mesure affectant gravement les droits fondamentaux, et rappelle que la loi ne peut pas être au-dessus de l’être humain ni appliquée rétroactivement.

Le commentateur Rafael Taveras de l’émission radiophonique Gobierno de la Mañana (Gouvernement du Matin), la plus écoutée en République Dominicaine, emboite le pas à ces religieux en déclarant au cardinal que la souveraineté ne permet pas de défendre avec arrogance ce qui est arbitraire ou criminel.

Le sociologue dominico-cubain Haroldo Dilla abonde dans le même sens. Il compare la décision de la Cour Constitutionnelle à « La Nuit de Cristal » de novembre 1938 où les bandes hitlériennes détruisirent des familles juives soit par leur extermination dans les camps de concentration, soit par leur expulsion au cri de « Allemands, défendez-vous ». Il affirme que cette action ne profite qu’à une minorité raciste, laquelle a fait de l’anti-haïtianisme, de la virulence idéologique et de la diffamation les raisons d’être de son existence. Il invite la société dominicaine à être vigilante pour ne pas être victime de la passivité ou de l’indifférence face au mal à l’exemple du pasteur Martin Niemoller réprimé par le nazisme et qui s’est confessé dans le poème « Lorsque les nazis sont venus chercher les communistes ».

3.4 Position des medias

Des journalistes ont aussi condamné la sentence de la Cour. Juan Bolivar Díaz, directeur de l’émission télévisée Uno+Uno depuis 1987, appelle le président Danilo à « freiner ce génocide civil ». Le directeur du journal en ligne Acento, Fausto Rosario, dans une vidéo présentée sur You tube, critique énergiquement la sentence qu’il compare à un apartheid. Il prend en exemple le président Obama et l’ex-gouverneure du Canada Michaelle Jean, le premier d’origine africaine et la deuxième, haïtienne, qui n’auraient pas accédé à leur prestigieuse position si les Etats-Unis et le Canada avaient mené une politique raciste comme la République Dominicaine.

La directrice de 7dias.com, Margarita Cordero, rappelle aux autorités dominicaines que « dénationalisation et migration ne sont pas la même chose » et affirme en même temps que cette décision est le fruit du « trujillisme qui survit sous différentes formes mais sans changer son essence ». A ceux-là qui insultent, la directrice rétorque que leurs propos pourraient faire l’objet de l’ouvrage « Livre de la Scatologie Dominicaine » (Scatologie : Traité de choses excrémentielles).

Maria Soldevila, rédactrice en chef de Listin Diario écrit que la « République Dominicaine est dans un imbroglio (aprietos) international, car la sentence constitue « un affront aux conventions internationales que le pays a assumées » et que ce dernier pourrait être passible de punition de la CIDH si on pense au cas des enfants Yean y Bosicó de 2005.

Dans son éditorial « L’universalité des droits » du 13 octobre, le journal Hoy a fait part de son désaccord avec la sentence. Pour le journal, on ne peut pas refuser la nationalité aux citoyens nés avant 2010, même s’ils sont des fils d’étrangers et même si leur inscription au registre civil aurait été fait par dans des conditions irrégulières, par erreur ou par inexactitude, car « ils ne peuvent être pris pour responsables des erreurs des autres ». Le texte souligne que « contrairement aux affirmations des tenants de cette ségrégation discriminatoire, la République dominicaine a des engagements à respecter les régimes juridiques universels et cela ne réduira pas ses droits souverains ».

Alvaro Arvelo, commentateur vedette de l’émission radiophonique Gouvernement du Matin, espèce de « Ranmase » dominicain, s’insurge contre le Tribunal Constitutionnel et rappelle que les autochtones de l’ile furent exterminés et que les Dominicains sont des descendants d’immigrants de différentes parties du monde. Il cite de riches familles dominicaines dont les Vicini et les Corripio qui sont fils d’Italiens d’Espagnols arrivés sur l’ile de façon illégale.

Un autre commentateur, Carlos Peña, à cette émission dénonce que la sentence aurait été écrite par un juge de la JCE et soutient que le cas de Juliana ne signifie pas une atteinte contre la souveraineté dominicaine, sinon que la jeune femme n’est que la victime d’un Etat incapable de contrôler le flux migratoire.

……………

* Professeur d’Economie à l’Université Pontificale Mère et Maitresse (PUCAMAIMA) et de Science Politique à l’Université Ibéro-Américaine (UNIBE) à Santo Domingo
Coordonnateur général de NAPSA
Contact : desharolden@gmail.com

I – L’état du débat sur l’Arrêt de la Cour Constitutionnelle dominicaine (1sur 4)

 

Par Joseph Harold Pierre *

La sentence 168/13 du 25 septembre dernier émise par la Cour Constitutionnelle dominicaine visant à dépouiller quelque 250 mille personnes de leurs documents légaux, divise la société en deux blocs. Vu son ampleur, le sujet a supplanté le débat surchauffé du vote préférentiel proposé par le système électoral dominicain. Des organismes internationaux se sentant concernés par la décision se sont prononcés. Haïti et sa diaspora, préoccupées par le sort que pourraient encourir leurs descendants, ont pris position dans le débat. L’opinion publique étant un pilier de la démocratie, comme l’ont reconnu de grands philosophes tels Jürgen Habermas et Richard Rorty, je me propose dans cet essai de présenter les idées qui alimentent le débat autour de la sentence, dans l’objectif d’aider à la consolidation des espaces de dialogue tant en Haïti qu’en République Dominicaine, d’inviter les autorités dominicaines à envisager un dénouement le plus humain possible pour les individus concernés.

1 – Mise en contexte

La décision de dénationaliser des personnes nées en République Dominicaine d’ascendance étrangère, généralement haïtienne (qui jusqu’a alors étaient des Dominicains, parce qu’elles détiennent pour la plupart des documents leur donnant ce droit) surgit, pour plus d’un, de la plainte déposée par Juliana Pierre le 10 juillet 2012 par-devant la Cour constitutionnelle contre la Junte Centrale Electorale laquelle lui a refusé sa carte d’identité et électorale. L’argument avancé par la Cour Constitutionnelle dans la sentence 168/13 du 23 septembre dernier pour justifier que la jeune femme de 29 ans (née en territoire dominicain) ne réunissait pas les conditions pour être dominicaine, réside en ce que ses parents étaient des étrangers (haïtiens) « en transit » et aux fils desquels « ne correspond pas la nationalité dominicaine » selon l’article 11.1 de la constitution de 1966, en vigueur au moment de sa naissance. D’après cette loi-mère, la citoyenneté dominicaine peut être acquise par « toutes les personnes nées sur le territoire de la République (Dominicaine), à l’exception des enfants légitimes des étrangers résidant dans le pays en mission diplomatique ou ceux qui sont en transit ».

En référence à la loi No. 95 de 1939 et au Règlement No. 279, la Cour précise que les « étrangers en transit » sont ceux qui n’ont pas de domicile légal en République Dominicaine en raison de l’absence d’un permis de résidence. D’un autre côté, la Cour souligne que « les étrangers en transit » peuvent changer leur statut d’immigration par l’obtention d’un permis de résidence légal, ce qui permettrait aux enfants nés dans le pays d’acquérir la nationalité dominicaine par le « droit du sol » ou « jus soli ». Dans le cas contraire, leurs enfants n’auraient pas la nationalité dominicaine, car « il est juridiquement inadmissible de fonder la naissance d’un droit à partir d’une situation illicite de facto », affirme-t-elle.

Dans la foulée, Juliana a pu restituer son acte de naissance sous condition, alors que la JCE étudie la validité du document et de ceux d’environ 250 mille personnes nées de parents étrangers à partir de 1929. Elles pourront se voir dépourvues de leur acte de naissance et, en conséquence, de la nationalité dominicaine, au cas où la fouille qui aura duré un an, révélerait que ces documents préalablement livrés par les autorités compétentes auraient été inscrits au Registre Civil dominicain de manière irrégulière et, donc, invalides. Ces milliers d’individus à qui on enlèverait les pièces de nationalité, seront inscrits à un nouveau registre créé pour eux et pourront se régulariser suivant les conditions déterminées par l’article 151 de la Loi Migratoire No. 285-04.

Une autre action qui découle de la décision de la Cour Constitutionnelle est que la Direction Générale de la Migration (DGM) tient à établir la légitimité migratoire des employés étrangers. Pour cela, elle commencera à partir du 19 octobre prochain à inspecter les lieux de travail et à sanctionner les contrevenants en vertu de la faculté qui lui est conférée par l’article 6 de la Loi 285-04 et son Règlement d’Application 231-11. Les personnes et les entreprises employant des étrangers illégaux ou inhabilités à travailler paieront des amendes allant de 3 à 10 ou de 5 à 30 fois la valeur du salaire minimum.

Dans la foulée, le président Danilo Medina s’est excusé auprès des affectés et reconnait que la sentence déclenche un « drame humain » auquel il faut trouver une solution dans le dialogue. La « Fondation Institutionnalité et Justice (Finjus) » a proposé comme solution à cette crise une amnistie. D’autres ont préféré la modification de la loi 1683 relative à la nationalisation en vue de permettre aux personnes affectées d’acquérir la nationalité dominicaine par naturalisation.

Entretemps, les personnes nées sur le territoire dominicain d’origine haïtienne, réunies autour du mouvement « Reconoci.do », ne cessent de réclamer leurs pièces d’identité dominicaine. Sous l’égide de leurs coordonnateurs, Ana Belique et Juan Telemín, plusieurs sit-in ont été organisés devant la JCE. Dans la même perspective, une conférence a été tenue à l’Université Autonome de Santo Domingo (UASD).

Terminée cette mise en contexte, on présente maintenant les deux blocs de la société dominicaine, les citoyens qui sont en faveur de la sentence et ceux qui la rejettent. De plus, seront connues les prises de position de la communauté internationale et d’Haïti, d’autant plus que cette dernière est particulièrement touchée par la sentence.

2 – En faveur de la sentence

Pour Ricardo Taveras, directeur de la Direction Générale de la Migration dominicaine, la sentence est une « mesure très sage » et « historique », puisqu’elle « ouvre enfin les portes conduisant à la résolution définitive d’un problème qui reste une plaie ouverte dans la société dominicaine et qui se trouve entre le respect de l’Etat de droit et le drame humain de personnes qui ont besoin d’une solution définitive à leurs problèmes d’identité ». Le chef de la Migration soutient que, par cette mesure, les personnes affectées sortiront de leur indéfinition nationale et auront une fois pour toute un statut et une identité définis, sans que les lois ne s’en trouvent violées.

Pour rejeter l’idée de l’apatridie soutenue par plus d’un, les défendeurs de la sentence se sont appuyés sur l’article 11 de la constitution haïtienne de 1987, stipulant que « possède la nationalité haïtienne d’origine, tout individu né d’un père haïtien ou d’une mère haïtienne qui eux-mêmes sont nés Haïtiens et n’avaient jamais renoncé à leur nationalité au moment de la naissance ». Autrement dit, ces personnes nées en République Dominicaine de parents « illégaux » (irréguliers, dit l’ONU) à partir de 1929, ne sont pas apatrides sinon haïtiennes, car elles acquièrent suivant l’article précité la nationalité de leurs parents. A la défense de cette mesure apparaissent plusieurs noms dont les plus importants sont : le cardinal Lopez Rodriguez, Monseigneur Agripino Nuñez, deux figures importantes de la hiérarchie catholique en République Dominicaine, l’écrivain Manuel Nuñez, Vincho Castillo du parti extrême-droite « Force Nationale Progressiste (FNP) », le juriste Julio Cury et l’ancien président Leonel Fernandez.

Le cardinal appuie la sentence qui est, pour lui, « absolument juste », car « la Cour a agi en conformité avec la loi ». Le prélat a, du même coup, insulté les voix qui s’opposent à la mesure en les traitant de « sans honte » et de « canaille », et dénoncé des ONG qui, selon lui, orchestrent une campagne anti-dominicaine, dont le Centre Bonó, une institution sociale des Jésuites. Pour sa part, Monseigneur Agripino, médiateur reconnu des conflits politiques en République Dominicaine, salue la décision du Tribunal, tout en reconnaissant que cette mesure fera l’objet de grands débats puisque les affectés se réfèreront à d’autres instances pour faire passer leurs revendications.

La journaliste Consuelo Despradel de la très écoutée émission radiophonique « Gobierno de la Tarde (Gouvernement de l’après-midi) », elle aussi, s’est déclarée en faveur de la décision du Tribunal, de même que l’écrivain Manuel Nuñez. Pour ce dernier, auteur de « El Ocaso de la Nación Dominicana [Le déclin de la Nation Dominicaine], (ouvrage dont la thèse centrale est que la présence haïtienne en République Dominicaine peut provoquer le déclin du pays), une telle mesure peut aider à contrecarrer la colonisation de la République Dominicaine par les migrants haïtiens. Finalement, l’ex-président Fernandez est en faveur de la Cour Constitutionnelle. Il indique que, pour ce qui est de la nationalité, il faut respecter la souveraineté et l’autodétermination qu’a chaque nation de statuer là-dessus et rappelle que, dans le cas dominicain, le lien territorial pour l’obtention de la nationalité est conditionné par le statut légal des parents. Il souligne toutefois que si la décision a un effet rétroactif, il y a « un problème (juridique) de déterminer le statut légal de ceux qui ont vécu dans le pays [République Dominicaine], qui ont eu l’impression d’être dominicains et qui ont même eu à un certain moment la documentation dominicaine ». En tout dernier lieu, l’Académie Dominicaine de Droit considère la sentence comme une décision courageuse, alors qu’elle qualifie de rébellion contre l’Etat l’action des secteurs opposants.

En résumé, les défenseurs de la sentence fondent leur thèse sur le fait que la constitution haïtienne reconnait comme haïtien tout individu né de parents haïtiens et sur le fait que les parents des étrangers [haïtiens] affectés par la décision sont nés de parents illégaux. Maintenant, qu’en est-il de ceux qui rejettent la mesure du Tribunal ?

(A suivre)

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* Professeur d’Economie à l’Université Pontificale Mère et Maitresse (PUCMM) et de Science Politique à l’Université Ibéro-américaine (UNIBE) à Santo Domingo
Coordonnateur général de NAPSA
Contact : desharolden@gmail.com

 

LE CARTEL DE JACMEL : JOSEPH LAMBERT, EDWIN ZENNY, FOUREL CELESTIN

Révélations fracassantes d’un jeune ex-membre d’un gang armé

Le Cartel de Jacmel :

Joseph Lambert, Edwin Zenny, Fourel Celestin : des truands d’envergure reconvertis en politique

I. Introduction

Je m’appelle Sherlson Sanon. Identifié par le Numéro de ma Carte d’Identification Nationale : 02-01-99-1988-12-00245, je suis né à Jacmel le 16 décembre 1988. .

En 1999, j’étais âgé de onze (11) ans et en situation précaire, lorsque j’ai été approché par l’ex-Sénateur Joseph Lambert, aujourd’hui Conseiller du Président de la République Joseph Michel Martelly, qui m’a introduit dans le secteur criminel.

J’ai spontanément décidé d’arrêter mes activités criminelles. C’est pourquoi, tout en me mettant à la disposition de la Justice, le 12 mars 2013, je me suis rendu au Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) en vue de faire ce témoignage.

II. Mon Enrôlement à titre de transporteur de drogue

En 1999, l’ancien Sénateur Joseph Lambert m’a proposé d’être son ami car, il voyait en moi, me disait-il, un jeune garçon intelligent et plein d’avenir. A cette époque, Joseph Lambert n’était pas encore Sénateur cependant, il était très proche du Sénateur d’alors, Fourel Célestin.

C’est ainsi que j’ai intégré la base KAKOS, localisée à la Rue Sainte Anne, à Jacmel. Mon nom d’opération est Andrébert Sanon. J’ai été nommé ainsi par l’ex-Sénateur Joseph Lambert lui-même qui s’est aussi chargé de mon instruction en matière de crime. En effet, j’ai reçu une formation en reconnaissance de cocaïne. J’ai aussi appris à faire usage d’une arme à feu, à conduire les automobiles et les motocyclettes, avant de recevoir des matériels de travail savoir, des gants, des armes, des munitions, etc.

Après ma formation, l’ex-Sénateur Joseph LAMBERT m’a engagé pour assurer le transport de cargaisons de drogue. Je devais transporter ces cargaisons de la Rue de la Ravine à Lamandou, chez un agent de sécurité d’alors de Joseph LAMBERT, dénommé Kern DESAMOUR. Je recevais deux mille (2000) gourdes pour ce travail.

Au fur et à mesure que je travaillais, l’ex-Sénateur me léguait d’autres responsabilités comme le transport de cargaisons d’armes à feu ou le transport de cargaisons de drogue en des endroits éloignés. En effet, j’ai aussi l’habitude de transporter de la drogue pour l’actuel Commissaire du gouvernement près le Tribunal de Première Instance de la Croix des Bouquets, Me Lenny THELISMA ce pour le compte de l’actuel conseiller du Président Joseph Michel Martelly. Cependant, Me Leny Thelisma qui habite Martissant 7, ne reçoit pas la drogue chez lui, mais au Carrefour Fleuriot.

Parallèlement, le Sénateur Joseph Lambert m’a conseillé d’abandonner mes études, arguant que les documents, les certificats de fin d’études ne rapportent rien en Haïti. Il m’a affirmé qu’il pourrait me les faire avoir, sans qu’il ne me soit nécessaire d’aller à l’école. De plus, il m’a promis une voiture, une maison et un emploi au niveau de la fonction publique.

L’ex-Sénateur Joseph Lambert a aussi loué une maison où les membres du gang KAKOS sont hébergés lorsqu’ils rentrent à Port-au-Prince, notamment pour des missions. Cette maison est située au # 29, Impasse Wallace, Route de Frères. De plus, le Commissaire du Gouvernement près le Tribunal de Première Instance de la Croix des Bouquets, Me Lenny Thelisma a mis sa propre maison, localisée à Martissant 7, à la disposition de la base KAKOS.

Cette base est composée d’au moins dix-sept (17) individus. Il s’agit de :

1.    Edner Come connu encore sous le nom de Jackson Travelino, actuellement rechercé par la Police Nationale d’Haïti (PNH) dans le cadre de l’enquête judiciaire relative au démantèlement du gang dirigé par Clifford Brandt.

2.    Yvener PoMPY

3.    Herlain THELEMAQUE, un aspirant policier

4.    Alain Moïse

5.    Jude Millien

6.    Fabienne Louis

7.    Eddy Jean

8.    Jean Edwidge Roy connu encore sous le nom de Papouche ROY

9.    Sherlson Sanon connu encore sous le nom d’Andrébert Sanon

10.Saint-Fleur Roy

11.Sony Lambert

12.Yves JOACfflM

13.Raymond FRID

14.Berthony alias Tchampan

15.Amounou ainsi connu

16.Grégory ainsi connu

17.Design ainsi connu

III. Les premiers crimes que j’ai perpétrés

a. Assassinat d’étrangers à Jacmel

En 1999, moi, Sherlson Sanon, j’ai tué pour le compte de l’ex-Sénateur Joseph Lambert, une étrangère du nom Céline Moulier qui était venue implémenter une organisation à Jacmel. Elle habitait à Civadier. J’ai reçu deux mille (2000) gourdes pour cette exécution. Le jour du crime, j’étais accompagné de Alain MOÏSE.. Ce dernier est un agent de la Police Nationale d’Haïti (PNH). Lorsque je l’ai exécutée à hauteur de la route de Makary, Céline MOULIER pilotait une Toyota double cabine, blanche. Le même jour, le père de la victime, Fernand MOULIER, a aussi été assassiné par Alain MOÏSE.

Le gang a reçu Tordre de conduire le véhicule de Céline MOULIER au garage de Jacky CAROLLI, situé à St Cyr, Jacmel. Les pièces du véhicule ont été vendues. La carcasse se trouve encore au garage.

Après l’assassinat des deux (2) étrangers susmentionnés, j’ai été emmené en République Dominicaine, au Bahia Prencipe Hôtel, Bavaro situé à Punta Canay en attendant que tout se calme.

b. Cas de Kern Désamour

Kern Desamour était un membre du gang. Il assurait la sécurité du dépôt de drogue de l’ex-Sénateur. Une fois, il a reçu pour mission de récupérer une cargaison et de l’apporter à l’ex-Sénateur Fourel Célestin. Cependant, Kern Desamour a préféré prendre la marchandise et l’a vendue à Jacky Carolli (Khawly).

J’ai été chargé d’assassiner Kern Desamour pour cet écart de conduite.

Le 30 octobre 2006, j’ai exécuté Kern Desamour. Je lui ai administré trois (3) balles alors qu’il se trouvait dans un bar restaurant situé à Lamandou. Lors du crime, Yvener Pompy, un autre membre du gang, spécialisé notamment dans les exécutions, était présent. L’arme du crime m’a été remise spécialement par l’ex-Sénateur Joseph Lambert.

Après l’assassinat de Kern Desamour, des policiers basés à Jacmel ont reçu l’ordre de dire que ce dernier a été tué par un policier. Parallèlement, j’ai été encore emmené en République Dominicaine, où j’ai passé trois (3) mois, logé au même hôtel, le Bahia Prencipe Hôtel, Bavaro situé à Punta Cana. A chaque fois, toutes mes dépenses étaient prises en charge par l’ex-Sénateur qui me rendait visite chaque mois.

Après une retraite de trois (3) mois, l’ex-Sénateur est venu me chercher. Arrivé à Jacmel, il m’a offert une moto qu’il a lui-même achetée chez Edo Zenny pour une somme de trente-cinq mille (35.000) gourdes.

IV. Ma présentation au Sénateur Edwin Zenny

En 2006, en raison des multiples services rendus et surtout, parce que je me suis toujours montré consciencieux dans mes nombreuses tâches, le Sénateur Joseph Lambert m’a présenté au Sénateur Edwin Zenny connu encore sous le nom de Edo Zenny. A partir de ce moment, j’ai eu deux (2) patrons.

Toutefois, avec le Sénateur Edwin Zenny, mes contacts se sont multipliés. De plus, mon travail de transporteur est devenu plus important. J’ai été autorisé à prendre les cargaisons chez Jacky Carolli (Khawly) et chez Joël Carolli (Khawly) pour le compte des Sénateurs Edwin Zenny et Joseph Lambert.

Les cargaisons emmenées à Lamandou étaient toujours sécurisées par Saint-Fleur ROY, Jean Edwidge Roy connu encore sous le nom de Papouche ROY et Eddy JEAN. Aujourd’hui, Eddy JEAN est propriétaire d’une boutique de vêtements localisée à Lamandou 1.

V. Mon implication dans les actes de violence enregistrés lors des élections de 2010

Pour les élections de 2010, le Sénateur Joseph Lambert a supporté le candidat à la députation Kénol Charles. J’avais pour tâche de remplir les urnes au profit de Kénol Charles. J’étais aidé par les autres membres de la base KAKOS. Puis, sécurisé par des agents de la Mission des Nations-Unies pour la Stabilisation en Haïti (MINUSTAH), j’ai emmené les urnes au bureau de vote de Meyer, une commune du Sud-est.

Je dois souligner que ces fraudes ont favorisé le candidat Kénol Charles qui a gagné les élections et est aujourd’hui Député de la circonscription de Cayes-Jacmel.

Après les élections, notamment au début de l’année 2011, le Sénateur Edwin ZENNY s’est rangé du côté de Joseph Michel MARTELLY, consacrant ainsi son divorce temporaire avec le Sénateur Joseph LAMBERT. Pour se venger, le Sénateur Edwin ZENNY nous a offert trois mille (3000) dollars américains à moi et à Yvener POMPY pour incendier son propre véhicule, une Hammer 4X4 de couleur blanche, qui se trouvait alors à Lamandou. Ensuite, il a accusé le Sénateur Joseph LAMBERT d’avoir procédé à cet incendie.

Suite à l’incendie, des agents de la PNH dont un dénommé Arland BEROUETTE, à la solde du Sénateur Edwin ZENNY, se sont rendus à Lamandou et ont déclaré dans leur procès-verbal avoir remarqué le véhicule du Sénateur Joseph LAMBERT qui prenait la fuite.

VI. Quelques exemples d’autres crimes perpétrés par le gang Edo Zenny / Joseph Lambert

1. Le 1er septembre 2012, j’ai été engagé par le Sénateur Edwin Zenny pour exécuter Reyista Desamour. Ayant échoué après plusieurs tentatives, un prêtre du vodou Jean Marie Domond a reçu dix mille (10.000) dollars américains pour faire le crime. Ce dernier a été par la suite arrêté le 16 octobre 2012. Jean Marie Domond se trouve aujourd’hui à la Prison Civile de Jacmel. La petite fille de Reyista Desamour a, pour sa part, reçu une balle à la cuisse.

2.    Le 17 novembre 2012, à Jacmel, le gang KAKOS a pris part à l’enlèvement suivi de séquestration du petit Jorym Sam Etienne, âgé de trois (3) ans. Ce crime a été perpétré sur instigation du Sénateur Edwin Zenny qui est l’amoureux d’une jeune fille habitant la maison. Les proches de la jeune fille reprochait à cette dernière d’entretenir une relation amoureuse avec le Sénateur, un homme marié qui de surcroit, entretient plusieurs maitresses. Cette dernière a rapporté les faits au Sénateur qui, pour leur donner une leçon, a ordonné l’enlèvement de Jorym Sam Etienne. Il n’était pas prévu de tuer l’agronome Jean Marie Patrice Etienne. Cependant, celui-ci, croyant qu’il avait affaire à des voleurs, a tiré le premier. Un des bandits, Alain Moïse a reçu un projectile au bras. C’est en ripostant que l’agronome Jean Marie Patrice Etienne a été tué. Pour libérer Jorym Sam Etienne, la famille a dû payer la rançon de quarante mille (40.000) dollars américains.

3.    Deux (2) autres assassinats ont été perpétrés pour le compte du Sénateur Edwin ZENNY, le 5 février 2013. Ces deux (2) individus ont été tués parce qu’ils ont frappé le véhicule du Sénateur Edwin ZENNY. Ils ont été criblés de balles. Il s’agit de Jerry DAETOIS et de M. C Hammer D ARTOIS. Pour ce travail, le Sénateur Edwin ZENNY a offert la somme de mille cinq cents (1.500) dollars américains à Yvener POMPY, à Eddy JEAN et à Berthony ainsi connu alias Tchampan. Ils étaient montés à bord d’une motocyclette immatriculée MC 7030.

4.    Le 6 mars 2013, le Sénateur Joseph LAMBERT m’a confié quatre (4) armes de calibre 9 millimètres à apporter à l’une des ramifications de la base KAKOS, à La Saline. J’ai remis ces armes à Yvener POMPY et à Jean Edwidge ROY, connu encore sous le nom de Papouche ROY.

5.    Le 5 avril 2013, le gang KAKOS a reçu une mission de l’ex-Sénateur Joseph LAMBERT de se rendre à Marigot, dans la maison de Jetho SANON, l’officier de l’Etat Civil de cette commune. Le gang a emporté seize (16) boites en carton remplies de drogue. Cette drogue a été emmenée chez Christophe LAMBERT à Bréman.

6.    Le 7 avril 2013, l’ex-Sénateur et Conseiller du Président de la République m’a donné six (6) armes à feu de calibre 9 millimètres, avec pour mission de les apporter à La Saline et de les remettre à Raymond FRID, Jean Edwidge ROY, Fresny BALTAZAR, Jude MlLIEN, etc.

7.    Le 10 avril 2013, plusieurs membres du gang, montés à bord de deux (2) véhicules dont celui du Sénateur Edwin ZENNY, immatriculé OF 00828, piloté par Edner COME, et une Land Cruiser grise, appartenant à Joseph LAMBERT, ont transporté six (6) boites de cocaïne de Jacmel à Ouanamithe. Cette drogue a été livrée à une autorité de la ville. Eddy JEAN, Berthony alias Tchampan, Alain MOÏSE, et moi-même nous nous trouvions dans le second véhicule.

8. Cacite BERTRAND, un cousin de ma mère a été tué à Peredo par Alain MOÏSE. Il était un commerçant. Il lui était reproché d’avoir des opinions politiques contraires à celles de l’ex-Sénateur Joseph LAMBERT.

9. Dalbert Bertrand a été tué par Eddy jean, et Yvener Pompy, sur ordres du Sénateur Joseph lambert.

VII – Les ordres que j’ai choisi de ne pas exécuter

En février 2013, l’ex-Sénateur Joseph LAMBERT m’a engagé pour assassiner le député Sorel JACINTHE. Il m’a donné une bouteille que je devais placer à l’intérieur ou sous le véhicule du Député Sorel JACINTHE, une Land Cruiser de couleur or. De plus, il m’a donné un portable avec, enregistré, un message vocal prétextant que le Député Anel BELIZAIRE avait communiqué avec le Député Sorel JACINTHE et qu’il lui avait fixé rendez-vous à La Saline.

j’ai aussi reçu pour mission de déposer, dans, le véhicule du Sénateur Moïse jean Charles, une cargaison de drogue pour qu’une arrestation soit orchestrée à l’encontre dudit Sénateur. j’ai commencé par exécuter ce travail. j’avais déjà en ma possession la drogue. Tout était planifié. j’ai finalement décidé de ne pas donner suite. De plus, je devais aussi procédé à l’identification et à l’exécution du Député Levaillant louis jeune avant le 29 avril 2013.

Selon toute vraisemblance, l’ex-Sénateur Joseph lambert tient à éliminer les Députés Sorel Jacinthe et Levaillant Louis Jeune en raison des déclarations de ces derniers sur les ondes de plusieurs stations de radio de la Capitale, selon lesquelles Vex- Sénateur ne peut vivre en Haïti sans le bénéfice de l’immunité parlementaire ou la couverture d’un pouvoir politique.

VIII.     Membres de l’appareil judiciaire impliqués dans les actes

Les chefs du gang KAKOS, savoir l’ex-Sénateur Joseph Lambert et le Sénateur Edwin Zenny contrôlent l’appareil judiciaire du Sud-est. Lorsque les membres du gang sont arrêtés, ils interviennent eux-mêmes et souvent, les membres du gang KAKOS sont remis en liberté.

IX.   Conclusion

Pour me pousser à exécuter ces ordres que j’ai choisi d’ignorer, l’ex-Sénateur Joseph Lambert m’a encore une fois promis sa Toyota Prado, une maison, un emploi pour moi et aussi un emploi pour ma femme.

Toutefois, je ne veux plus travailler pour l’ex-Sénateur et Conseiller Joseph Lambert ni pour le Sénateur Edwin Zenny. Lorsque j’en ai fait part à l’ex-Sénateur Joseph Lambert, ce dernier a passé aux autres membres du gang KAKOS, des instructions claires et précises pour que je sois exécuté. Je m’attends donc à mourir à n’importe quel moment. C’est pourquoi, pour l’histoire et pour la vérité, j’ai fait ce témoignage afin que nul n’ignore les dessous des jeux politiques en Haïti dont j’ai été victime, sous l’attrait du gain facile.

Fait à Port-au-Prince, le 23 avril 2013Vu uniquement pour la certification matérielle de la signature de Sherlson Sanon, connu encore sous le nom d’Andrebert Sanon, identifie au numéro 02­01-99-1988-12-00245 qui l’a apposée en notre présence, ce vingt trois avril deux mille treize.Port-au-Prince, le 23 avril 2013 Me Jean Beaubrun L. RONY Notaire Public

SCANDALE : Affaire Evinx Daniel/Trafic de stupéfiants

Le RNDDH et la CSDDH scandalisés

Le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) et la Coordination sud de défense des droits humains (CSDDH) relèvent des faits troublants dans l’affaire d’Evinx Daniel qui, selon ces organismes, est dénoncé par la clameur publique comme étant un grand baron de la drogue dans le département du Sud.

Vu la rapidité avec laquelle le dossier d’Evinx Daniel a été traitée, des organismes de défense des droits humains se posent des questions sur l’efficacité de la justice haïtienne en si peu de temps. Si les autorités judiciaires ont pu respecter la procédure en matière d’enquête judiciaire – qui est clairement tracée – pour arriver à la libération du prévenu dans moins de quarante-huit heures, le RNDDH et la CSDDH trouvent la justice haïtienne drôlement efficace.

 Face à une telle situation, les organismes accusent le gouvernement de mettre tout en oeuvre pour protéger les narcotrafiquants proches du pouvoir. Ils rappellent qu’Evinx Daniel est un ami personnel du président de la République.

 Par ailleurs, le RNDDH et la CSDDH ne comprennent pas que c’est le prévenu lui-même qui, se faisant passer pour un bon samaritain ayant pour mission de protéger les jeunes contre les dangers, affirme avoir transporté la drogue chez lui avant d’appeler les autorités concernées. « Or, qui peut confirmer que la quantité de drogue remise est effectivement celle récupérée par quelqu’un qui est dénoncé par la clameur publique comme étant impliqué dans le trafic de stupéfiants ? », s’interrogent les organismes de défense des droits humains.

 Ils jugent aussi malvenue l’intervention publique de la police nationale qui, par le biais de son porte-parole, s’est arrogé le droit de questionner une arrestation réalisée par la justice, l’institution dont elle est censée être l’auxiliaire, s’impliquant, ce faisant, dans la politique active.

« On ne comprend pas qu’un dossier impliquant un individu dans une infraction aussi grave ait pu être traité avec une telle désinvolture, en violation fragrante des conventions auxquelles Haïti est partie prenante et en violation de la loi haïtienne du 7 août 2001 relative au contrôle et à la répression du trafic illicite de la drogue qui condamne en ses articles 9 et 49 la détention et le transport de la drogue », écrit le RNDDH et la CSDDH dans un document.

Ils plaident pour la réouverture d’une enquête judiciaire et recommandent de confier l’affaire à un magistrat indépendant pour que toute la lumière soit faite sur ce dossier.

http://lenouvelliste.com

Enold Florestal passé sauvagement à tabac au commissariat de police de Port-au-Prince

L’accusateur de la famille présidentielle, Enold Florestal, arrêté

Sévèrement molesté lors de son arrestation, au Champ de Mars, en compagnie d’une aspirante policière, selon ses avocats et les défenseurs des droits humains, l’ancien militant de la KID avait à ses trousses le juge d’instruction Lamarre Bélizaire qui, au nom du pouvoir, chercherait à l’associer -de même que son frère Josué Florestal, déjà écroué- à la mort par balle en 2010 du jeune étudiant Frantzy Duverseau

Enold Florestal, principal accusateur de la famille présidentielle pour corruption présumée, a été arrêté et placé en garde à vue vendredi soir au commissariat de police de Port-au-Prince dans le cadre de l’exécution d’un mandat d’amener décerné contre l’intéressé par le juge instructeur controversé, Lamarre Bélizaire, qui l’aurait soupçonné d’implication dans un incident meurtrier, il y a environ deux ans.

Selon ce qu’a constaté Radio Kiskeya, le magistrat s’est rendu peu après l’arrestation au commissariat où il a interrogé le prévenu durant de longues minutes.

De sources combinées, nous avons appris que M. Florestal a été appréhendé avec la manière forte par la police judiciaire au Champ de Mars (centre de la capitale) pendant qu’il allait à la rencontre d’une amie, Beata St-Jour. Aspirante policière, qui venait de laisser l’académie de police nationale pour aller passer le week-end en famille, la demoiselle se trouvait également aux mains de la police.

Josué Florestal, frère de celui qui a endossé en justice la plainte contre l’épouse du chef de l’Etat, Sophia Martelly, et son fils Olivier -accusés tous deux de détournement de fonds et d’usurpation de titre- avait été épinglé à son travail le mois dernier et incarcéré depuis en relation avec un incident qui avait coûté la vie à un étudiant, Frantzy Duverseau. Celui-ci, qui était le beau-frère d’Enold Florestal, avait été abattu dans des circonstances non encore élucidées, le 18 octobre 2010, lors d’une descente policière réalisée suite à une violente dispute familiale.

Revenue sur sa version originelle des faits, la famille Duverseau a récemment réactivé le dossier dans lequel les deux Florestal, farouchement opposés au pouvoir actuel, sont désormais visés. Tout comme un de leurs amis, Me André Michel, également dans le collimateur du juge Lamarre Bélizaire qui a délivré contre lui un mandat d’amener pour le même incident meurtrier.

Contraint de se mettre à couvert, le jeune avocat et militant politique -qui avait échappé in extremis à une tentative d’arrestation en juillet dans l’enceinte de son cabinet- décline toute responsabilité dans la mort de Frantzy Duverseau et accuse le juge Bélizaire d’avoir orchestré une campagne de persécutions politiques à la solde du gouvernement Martelly/Lamothe.

Plusieurs organisations haïtiennes et internationales de défense des droits humains ont également dénoncé les dérives autoritaires de l’Exécutif et pointé du doigt le magistrat présenté comme un zélé partisan du pouvoir qui aurait intégré le système judiciaire en dehors des normes en vigueur.
http://radiokiskeya.com

Photos de Max Baker

Le Sénat dominicain en train de conduire une enquête sur le Président haïtien

Financement électoral occulte : Le Sénat dominicain enquête sur les fonds que Michel Martelly et Alejandro Toledo auraient reçus de Félix Bautista

MARTELLY MENACANT

Loin d’être une affaire classée, les révélations troublantes de la journaliste Nuria Piera -dont l’audition est prévue jeudi- doivent aussi conduire à Port-au-Prince et à Lima les Sénateurs chargés de déterminer si le puissant parlementaire et homme d’affaires dominicain avait pu corrompre au cours de leur campagne respective le dirigeant haïtien et l’ex-Président péruvien, indique le journal dominicain Diario Libre

Une commission spéciale du Sénat dominicain chargée d’enquêter sur le financement présumé par le Sénateur et entrepreneur Félix Bautista de la campagne électorale du Président haïtien, Michel Martelly et de l’ex-Président péruvien, Alejandro Toledo (2001-2006), a décidé de se rendre dans les deux pays concernés après avoir auditionné la journaliste dominicaine Nuria Piera, à l’origine des révélations sur ces pratiques scandaleuses.

Selon le quotidien local Diario Libre, deux autres personnes ayant soutenu les dénonciations de la consoeur, Josefina Juan de Pichardo et son fils Remberto Pichardo Juan, seront également interrogées.

Les trois sont invités à se présenter jeudi matin au Parlement dominicain où les commissaires plancheront sur les accusations de corruption portées contre leur collègue Bautista et les informations qu’ils pourraient fournir à l’enquête, a indiqué le Sénateur Prim Pujals, président de la commission.

Ces investigations doivent aussi conduire bientôt à un voyage des commissaires au Pérou et un autre en Haïti où respectivement l’ancien dirigeant Alejandro Toledo et l’actuel chef de l’Etat, Michel Martelly, auraient perçu de l’argent provenant des entreprises de Félix Bautista durant leur campagne présidentielle. Aucun détail n’a encore été avancé sur la façon dont se déroulera cette double enquête de terrain.

Le richissime parlementaire et homme d’affaires dominicain à la réputation sulfureuse compte d’importantes compagnies comme Hadom ayant notamment décroché, dans des conditions très douteuses, de juteux contrats sur le marché de la construction en Haïti et au Pérou. Pas moins de 385 millions de dollars de contrats sont allés aux firmes made in Bautista dans le cadre de la reconstruction post-séisme.

Destinataire direct de plusieurs virements bancaires à son nom, M. Martelly aurait reçu -durant sa campagne, mais aussi après son investiture- un pactole de plus de 2,5 millions de dollars contre quelque 250.000 pour sa rivale malheureuse, Mirlande Manigat. Cependant, les deux protagonistes des dernières présidentielles de 2011 ont catégoriquement démenti les allégations de Nuria Piera qui, pourtant, résultent d’une enquête sérieuse, avait juré la journaliste lors de ses premières révélations, en avril 2012.

Outre Prim Pujals, les autres membres de la commission sénatoriale d’enquête dominicaine sont Félix Vásquez du Parti réformiste social chrétien (PRSC), José Rafael Vargas et Rafael Calderón du Parti de la libération dominicaine (PLD), au pouvoir, et auquel appartient Bautista. Trois autres élus dont l’appartenance politique n’est pas précisée, Dionis Sánchez, Amarilis Santana et Sonia Mateo, complètent la commission formée récemment.

Protestant de son innocence, le Sénateur Félix Bautista -devenu très riche et puissant en quelques années grâce à ses accointances politiques de l’autre côté de la frontière- a demandé à la Chambre haute que l’enquête de ses pairs tienne compte d’une expertise déjà réalisée sur l’origine de ses biens et propriétés. Fort des résultats favorables de cet audit, il s’est déclaré prêt à abandonner son immunité parlementaire si les investigations parviennent à démontrer qu’il se serait enrichi de manière illicite.

Quoi qu’il en soit, le rebondissement de cette affaire risque de mal tomber pour le Président Michel Martelly et son équipe déjà plombés par divers autres dossiers compromettants.

http://www.radiokiskeya.com