La « résistance » s’organise aux États-Unis contre Donald Trump

Manifestations, pétitions, démonstrations de soutien aux minorités : les anti-Trump poursuivent leur mobilisation.

lors-dune-manifestation-anti-trump-le-14-novembre-a-seattle-jason-redmond-afp

Lors d’une manifestation anti-Trump, le 14 novembre à Seattle. JASON REDMOND / AFP

Près d’une semaine après l’élection de Donald Trump, à quoi sert de continuer à protester ? « On cherche à se montrer qu’on n’est pas tout seul », dit un ingénieur d’origine indienne venu de la Silicon Valley avec ses deux filles participer à l’un des rassemblements organisés le 13 novembre, à San Francisco.

Le « président élu » a beau s’être installé dans le paysage, le choc est resté. Et la « résistance » – selon le terme revendiqué par les intéressés – ne faiblit pas. Tout le week-end , les manifestations anti-Trump se sont poursuivies à New York et Los Angeles, mais aussi dans des villes moyennes comme Erié (Pennsylvanie) ou Dayton (Ohio). Lundi 14 novembre, ce sont les lycéens qui sont descendus dans la rue, à Seattle (Washington), Portland (Oregon), Denver (Colorado), Silver Spring (Maryland), Tucson (Arizona).

Les manifestants ne réclament rien, et rien, surtout, que Donald Trump semble prêt à leur accorder : désavouer ses propos racistes de campagne. Ils ne remettent pas en cause, pour la plupart, le résultat de l’élection mais cherchent à se rassurer , se réconforter les uns les autres sur leurs « valeurs » inchangées.

« Murs de l’empathie »

Beaucoup portent une épingle à nourrice sur la poitrine, symbole de la « protection » qu’ils s’engagent à fournir aux plus vulnérables. « Si vous êtes musulman, femme, homosexuel, personne de couleur, latino, transsexuel, immigrant ou handicapé : je suis avec vous », proclame un habitant de San Francisco derrière une pancarte rédigée à la main. Dans le métro de la ville californienne, sont apparus des « murs de l’empathie », comme à New York après le 11 septembre 2001. On y colle des pensées ou des encouragements. « Love trumps hate » : « L’amour est plus fort que la haine ».

Depuis l’élection, une partie de l’Amérique est plongée dans l’anxiété. Les incidents xénophobes se sont multipliés. Entre le 8 et le 11 novembre, le Southern Poverty Law Center (SPLC), l’organisme de référence en matière de surveillance des extrémistes, a reçu plus de 200 plaintes pour des faits racistes ou antisémites. Des croix gammées sont apparues dans les universités , des étudiants noirs ont reçu des menaces signées « Daddy Trump ». Dans le Maryland, une église qui célèbre des offices en espagnol a été barrée d’une inscription : « Trump Nation, Whites Only » (« La nation de Trump, seulement pour les Blancs »). Le slogan de campagne, « Make America great again » a été détourné en « Make America white again », comme si « grandeur » et « blancheur » étaient synonymes. « Les suprémacistes blancs pensent que leur homme a gagné la Maison Blanche », analyse le SPLC.

manifs-devant-la-mairie-de-los-angeles-le-9-novembre-mario-anzuoni-reuters

Devant la mairie de Los Angeles, le 9 novembre. MARIO ANZUONI / REUTERS

Pour les enfants d’immigrés, « l’élection de Trump, c’est une sorte de 11-Septembre », commente le magazine Westword de Denver. La peur est réelle. Dans une école de l’Etat de Washington, les élèves, à la cafétéria, se sont mis à scander « Build the wall ! » (« Construisez le mur ! »), comme dans les meetings de Trump. A San Francisco, une jeune Américaine d’origine assyrienne a posté sur Facebook la vidéo d’une passagère du métro qui, l’entendant parler une langue inconnue, lui assure que Trump va l’« expulser ».

À Los Angeles, les deux acteurs vedettes de la série télévisée de HBO Silicon Valley, Thomas Middleditch et Kumail Nanjiani, ont été pris à partie dans un bar par des fans du président élu. « Je ne peux pas imaginer ce que ça doit être , dans d’autres endroits, d’être quelqu’un qui a mon physique », s’est alarmé le jeune comédien d’origine pakistanaise.

Parmi les anti-Trump, certains ne désespèrent pas de renverser le résultat de l’élection. Une pétition sur Change.org, intitulée « Faites de Hillary Clinton la présidente le 19 décembre » (date de la réunion du collège électoral), a conquis les campus . Elle appelle les grands électeurs – qui doivent, selon la Constitution, choisir le président, élu au suffrage indirect – à porter leur voix sur celle qui a remporté le vote populaire (avec plus de 668 000 voix d’avance, selon un décompte non définitif) plutôt que sur Donald Trump. Un scénario hautement improbable, mais réclamé par plus de 4 millions de signataires.

D’autres mettent l’accent sur la vigilance. Dans une pleine page du New York Times, le11 novembre, l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU) a demandé à Donald Trump de désavouer ses promesses sur l’expulsion de 11 millions de sans-papiers, la réautorisation du waterboarding (le simulacre de noyade) pour les interrogatoires, etc. « Si vous essayez de faire de ces promesses une réalité, vous vous trouverez à chaque pas confronté à la puissance de feu de l’ACLU », menace l’association, en rappelant qu’elle compte des millions de partisans, et des juristes dans tous les Etats.

Des manifestations sont déjà en préparation à l’occasion de l’investiture du 20 janvier à Washington, dont une marche d’« un million de femmes ». Plusieurs villes, dites « sanctuaires », dont Chicago ou San Francisco, ont fait savoir qu’elles continueraient à fournir des services sociaux sans condition aux sans-papiers, malgré la menace de Donald Trump de les priver de subventions fédérales. Les associations de soutien aux immigrés ont commencé à tenir des réunions pour rassurer les « dreamers », les jeunes clandestins arrivés avec leurs parents, qui ne doivent qu’à un décret de Barack Obama – facilement réversible – leur statut légal aux États-Unis.

« Sans-papiers, mais sans peur »

« Pendant les quatre prochaines années, nous allons montrer que nous sommes certes sans-papiers, mais aussi sans peur », écrit l’avocat Cesar Vargas, un proche de Bernie Sanders lui-même sans-papiers, dans l’hebdomadaire The Nation. Au contraire de Barack Obama et de la plupart des responsables démocrates, qui estiment qu’il faut donner sa « chance » à l’homme que les Américains ont élu, les militants progressistes refusent toute « normalisation » de la situation.

« Résistance » est leur maître mot. Et grâce à Donald Trump, qui a mis fin à la dynastie Clinton, ils espèrent prendre les rênes d’un Parti démocrate sonné par la défaite.

Publicités

Haïti survivra-t-elle ?

 

Haïti survivra-t-elle ?

par Pierre D. EDUGÈNE

« Il est dangereux de ne pas connaître la réalité du monde dans lequel on vit. »

ob_7ed910_l-ile-d-haiti-zones-potentiell_002

Après avoir connu tant de convulsions politiques et tant de cataclysmes dans son histoire récente, Haïti était en droit d’espérer des lendemains meilleurs, beaucoup plus reluisants. Mais les perspectives d’avenir, à court, à moyen et à long terme, ne sont guère rassurantes. Et les problèmes ne seront pas uniquement d’ordre politique.

Lorsqu’une majorité de chefs d’État de la planète se réunit, alliés et adversaires confondus, pour parler exclusivement d’un sujet, autre que les habituelles questions économiques ou de problèmes relatifs à la sécurité de leur région, cela est symptomatique d’un problème majeur. La situation doit être suffisamment inquiétante qu’elle requiert une attention soutenue et immédiate de la part de ces chefs d’État. La dernière fois qu’une conférence du genre avait eu lieu, c’était en 2009 à Copenhague. Un sommet extraordinaire sur le sujet, convoqué d’urgence et réunissant cent vingt chefs d’État, se tenait ce 23 septembre 2014 au siège de l’ONU sous l’égide du secrétaire général de l’organisation, M. Ban Ki Mon. Ce n’est pas un fait divers. En pareille circonstance, le commun des mortels se doit d’être alerté. Un nouveau tête-à-tête, toujours autour du même problème, est prévu l’an prochain, à Paris. L’objet de ces retrouvailles : la décomposition accélérée du climat. Les lois qui régissaient le climat de la terre sont en train d’être déréglées plus vite que prévu. Certains événements attendus dans une cinquantaine d’années se produisent maintenant. Le problème, c’est le rythme de progression du phénomène. Les effets se font ressentir de plus en plus intensément dans plusieurs régions du monde et commencent à avoir de nombreuses conséquences sur l’ensemble de la planète. Ce qui risque d’ébranler sérieusement les fragiles équilibres mondiaux non seulement sur le plan économique, mais aussi sur le plan social et politique.

============================================

Le réchauffement du système climatique est sans équivoque et, depuis les années 1950, beaucoup de changements observés sont sans précédent depuis des décennies voire des millénaires. L’influence de l’homme sur le système climatique est clairement établie. L’atmosphère et l’océan se sont réchauffés, la couverture de neige et de glace a diminué, le niveau des mers s’est élevé et les concentrations des gaz à effet de serre ont augmenté. Dans le futur, la vulnérabilité ne dépendra pas seulement des changements climatiques mais aussi des voies de développement. GIEC, 2013 : Résumé à l’intention des décideurs, Changements climatiques 2013 : Les éléments scientifiques.

============================================

Tous, nous avons entendu parler du dérèglement climatique. Planète en crise, planète malade : ces expressions et qualificatifs, en effet, ont été souvent utilisés pour décrire la nouvelle problématique environnementale mondiale. Nous avions lu des articles (en diagonale pour certains) ou avions visionné des documentaires consacrés à ce sujet. Puis, sans trop se sentir concerné, chacun a continué à vaquer à ses occupations. Pourtant, des répercussions perceptibles de ce phénomène sont déjà à l’œuvre en Haïti même. Selon ce qui ressort de plus récentes recherches scientifiques, un drame silencieux et insidieux se noue actuellement dans les océans et menace particulièrement les petits États insulaires, dont Haïti. Le niveau des mers ne cesse de s’élever. Et la surélévation de l’océan est de trois à quatre fois plus rapide dans le bassin des Caraïbes. Il y a des régions qui sont beaucoup plus à risque que d’autres. Il existe des zones dites à « faible risque », des zones à « risque élevé » et des zones à « risque extrême ». Le bassin des Caraïbes, les Philippines, l’Indonésie et la Polynésie sont situés dans des zones à « risque extrême ».  Il s’agit d’un danger qui menace la viabilité de certains États et qui risque de provoquer l’effondrement complet de certains autres.

Aussi, Haïti est-elle directement concernée par ce problème. En tant que petit État insulaire, elle est classée parmi les pays, dont la population, les infrastructures, les terres agricoles et les ressources en eau potable sont les plus vulnérables du fait plus particulièrement de l’élévation du niveau de la mer. Mieux : certaines organisations la font figurer en quatrième position de l’index de vulnérabilité des nations au monde qui ont déjà pâti et auraient encore à souffrir le plus sévèrement des conséquences du dérèglement climatique.

Au début du mois de novembre 2013, l’institution Germanwatch (qui dépend en partie du gouvernement allemand) a, quant à elle, placé Haïti en deuxième position des pays qui seront les plus vulnérables aux graves perturbations du réchauffement en cours de la planète.

Index de vulnérabilité des nations au changement climatique

                       Index de vulnérabilité des nations au changement climatique

Bien sûr qu’Haïti ne pourra pas s’en sortir, seule, de ce problème colossal. Le phénomène est mondial. Mais il faudrait tout au moins qu’elle commence sérieusement par s’en préoccuper. Des cyclones de même intensité peuvent frapper la République dominicaine, Cuba et Haïti, les dégâts matériels et humains seront nettement toujours plus importants en Haïti. Ce n’est pas un hasard.

Le but de ce texte est donc de sensibiliser l’opinion, d’informer la population des risques qu’elle court, d’alerter les pouvoirs publics, de les inciter à mettre en place des stratégies de parade et à intégrer  les conséquences du dérèglement climatique dans les programmes d’investissement et dans le processus de développement afin de doter le pays d’une certaine capacité de résilience et par souci de réduire la vulnérabilité de la population et de nos infrastructures face aux impacts prévisibles du   réchauffement climatique. L’intention n’est surtout pas de susciter la panique. Le réchauffement climatique ne procède pas de spéculations catastrophistes, mais de faits scientifiques solidement établis. Il ne découle pas non plus de parti-pris idéologique ou de positionnement politique. Dans cette affaire, la partisannerie devrait être écartée et il serait bon de dégager un consensus le plus large possible autour de la question. Car c’est un problème qui engage le pays tout entier et la société dans son ensemble.

ob_87af4c_surcote

Le changement climatique est une épée de Damoclès suspendue sur la tête du pays. On en parle peu en Haïti. Et pour cause. Le dérèglement climatique est un phénomène très complexe et sa compréhension requiert quelques efforts cérébraux. La lecture des documents sur le sujet n’est pas trop limpide.  C’est de la science. Les textes sont en anglais et font en moyenne un millier de pages. De plus, ils sont écrits dans un langage hautement scientifique (particulièrement le 1er volet du Rapport 2013 sur « les éléments scientifiques » du premier Groupe de travail GT 1) du GIEC[1] Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (3000 scientifiques). Avec des phrases du genre: « within each pressure triangle, Gaussian low-pass filtered curves and estimated linear trends of the 99th percentile of these geostrophic wind speeds for winter are shown… », Ce n’est pas évident pour un non-initié. Les scientifiques en général n’écrivent pas pour un large public, mais pour un cercle restreint. À l’inverse des politiques, ils ne savent pas communiquer. Il y a donc des lacunes à combler au niveau de l’information. Autant pour les populations exposées que pour les décideurs institutionnels. L’information étant une des étapes clés dans le processus de décisions et de mise en place d’une politique de prévention et de réduction des risques de catastrophe, quelques-uns doivent se charger de la relayer et de partager les informations.

Avant d’examiner plus en profondeur le cas d’Haïti et pour garantir la véracité de nos propos, il nous a paru nécessaire de procéder à une revue sommaire des déclarations des principaux leaders politiques mondiaux et à une rapide synthèse des conclusions de certains rapports scientifiques notamment celui du Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC 3000 scientifiques), le rapport de la Maison-Blanche et celui de la Banque Mondiale.

Sachant qu’il est important pour bien appréhender un problème, d’être au préalable en mesure de l’identifier et d’en comprendre les causes, nous serions amenés à expliciter certains aspects scientifiques contenus dans les rapports d’évaluation précédemment cités. Toutefois, notre objectif étant d’éveiller les consciences à l’imminence d’un danger potentiel, nous essaierons d’éviter au maximum l’emploi de mots savants. Après la lecture de l’article, même le lecteur le moins averti des questions climatiques sera édifié et devrait même être en mesure d’éclairer la lanterne d’autres personnes. C’est notre vœu. Quoi qu’il en soit, il est crucial de comprendre le problème. Nous essaierons de le décrypter quelque peu pour vous.

Ensuite, nous verrons pourquoi Haïti figure en aussi bonne place sur la liste des pays qui devront faire les frais de ce dérèglement climatique et si de ces milliers d’îles dont les scientifiques pensent qu’elles seront englouties par la mer,  Haïti en fait partie.

Le danger est réel et il est déjà à l’œuvre

C’est Ban Ki Mon, le Secrétaire général des Nations unies, qui l’affirme. « Pendant trop longtemps, dit-il, nous avons sous-estimé l’urgence du changement climatique. Il est temps de se réveiller … Le changement climatique est réel, il ne connaît pas de frontières … . Pourtant même à l’heure actuelle, peu de personnes réalisent vraiment la gravité de la menace ou son immédiateté. Maintenant, je crois que nous sommes au bord de la catastrophe si nous n’agissons pas».

Dans le même registre, le ministre français des Affaires Étrangères M. Laurent Fabius récemment en visite en Chine a fait l’annonce suivante : «Il est minuit moins cinq pour le climat. Nous avons 500 jours pour éviter une catastrophe climatique. C’est l’avenir de l’humanité qui est en jeu dans cette affaire ».

L’on pourra citer également un autre ministre des Affaires Étrangères, l’américain M. John Kerry. Dans un sens, a-t-il dit, lors de sa visite en Indonésie, « le changement climatique peut être considéré comme une autre arme de destruction massive, peut-être l’arme la plus terrifiante ». Une menace plus importante que « le terrorisme, les épidémies, la prolifération des armes de destruction massive. » En ce qui a trait à la dangereuse élévation du niveau de la mer, il a ajouté qu’une hausse du niveau de la mer de un mètre « suffirait à engloutir la moitié de Jakarta ». Signalons au passage que la superficie de Jakarta, la capitale de l’Indonésie, est de 664 km². Celle de Port-au-Prince, la plus grande ville d’Haïti, si cela peut donner une idée, ne fait jamais que près de 38 km².

La dégradation du climat n’est pas seulement une source de préoccupations majeures des leaders politiques mondiaux. Le sujet est placé au premier rang des préoccupations des militaires, des banquiers, des assureurs et des grandes entreprises transnationales, telles que Nestlé, Apple, Acer, Symantec, Levy Strauss, Autodesk, General Motors Company, Microsoft, Unilever, etc.  Aux dires de ces dernières, « le dérèglement climatique fait peser une véritable menace sur la santé et la prospérité de leur pays, de leur communauté et de leurs familles. » Pour ces grandes multinationales, « il n’est pas question de fonder un vain espoir dans le fait que tous ces scientifiques pourraient bien se tromper, » affirment-elles dans un communiqué conjoint.

Dans un rapport rendu public le lundi 13 octobre 2014, le Pentagone s’alarme des « risques immédiats » que posent les effets du changement climatique pour la sécurité nationale des États-Unis et leurs opérations militaires dans le monde. Face au changement climatique, l’armée doit se tenir prête. « Nous avons déjà vu ces événements se produire dans d’autres régions du monde, et il existe des signes inquiétants qui laissent penser que le changement climatique peut mettre gravement en danger la stabilité de notre propre hémisphère« . « Dans les Caraïbes, à cause de la hausse du niveau de la mer … certaines îles devraient être complètement évacuées » a déclaré ce même lundi le ministre américain de la Défense Chuck Hagel lors d’une conférence réunissant les ministres de la Défense du continent américain au Pérou.

Une menace planétaire sérieuse et préoccupante

Le 6 mai 2014 paraissait pour le compte de la Maison-Blanche, un rapport d’évaluation du climat aux États-Unis, « The National Climate Assessment ». Selon ce rapport de près d’un millier de pages rédigées par plus de 300 scientifiques et experts, le changement climatique attribuable à « l’effet de serre » autrefois considéré comme un problème lointain s’est soudainement installé dans le présent. Il est passé de l’état d’une menace lointaine au stade de danger actuel. Et aucun Américain ne sera épargné, souligne le rapport. Ce dérèglement climatique est en train de transformer notablement America the beautiful, l’Amérique la Superbe en une affreuse Amérique, houleuse et dangereuse, ont titré en manchette certains médias américains à la sortie du document.

Selon un des auteurs principaux de ce rapport M. Don Wuebless. « Il ne s’agit pas de se demander si le climat est en train de changer. Non seulement il est en train de changer, mais il change à un rythme dix fois plus rapide qu’on ne l’avait prévu… Les températures moyennes ont augmenté de près de 2° depuis le début du siècle dernier, et pourraient augmenter de 10° d’ici la fin du siècle ; le niveau des mers pourrait s’élever jusqu’à deux mètres ; les villes côtières sont inondées plus régulièrement lors des tempêtes et des marées hautes ; les localités à l’intérieur des terres proches des grandes rivières connaissent davantage d’inondations ; les étés sont plus longs et plus chauds et les périodes de chaleur inhabituelle durent plus longtemps. Ce qu’aucun américain vivant n’avait jamais connu ; les hivers sont généralement plus courts et plus chauds, les averses sont plus fortes ; les tempêtes géantes semblables à Sandy deviendront monnaie courante …et cela devra s’aggraver tout au long de ce siècle et au-delà », indique le rapport qui conclut en exhortant le peuple américain “de se préparer à faire face aux conséquences incalculables du dérèglement climatique. »

De son côté,  le président Obama a déclaré ceci : « La réalité du changement climatique est quelque chose que nous ne pouvons pas nous permettre de nier. Ce sera un des défis les plus périlleux auquel la nation américaine aura à faire face ».

Deux mois avant la parution du rapport d’évaluation du climat aux États-Unis, soit le 31 mars dernier, le Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat, le GIEC, avait rendu public le deuxième volet de son cinquième rapport sur le dérèglement climatique sous la forme d’un résumé à l’intention des décideurs. Leur constat était sans appel. Notre planète « suit une mauvaise trajectoire ».

Selon le GIEC «l’élévation du niveau de la mer devrait intensifier les inondations, les ondes de tempête, l’érosion et d’autres phénomènes côtiers dangereux (submersion partielle ou totale de vastes régions côtières) menaceront les infrastructures, les établissements humains et les installations vitales pour les populations insulaires ».  Et il y a « plusieurs raisons de s’inquiéter », à cause de « de la montée alarmante du niveau de la mer qui entraînera une reconfiguration mondiale des côtes, des milliers d’îles qui seront submergées, des réfugiés climatiques par centaines de millions, des sécheresses sévères, de la réduction significative  des eaux de surface et souterraines, de la réduction drastique des récoltes agricoles, des cyclones nettement plus intenses, de l’insécurité alimentaire qui pourrait toucher des milliards de personnes, des risques de conflits violents entre États, de l’aggravation de la montée de la pauvreté, les chocs économiques,  la résurgence de virus et des conséquences incommensurables non encore prévisibles ou chiffrables »


[1] Le GIEC est un organisme intergouvernemental ouvert à tous les pays membres de l’ONU. Il est la référence internationale en matière de climat. Il a été créé en novembre 1988, à la demande du G8 par deux organismes de l’ONU : l’Organisme de météorologique mondiale (OMM) et par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE). L’une des principales activités du GIEC consiste à procéder, à intervalles réguliers, à une évaluation de l’état des connaissances relatives aux changements climatiques. Le GIEC élabore aussi des rapports spéciaux et des documents techniques sur des sujets qui nécessitent des informations et des avis scientifiques indépendants

Élévation du Niveau de la mer de 1993 à 2013

Courtoisie NASA

Courtoisie NASA

Le rapport indique que « d’ici le milieu du siècle les changements climatiques devraient réduire les ressources en eau dans de nombreuses îles, par exemple dans les Caraïbes et le Pacifique, à tel point que la demande ne pourra plus être satisfaite pendant les périodes de faible pluviosité ». Que dire alors pendant les périodes de sécheresse, sommes-nous tentés d’ajouter ?

Les experts du GIEC certifient que leurs prévisions sont basées sur près de dix mille (10.000) travaux de recherche et sur des modélisations informatiques et mathématiques dans lesquelles ils ont une « confiance accrue ». Dans la majorité des cas, les faits sont clairement établis. D’après eux, l’évaluation de la probabilité de survenance pour l’ensemble de ces événements est associée avec un degré de confiance élevé (95 %).  Ils affirment que « les effets cumulés de changements continus dans l’environnement peuvent atteindre des seuils qui se traduiront par des changements brutaux et irréversibles ».

Aussi, dans le «Résumé à l’intention des décideurs » les experts du Groupe Intergouvernemental d’Experts sur l’Évolution du Climat (GIEC) préviennent que : « De nouvelles émissions de gaz à effet de serre impliqueront une poursuite du réchauffement et des changements affectant toutes les composantes du système climatique. Pour limiter le changement climatique, il faudra réduire notablement et durablement les émissions de gaz à effet de serre. » GIEC, 2013: Résumé à l’intention des décideurs, Changements climatiques 2013: Les éléments scientifiques. {6, 11–14}

Les experts accentuent cette notion de seuil à ne pas dépasser. La hausse de la température moyenne de la planète due aux émissions de « gaz à effet de serre » dans l’atmosphère doit être circonscrite à moins de 2℃ par rapport à l’ère préindustrielle. Ce sur quoi d’ailleursles dirigeants du monde s’étaient d’ailleurs engagés en 2009 à Copenhague. Au-delà de ce seuil, on pourrait franchir un « point de basculement », c’est-à-dire un point de non-retour. Ce sera fort probablement l’emballement du climat. Ce qui nous précipitera en même temps dans un autre monde.

Un monde tellement différent qu’il est difficile de le décrire

Cette affirmation ne vient pas de nous. Elle émane du président du groupe de la Banque mondiale, Jim Yong Ki s’exprimant dans le préambule d’un rapport préparé pour la Banque par le respectable Potsdam Institute for Climate Impact Research et Climate Analytics et intitulé «Turn Down The Heat: Why a 4°C Warmer World Must be Avoided  » – [Baissons la chaleur : pourquoi il faut absolument éviter une élévation de 4°C de la température de la planète]

Nous retiendrons pour vous deux déclarations solennelles et documentées de ce rapport et nous ne croyons pas devoir ajouter le moindre commentaire à cet exposé des faits, car cela résume de manière éloquente la situation.

1) – « Si les promesses ne sont pas tenues (limite des 2°C), une élévation de température de 4°C pourrait intervenir dès les années 2060. Et même si le réchauffement climatique est limité à 2°C, le niveau moyen du niveau de la mer pourrait continuer à monter à l’échelle planétaire, certaines estimations prévoyant une élévation de 1,5 à 4 mètres au-dessus des niveaux actuels… Pour contenir la montée des eaux au-dessous de 2 mètres, il faudrait probablement réussir à maintenir le réchauffement nettement au-dessous de 1,5°C ». Une élévation de la mer d’environ cinquante centimètres suffit seulement pour inonder un bon nombre des grandes métropoles du monde, croient la plupart des experts scientifiques.

2) –  « Si le réchauffement climatique mondial approche ou dépasse les 2 °C, cela risque de déclencher des éléments de basculement non linéaires : par exemple, la fonte de la calotte glacière de l’Antarctique occidental, qui donnerait lieu à une élévation plus rapide du niveau des mers, ou le dépérissement de la forêt amazonienne, qui affecterait énormément les écosystèmes, les fleuves, l’agriculture, la production énergétique et les moyens de subsistance. De tels phénomènes viendraient encore renforcer le réchauffement mondial du XXIe siècle et auraient une incidence sur des continents entiers. » Pour ne citer que cela.

Aussi, selon le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim « Nous pouvons et nous devons éviter une hausse de 4 degrés. Il faut limiter le réchauffement à 2 degrés. Si nous n’agissons pas suffisamment contre le changement climatique, nous risquons de léguer à nos enfants un monde radicalement différent de celui que nous connaissons aujourd’hui. Ce monde serait tellement différent de celui dans lequel nous vivons qu’il est difficile de le décrire » avertit le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim.

Des îles disparaitront

Selon un responsable scientifique du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), Mme Jacqueline Mc Glade : « Certaines îles sont en grand danger de disparition dans les décennies à venir, car elles pourraient facilement perdre la protection de leurs côtes assurée par les récifs coralliens, souffrir de tempêtes et de la hausse du niveau de la mer… Toutefois c’est le changement climatique qui aura le plus fort impact et son atténuation ne fera que retarder l’incursion inexorable de la mer à l’intérieur des îles.»

Ici il conviendrait peut-être d’apporter certaines précisions. Certaines îles sont dans une meilleure position que d’autres.  Ainsi en est-il des îles continentales, on les appelle d’ailleurs des îles-continents, par ce qu’a un certain moment de la durée, elles étaient rattachées à un continent. C’est le cas de la Grande-Bretagne, de l’Australie, de l’Irlande, de Madagascar, etc. Ces îles-là ne sont pas menacées à court ou à moyen terme d’être englouties par la mer, même si elles sont tout aussi bien vulnérables.

Ensuite il y a les îles dites océaniques. L’océan les a pondues et fait éclore. Souvent, elles apparaissent à la suite de processus de refroidissement et de solidification de coulées de lave provenant d’éruptions de volcans. Ou encore à la suite de mouvements tectoniques, d’épisodes d’entrechoquement de plaques océaniques entre elles, des fois glissant l’une sous l’autre, créant ce qu’on appelle une dorsale qui émerge à la surface. Ce sont surtout ces îles qui sont menacées de totale submersion, comme il en va dans la déclaration du responsable scientifique du PNUE entre autres.VOLCANS chapelt

Relief sous-marin allongé, large de quelques centaines de kilomètres, dominant de 2000 à 3000 mètres les plaines abyssales et situé généralement à plus de 1 000 m de profondeur ; parfois la dorsale émerge. En son milieu, apparaît habituellement un fossé d’effondrement dénommé rift au centre duquel s’observe une activité volcanique (Source : Atlas des Espaces océaniques)

Haïti, en principe, fait partie de ces îles océaniques. Mais il y a une spécificité haïtienne. Là encore. Bien qu’appartenant à l’arc insulaire des Grandes Antilles, Haïti, compte tenu de sa formation géologique et de ses caractéristiques géochimiques, semble ne pas répondre totalement à la définition classique de cette catégorie d’îles. La terre d’Haïti n’a pas de tout temps été à cette place. Elle a fait du chemin.

 Il y a trois ans, une équipe de chercheurs de l’Université de Floride ont mené des enquêtes de terrain en Haïti. Ils ont été comme abasourdis par les résultats de leurs recherches qui ont été publiés dans un article paru dans la revue scientifique Nature Geosciences, « Ancient lithospheric source for Quaternary lavas in Hispaniola » [1].

Ils ont découvert que les roches d’Haïti dataient de plus d’un milliard d’années. Or, jusqu’à cette découverte, les géologues croyaient qu’Haïti, comme la plupart des autres îles de la région, n’était âgée que de 150 millions d’années. Ils ont ensuite noté que les caractéristiques chimiques de ces roches ne se retrouvaient dans le substrat rocheux d’aucune autre île de la Caraïbe.  En revanche, ils ont constaté que la signature isotopique de ces roches (sorte d’ADN inorganique comme le décrit G. Kamenov l’un des auteurs principaux de l’étude) était identique à celle qu’on retrouve ordinairement dans des roches de régions stables situées à des milliers de kilomètres de là, à l’intérieur d’un continent. En creusant un peu, l’équipe de chercheurs a fini par découvrir qu’en fait, Haïti repose sur le fragment d’un ancien supercontinent : le Gondwana[2] formé il y a 600 millions d’années et qui lors de sa dislocation en plusieurs blocs, il y a 200 millions d’années, aurait laissé échapper un fragment qui a dérivé sur une distance de plus de 1000 à 1500 km pour former le socle de cette île aujourd’hui partagée par les deux républiques : Haïti et la République Dominicaine. Conclusion : au plan géologique, une partie d’Haïti serait donc à composante continentale. Mais, est-ce un facteur qui pourrait prévenir l’île d’être engloutie par les eaux. Nous verrons plus loin?


[1] Kamenov, G.D., Perfit, M.R., Lewis, J., Goss, A.R., Arevalo, R., and Shuster, R.D., 2011, Ancient lithospheric source for Quaternary lavas in Hispaniola. Nature Geoscience 4, 554–557 (2011) doi: 10.1038/ngeo1203 10 July 2011

[2] Le Gondwana

Au commencement, il n’y avait qu’un seul continent. Une seule masse que les géographes ont baptisée du nom de la Pangée. Puis ce bloc s’est disloquée en deux parties pour former de supercontinents : l’un au nord dénommé Laurasia ; l’autre au sud dénommé Gondwana. Ce supercontinent s’est lui-même ensuite disloqué pour former d’autres continents dont l’Afrique, l’Australie, l’Antarctique l’Amérique du Sud, etc. En regardant le tracé du littoral de chacun de ces continents on s’aperçoit qu’ils peuvent s’emboîter l’un dans l’autre.

À suivre

Haïti survivra-t-elle : Une vérité invraisemblable  (2ème partie)

http://natureisspeaking.org/theocean.html

 

Avertissement de mise en accusation au président Martelly

« La mise en accusation du président Martelly à nouveau d’actualité des ce mardi à la Chambre basse », Me Danton Léger

Le parlementaire, reprenant « la bombe » lancée par le sénateur Desras à propos d’une ambition caressée par l’exécutif de dissoudre le parlement à partir du deuxième lundi de Janvier 2014, a averti le président Martelly que sa mise en action pour violation de la Constitution avec l’arrestation d’un député en fonction (Arnel Bélizaire) n’était pas définitivement enterrée, elle était seulement « en sommeil » et « je me propose de la réveiller des ce mardi lors de la séance ordinaire à la Chambre basse et si tout se passe comme je l’espère, la procédure pourrait même être lancée, a indiqué Me Léger, écoeuré par l’idée que le président Martelly puisse, mal conseillé par des esprits perfides autour de lui, envisager porter les conseillers électoraux à retarder le plus que possible le projet de loi électorale pour que les élections ne puissent se tenir avant la fin de l’année et inventer le prétexte de la caducité du mandat du 2e tiers au sénat et ainsi renvoyer le parlement. « Je crois, devant un tel scénario, il n’y aura pas de députés PSP, PRI ou PEP, tous vont se mettre ensemble pour sauver l’institution et si Martelly pense pouvoir arriver à un tel rêve chimérique, le parlement ne sera pas le seul à partir en Janvier 2014, il partira lui aussi ». Le président de l’Assemblée Nationale qui était le premier à évoquer la question en milieu de semaine a fourni tout un luxe de détails pour étayer ses dires et expliquer que la présidence s’est basée sur la loi électorale de 2008 pour penser que le 2e tiers doit partir en Janvier de l’année prochaine. « A mon sens, c’est une aberration à nulle autre pareille car, la Constitution qui fixe le mandat des sénateurs à 6 ans prime sur la loi électorale; les députés et les sénateurs qui sont des officiels de l’Etat n’ont pas à se plaindre comme les citoyens ordinaires; ils sont placés dans la position qu’il faut pour justement prendre les décisions qui s’imposent « ; une position partagée par le juriste Fritzo Canton  et le député Guy Gérard Georges qui a aussi dénoncé un tel plan macabre et est aussi d’avis que le parlement se mettra debout et fera corps pour le contrecarrer. Avant que le président du CT-CEP, Me Emmanuel Ménard n’intervienne pour démentir ces informations qu’il a qualifiées de rumeurs fantaisistes (par téléphone), le sénateur Annick Francois Joseph avait déjà transmis un message texte pour révéler que cinq conseillers seraient de mèche avec l’exécutif dans ce plan sordide. Revenant sur le projet de mise en accusation du président de la République évoqué par le député de Léogane, le professeur Auguste D’Meza (Gougousse) dit ne pas prendre trop au sérieux ce projet, se rappelant que les mêmes députés (PSP) avaient fait serment d’allégeance au chef de l’Etat au Champ de Mars le 14 Mai dernier et qu’en plusieurs autres occasions, ils se sont comportés de façon tellement indigne qu’on peut difficilement comprendre qu’ils pourraient se mettre en situation de destituer le chef.  http://radiotelevisioncaraibes.com

Sans transition, Fritzo Canton était dans tous ses états pour dénoncer l’irresponsabilité dont ont fait preuve les autorités haïtiennes dans le traitement du dossier de la grippe A H1N1 et qui a provoqué des tensions aux conséquences pour le moins dramatiques entre les deux pays se partageant la souveraineté de l’île. « Elles doivent avoir le courage et l’honnêteté de reconnaître que leurs mesures étaient précipitées et irréflechies pour ne pas se couvrir de plus de ridicules en les maintenant sous prétexte voilé de ne pas perdre la face et de garder leur orgueil intact », a déclaré le juriste qui s’étonne devant tant de légèreté et d’amateurisme dans la gestion des dossiers aussi compliqués que ceux ayant rapport avec les relations de la République dominicaine et Haiti.  Le député Danton Léger n’est guerre surpris car, « l’on est dirigé par des gens qui ne sont pas à leur place et qui ne font rien pour changer la perception qu’on avait d’eux ». Le secrétaire d’Etat de la production animale, Michel Chancy qui a expliqué les différentes maladies qui affectent les poulets dominicains et qui les rendraient impropres à la consommation a réfuté la thèse de tension existant les deux pays. « Les techniciens des deux pays se sont mis d’accord et les dominicains avaient accepté nos recommandations avant une éventuelle levée des mesures d’interdiction touchant les produits avicoles ». M. Chancy, voulant épargner le chef de l’Etat des critiques qui l’assaillent pour les impairs diplomatiques (il etait avec son homologue dominicain la veille et ne l’aurait même pas averti des sanctions qui allaient être prises), a indiqué que M. Martelly n’était même pas au courant des sanctions. Évidemment, le panel était monté au créneau pour démentir l’officiel du gouvernement Lamothe. « Comment une mesure qui concerne le commerce entre les deux pays pourrait être prise à l’insu du chef de l’Etat », s’est demandé Me Canton, choqué devant une telle gaffe de Michel Chancy. Le président Desras Simon Dieuseul et le professeur Auguste D’Meza ont essayé de reconnaître des circonstances atténuantes au pouvoir pour la précipitation qui avait accompagné la mesure (peut-être qu’il ne voulait pas prendre de risque avec la santé de la population) mais, le panel est unanime à admettre que sur le plan national rien n’est fait pour réduire la dépendance du pays vis-à-vis de la République dominicaine en particulier et de l’étranger en général. Htt

http://www.radiotelevisioncaraibes.com/ranmasse/la_mise_en_accusation_du_pr_sident_martelly_nouveau_d_actualit_d.html

Ressources minières : Poursuite des exploitations, en dépit d’une interdiction du Sénat

P-au-P, 13 mai 2013 [AlterPresse] — La Plateforme de plaidoyer pour un développement alternatif (Papda) dénonce la poursuite des exploitations minières dans plusieurs départements géographiques du pays, au mépris de la résolution du sénat de la république.

GOLD CARTOGRAPHIE D18_eurasian_map

Les exploitations continuent notamment à Terrier-rouge (Nord-Est), Roche Plate (Sud-Est) et Camp-Coq (Nord), confirme le directeur exécutif de Papda, Camille Charlmers, dans une interview accordée à AlterPresse.

Une résolution votée par le Sénat, le 20 février 2013, avait appelé à la cessation des exploitations minières en cours sur le territoire haïtien.

Ces exploitations se faisaient en dehors de tout cadre légal mais uniquement suite à un « protocole d’entente » conclu avec les sociétés minières Newmont et Eurasian, selon lequel, ces compagnies étaient autorisées à commencer le forage dans un des sites en exploration.

Le directeur de la Papda croit que l’absence de l’Etat est l’un des facteurs pouvant expliquer ce refus d’obtempérer à la décision prise par le Sénat.

« Il n’y a pas eu d’intermédiaires, il n’y a pas eu d’accompagnement de l’Etat », alors que celui-ci a pour devoir de protéger ces gisements importants identifiés, critique Charlmers. « Il y a un silence complice de l’Etat », pense t-il.

Le Bureau des mines (Bme) n’a pas les moyens de superviser les différentes zones, ni de techniciens et de géologues suffisamment qualifiés pouvant contrôler les fouilles et vérifier les trouvailles de ces compagnies, déplore Chalmers.

Parallèlement ces sociétés minières opèrent en toute liberté sans aucun mécanisme de régulation et dans le non-respect des lois en vigueur, constate t-il.

« Si on aboutit à des accords d’exploitations minières, [celles-ci] doivent être faites dans les conditions qui ne privilégient pas la logique de prédation et de pillage qui a toujours caractérisé le rapport avec les multinationales », préconise l’économiste.

Dans le contexte actuel, la vigilance des différents secteurs de la population est importante. La Papda souhaite une très grande mobilisation patriotique autour de la défense du patrimoine haïtien et des biens naturels.

La question des mines en Haiti a été l’objet d’une investigation par le consortium médiatique Ayiti Kale Je, dont fait partie l’agence en ligne AlterPresse. Au cours de cette enquête, qui a duré dix mois (de 2011 à 2012), une équipe d’étudiantes et d’étudiants, de journalistes et de membres d’une radio communautaire, a révélé plusieurs données.

Près de 3,885 kilomètres carrés du territoire haïtien, soit 15 pour cent de tout le pays, sont déjà sous une licence de recherche, d’exploration ou d’exploitation, ou sont soumis à une convention contrôlée par des firmes américaines et canadiennes.

http://www.alterpresse.org

Déclaration solennelle de la Conférence des Pasteurs Haïtiens

Déclaration solennelle de la Conférence des Pasteurs Haïtiens

Port-au-Prince, le 19 Décembre 2012

L’année 2012 touche à sa fin. Cette année a été particulièrement difficile pour le peuple Haïtien à bien des égards. La situation générale du pays continue de se détériorer lamentablement. Tous les indicateurs sont au rouge et rien ne permet d’espérer dans l’immédiat une amélioration substantielle des conditions de vie de la population. L’année 2012 a été difficile pour le pays sur quasiment tous les plans : social, économique et politique.

La Conférence des Pasteurs Haïtiens constate avec peine la paupérisation des classes moyennes se poursuit à un rythme vertigineux et que les masses défavorisées continuent de végéter dans la crasse alors que la misère et le choléra conjuguent leurs efforts pour anéantir une population majoritairement appauvrie. La situation est si grave qu’à plusieurs reprises, les populations de diverses régions du pays ont dû manifester pour dénoncer la faim et la gestion catastrophique de l’état. A l’occasion des fêtes de fin d’année et du nouvel an, la Conférence des Pasteurs haïtiens (COPAH) veut attirer l’attention des autorités en place sur la situation d’extrême misère de la majorité des haïtiens qui, aujourd’hui se trouvent aux abois face à la dégradation accélérée de leurs conditions matérielles d’existence. Ils n’ont pas le cœur à la fête ; ils ne peuvent pas fêter et n’en n’ont pas les moyens. Les haïtiens sont plutôt préoccupés par l’aggravation de la crise environnementale, énergétique, l’impunité érigée en système, la corruption et l’insécurité toujours non maitrisée…

Le kidnapping et le trafic illicite de la drogue deviennent aujourd’hui deux industries très prospères alors que les structures étatiques chargées de combattre le crime organisé semblent être dépassées par la situation. Les criminels disposent de gros moyens financiers, des armes et dans certains cas, de la protection auprès de certaines autorités politiques. «La justice élève une nation, mais le péché est la honte des peuples. » (Proverbes 14 :34)

En matière de santé, la population n’a toujours pas accès aux soins de santé primaire. Le choléra qui, selon plusieurs études conduites par des experts internationaux, a été introduit en Haïti par la MINUSTAH continue de faire des victimes parmi les couches les plus défavorisées de la population. Les efforts entrepris par les organismes compétents ne permettent toujours pas d’enrayer ce fléau qui a déjà tué plus de huit mille (8.000) personnes. Un bilan officiel qui, sans doute, cache la réalité.

Sur le plan économique, la situation est tout aussi préoccupante. Très peu d’investissements ont été faits dans le pays. La croissance économique n’est pas au rendez-vous. Le chômage continue d’affecter la majorité de la population active. Parallèlement, la corruption, véritable frein au développement durable et à la croissance économique gangrène l’administration publique. Des scandales de corruption de nature diverse ont éclaboussé de hautes autorités de l’Etat. Aucune enquête sérieuse n’a été diligentée pour élucider les cas de corruption dénoncés soit par des parlementaires et d’autres dignitaires de l’Etat.

En dépit des campagnes de propagande entreprises par le pouvoir en place sur l’investissement, il est navrant de constater que les investisseurs se montrent toujours hésitants. Cependant, il est compréhensible. On ne peut espérer grand-chose en matière d’investissements dans un pays occupé où les citoyens et surtout les dirigeants ne se montrent pas à la hauteur de leurs responsabilités. Un pays occupé est un Etat qui a failli à ses responsabilités.

Sur le plan politique, la situation n’est pas rassurante. Les élections législatives partielles, municipales et des collectivités qui devraient se tenir en novembre 2011, n’ont toujours pas eu lieu. La formation du Conseil Electoral devant organiser ces joutes est toujours dans l’impasse. Jusqu’ici, rien n’indique que les élections auront lieu dans les prochains trois (3) mois. Pourtant, amputé d’un tiers (1/3) de ses membres, le Sénat de la république est quasiment dysfonctionnel au point qu’aucune séance en assemblée ne peut s’y tenir. Personne ne sait de quoi demain sera fait. C’est l’incertitude totale.
La Conférence des pasteurs Haïtiens estime que l’heure n’est plus aux beaux discours ni à l’expression de simples velléités, mais aux actes qui tiennent compte des intérêts majeur du pays et des revendications fondamentales des haïtiens. Le moment est venu pour que les décideurs se penchent enfin sérieusement sur le sort des marginaux, ceux qui n’ont pas accès à l’éducation, aux soins de santé et aux services de base. Il est temps que les autorités cessent de se payer de mots et de slogans pour commencer à satisfaire les revendications du peuple haïtien.
Il est clair que dans le contexte actuel, les haïtiens ne peuvent et ne vont pas fêter. Cependant, la Conférence des Pasteurs Haïtiens ne peut s’empêcher de penser à ceux qui crèvent de faim, ceux dont les droits fondamentaux sont violés et ceux qui ne pourront pas organiser de réveillon et manger de la soupe du premier Janvier, contrairement à la tradition. La Conférence des pasteurs invite les frères et sœurs Haïtiens à garder l’espoir et à ne pas se décourager, car le jour de la délivrance est proche. Ils doivent se souvenir que Dieu a entendu leurs cris de détresse et de douleur. «Quand le malheureux crie l’Eternel entend et Il le délivre de toutes ses détresses, » (Psaume 34 :7)
Aussi, veut-elle inviter ceux qui ont de quoi manger à la réflexion, au partage et à la solidarité agissante avec les démunis, à l’occasion des fêtes de fin d’année. C’est le moment plus que jamais où tout un chacun devrait signifier son amour envers son prochain. «Il y a plus de bénédiction à donner qu’à recevoir, dit la bible. Que Dieu dans son amour incommensurable fasse luire sur Haïti et son peuple sa lumière de bienveillance pour que la nouvelle année marque un nouveau départ pour ce pays qui a trop souffert !

Rév. Abraham Loreston
Président

Rév. Ernst Pierre Vincent
Secrétaire exécutif

POURQUOI LES HAÏTIENS SONT-ILS SI PAUVRES ?

Pourquoi Haïti est-elle si pauvre ?

GALETTES DE TERRE POUR APAISER LA FAIM

GALETTES DE BOUE POUR APAISER LA FAIM

Ce titre est celui d’un article de Daron Acemoglu et James Robinson disponible sur leur blog http://whynationsfail.com. Il s’agit de deux des penseurs de l’économie du développement les plus connus au cours de la dernière décennie. Dans le milieu académique, on voit dans le profil d’Acemoglu celui d’un futur prix Nobel d’économie tant il est prolifique et tant sa contribution aux sciences économiques est cruciale et significative. Professeur au département d’économie du Massachussetts Institute of Technology (MIT), il a reçu en 2005 la médaille John Bates Clark récompensant des économistes de moins de 40 ans qui ont fait la contribution la plus significative à la pensée et au savoir économiques.

James Robinson, professeur à l’Université Harvard, est politologue et économiste, spécialiste de l’Amérique latine et de l’Afrique de renommée mondiale. Il conduit actuellement des recherches sur la République démocratique du Congo, la Sierra Léone, Haïti et la Colombie où il a enseigné pendant plusieurs années durant les sessions d’été à l’Université Los Andes. Les deux professeurs sont connus notamment pour leurs contributions essentielles montrant l’importance des institutions dans le développement économique à l’aide des données historiques à l’échelle internationale. Ils démontrent que les origines coloniales représentent un déterminant important des institutions contemporaines des anciennes colonies et donc leur niveau de développement économique. Donc, il m’a semblé très opportun d’avoir l’opinion de ces sommités sur les éventuelles causes de la pauvreté haïtienne. La lecture de leur chronique m’a conforté dans ma conviction de l’obligation et de la responsabilité de l’élite intellectuelle haïtienne de prendre le leadership de la pensée sur le développement national. Je reprends ici l’essence de l’article d’Acemoglu et de Robinson.

En effet, l’énigme pour les penseurs de l’économie du développement consiste à expliquer pourquoi Haïti, qui disposait en 1960 du même niveau de vie, représenté par le produit intérieur brut (PIB) par habitant, que la République dominicaine, garde aujourd’hui, un demi-siècle plus tard, un PIB par habitant d’à peine 13 % de celui de son voisin dominicain et de 2.5% de celui de son voisin américain.Comme explications à cet état lamentable, il ne manque pas d’explications mais la majeure partie d’entre elles sont insatisfaisantes, affirment Acemoglu et Robinson. Ces derniers ont fait un état des lieux des facteurs les plus cités en commençant par ceux évoqués par Jared Diamond qui, dans son livre intitulé Collapse (Effondrement*), explique la pauvreté d’Haïti par rapport à la République dominicaine, par des facteurs géographiques.

Jared Mason Diamond est un biologiste évolutionniste américain, également physiologiste et géonomiste (qui étudie les rapports entre les sociétés humaines et leur environnement). Professeur de géographie à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), il est surtout connu pour ses ouvrages: De l’inégalité parmi les sociétés (prix Pulitzer en 1998) et Collapse.L’un de ses arguments dans Collapse est que les vents venant généralement de l’est sont bloqués par les hautes montagnes, réduisant ainsi les précipitations sur la partie haïtienne de l’île.

Ce faible niveau de pluie combiné à une faible qualité du sol et une plus forte densité de la population conduit, selon Diamond, à une déforestation en Haïti pendant que la République dominicaine arrive à maintenir sa forêt verte et une grande qualité de son sol. Il reconnaît que la forte densité de population était le résultat de l’implantation de l’agriculture en Haïti supportée par le commerce des esclaves tout en mentionnant d’autres facteurs sociaux et culturels. À ce niveau, d’autres auteurs estiment qu’il ne devrait pas y avoir de grande différence entre Haïti et la République dominicaine qui ont eu en commun ce douloureux passé colonial. Diamond démontre, à partir notamment des exemples d’Haïti et de la République dominicaine, que les choix d’une société peuvent conduire à son salut ou à sa ruine. Malheureusement, on ne peut pas prétendre que les choix de politiques publiques des dirigeants haïtiens arrivent à placer le pays dans les rangs de ceux qui concourent à leur salut.

Plus populaires que les explications géographiques sont les arguments culturels. Certains commentateurs, nous disent Acemoglu et Robinson, arrivent à la conclusion qu’Haïti est si pauvre à cause de son peuple. Dans un ouvrage datant de 2012 intitulé : «Haïti : the Aftershocks of History», Laurent Dubois tente de faire une importante correction de ces arguments, mentionnent Acemoglu et Robinson. Le professeur Dubois, spécialiste de l’histoire et de la culture de la France et de la Caraïbe, enseigne l’histoire à Duke University et est directeur du Centre d’études françaises et francophones et codirecteur du laboratoire sur Haïti de l’institut humanitaire Franklin. Il commence par rappeler les arguments culturels qui datent pour certains de plusieurs siècles.

Par exemple, Victor Cochinat, avocat, journaliste et écrivain martiniquais du XIXe siècle affirmait que « Les Haïtiens sont paresseux et ont « honte » de travailler,…,c’est pourquoi ils sont si pauvres. Ils dépensent trop d’argent dans le rhum ». Cochinat est connu pour avoir été secrétaire d’Alexandre Dumas père, et fut un temps rédacteur au Mousquetaire, au Figaro et à de nombreux journaux parisiens.

On peut toujours penser qu’il s’agit de divagations d’un excentrique explorateur du XIXe siècle, mais le professeur Dubois montre comment les mêmes arguments persistent encore aujourd’hui. Par exemple, les jours qui ont suivi le séisme du 12 janvier 2010, le télé-évangéliste Pat Robertson affirmait que les Haïtiens souffrent autant parce qu’ils avaient vendu leurs âmes au diable. Paradoxalement, aujourd’hui encore, des « pasteurs» et croyants haïtiens répètent ces mêmes inepties. Une version à peine plus polie de cet argument était venue d’un des plus influents chroniqueurs du New York Times, David Brooks, qui avait accusé Haïti d’avoir «des influences culturelles résistantes» y compris « l’influence de la religion vaudou»…

J’ai beaucoup hésité avant de citer ces arguments mais à bien y réfléchir je me suis dit qu’il est important de discuter de la perception d’Haïti par des étrangers, et pas des moindres puisqu’il s’agit d’intellectuels et leaders d’opinion influents au niveau mondial. Qui plus est, ces arguments sont incrustés dans l’imaginaire de beaucoup de nos concitoyens. Il suffit de faire un tour sur les forums haïtiens sur Internet ou écouter certains prédicateurs pour s’en rendre compte.

De pareilles arguties ont conduit leurs adeptes, notamment les internationaux,à réclamer ouvertement un protectorat pour Haïti. David Brooks a même préconisé «un paternalisme intrusif» qui devra faire changer la culture locale en faisant la promotion d’un «No excuses countercultures». J’avoue ne pas trop savoir ce que cela veut dire…Le livre du professeur Dubois, indiquent Acemoglu et Robinson, fait une lecture animée, dissipe ces perceptions et localise fermement les racines de la pauvreté d’Haïti dans son histoire. Nous aurons à montrer dans cette chronique, en nous servant d’ailleurs des résultats des travaux de recherche d’Acemoglu et de Robinson, comment Haïti a été l’une des colonies les plus extractives que les Européens eussent mises en place. La majorité de sa population travaillait comme esclaves dans les plantations pour leurs maîtres français.Un passé lourd de conséquences aujourd’hui encore.

Une histoire coûteuse et compromettante

Une estimation datant de 1789, citée par les auteurs, établit le nombre de gens libres sur l’île à 55 000 et les esclaves à 450 000, soit 88 % de la population. Haïti a été une colonie dystopique basée sur la terreur et la répression des esclaves. Des institutions cruelles octroyaient des punitions brutales à la plus petite des infractions des esclaves qui mouraient à des taux élevés, soit de la maladie, de la maltraitance, de la surcharge de travail, etc. Haïti a choqué le monde par sa formidable révolte des esclaves ayant conduit à son indépendance de la France en 1804, mais cette révolution n’a pas conduit à la création d’institutions inclusives, ont fait remarquer Acemoglu et Robinson. La lutte haïtienne contre les Français qui ont tenté de reprendre la colonie a été longue et coûteuse. Par exemple, le professeur Dubois soutient que les besoins budgétaires imposés par cette guerre continue ont rendu l’abolition de l’esclavage essentiellement impossible. Une façon de dire que la pratique esclavagiste a perduré même après l’indépendance.

On peut penser par exemple au paiement de la dette de l’indépendance, les 150 millions de francs-or extorqués par les Français, qui a constitué un lourd fardeau sur le dos des paysans haïtiens. Cet état de fait a engendré un retard considérable dans l’évolution de ce nouvel État indépendant en investissant dans une politique de militarisation excessive après l’indépendance. Mais, peut-être plus important encore, selon Acemoglu et Robinson, est le cercle vicieux créé par les institutions extractives postindépendance qui oeuvrent au profit d’un groupe ou d’un clan au détriment de la collectivité.

On en garde encore des séquelles pour ne pas dire l’essentiel. Selon Acemoglu et Robinson, il y avait des contraintes suffisantes sur le pouvoir des chefs d’État durant la période postindépendance comme Dessalines, Christophe ou Pétion qui s’érigeront en élite exploitant les Haïtiens par les mêmes moyens que les Français avaient utilisés auparavent. On ne peut sûrement pas mettre les trois dans le même panier mais l’argument garde toute son essence.

Le professeur Dubois montre comment l’histoire d’après l’indépendance d’Haïti a influencé sa politique ultérieure avec notamment la persistance des institutions extractives coloniales qui ont engendré un chaos quasipermanent et généralisé. Il se montre aussi critique envers la communauté internationale en citant l’ex-chef de mission de l’Organisation des États américains en Haïti qui affirmait que la présence de l’Onu en Haïti était «inutile et même dangereuse». Le Brésilien Ricardo Seitenfus allait encore plus loin en indiquant qu’il existe un lien malveillant et pervers entre le groupe des organisations non gouvernementales et la faiblesse de l’État haïtien.

Tout en admettant que le livre du professeur Dubois est instructif et provocateur, l’énigme haïtienne demeure cependant intacte aux yeux d’Acemoglu et Robinson. Ils se posent une question fondamentale: pourquoi Haïti, pas la Barbade, la Jamaïque ou la République dominicaine ? À la fin de la seconde Guerre mondiale, Haïti et la République dominicaine étaient d’ailleurs essentiellement identiques en termes de revenu par habitant. Par la suite, les tendances ont divergé. Des situations de ce genre abondent dans l’histoire universelle. Par exemple, en 1800, les États-Unis n’étaient pas beaucoup plus riches que l’Amérique latine en termes de revenus, mais, soutiennent Acemoglu et Robinson, leurs institutions étaient différentes et constituaient un fort potentiel de développement économique.

L’écart commençait à se creuser notamment avec la révolution industrielle britannique qui, étant donné la qualité des institutions américaines, a profité aux États-Unis et pas à l’Amérique latine. Tout semble indiquer qu’en République dominicaine, les leaders dominicains de la période post-Trujillo ont réussi une transition bien qu’imparfaite mais acceptable vers des institutions politiques plus inclusives susceptibles de promouvoir la croissance économique durable. À l’autre bout de l’île, l’absence et/ou la faiblesse institutionnelle se sont plutôt accentuées, engendrant ainsi une instabilité politique chronique. La période des Duvalier a vu les tontons macoutes se substituer à l’armée d’Haïti qui s’attelait davantage à défendre les intérêts d’une classe au détriment de la grande masse, notent Acemoglu et Robinson. Cet échec dans la mise en place d’institutions inclusives, poursuivent-ils, est en grande partie responsable de la différence observée entre Haïti et la République dominicaine en termes de développement économique. Une thèse quelque part conciliable avec celle de Jared Diamond puisque construire des institutions inclusives est également un choix politique dans lequel les leaders dominicains se sont montrés plus habiles que leurs homologues haïtiens. Et s’il y a des inquiétudes à avoir sur le développement économique d’Haïti,c’est le manque de mesures concrètes devant pallier cette déficience institutionnelle.

Thomas Lalime thomaslalime@yahoo.fr

Le Nouvelliste | Publié le : 2013-01-28

(*) Un résumé commenté de la thèse de Diamond a été publié dans les colonnes du Nouvelliste par l’agronome Jean André Victor à compter du 22 novembre 2012.

WHY IS HAITI SO POOR? 

Daron Acemoglu and James Robinson

Haiti, located on the western part of the island of Hispaniola, is one of the poorest countries in the world. Its GDP per capita (at purchasing power parity) stands at about $1,241, merely 2.5 percent of US GDP per capita. Its neighbor on the island of Hispaniola, the Dominican Republic, is significantly richer, with GDP per capita of $9,289.

There has not been a shortage of explanations for the sorry state of Haiti’s economy. But most of them are fairly unsatisfactory. In his book Collapse, Jared Diamond attempted to explain Haiti’s poverty, in particular relative to the Dominican Republic, with geographic factors. He pointed out that the winds coming mostly from the east were blocked by high mountains, reducing rainfall for the Haitian part of the island. This combined with the lower soil quality and greater population density led to deforestation in Haiti, while the Dominican Republic maintained its forest cover and high-quality soil. (Diamond recognizes that this higher population density was the result of the plantation agriculture in Haiti based on the import of slaves, and also mentions other social and historical factors).

Even more popular than Diamond’s geographic explanation are cultural ones. Many commentators end up arguing that Haiti is poor because of its people. A recent book by Laurent Dubois, Haiti: the Aftershocks of History, is a useful corrective to these arguments. Dubois starts by recapping many of these arguments which go back centuries. For example, Victor Cochinat, a 19th-century visitor from Martinique, stated (p. 1)

Haitians were lazy and ‘ashamed’ to work,…, which was why they were so poor. They spent too much money on rum.

Lest you think that these are the ramblings of an eccentric 19th-century explorer, Dubois shows how the same arguments are what gets traction today, writing (p. 3)

The day after the earthquake, televangelist Pat Robertson famously opined that Haitians were suffering because they had sold themselves to the devil. A more polite version of the same argument came from New York Times columnist David Brooks, who accused Haiti of having “progress-resistant cultural influences,” including “the influence of voodoo religion.”… Many called openly for Haiti to be made a protectorate. Brooks advocated “intrusive paternalism” that would change the local culture by promoting “No Excuses countercultures.”

The book makes a lively read, dispelling these notions, and firmly locating the roots of Haiti’s poverty in its history. Haiti was one of the most extractive colonies Europeans set up, with the majority of its population working as slaves in plantations for their French masters. (An estimate from 1789 puts the number of free people at 55,000 vs. 450,000 slaves; the free people included a significant number of “free people of color”). Haiti was a dystopic colony, based on terror and repression. Brutal punishments and institutions were common for the most minor of offenses, and slaves died at staggering rates, with perhaps 10% of the slave population dying of disease, overwork and other causes.

Haitians shocked the world with a formidable slave revolt in 1791, ultimately leading to independence from France. But this revolt did not lead to the development of inclusive institutions. To start with, the fight against the French, who attempted to retake their prize colony several times, was protracted and costly. Dubois, for example, argues that the fiscal needs imposed by this continued war made the abolition of slavery essentially impossible. It probably also stunted the subsequent political development of this new independent state by excessively militarizing its politics. But perhaps more important was the vicious circle of extractive institutions. There were insufficient constraints on the power of post-independence leaders such as Dessalines, Christoph, or Petion, who set themselves up as the elite exploiting Haiti’s people through very much the same means as the French had done earlier (and this does not receive sufficient emphasis from Dubois who is somewhat more lenient towards the misdeeds by Haiti’s early leaders than those of its colonial masters and later politicians).

Dubois shows how the early post-independence history of Haiti shaped its later politics, in particular, opening the way to Duvaliers’ extractive rule and to the subsequent chaos.

He is equally critical of the international aid community. He cites the argument of Ricardo Seitenfus, the Brazilian head of Organization of American States mission in the country during the 2010 earthquake, that the UN presence in Haiti was “wasteful and even harmful”. Seitenfus went further, arguing:

There is a malicious and perverse relationship between the force of NGOs and the weakness of the Haitian state.

Though Dubois’s book is informative and provocative, the big puzzle remains: Why Haiti, not Barbados or Jamaica or the Dominican Republic? The Dominican Republic is a natural comparison, being on the same island and sharing, like Barbados and Jamaica, its history of slavery (even if its intensity was less than that Haiti). But the most puzzling aspect of the whole thing is shown in the next figure.

At the end of World War II, Haiti and the Dominican Republic had essentially identical levels of income per capita. Thereafter, they diverged. Situations like this are common in world history. In 1800 the US was not much richer than Latin America in terms of measured incomes, but its underlying institutions were different and so was its potential. This only started to matter when the British Industrial Revolution completely changed what was economically possible. The US could and did take advantage, Latin America did not.

One hypothesis about the divergence between Haiti and the Dominican Republic is that a similar situation arose with Haiti and the Dominican Republic. Though the latter shared a history of slavery, dictatorship and US invasion, it did not suffer as much as Haiti. After 1930 Rafael Trujillo, head of the US created national guard, set himself up as dictator. He controlled the army and embarked on a path of extractive economic growth. As the world economy boomed after 1945, divergence set in. The Dominican Republic exported sugarcane and cigars; afterwards they developed a successful export processing zone. After Trujillo was assassinated in 1961, they managed an imperfect transition to more inclusive political institutions, sustaining the economic growth. Haiti was different, without such a strong state or political control of the army, the period after 1930 saw political instability not extractive growth and when François Duvalier (“Papa Doc”) came to power in 1957 he privatized violence using the ton ton macoutes to control the country, not the army. There was no extractive growth in Haiti, just anarchy.

All the same, this is just one hypothesis that fits the facts, the divergence between the two halves of the island of Hispaniola remains a major puzzle.

Why is Haiti so poor?

Why is Haiti so poor? 

By Daron Acemoglu and James Robinson

Haiti camp for those displaced by 2010 earthquake

Haiti, located on the western part of the island of Hispaniola, is one of the poorest countries in the world. Its GDP per capita (at purchasing power parity) stands at about $1,241, merely 2.5 percent of US GDP per capita. Its neighbor on the island of Hispaniola, the Dominican Republic, is significantly richer, with GDP per capita of $9,289.

There has not been a shortage of explanations for the sorry state of Haiti’s economy. But most of them are fairly unsatisfactory. In his book Collapse, Jared Diamond attempted to explain Haiti’s poverty, in particular relative to the Dominican Republic, with geographic factors. He pointed out that the winds coming mostly from the east were blocked by high mountains, reducing rainfall for the Haitian part of the island. This combined with the lower soil quality and greater population density led to deforestation in Haiti, while the Dominican Republic maintained its forest cover and high-quality soil. (Diamond recognizes that this higher population density was the result of the plantation agriculture in Haiti based on the import of slaves, and also mentions other social and historical factors).

Even more popular than Diamond’s geographic explanation are cultural ones. Many commentators end up arguing that Haiti is poor because of its people. A recent book by Laurent Dubois, Haiti: the Aftershocks of History, is a useful corrective to these arguments. Dubois starts by recapping many of these arguments which go back centuries. For example, Victor Cochinat, a 19th-century visitor from Martinique, stated (p. 1)

Haitians were lazy and ‘ashamed’ to work,…, which was why they were so poor. They spent too much money on rum.

Lest you think that these are the ramblings of an eccentric 19th-century explorer, Dubois shows how the same arguments are what gets traction today, writing (p. 3)

The day after the earthquake, televangelist Pat Robertson famously opined that Haitians were suffering because they had sold themselves to the devil. A more polite version of the same argument came from New York Times columnist David Brooks, who accused Haiti of having “progress-resistant cultural influences,” including “the influence of voodoo religion.”… Many called openly for Haiti to be made a protectorate. Brooks advocated “intrusive paternalism” that would change the local culture by promoting “No Excuses countercultures.”

The book makes a lively read, dispelling these notions, and firmly locating the roots of Haiti’s poverty in its history. Haiti was one of the most extractive colonies Europeans set up, with the majority of its population working as slaves in plantations for their French masters. (An estimate from 1789 puts the number of free people at 55,000 vs. 450,000 slaves; the free people included a significant number of “free people of color”). Haiti was a dystopic colony, based on terror and repression. Brutal punishments and institutions were common for the most minor of offenses, and slaves died at staggering rates, with perhaps 10% of the slave population dying of disease, overwork and other causes.

Haitians shocked the world with a formidable slave revolt in 1791, ultimately leading to independence from France. But this revolt did not lead to the development of inclusive institutions. To start with, the fight against the French, who attempted to retake their prize colony several times, was protracted and costly. Dubois, for example, argues that the fiscal needs imposed by this continued war made the abolition of slavery essentially impossible. It probably also stunted the subsequent political development of this new independent state by excessively militarizing its politics. But perhaps more important was the vicious circle of extractive institutions. There were insufficient constraints on the power of post-independence leaders such as Dessalines, Christoph, or Petion, who set themselves up as the elite exploiting Haiti’s people through very much the same means as the French had done earlier (and this does not receive sufficient emphasis from Dubois who is somewhat more lenient towards the misdeeds by Haiti’s early leaders than those of its colonial masters and later politicians).

Dubois shows how the early post-independence history of Haiti shaped its later politics, in particular, opening the way to Duvaliers’ extractive rule and to the subsequent chaos.

He is equally critical of the international aid community. He cites the argument of Ricardo Seitenfus, the Brazilian head of Organization of American States mission in the country during the 2010 earthquake, that the UN presence in Haiti was “wasteful and even harmful”. Seitenfus went further, arguing:

There is a malicious and perverse relationship between the force of NGOs and the weakness of the Haitian state.

Though Dubois’s book is informative and provocative, the big puzzle remains: Why Haiti, not Barbados or Jamaica or the Dominican Republic? The Dominican Republic is a natural comparison, being on the same island and sharing, like Barbados and Jamaica, its history of slavery (even if its intensity was less than that Haiti). But the most puzzling aspect of the whole thing is shown in the next figure.

At the end of World War II, Haiti and the Dominican Republic had essentially identical levels of income per capita. Thereafter, they diverged. Situations like this are common in world history. In 1800 the US was not much richer than Latin America in terms of measured incomes, but its underlying institutions were different and so was its potential. This only started to matter when the British Industrial Revolution completely changed what was economically possible. The US could and did take advantage, Latin America did not.

One hypothesis about the divergence between Haiti and the Dominican Republic is that a similar situation arose with Haiti and the Dominican Republic. Though the latter shared a history of slavery, dictatorship and US invasion, it did not suffer as much as Haiti. After 1930 Rafael Trujillo, head of the US created national guard, set himself up as dictator. He controlled the army and embarked on a path of extractive economic growth. As the world economy boomed after 1945, divergence set in. The Dominican Republic exported sugarcane and cigars; afterwards they developed a successful export processing zone. After Trujillo was assassinated in 1961, they managed an imperfect transition to more inclusive political institutions, sustaining the economic growth. Haiti was different, without such a strong state or political control of the army, the period after 1930 saw political instability not extractive growth and when François Duvalier (“Papa Doc”) came to power in 1957 he privatized violence using the ton ton macoutes to control the country, not the army. There was no extractive growth in Haiti, just anarchy.

All the same, this is just one hypothesis that fits the facts, the divergence between the two halves of the island of Hispaniola remains a major puzzle.