DEVOIR DE MÉMOIRE – 3 DÉCEMBRE 2001 BRIGNOL LINDOR : LYNCHAGE PUBLIC D’UN JOURNALISTE OSANT S’OPPOSER AU POUVOIR LAVALAS »

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DEVOIR DE MÉMOIRE

3 DÉCEMBRE 2001 – 3 DÉCEMBRE 2016

L’EXÉCUTION BARBARE DE BRIGNOL LINDOR OU LE LYNCHAGE PUBLIC D’UN JOURNALISTE OSANT S’OPPOSER AU POUVOIR LAVALAS

 

 DÉCRYPTAGE

Rapport de la Coalition Nationale des Droits Humains (NCHR) – avril 2002

Le 3 décembre, la Ville de Petit-Goâve a vécu un événement, qui par l’atrocité et la barbarie qui le caractérisent, rappelle étrangement l’époque coloniale.

Le Journaliste Brignol Lindor, directeur de la salle des nouvelles de « Radio Écho 2000 » a été tué à l’Acul 1ère section communale (Bino) de Petit-Goâve à coups de piques et de machettes. Cette mort violente, d’une sauvagerie innommable est survenue trois jours seulement après que des menaces de mort publiques eurent été proférées par les autorités de la ville à l’encontre de plusieurs personnalités dont Brignol Lindor.

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Le cadavre ensanglanté de Brignol Lindor

La National Coalition for Human Rights (Coalition Nationale des Droits Humains – NCHR)  avait immédiatement dépêché sur les lieux une équipe d’enquêteurs de droits humains aux fins de déterminer les circonstances entourant ce drame, le degré de participation des uns et des autres dans les actes de violences à Petit-Goâve. Devant la complexité de la situation, la NCHR avait décidé de se donner du temps pour mieux cerner la question à partir de visites successives.

Ainsi, la Coalition Nationale des Droits Humains (NCHR) a effectué quatre (4) visites de terrains à Petit-Goâve, participé aux funérailles de Lindor, interrogé parallèlement un certain nombre de personnes et de personnalités de la Commune de Petit-Goâve, écouté différents secteurs de la ville de Petit-Goâve avant de produire le présent rapport.

La NCHR entend suivre l’évolution de ce dossier jusqu’au procès des assassins de Brignol Lindor et elle tiendra la population haïtienne informée de l’état d’avancement du dossier quand cela se révèlera nécessaire.

Le présent rapport prend en compte les faits qui ont précédé et succédé le 3 décembre 2001, les présente tels qu’ils se sont déroulés, relate succinctement les principales déclarations faites par les personnes et personnalités rencontrées par les enquêteurs de la NCHR avant de fixer la position de l’Organisation.

  1. LES FAITS ANTERIEURS

Depuis un certain temps la ville de Petit-Goâve est caractérisée par une situation de tension quasi permanente, une dangereuse polarisation de la vie socio-politique. Cette situation est en grande partie due à la crise politique globale née des élections de l’année 2000. Dans ce cadre-là, plusieurs incidents malheureux avaient précédé les événements macabres du 3 décembre 2001.

La NCHR en retrace quelques-uns :

Le lundi 12 novembre 2001 : sous la pression de quelques individus exigeant le départ du pouvoir Lavalas les établissements scolaires étaient contraints de fermer leurs portes. Ces individus menaçaient ouvertement les parents d’élèves à qui, ils faisaient croire que leurs enfants connaîtraient le même sort que Roseline Vaval, Jean Robert Cius, s’ils s’obstinent à violer leur mot d’ordre.

· Samedi 24 Novembre 2001 : des délégations de la Convergence Démocratique de Gressier, de Léogâne, de Jacmel, de Grand-Goâve, de Petit-Goâve, de Miragoâne et des Cayes ont organisé une réunion au local de la convergence de Petit-Goâve sis à l’angle des rues Lamarre et St Paul. Suite à cette réunion elles ont lancé pour le jeudi 29 novembre 2001, un mot d’ordre de grève, qu’elles souhaiteraient voir observer au niveau des régions précitées. L’objectif recherché était la chute du pouvoir Lavalas.

  • Lundi 26 et Mardi 27 novembre 2001 : des tractations de toutes sortes se sont multipliées à double sens entre les protagonistes (Convergence et Lavalas) pour la réussite ou l’échec de ce mot d’ordre de grève. Ceci a créé une situation de tension dans la ville de Faustin Soulouque. C’était la panique quasi généralisée.
  • Mercredi 28 novembre 2001 : Déus Jean François, Panoski Roger et Frantz Sagaille ont été les invités du journaliste Brignol Lindor à l’émission  » Dialogue  » de 20 à 22 heures sur les antennes de la RADIO ECHO 2000, à Petit-Goâve. Au cours de cette émission, les invités connus pour leur hostilité au gouvernement Lavalas ont vertement critiqué et dénoncé les actes de barbarie et de corruption du pouvoir en place.
  • Vendredi 30 Novembre 2001 : le Conseil Municipal de Petit-Goâve (le maire Emmanuel Antoine, ses deux adjoints : Messieurs Dumey Bony et Cimeres Bolière), les Directeurs de la Téléco Monsieur Jean Wilio Manéus, de la douane Monsieur Robenson Desrosiers, des Affaires Sociales Monsieur Fritznel Poussin et le coordonnateur de l’Organisation Populaire  » Dòmi nan Bwa  » Monsieur Raymond Jean Fleury ont donné une conférence de presse au local de la mairie. Au cours de cette conférence, ils ont réclamé l’application de la formule « zero tolerans  » à l’endroit de : Brignol Lindor, Déus Jean François, Roger Panoski, Frantz Fontenelle et Frantz Sagaille. Monsieur Dumey Bony s’est particulièrement distingué par la véhémence de ses déclarations.
  1. LES FAITS

Le lundi 3 décembre 2001 vers 11 heures 30 A.M, une manifestation organisée par les partisans de la Convergence Démocratique longeait la Rue Républicaine. Cette manifestation allait prendre une ampleur considérable aux abords du Lycée Faustin Soulouque quand des lycéens ont décidé de rejoindre les manifestants. Cependant elle a été vite dispersée par les policiers du Commissariat de Petit-Goâve. Les manifestants retranchés près du marché Dimanche à la Rue Geffrard, ont mis la main sur un agent de sécurité de l’Autorité Portuaire Nationale (APN), répondant au nom de Joseph Céus Duverger. Ce dernier a été violemment attaqué et grièvement blessé à coups de machette et de pierres. Il porte des traces de blessures à la jambe droite et à la tête. Abandonné pour mort, Monsieur Duverger, membre de l’Organisation Populaire  » Dòmi nan Bwa « , proche du pouvoir lavalas a été transporté à l’hôpital Notre Dame de Petit-Goâve par une patrouille policière.

Parallèlement et presque au même moment, Brignol Lindor, journaliste, avocat de formation et professeur se rendait à Miragoâne, en compagnie de Emmanuel Espoir Clédanor à bord d’une Jeep Montero de couleur bleue, immatriculée au # TZ8533. Arrivée à l’Acul, localité située à cinq Km de Petit-Goâve, la Jeep a été attaquée par un groupe d’individus de l’Organisation Populaire  » Dòmi nan Bwa  » se réclamant du parti Fanmi Lavalas. Emmanuel Espoir Clédanor a eu le temps de prendre la fuite pour sauver sa peau. Brignol Lindor, pour se protéger, a dû se réfugier chez Monsieur Zéphir Pétuel Président de l’ASEC de la Première Plaine et Membre de l’Organisation Populaire «  Dòmi nan Bwa « . Malheureusement Monsieur Brignol aurait été contraint de se rendre pour être lynché.

III. LES FAITS SUBSEQUENTS

Le jeudi 13 décembre 2001, un groupe d’individus a beau essayer d’investir l’hôtel de Ville de Petit-Goâve en lançant des jets de pierres et des tirs d’armes à feu en sa direction, les agents de la Commune ont riposté et Wilson Belval, un passant a été atteint d’un projectile au niveau de la tête. Transporté d’urgence à l’hôpital Notre Dame de Petit-Goâve, son cas avait été jugé inquiétant, au point qu’on a dû le transférer à Port-au-Prince.

Le même jour, les policiers de Petit-Goâve ont arrêté puis battu Daniel Sincère. Ce dernier a été accusé d’avoir utilisé sa voiture pour transporter des hommes armés qui auraient tiré sur une patrouille policière et dressé des barricades sur la Nationale No 2.

  • 17 décembre 2001, Petit-Goâve s’est réveillée agitée, suite à la nouvelle faisant état de la prise d’assaut du Palais National par un groupe d’hommes lourdement armés. Les membres d’OP proches du pouvoir Lavalas ont incendié à Port-au-Prince le local de la Convergence Démocratique et les locaux de certains autres partis politiques membres de la Convergence. En représailles, les membres d’OP pro-convergence ont gagné les rues de Petit-Goâve comme des fous furieux, dressé des barricades, incendié la maison appartenant à Monsieur Emmanuel Antoine, maire de Petit-Goâve. A leur tour, les membres des OP pro-Lavalas ont incendié la maison de Monsieur Déus Jean François et l’escalade continue. Bilan : entre 14 à 18 maisons sont incendiées dans les deux camps. Bien que la police ait été informée ce jour-là, elle a brillé une énième fois par son absence.
  • 17 décembre 2001 à l’angle des rues Desvignes et Leconte, un groupe de gens se réclamant de Lavalas s’en est pris aux partisans de la Convergence Démocratique. Il s’ensuit des échanges de tirs d’armes automatiques. Ricardo Nelson, âgé de 17 ans, se trouvait sous le toit de sa maison, au numéro 96, de la rue Leconte quand il a reçu un projectile à la jambe droite. Vu le climat de tension et d’agitation s’abattant sur la ville de Petit-Goâve, les parents de la victime avaient peur de se rendre seuls à l’hôpital. Ils ont été au Commissariat réclamer l’assistance de la police ; les policiers ont refusé catégoriquement de les accompagner. Nonobstant le refus des policiers, Ricardo et ses parents se sont rendus à l’hôpital Notre Dame de Petit-Goâve, mais il n’y avait aucun médecin. Ils se sont dirigés vers la résidence des médecins cubains. Ces derniers lui ont prodigué des soins que nécessitait son cas.
  • 18 décembre 2001, le nommé Brunel Cadet a reçu une balle dans le dos et a rendu l’âme sur le champ, à Morne Soldat, localité de Petit-Goâve. Il était accusé par la police d’avoir dressé des barricades sur la Nationale No 2.
  1.   RÉSUMÉ DES DÉCLARATIONS FAITES PAR LES PERSONNES RENCONTREES
  2. a) MONSIEUR PETUEL ZEPHIR, PRÉSIDENT DE L’ASSEMBLÉE DE SECTION COMMUNALE DE LA PREMIÈRE PLAINE ET MEMBRE DE L’ORGANISATION POPULAIRE «  DOMI NAN BWA « .

Monsieur Zéphir, Membre de l’Assemblée de Section Communale de la Première Plaine qui, selon les rumeurs, aurait livré Brignol Lindor aux assaillants dispose cependant des pièces prouvant son absence ce 3 décembre à l’Acul. Il nous a montré une fiche de la téléco de Port-au-Prince et une fiche de CAM transfert, transactions qu’il avait faites le 3 décembre. Il avait appris la nouvelle de l’assassinat de Monsieur Brignol Lindor par le biais d’amis dont il n’a pas révélé les noms.

Monsieur Zéphir Pétuel dit avoir appris que le Substitut du Commissaire du Gouvernement de Petit-Goâve, Me Dumerzier Bellande a émis un mandat d’amener contre lui. Il s’est présenté au Parquet avec les pièces suscitées, et le Substitut du Commissaire du gouvernement, Me Dumerzier Bellande après l’avoir entendu, a demandé à la police de surseoir à l’exécution de ce mandat.

  1. b) MONSIEUR JOSEPH CEUS DUVERGER, AGENT DE SECURITE à L’APN, MEMBRE FONDATEUR DE L’ORGANISATION POPULAIRE « DOMI NAN BWA« 

Monsieur Joseph Céus Duverger se dit être un agent de sécurité à l’APN de Petit-Goâve. Du 2 au 3 décembre 2001, il était de service. Le 3 décembre 2001, il a laissé son poste aux environs de 11 heures a.m pour se rendre chez Monsieur Arsène Simon, propriétaire de la morgue  » Villa Notre Dame  » afin de s’occuper des funérailles de sa belle-mère. En cours de route, il a rencontré un groupe de manifestants se réclamant de la Convergence Démocratique. Quand ils l’ont vu, ils ont crié :  » Men yon Lavalas  » et ont sifflé un « lambi ».

Assailli à coups de pierres, Il a tenté de s’enfuir pour se réfugier à la rue Geffrard prolongée chez Fritzner alias  » Ti Paille « . Là , les gens l’ont torturé et l’ont abandonné pour mort. Il est ensuite transporté à l’Hôpital Notre Dame de Petit-Goâve par une patrouille policière du Commissariat de la ville afin de recevoir les soins médicaux que nécessitait son cas.

  1. c) MONSIEUR FRANTZ DOUDOUTE : CONSEILLER DE L’ORGANISATION POPULAIRE  » DOMI NAN BWA « 

Le lundi 3 décembre 2001, Monsieur Frantz Doudoute se rendait vers 8 heures 30 A.M à la ville de Petit-Goâve afin d’acheter des pièces de rechange pour sa bicyclette. Arrivé près de l’usine de l’EDH, IL a rencontré cinq (5) individus proches de la Convergence Démocratique. Ils lui ont proféré des menaces de mort. Après avoir fait ses achats, il se dirigeait vers la maison de son cousin Wawa Toussaint, située près de l’ancienne préfecture à la rue Lamarre. Il a été agressé par quatre (4) bandits qui se tenaient sous la galerie du local de la Convergence Démocratique sise à la même rue. Il a eu la vie sauve grâce à l’intervention de son cousin Wawa. Entre 11 et 12 heures, il regagnait son domicile en passant par le Pont Curtis, de là, il a appris l’assassinat de Monsieur Joseph Céus Duverger alias  » Pètèt  » à coups de pierres et de machettes par les sympathisants de la Convergence Démocratique. Il a vu passer Brignol Lindor à bord d’une Jeep Montero de couleur bleue en compagnie d’un Chauffeur.

Quelques minutes plus tard, il apprend aussi la mort de Brignol Lindor, assassiné en représailles à la tentative d’assassinat perpétré sur la personne de Joseph Céus Duverger, originaire de l’Acul, petite localité située à cinq Km au sud de la ville de Petit-Goâve.

  1. d) MONSIEUR EMMANUEL ESPOIR CLEDANOR, CONDUCTEUR DE LA VOITURE À BORD DE LAQUELLE SE TROUVAIT BRIGNOL LINDOR AVANT SON ASSASSINAT.

Monsieur Emmanuel Clédanor a été chercher Brignol Lindor au Centre Secondaire de la Caraïbe, situé en face du Lycée Faustin Soulouque où il dispensait un cours de Sciences Sociales. Brignol est monté à bord de la Jeep Montero de couleur bleue immatriculée au # TZ 8533, pour se rendre à l’Acul ; ils ont été attaqués par des gens se réclamant membres de l’Organisation Populaire « Dòmi nan Bwa ». Acculé, Clédanor a abandonné le véhicule. Il aurait eu la vie sauve en prenant la fuite à travers un marécage grâce à l’aide d’un citoyen de la zone. Brignol lui-même pour échapper à la poursuite des agresseurs s’était réfugié chez un élu de la zone. Selon sa propre version des faits, Clédanor n’aurait appris la nouvelle de la mort de Brignol qu’en arrivant à Petit-Goâve.

  1. e) MONSIEUR ARBRUN ALEZI, PROPRIETAIRE ET DIRECTEUR DE LA RADIO ECHO 2000 à PETIT-GOAVE.

Monsieur Alézi déclare que : Brignol Lindor était le Directeur de la salle des nouvelles à RADIO ECHO 2000. Il animait aussi l’émission de débat intitulée « Dialogue » tous les mercredi entre 20 et 22 heures. Après sa dernière émission en date du 28 novembre 2001, au cours de laquelle il avait comme invités : Déus Jean François, Frantz Sagaille et Panoski Roger, il faisait l’objet de sérieuses menaces de la part des autorités locales .

Soixante-douze (72) heures après que Dumay Bony, porte-parole des conférenciers ; Emmanuel Antoine, Maire ; Cimerès Bolière, Membre du Conseil Municipal ; Jean Willio Manéus, Directeur de la Téléco ; Robenson Desrossiers, Directeur de la Douane ; Fritznel Poussin, Directeur des Affaires Sociales de Petit-Goâve et Raymond Jean Fleury, Coordonnateur de l’Organisation  » Dòmi nan Bwa « , eut réclamé l’application de la formule « zero tolerans » contre Brignol Lindor, ce dernier a été froidement assassiné à coup de machettes et de haches à l’Acul, localité située à 5 kilomètres environ au sud de la Ville de Petit-Goâve. Il convient de signaler que la RADIO ECHO 2000 a repris timidement ses activités, mais la salle des nouvelles ne fonctionne toujours pas.

  1. f) MONSIEUR MORENO LINDOR, JEUNE FRÈRE DU JOURNALISTE BRIGNOL LINDOR.

Brignol Lindor, était l’objet de vives menaces de la part des autorités locales. Le 30 novembre 2001, le Maire adjoint Dumey Bony, au cours d’une conférence de presse, avait réclamé l’application de la formule  » ZERO TOLERANS  » contre certaines personnes, parmi lesquelles son frère Brignol Lindor. Trois (3) jours plus tard, Brignol a été lâchement assassiné par les membres de l’Organisation populaire  » Dòmi nan bwa  » proche du parti Fanmi Lavalas.

Il s’agit d’un crime planifié, dit-il. Dans un premier temps, la nouvelle faisait état de graves blessures dont serait victime Brignol Lindor. Il s’était rendu en toute hâte au Commissariat de Petit-Goâve pour demander aux policiers d’aller secourir son frère Brignol en danger de mort. Les policiers ont rétorqué que son frère Brignol était à l’hôpital Notre Dame. Ayant appris cette nouvelle, il s’y est rendu pour constater que Brignol n’y était pas.

A nouveau, il est retourné au Commissariat. Les policiers qui s’y trouvaient ont refusé catégoriquement de l’accompagner à l’endroit où son frère a été agressé. Quelques minutes après, il a appris que son frère Brignol était mort sur le coup. Ainsi, il s’est rendu à la Chapelle funéraire Villa Notre Dame, propriété de Arsène Jean Simon pour faire transporter le cadavre à la morgue.

Après la mort de son frère, plusieurs offres ont été faites par les responsables gouvernementaux aux parents de Brignol qui les ont toutes refusées. Ils ont porté plainte par devant qui de droit, afin que justice leur soit rendue.

  1. g) MONSIEUR ALIX ALEXANDRE, EX-COMMISSAIRE DE POLICE DE PETIT-GOÂ VE

Dès son arrivée en mars 2001, à la tête du Commissariat de Petit-Goâve, il a rencontré tous les secteurs de la ville et leur a demandé leur collaboration pour une Petit- Goâve sécurisée.

Cependant, les agissements de certains individus handicapaient le fonctionnement des écoles depuis près de trois semaines. La Police a identifié quelques-uns de ces individus dont Mactialy, Ti Kenley ainsi connus. Ces individus bénéficiaient du support d’une grande partie de la population Petit-Goâvienne.

Ainsi, le lundi 3 décembre 2001, une tentative de manifestation a été dispersée par la police. Ces individus se sont mêlés aux élèves du lycée Faustin Soulouque et ont lancé des pierres en direction des policiers. La police choisit de se désengager pour éviter l’affrontement tant souhaité par le groupe en question. « Yo ta va di nan Tigwav polisye tire sou elèv ak sou manifestan. Nou pa t pran nan provokasyon sa a  » a déclaré le Commissaire Alix Alexandre.

Le même jour, dit le Commissaire Alix Alexandre, alors qu’il se trouvait à la tête d’une patrouille sur la route Nationale No 2, pour faire enlever les barricades dressées par les riverains, il a été informé qu’un agent de sécurité de l’APN a été attaqué violemment à coups de machettes. Sur ce, le commissaire et ses hommes se sont rendus sur les lieux et ont transporté à l’hôpital Notre Dame la victime répondant au nom de Joseph Céus Duverger alias Petèt.

Il était 15 heures environ dit le Commissaire Alexandre, les parents de Brignol Lindor accompagnés du juge titulaire du tribunal de paix de Petit-Goâve, Monsieur Lenor Julien se sont rendus au commissariat. Ils ont demandé aux policiers de les accompagner pour aller faire le constat du cadavre à l’Acul et le transporter ensuite à la morgue. Informé par Radio, Le Commissaire Alix leur a fait savoir, qu’il est accompagné du Substitut du Commissaire du Gouvernement près le tribunal Civil de Petit-Goâve, Me Bellande Dumerzier, et qu’ils sont déjà en route. Cependant, des barricades érigées sur la Nationale No 2 ayant retardé leur arrivée sur les lieux du crime, les parents de Brignol ont eu le temps d’emporter le cadavre. Depuis lors, de concert avec la justice, la police travaille pour arrêter les coupables.

  1. ETAT D’AVANCEMENT DU DOSSIER

1) Me BELLANDE DUMERZIER, SUBSTITUT DU COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT PRÈS LE TRIBUNAL DE PREMIÈRE INSTANCE DE PETIT-GOÂVE

Me Bellande Dumerzier, que la NCHR a rencontré sur le dossier du Journaliste Brignol Lindor, le 8 janvier 2002, a fait les déclarations suivantes :

 Le Parquet de Petit-Goâve a déjà décerné une vingtaine de mandats d’amener et d’invitation.

 Quant aux mandats d’amener, aucun d’eux n’a été exécuté. Pour ce qui est des témoins, le parquet en a auditionné deux en l’occurrence Love Augustin et Emmanuel Espoir Clédanor.

 Le dossier du Journaliste Brignol Lindor sera communiqué au Cabinet d’Instruction le 8 janvier 2002 pour les suites de droit a déclaré le Substitut du Commissaire Me Bellande Dumerzier.

Rencontré une nouvelle fois le 21 janvier 2002, sur le dossier du Journaliste Brignol Lindor, Me Bellande Dumerzier a déclaré que :

 Le parquet a mis l’action publique en mouvement, en conséquence vingt-sept (27) mandats d’amener ont été émis : Sept (7) contre les présumés agresseurs de Monsieur Joseph Céus Duverger et Vingt (20) contre les Présumés assassins du journaliste Brignol Lindor. Dans le cadre de l’exécution de ces mandats, la police se révèle vraiment impuissante. Seulement deux arrestations sont effectuées : Fritz Hypollite (Ti Florian) et Dady Ostimé (Ti Kenley) respectivement impliqués dans l’assassinat de Brignol Lindor et la tentative d’assassinat sur Joseph Céus Duverger.

 Le Parquet a déjà saisi le Cabinet d’Instruction. Me Fritzner Duclair instruit le cas de Brignol Lindor et le juge Alex Clédanor travaille sur le dossier de Joseph Céus Duverger.

Le Substitut du Commissaire du Gouvernement a précisé que le constat du cadavre n’a pas eu lieu sur les lieux du crime, vu que les parents de Brignol Lindor avaient eu le temps de récupérer le corps avant que l’appareil judiciaire fasse son intervention pour le constat légal. Toutefois, il est allé à la morgue où se trouvait le cadavre pour les formalités d’usage.

Questionné autour des arrestations qui auraient été effectuées par la police à l’insu de la justice, le Substitut du Commissaire du Gouvernement de répondre : plusieurs arrestations ont été faites par la police sans mandat, la plupart des personnes arrêtées sont battues et malmenées.

À titre d’exemples : Thony Hector, Ronald Lindor, Yves Jolly Fils, etc. La police ne respecte pas le délai imparti par la loi qui stipule :  » Nul ne peut être maintenu en détention s’il n’a comparu dans les quarante-huit ( 48) heures qui suivent son arrestation, par devant un juge appelé à statuer sur la légalité de l’arrestation et si ce juge n’a confirmé la détention par décision motivée  » (Article 26 de la Constitution en vigueur).

Enfin, le Substitut du Commissaire du Gouvernement dit avoir été menacé lui aussi par un membre de l’organisation populaire  » Dòmi nan Bwa  » répondant au nom de Joubert.

2) ME FRITZNER DUCLAIR, JUGE D’INSTRUCTION CHARGE DU DOSSIER DE L’ASSASSINAT DU JOURNALISTE BRIGNOL LINDOR.

Me Fritzner Duclair qu’on a rencontré le 18 février en vue de s’enquérir de l’état d’avancement du dossier, a déclaré :

 Que le dossier de l’assassinat du journaliste Brignol Lindor lui a été communiqué par le parquet. Il a déjà auditionné plus d’une dizaine de personnes et se réserve de parler plus amplement pour ne pas violer le secret de l’instruction.

 Rencontré une nouvelle fois le 22 mars 2002, il dit avoir auditionné une trentaine d’individus dont deux détenus. Il a ajouté qu’il est en train de mettre la dernière main à son instruction, et que d’ici le début du mois d’avril 2002, le dossier de l’enquête sera communiqué au parquet.

  1. COMMENTAIRES

La Coalition Nationale pour les Droits des Haïtiens (NCHR) croit que l’assassinat brutal du journaliste Brignol Lindor à l’Acul, (localité relevant de la 1ère section communale (Bino) de Petit-Goâve) le 3 décembre 2001 n’est pas un accident. Ce crime horrible a été planifié. Les auteurs, co-auteurs, complices et ceux qui ont profité de ce crime l’avaient voulu. En témoignent les déclarations faites par le Maire adjoint de Petit-Goâve, Monsieur Dumay Bony, le 28 novembre 2001. La NCHR note qu’au cours de cette conférence se trouvaient autour de la table : Emmanuel Antoine, Maire ; Cimerès Bolière, Membre du Conseil Municipal ; Jean Willio Manéus, Directeur de la Téléco ; Robenson Desrosiers, Directeur de la Douane ; Fritznel Poussin, Directeur des Affaires Sociales de Petit-Goâve et Raymond Jean Fleury, Coordonnateur de l’Organisation  » Dòmi nan Bwa « .

La NCHR s’interroge sur la présence à cette table de conférence des autorités locales, du coordonnateur de l’Organisation populaire  » Dòmi nan Bwa  » Monsieur Raymond Jean Fleury. Laquelle organisation ayant revendiqué sans ambages le crime..

En tuant Brignol Lindor les membres de  » Dòmi nan Bwa  » n’ont-ils pas mis à exécution un mot d’ordre transmis par leur coordonnateur ?

Pourquoi le pouvoir a-t-il tenté de banaliser un tel crime en déclarant par le biais de son ministre de la communication et de la culture Monsieur Guy Paul, que Brignol Lindor n’a pas été tué en tant que journaliste mais en tant que membre de la Convergence Démocratique ? Quelle loi autorise un pouvoir à liquider physiquement ses opposants ?

De plus, les événements de Petit-Goâve démontrent de façon claire qu’à côté du pouvoir et de ses partisans, des groupes de l’opposition aussi sont impliqués dans des actes de violence particulièrement à Petit-Goâve. Les agressions physiques perpétrées contre Joseph Céus Duverger en sont un témoignage éloquent. Une sorte d’apartheid est en train de s’installer dangereusement à Petit-Goâve. Il importe de stopper cette tendance au plus vite.

Les événements tragiques survenus à Petit-Goâve en date du 3 décembre 2001 ont porté atteinte aux droits consacrés par :

  • ­la Constitution Haïtienne de 1987 en ses articles 19 et 28.
  • la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme en son article 2.
  • le Pacte International relatif aux droits civils et politiques en ses articles 6 et 7.
    Constitution haïtienne de 1987 :

Article 19.- » L’État a l’impérieuse obligation de garantir le Droit à la Vie, à la Santé au Respect de la Personne Humaine, à tout les Citoyens sans distinction, conformément à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme « 

Article 28.- » Tout haïtien ou toute haïtienne a le droit d’exprimer librement ses opinions, en toute matière par la voie qu’il choisit « 

Déclaration Universelle des Droits de l’Homme :

Article 3.- » Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne « 

Pacte International relatif aux Droits civils et politiques :

Article 6.-  » Le droit à la vie est inhérent à la personne humaine. Ce droit doit être protégé par la loi. Nul ne peut être arbitrairement privé de la vie « 

Article 7.-  » Nul ne sera soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants « 

RECOMMANDATIONS

La Coalition Nationale pour les Droits des Haïtiens (NCHR) dont la mission consiste à défendre sans équivoque les droits fondamentaux et les libertés individuelles de tous les citoyens sans distinction aucune, se fait le devoir de tirer la sonnette d’alarme en vue de porter les autorités constituées à prendre des mesures nécessaires pour éviter la répétition de tels actes qui ne font que ternir l’image du Pays.

Ainsi, la NCHR croit utile de faire les recommandations suivantes aux trois pouvoirs de l’État :

 Arrêter et juger toutes personnes impliquées dans la tentative de meurtre sur Joseph Céus Duverger et l’assassinat de Brignol Lindor.

 Désarmer les groupes armés en présence (Lavalas et Convergence) sans considération d’ordre politique.

 Instaurer un climat de paix favorisant aux différents secteurs Petit-Goâviens de reprendre leurs activités citoyennes.

 Œuvrer pour que les institutions étatiques ne soient pas au service d’une personne ou d’un groupe de personnes mais au service de toute la collectivité.

 Œuvrer pour que la police soit effectivement l’auxiliaire de la justice selon les vœux de la Constitution et les lois de la République.

 Éviter que les considérations d’ordre politique ne viennent entraver l’instruction relative aux événements du 3 décembre 2001. Et que les magistrats instructeurs fassent en toute indépendance leur travail.

 

 

 

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