LAURENT LAMOTHE : ANGE OU DÉMON

par Ella PERRARD

LaurentLamothec

Depuis tantôt une semaine circule sur Internet un important lot d’articles, apparemment sérieux et ne datant pas d’hier, de journalistes africains au sujet des démêlés de M. Laurent Lamothe et de sa société Global Voice Group sur le continent africain. Il faut en prendre note. Au prime abord, ce qui retient l’attention du lecteur, c’est qu’il n’y a aucune note positive en faveur de M. Lamothe. Au contraire, on y retrouve même et souvent des termes très peu élogieux à l’endroit de ce dernier : escroquerie, magouilles, opérations louches, commissions, fonds occultes, grosse arnaque, incompétence, etc. Ce sont là, les mots qui reviennent le plus souvent sous la plume de ces journalistes.

LELOUPDEGUISE

Les communicants du premier ministre désigné y voient une campagne menée par des concurrents de Global Voice et de M. Lamothe pour ternir leur image. Mais honnêtement la réaction paraît peu convaincante, avouons-le. La stratégie de défense de ces communicants a surtout consisté à présenter Global Voice comme une « société de télécommunications occupant la 10e place au niveau mondial » avec une technologie de pointe hors pair; à encenser M. Lamothe et à le faire apparaître sous un jour plus reluisant. Ils n’ont pas produit des arguments pertinents réfutant point par point les accusations récurrentes et sévères portées contre Global Voice et son patron. Retourner le négatif en positif, et voilà le tour est joué.
Nous avons donc cherché à comprendre un peu plus ce qu’il en est de ces critiques et de ces agissements répréhensibles dont on accuse M. Lamothe et sa société global Voice.
Voilà ce que nous avons trouvé.

Les critiques

Tout d’abord, les reproches les plus graves adressés à Global Voice ont été :
1- que ses activités sont illégales, en contradiction avec les normes internationales en vigueur et les lois du pays où elle s’installe d’autorité,
2- que son entrée sur un marché n’a pu avoir lieu qu’avec la complicité active des plus hautes autorités de l’État, plus particulièrement du chef de l’État et des autorités de régulation des télécommunications, l’équivalent de notre Conatel haïtien.
3- qu’elle n’a pas de marché dans son propre pays, à part le fait d’être un « carrier » vendant des cartes de téléphone ; que ses dossiers ne font pas l’objet d’un appel d’offres ; qu’elle ne gagne ses marchés que par le biais des contrats de gré à gré ;
4- qu’en demandant à l’État d’instituer illégalement une surtaxe sur les appels internationaux entrants et en réclamant une quote-part de plus de 40 % sur les revenus de cette surtaxe Global Voice s’enrichit impunément sur le dos des autres, sur le dos des opérateurs et des travailleurs immigrés.
5- Que sous prétexte d’installer des équipements modernes de contrôle du trafic international entrant pour lutter efficacement contre la fraude, toute cette opération ne vise qu’à un partage occulte des recettes de l’État entre M. Lamothe et l’agence de régulation des télécommunications qui sert de couverture à d’autres.

La stratégie d’implantation de Global Voice

1- La stratégie d’implantation de Global Voice pourrait se décliner ainsi : d’abord la recherche d’alliances avec les autorités du pays, la proposition de faire rentrer des ressources additionnelles dans le budget de l’État par le biais de la lutte contre la fraude sur le réseau des télécommunications.
2- L’établissement d’un partenariat avec l’autorité de régulation pour le contrôle du trafic international entrant.
3- Devenir le prestataire partenaire envers qui l’État s’acquittera par l’imposition d’une surtaxe sur les appels entrants qui servira à financer le projet y compris le remboursement des investissements et des services fournis par la société.
C’est du moins ce que nous croyons avoir compris dans le document « confidentiel » (qui circule sur Internet ) envoyé par Global Voice à l’Autorité de régulation des Télécommunications. En effet, dans ce document, on lit ce qui suit :
« Quel type de partenariat entre le régulateur et son prestataire-partenaire « :

LAURENTLAMOTHE2

Le Conseiller Principal du Président de la République, Laurent Lamothe a présidé au nom du Président Martelly, une réunion entre le CONATEL, les opérateurs, la police pour statuer sur le problème de la fraude téléphonique (bypassing) qui constitue, dit-on, un déficit de plus de 12 millions de dollars par an. Ceci affecte aussi le FNE qui est financé en partie par un surplus tarifaire de 5 centimes or prélevé sur les appels entrant.
Le partenariat GVG-partenaire est un partenariat sur le terme. Le régulateur établit avec le prestataire un calendrier de remboursement de l’investissement et des services. À la fin de la phase BOT, le prestataire continuera de manière contractuelle à fournir le service de surveillance de trafic et de tarif sur le côté international, ainsi que la lutte contre la fraude qui nécessite une présence sur les marchés du trafic international. Le prestataire continuera à garantir les équipements et logiciels et l’assurance de la disponibilité des systèmes en installant un PCA/PRA.OICE . » (PCA/PRA qui signifie Plan de Continuité d’Activités / Plan de Reprise d’Activités)

Les équipements : une pomme de discorde

Selon des experts africains informaticiens, Global Voice est une société qui n’est référencée par aucune école de télécommunications. Et quand elle propose au Sénégal « des équipements de contrôle de 12 millions d’euros (7 à 10 milliards de F CFA), somme largement supérieure aux 2 millions d’euros (1 milliard 300 millions F CFA) que coûtent ces équipements sur le marché international, ils crient au scandale et à l’escroquerie. Car, disent-ils, ce sont “des tarifs standards que tous les spécialistes des télécommunications connaissent et le Sénégal peut les acquérir en moins d’un mois. Ces équipements sont loin d’être rares et loin de procéder d’une technologie exceptionnelle.”
En quoi consistent ces équipements ? Il s’agit d’un système qui s’articule autour de trois outils à savoir un outil de monitoring, des points de transit sémaphore (Pts) et un outil de facturation.
En effet, là où Global Voice Group affirme avoir consenti des investissements de l’ordre de 15 à 20 millions de dollars qui devront lui être remboursés au terme de son contrat, Sonatel, qui avait entre-temps porté l’affaire par-devant l’Autorité de Régulation des Marchés Publics, prétend n’avoir investi pour le même type d’équipement qu’environ deux millions d’euros. Ce qui a énormément influencé le Comité de règlement des différends de l’Autorité de régulation des marchés publics (ARMP) dans sa décision d’invalider le marché obtenu plus tôt par Global Voice Group. Pour l’histoire, le directeur général de cette institution sera quelques mois plus tard tout simplement renvoyé. Par le président.
À la suite à cette affaire, en date du 23 janvier 2011, M. Lamothe adresse une lettre au chef de l’État, Abdoulaye Wade, lui réclamant le remboursement de ses investissements : « En notre qualité de Président de la société Global Voice Group, écrit-il, nous avons l’honneur de revenir vers votre haute bienveillance concernant les suites à la proposition transactionnelle que nous vous avons adressée le 29 novembre 2010, s’agissant le différend nous opposant à l’ARTP ….
« Par lettre en date du 29 novembre 2011 nous avions porté à votre connaissance le préjudice important qu’avait subi notre société du fait de la suppression des articles 6 à 11 du décret n°2010-632 instituant le système de contrôle et de tarification des communications téléphoniques entrant en République du Sénégal. Laquelle suppression causait inévitablement la résiliation du contrat conclu entre GVG et l’ARTP le 1er août 2010…
« l’ ARTP a pu collecter plus de 35 millions d’euros (22,960 milliard FCfa) pour les volumes de trafic international terminés au Sénégal durant les mois d’août et septembre 2010 …
« Nous avons toujours privilégié une issue transactionnelle à ce litige’.
Global Voice Group omettant de réclamer « la réparation de son préjudice sur la base de son manque à gagner se contente tout simplement de réclamer le remboursement de ses investissements ». Il s’agit du versement par l’ARTP à Global Voice d’une indemnité de 17 500 000 euros (11,4 milliards FCfa).
N’a-t-il jamais reçu cette somme ? Nous ne savons.

La surtaxe sur les appels internationaux entrants: une pierre d’achoppement

L’institution de la surtaxe appliquée au trafic international entrant pose un problème juridique. D’abord sur le plan international, cette mesure ne peut s’s’appliquer qu’en violation directe des règles internationales, nous dit-on ; ensuite sur le plan national, car dans presque toutes les constitutions, il est interdit au pouvoir exécutif de créer un nouvel impôt ou une nouvelle taxe pour l’État. Il faut pour cela une loi votée au préalable par le parlement. De plus, la mesure entraîne une perte du volume des appels entrants, donc des pertes sèches pour les opérateurs de téléphonie et paradoxalement encourage la fraude.
Les critiques reprochent à Global Voice d’être une société ne pouvant fonctionner que dans une «République de(ux) gourdins » avec des dirigeants corrompus au plus haut sommet de l’État, car ne faisant reposer son business que sur deux piliers : d’une part, le partage, entre Global Voice Group et ces autorités corrompues,  des revenus d’une surtaxe illégale imposée aux opérateurs de téléphonie et aux consommateurs; d’autre part, le remboursement du prix des équipements, fortement majoré, au terme du contrat.
Entre parenthèses, Il paraît que le même schéma se reproduit en Haïti depuis l’institution de cette taxe sur les appels internationaux introduite dans le but, bien noble d’ailleurs, de financer le Fonds National pour l’Éducation (FNE).

JOCELERMEPRIVERT

Jocelerme PRIVERT, Président de La Commission Finances du Sénat devenu brusquement muet sur le sujet

Notons que nous avons un sentiment de déjà vu. Le lecteur comprendra que nous avions assisté à la mise en place d’un scénario bien connu lors du lancement du Fonds National pour l’Éducation. Nous aimerions savoir avec quelle institution le CONATEL, l’Autorité de régulation des télécommunications en Haïti, a-t-il établi le partenariat pour assurer la mise en place des mécanismes de lutte contre la fraude téléphonique. Serait-ce le Global Voice ? Quels sont les termes de ce contrat ?
En effet, en Haïti, un arrêté présidentiel en date du 9 septembre 2011 autorise :
« la déduction des fonds versés par les opérateurs à l’État haïtien via le Conseil National des Télécommunications et le dépôt de la balance sur un compte créé à cet effet »
L’article 3 de cet arrêté stipule: le Conseil National des Télécommunications (CONATEL) pourra déduire de ces fonds ( quel pourcentage : 46%) des frais
relatifs à la mise en place des mécanismes de lutte contre la fraude téléphonique et déposer la balance sur un compte spécial créé à cet effet.
La Constitution de 1987 est pourtant claire sur ce point :
– l’article 218 de la Constitution dispose : ‘aucun impôt au profit de l’État ne peut être établi que par la loi…’
– L’article 219 de la Constitution précise : ‘aucune exception, aucune augmentation, diminution ou suppression d’impôts ne peut être établie que par la loi.’
Si en Afrique, Global Voice avait besoin de l’accord de dirigeants corrompus pour gagner un marché, en Haïti aujourd’hui, Laurent Lamothe est le pouvoir.

La Stratégie de défense de Global Voice : boiteuse

Comme nous l’avions mentionné plus haut, la stratégie de défense de ces communicants de Global Voice se résume à présenter Laurent Lamothe comme l’homme qu’il faut et Global Voice comme une société de télécommunications occupant la 10e place au niveau mondial » avec une technologie de pointe hors pair; qui se bat contre des sociétés colonialistes. C’est fort possible, mais nous aimerions qu’ils réfutent point par point les accusations de collusion avec les autorités corrompues sans lesquelles il n’y a point de marché possible pour M. Lamothe et sa société.
Au fait, une aussi grande société «10e place au niveau mondial devrait être cotée en Bourse. Quel est le cours de l’action ? Nous aimerions avoir quelques-unes. Combien de titres ont été échangés la semaine dernière ? Quel est le chiffre d’affaires de la compagnie ? Ont été certainement publiés les résultats opérationnels de l’année dernière ? Où peut-on les consulter ?
Au sujet du rang mondial occupé par Global Voice dans le secteur des télécommunications, je crois qu’il faudrait demander une rectification à Fortune 500 et à Forbes 500 qui ne vous ont point classé parmi les 500 premières entreprises mondiales selon l’importance de leur chiffre d’affaires. Vous pourrez vérifier le classement des leaders mondiaux dans tous les secteurs d’industrie sur leurs sites. Je vous communique l’adresse de leurs sites Internet.
Liste des 500 premières entreprises mondiales. Vous ne figurez pas.
http://money.cnn.com/magazines/fortune/fortune500/full_list/501_600…
Pas même parmi les 1000 premières entreprises.
http://money.cnn.com/magazines/fortune/fortune500/full_list/
Pas même parmi les 2000 premières entreprises
http://www.forbes.com/global2000/#p_1_s_arank_All_All_All
Pas même parmi les 25 premières entreprises Télécom en Afrique
Classement des 25 premières entreprises Télécom en Afrique
Top 25 premières entreprises Télécom en Afrique, selon le classement 2010 du Magazine Jeune Afrique.
MTN Group, Vodacom Group, Vodacom South Africa et Telkom figuraient en tête de liste en termes de chiffres d’affaires. Les 4 opérateurs sud-africains généraient à eux seuls plus de 34 Milliards de Dollars.
En second lieu, c’est l’egyptien Orascom Telecom qui a enregistré 5,064 milliards de dollars suivie par le nigérien MTN Nigeria avec 4,493 milliards de dollars et du premier opérateur de télécommunications marocain Maroc Telecom avec un chiffre d’affaires de l’ordre de 3,807 milliards de dollars.
Les opérateurs se succèdent alors selon l’ordre suivant : Orasom Telecom Algérie OTA (1,876 milliards de dollars), Telecom Egypt (1,804 milliards de dollars), Zain Nigeria (1,306 milliards de dollars), Sté Nationale de Télecom du Sénégal (1,204 milliards de dollars), le kenyien SafariCom (1,060 milliards de dollars), Zain Sudan ( 994 millions de dollars), Mobinil (944 millions de dollars), Algérie Telecom (774 millions de dollars), MTN Ghana (764 millions de dollars), Tunisiana (719 millions de dollars), le marocain Médi Telecom (657 millions de dollars), Sonatel Mobiles Sénégal (570 millions de dollars), Sudanese Telecom Co (550 millions de dollars), MTN Côte d’Ivoire (441 millions de dollars), MTN Cameroun (427 millions de dollars), le sud africain Pinnacle Technology Holdings (382 millions de dollars) et finalement Orange Mali (360 millions de dollars).
Mentez, mentez ! Plus le mensonge est gros, plus ça a des chances de passer chez les faibles esprits.
Et puisque je me compte, moi aussi, au nombre des dupes, je crois que ça doit être une grave erreur de la part des magazines Fortune 500 et Forbes500 d’avoir omis de placer Global Voice au dixième rang des sociétés de télécommunications au niveau mondial.

Une dernière chose, messieurs les courtisans, la période de carnaval est passée, arrêtez votre char avant qu’il ne s’écrase contre un mur ! L.L est loin d’incarner ces valeurs fondamentales dont se réclament les hommes intègres comme l’attachement à l’éthique, à la justice et à l’équité, qualités consubstantielles de «l’honnête Homme». Et vous, vous serez un jour appelés en jugement, soit dans ce monde, soit dans l’autre.

Ella PERRARD