Haïti : le carnaval n’était pas du goût des sinistrés de l’ouragan Matthew

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Le Parisien.fr

Les dépenses réalisées pour l’organisation du carnaval national dans la ville des Cayes exaspèrent les familles frappées il y a cinq mois par l’ouragan Matthew et qui vivent encore dans des conditions inhumaines.

Assis dans les ruines d’une maison située en bord de falaise, Starjuin Régent confectionne des nasses en bambou. À défaut de pouvoir reprendre la pêche, il essaie de survivre en vendant ce petit matériel.

« J’ai perdu mon bateau, ma maison a été détruite. Je me démène seul pour me rétablir mais c’est dur: ma fille vient d’être renvoyée de l’école car je n’avais pas payé », raconte l’homme de 35 ans au regard fatigué.

Starjuin n’a reçu aucune aide pour relancer son activité ou entamer la reconstruction de son petit logement, dont il ne reste que la dalle et deux poteaux. Lui et sa famille ont été accueillis par leur voisin à qui une ONG étrangère a donné une bâche de plastique pour remplacer son toit effondré.

« Beaucoup de blablabla »

« L’action publique pour aider les citoyens, on n’a jamais vu ça: c’est seulement la bamboche et beaucoup de blablas à la radio », dénonce Starjuin avec colère.
Car à une trentaine de kilomètres, l’heure est à la fête: la ville des Cayes accueille cette année le carnaval national, sur décision du nouveau président Jovenel Moïse.

Alors qu’il n’avait pas encore prêté serment, M. Moïse avait annoncé que les festivités, traditionnellement organisées dans la capitale Port-au-Prince, auraient lieu cette année dans la troisième ville du pays.

« Le président Jovenel Moïse a estimé que nous avions un devoir de solidarité vis-à-vis des Cayens mais aussi des populations du grand Sud », avait indiqué Lucien Jura, alors porte-parole de l’équipe de transition du président.

A l’heure de l’ouverture des trois jours gras, le discours des autorités se fait plus réservé quant aux retombées positives sur l’économie de la région.

« Le carnaval n’amène rien directement aux sinistrés mais, au niveau global, il est évident qu’il y a beaucoup d’activités commerciales: les petites marchandes ont plus d’occasions de faire de l’argent » explique Gabriel Fortuné, le maire des Cayes.
Des stands décorés alors que la peinture est à peine séchée, des hôtels qui affichent complets, et des musiciens qui défilent chaque nuit en drainant des petits groupes de fêtards: l’effervescence est réelle dans la ville côtière.

« On pourrait facilement avoir un million de personnes à participer au carnaval venant principalement des Cayes mais aussi de la diaspora et de Port-au-Prince », espère Carel Pedre, le porte-parole du comité d’organisation.

En pleine crise économique, avec une dette nationale dépassant les 2,2 milliards de dollars américains, la facture pour les trois jours de fêtes aux Cayes s’élève à plus de 3,6 millions de dollars.
« Le budget global s’élève à 240 millions de gourdes dans lesquels la part de l’Etat est de 50 millions », a confirmé M. Pedre.

– « On gaspille l’argent » –

 

Les familles sinistrées qui n’ont pas un toit pour se protéger des pluies digèrent mal cette allocation de fonds publics, d’autant que les retombées économiques sont loin de s’être concrétisées.

« Je n’ai pas trouvé un petit job avec le carnaval: les gens qui construisent les stands viennent de Port-au-Prince alors ils n’ont pas besoin de nous », se désole Cadet Préneau, dont la maison à 20 kilomètres des Cayes a été emportée par la mer lors du passage de l’ouragan.

« On aurait dû annuler ce carnaval: on gaspille l’argent, y’a rien de sérieux car le pays est détruit, pas seulement ici à cause de Matthew mais partout », dit-il.
Première décision de Jovenel Moïse comme président, ce carnaval signe le retour à la musique de l’ancien chef d’Etat Michel Martelly. Ce dernier fait partie, sous son nom de scène Sweet Micky, de la vingtaine de formations musicales sélectionnées par le comité, ainsi que le groupe de ses fils.

Lucknor Nestin enrage devant ce qu’il considère être une politisation du carnaval, dont le thème « Ensemble pour que le Grand sud se relève » l’énerve encore davantage.

« C’est seulement pour Martelly et Jovenel, pour le secteur bourgeois mais pas pour les malheureux », peste ce jeune habitant de Port-Salut, à 30 kilomètres des Cayes.
« On se résigne à ne pas être des Haïtiens: vu les conditions dans lesquelles on est, c’est clair qu’on vit comme des animaux, pas comme des hommes », soupire Lucknor en retournant dans son abri en tôles usagées récupérées après l’ouragan.

Avec AFP

Source : http://www.leparisien.fr/flash-actualite-monde/haiti-le-carnaval-ouragan-matthew

DÉCÈS DE L’ANCIEN PRÉSIDENT RENÉ PRÉVAL

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L’ancien président de la République, René Préval, est décédé ce vendredi 3 mars 2017, à 74 ans, suite à un arrêt cardiaque.

 

 

La dernière apparition publique de M. Préval remonte à la cérémonie d’investiture de Jovenel Moise, le 7 février dernier.

René Préval a été élu à deux reprises président de la République (1996-2001) et (2006-2011). Il demeure le seul chef d’État haïtien à avoir bouclé deux mandats depuis la chute de Jean-Claude Duvalier en 1986.

Source : http://lenouvelliste.com

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Réactions du Président Jovenel Moise sur son compte Twitter

« J’ai appris avec émoi le décès de l’ancien Président René Préval. Je me prosterne devant la dépouille de ce digne fils d’Haïti. »

— moisejovenel (@Jovenel Moïse)


BIOGRAPHIE

Agronome de formation, Préval fut un très proche ami de Jean-Bertrand Aristide dont il se séparera après l’assassinat du journaliste Jean Dominique, son ami, et l’attentat perpétré contre sa sœur Marie Claude Préval.

René Préval commence  à  étudier la gestion et l’agronomie en Belgique, à Gembloux puis à l’Université de Louvain et étudie également la biologie à l’Université de Pise à Pise en Italie1.

Son père, Claude Préval, également agronome, avait été sous-secrétaire d’État de l’Agriculture dans le gouvernement du général Paul Magloire, le prédécesseur de Duvalier. Devant quitter Haïti, son passé politique en faisant un opposant potentiel au nouveau régime, son père travailla pour des agences onusiennes en Afrique.

Après avoir passé cinq années à Brooklyn à New York, où il travaille occasionnellement comme serveur dans un restaurant, René Préval retourne en Haïti et obtient un poste à l’Institut national des ressources minérales. Il s’implique dans les travaux sur l’agriculture de la société haïtienne. Après quelques années, il ouvre une boulangerie à Port-au-Prince avec quelques associés. Tout en gérant sa société, il continue d’être actif dans des cercles politiques et dans les actions caritatives, comme la fourniture de pain pour l’orphelinat du père salésien Jean-Bertrand Aristide, dont il deviendra très proche.

Après l’élection d’Aristide comme président d’Haïti en 1990, Préval devient son Premier ministre du 13 février au 11 octobre 1991, partant en exil à la suite du coup d’État militaire du 30 septembre.

Présidence

René Préval succède à la présidence à Jean-Bertrand Aristide le 7 février 1996 pour un mandat qui s’achève le 7 février 2001; Jean-Bertrand Aristide lui succède.

Le 7 février 2006, René Préval est à nouveau candidat à l’élection présidentielle pour un second mandat, qu’il remporte dès le premier tour avec 51,15 %. Proclamé vainqueur de l’élection présidentielle le 16 février après un accord entre le gouvernement intérimaire et la commission électorale, il est investi le 14 mai 2006 sous l’étiquette du parti Alliance démocratique ou Alyans en créole haïtien regroupant les mouvements politiques suivants l’ESKANP, le Pati Louvri Baryè (PLB), le Comité de Résistance de la Grande Anse, le Mouvement Paysans du Plateau Central et le Mouvement Counbite du Sud-Est.

Le 11 décembre, tout juste quelques mois après avoir retrouvé son poste, il est de retour de Cuba où il a passé quatre jours pour y subir des examens médicaux. Ces derniers ont révélé des symptômes d’un cancer de la prostate. Ces tests ne permettent pas de diagnostiquer formellement la maladie, et il doit pour cela retourner à La Havane, le 26 décembre pour y passer d’autres examens et subir un traitement. Le traitement ayant été un succès, René Préval est resté à son poste.

Le 12 janvier 2010 au soir, la ville de Port-au-Prince est frappée par un violent tremblement de terre qui détruit le Palais national, la résidence du président de la République. Après le séisme, qui a détruit la capitale et causé, selon lui, la mort de 300 000 personnes, l’ambassadeur d’Haïti aux États-Unis, annonce que le président et son épouse étaient sortis indemnes et qu’ils avaient été transférés vers un lieu sûr de l’île.

Vie personnelle

René Préval s’est marié en décembre 2009 avec Élisabeth Débrosse, l’une de ses conseillers économiques et veuve de Leslie Delatour, ancien gouverneur de la Banque de la République d’Haïti (BRH). Il avait été auparavant marié à Guerda Benoit puis à Solange Lafontant, dont il avait divorcé tour à tour.

 https://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Pr%C3%A9val

DEVOIR DE MÉMOIRE – 17 DÉCEMBRE 2001 : LE CYCLONE LAVALAS BALAYAIT LE PAYS D’HAÏTI

LES ÉVÉNEMENTS DU 17 DÉCEMBRE 2001

Lundi 17 DÉCEMBRE 2001….

3 h am – Un « flash » est diffusé par les radios (Radio Caraïbes) annonçant la nouvelle que le Palais National est attaqué par un commando.
Vers 6 h am, Jacques Maurice, membre du bureau de presse de la Présidence fait les premières déclarations: Il y a une tentative de « Coup d’Etat » et 80 hommes lourdement armés se sont introduits dans le Palais National. A partir de conversations entendues sur les walkies-talkies dont ils auraient dépouillés les policiers du Palais, ces hommes qui parlent espagnol, anglais et créole, révèlent avoir à leur tête Guy Philippe, un des commissaires de police réfugiés en République Dominicaine.

La peur et la terreur s’abattent sur la capitale Port-au-Prince et sur plusieurs autres villes du pays.  : attaque contre les locaux de la Presse, des partis politiques, des syndicats, contre leurs dirigeants et contre les centres culturels. Pillages, incendies, meurtres, disparitions… Selon Yvon Neptune, sénateur au moment des faits :  » Le peuple a identifié ses ennemis »

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Mais déjà, le dimanche 16 décembre, date de l’anniversaire de l’élection de Jean-Bertrand Aristide, le Président, après avoir célébré les « victoires électorales » de l’année 2000, s’adresse à l’assistance sur le thème du « patriotisme » en insistant sur le slogan qu’il lui fait répéter plusieurs fois: «Yon lavalas se yon patryòt, yon lavalasyen se yon patriyòt, yon bon lavalasyen se yon bon patriòt. » Plus d’uns se demandaient ce que cachaient de tels slogans.

En début de soirée, la tension est déjà manifeste; des rumeurs circulent et des opérations de blocage des rues sont rapportées dans certains quartiers de la capitale et des villes de province.

I – Annonce d’un supposé coup d’État


Selon informations recueillies par AP, Jacques Maurice fait également mention d’une attaque simultanée contre le pénitencier national et, toujours selon lui, l’un des auteurs intellectuels du coup serait Lucien Gervais, (ancien militaire ?) emprisonné au pénitencier national lors du soulèvement des détenus et depuis lors transféré dans un autre centre de détention. Lucien Gervais aurait à sa solde des mercenaires dominicains réunis à la frontière, prêts à intervenir. Lors de cette intervention, Jacques Maurice précise que le Président Aristide et sa famille sont en sûreté dans leur résidence de Tabarre.
Au cours de ces premières heures les radios diffusent largement les déclarations, nouvelles, et premières réactions. Des journalistes se trouvent au Champs de Mars, devant le Palais et rendent compte en direct, de l’évolution de la situation. Radio HaitiInter annonce à 9.00am que «7 hommes se trouvent embusqués dans les sous-sols du Palais». Des appels à la violence et à la chasse aux «responsables» du coup sont lancés par le porte-parole,
René Civil et des groupes Lavalassiens aux cris de «Bare-yo anwo, Bare-yo anba !»

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Quelques heures plus tard, Jean Oriel, responsable de l’unité de sécurité présidentielle, répond aux questions de la Presse et annonce que les assaillants ont pris la fuite à bord de deux pick-ups. Les unités d’élite de la PNH ont repris le contrôle du Palais. Les affrontements ont fait un mort dansle camp des assaillants et deux morts parmi les policiers.
Vers midi, le ministre de la Culture et de la Communication, Guy Paul, intervenant sur les ondes de la Radio nationale annonçait que le président avait le contrôle du Palais, marquant ainsi la fin du coup d’État. Il fait appel au calme et condamne les actes de violence enregistrés dans le pays.

Dans l’après-midi, le porte-parole de la PNH, Jean Dady Siméon, dans un point de presse au Palais National confirme la tentative de « coup d’état » par des assaillants au nombre de 30 et que le bilan de l’attaque repoussée s’élève à 5 morts, dont deux policiers, un assaillant et deux simples citoyens.

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Il fait aussi mention de la capture de l’un des assaillants du côté de Morne à Cabris.


Le Président intervient également au cours de cette longue conférence de presse pour condamner le coup d’État, «Pwazon demokrasi a se zam Kou Deta sa yo», réprouver la violence «Kelkeswa vyolans lan, nou kondane l». Par ailleurs, il confirme qu’il existe une relation entre les événements du 28 juillet et ce qui vient de se passer en affirmant : «Evenman 16-17 desanm 2001 yo konektab avèk evenman 28 Jiyè k sot pase yo. … Nou genyen dè prev ki montre yo konektab» et le peuple doit être loué d’avoir su agir en conséquence.

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 » Lè 28 Jiyè te rive, te gen plis konfizyon ke te fè yon seri moun doute, èske se vre, èske se pa vre. E nou rété gade akoz de konfizyon, yo te beaucoup plus timides que cette fois-ci. Yè, manifestasyon pèp la kale pou l defann demokrasi a. Jodi a manifestasyon l pasifikman montre ankò yon fwa ki jan li konprann w’ol pou l jwe, pa non kwaze bra, chita tann apre pou lal nan mawon. Men, nan kanpe pasifikman pou l mété barikad lapè kote k nesesè, lè l nesesè san vyolans, nan respè dwa tout moun, nan dyalog… »
Le poison qui tue la démocratie, ce sont les armes de ces coups d’État. Il y a un lien entre les évènements du 17 décembre et ceux du 28 juillet. Mais le 29 juillet, il y avait beaucoup de confusion, les gens étaient dans le doute, est-ce que c’est vrai,?: est-ce que c’est pas vrai ? A cause de cette confusion, les gens sont restés à regarder, ils étaient beaucoup plus timides que cette fois ci. (…) Hier, le peuple a manifesté sans hésiter pour défendre la démocratie (…) Aujourd’hui, ses manifestations ont montré pacifiquement le rôle que le peuple doit jouer, qu’il ne doit pas croiser les bras, s’asseoir, attendre, et finalement se lancer dans le marronage. Que son rôle est d’être debout, de monter des barricades de la paix là ou c’est nécessaire, quand c’est nécessaire, sans violence, dans le respect des droits de chacun, dans le dialogue (…) Immédiatement après la Conférence de Presse, le Chef de l’État adresse un «Message de Paix». Il commence par saluer la Police et tous les citoyens qui par leur détermination ont érigé les Barricades de la Paix et fait échec aux assassins de la démocratie.

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«Onè respè pou nou memm! »….. »M sot siyonnen yon bon pati nan Pòtoprens, mwen wè ak je m ki kantite barikad lapè nou mété pou anpeche teworis kouri sove e touye plis moun. Nou fè sa paske nou kwè nan peyi nou, Nou fè sa paske nou kwè nan demokrasi, Nou fè sa paske nou se bon jan pitit Dessalines, Toussaint Louverture ak zansèt nou yo, nou brav ! » « drapo la pè a flote toupatou »… »Aswè a, m mande pou gen veye patriyotik toupatou pou pwoteje lapè a»…
… «je viens de faire le tour de Port-au-Prince, j’ai pu voir le nombre de barricades de la Paix que vous avez érigées pour empêcher que les terroristes ne s’enfuient et ne continuent à tuer plus de gens. Vous avez fait cela parce que vous croyez en votre pays, en la démocratie, parce que vous êtes les fils de Dessalines, Toussaint Louverture de nos ancêres, vous êtes braves ! Le drapeau de la Paix flotte partout ! Ce soir je vous demande d’organiser une veillée patriotique, partout pour protéger la Paix».

«E nan moman sa a kote nou fyè lè nou wè bèl solidarite ki egziste ant Pèp la ak Polis la, nou ankouraje Pèp la kontinye bay la Polis la tout enfomasyon nou jwenn konsènan tout kriminèl k ap chèche kouri pou yo pa kenbe yo, pou yo pa pale…» … «Se yon Kou Deta nou ranvèse vit e se pou Kou Deta a pa retounen ankô ki fè m mande pou tout Popilasyon an kanpe pasifikman, defann demokrasi a pasifikman».
Au moment où nous parlons, nous sommes fiers de constater la belle solidarité qui existe entre le peuple et la police, et nous vous encourageons à continuer à fournir à la police toute information concernant tous les criminels qui tentent de s’enfuir pour ne pas être pris et avoir à parler… C’est un coup d’État que nous avons contrôlé rapidement et c’est pour éviter qu’il n’y en ait d’autres que nous demandons à toute la population de se mobiliser pacifiquement pour défendre la démocatie pacifiquement.
«Nap kontinye ini pou n pousuiv avek lalwa nan men nou anba drapo lapè a, tout criminèl teworis ki vle fè nou al nan mawon»
«Nous continuons d’être unis pour poursuivre avec la loi en mains, sous le drapeau de la paix, tous les criminels terroristes qui ont voulu nous acculer.


  1. LES FAITS : L’attaque contre la Presse, les partis politiques, leurs dirigeants et les centres culturels


À partir des différentes déclarations des représentants de la Présidence, des groupes armées de partisans de Lafanmi Lavalas s’organisent à Port-au-Prince et dans les villes de provinces, attaquent , pillent et incendient les locaux des partis politiques, les résidences de certains de leurs dirigeants. Des stations de radio sont investies et menacées de destruction, des journalistes sont violemment pris à partie et certains n’échappent au pire que de justesse. Plusieurs personnes périssent victimes de ces actes de violence au cours de la journée.


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Cap-Haïtien
– Le mobilier de la résidence du Pasteur Milton Chery, membre de la coordination de l’OPLdans le Nord, ex-candidat au Sénat, est jeté dans la rue et brûlé

– Eluscat Charles, porte-parole OPL dans le Nord a vu sa résidence pillée et incendiée ainsi que la maison voisine.
– La maison des frères Tanis, de la Convergence et celle de Jacques Etienne, critique connu de Lafanmi Lavalas, ont également été mises à sac.
– Un certain Célius, proche des FADH a failli être lynché, n’était-ce l’intervention de quel-ques passants et des affrontements ont eu lieu lorsque les manifestants lavalassiens ont tenté de s’attaquer à Grégory Joseph de la Convergence
– Le siège central de l’OPL dans le Nord est saccagé.
– Les assaillants ont tenté de mettre le feu à Radio Maxima mais ont dû renoncer devant la réaction des riverains qui se sont portés à la défense de la station.


Cayes
– La caisse de l’entreprise de construction que dirige Gabriel Fortuné, ex-député, porte-parole départemental de la Convergence, est pillée et 2 camions bascules incendiés.
– La résidence de Jean Robert Jeune, membre du comite de coordination départemental de l’OPL est partiellement saccagée.
– La maison de Wilfred Jean-Baptiste, membre du comite de coordination départemental de l’OPL est endommagée et pillée.
– La résidence de Kessel Cilius, membre de la Convergence est pillée.
– La résidence de Pierre Richard, membre de la Convergence est pillée.


Gonaïves
– La résidence du Pasteur Luc Mésadieu, président du Mochrena et membre du directoire de la Convergence démocratique est incendiée; 3 voitures sont brûlées; 2 personnes proches du pasteur sont tuées puis brûlées.
– La résidence du Pasteur Sylvio Dieudonné, vice-président de Mochrena est incendiée ainsi qu’une maison voisine. Une Eglise et une école dirigées par le Pasteur sont également incendiées.
– Le mobilier de la résidence de Anouès Difficile, membre de la Convergence démocratique, est incendié.
– Le correspondant de Radio Métropole dans l’Artibonite, Duc Jonathan Joseph est porté disparu.


Grande Rivière du Nord


– Le local de l’OPL est attaqué et saccagé.


Jacmel


– La résidence du porte-parole de la Convergence Démocratique dans le Sud-Est, Milot Gousse, a été attaquée avec jets de pierres.
Jérémie


– Lensky Cassamajor, représentant de l’OPL est sequestré, malmené et sauvé de justesse du lynchage.


– Local de la CATH (Centrale des travailleurs Haïtiens) incendié; beaucoup de membres de la Convergence ont dû prendre la fuite.


N.B – Participation de deux véhicules de l’Etat (Education Nationale et Finances).


Petit-Goave


– La maison de Jean Jasmin, enseignant, membre de la coordination locale de l’OPL, est incendiée, ainsi que celle de Déus Jean-François, MDN, ex-député, membre de la Convergence, responsable communal. Des affrontements ont eu lieu entre les groupes lavalassiens et les partisans de la Convergence. Au cours de la journée plus de 15 maisons ont été incendiées et 5 mises à sac. Les premiers rapports indiquent que: Yvon Jean, René Jean-Michel, Eligène Desrosiers, Jean Wilio Manéus, Dieusibon Jean, Yves Rigaud, Denise Osias, Inès Coicou, Genise Jean, Diréus Antoine, Prosper Jeanty, Montigène Sincère, Serge Bouzile, Wilbert Pierre, auraient ainsi, entièrement ou en partie, perdu leur résidence.


Thiotte
– Gabriel Davidson, membre dirigeant de l’OPL et une quinzaine de militants ont dû se mettre à couvert.


À la capitale, Port-au-Prince

La Presse

Au cours de la journée des journalistes, reporters, stations de radio sont l’objet de menaces, d’actes de violence qui obligent plusieurs représentants de la Presse à se mettre à couvert, certains, dans des ambassades. D’après Reporters Sans Frontières: «Le caractère systématique des agressions démontre que les manifestants avaient reçu des instructions pour s’en prendre à la presse».


Thony Bélizaire, photographe de l’Agence France Presse, Patrick Moussignac, Guérin Alexandre, Jean-Elie Moléus, respectivement directeur et reporters de Radio Caraïbes et Guyler Delva, président de l’Association des Journalistes Haïtiens, ainsi que des reporters de Telemax, ont été pris violemment à partie par des manifestants proches de Fanmi Lavalas armés de revolvers, de machettes, de bâtons. Ils ont obligés les journalistes à quitter les lieux sous la menace.
«Nous vous aurions abattu si vous étiez de Radio Caraïbe» ont déclaré des partisans du pouvoir à Maxo Exil, de l’agence Haïti Press Network, qu’ils menaçaient d’une arme.-


Roger Damas, de Radio Ibo, a été forcé de remettre sa carte de presse et son cellulaire aux manifestants qui assimilaient Radio Ibo à l’opposition.


Des journalistes de Radio Vision 2000 dont Pharès Duverné, Robert Philomé et Yves Clausel Alexis, alors qu’ils couvraient les évènements se déroulant au Palais National, ont été contraints de crier « Vive Aristide, Vive Lavalas » par des membres d’organisations populaires proches du pouvoir.


Selon Arins Bellevue, directeur de Radio Galaxie, leur confrère, Abel Descolines a dû se mettre à couvert après avoir reçu des menaces et avoir été informé que son nom et celui d’autres représentants de la presse se trouvaient sur une liste de journalistes à abattre. Un journaliste du RECAP, Gaston Janvier s’est trouvé dans la même situation.
Des reporters de Radio Métropole ont été agressés et mis en joue par des partisans du pouvoir qui se trouvaient à bord de véhicules appartenant à des entreprises de l’Etat. Les vitres de l’autobus de Radio Caraïbes ont été brisées par des manifestants pro-Lavalas. Plusieurs stations ont reçu des menaces de mort et ont cessé d’émettre ce jour-là: Radio Quisqueya, Radio Métropole, Radio Vision 2000, Radio Signal FM, et Radio Caraïbes. Cette dernière devait suspendre pendant plusieurs jours ses émissions.


Les sièges des partis politiques


– Le siège national de l’OPL (Organisation du Peuple en lutte), originellement Organisation Politique Lavalas) fondée en 1991, Quartier-General de la Convergence, a été pillé et incendié. Le mur et la barrière de l’entrée ont été renversés par un bulldozer du CNE. Les équipes d’assaillants ont été aussi véhiculés par la CNE. L’OPL est membre de l’Internationale socialiste, Coordinateur; Gérard Pierre Charles.
NB. Une maison attenante a été aussi pillée et incendiée.


– Le Local du Konakom, (Comité National du Congrès des Mouvements Démocratiques) membre de la Convergence et de l’Internationale Socialiste –Coordonnateur Victor Benoît– a été pillé et incendié.


– Le local de la KID (Confédération Unité Démocratique), membre de la Convergence, coordonnateur : Evans Paul (Konpè Plim) mis à sac et incendié.


  1. C’est la 3e fois que le local de la KID a été dévasté : en 1991 (deux mois avant le coup d’état), et en avril 2000.


– Le local de l’ALAH (Alliance pour la Libération et l’Avancement d’Haïti) membre de la Convergence qui est aussi le cabinet d’études de Me Reynold Georges, son coordonateur, a été incendié.
Les maisons familiales des dirigeants de la Convergence.


– La résidence du professeur Victor Benoît située à Bon Repos, dans la banlieue nord de Port-au-Prince, a été pillée et incendiée (voir détails dans le témoignage plus loin).


– La résidence du professeur Gérard Pierre Charles, située au Morne Hercule à Pétion-Ville a été pillée. La salle de la bibliothèque a été incendiée avec un cocktail Molotov. La maison a été assiégée en fin de matinée par des membres de la CIMO (Corps d’intervention et de maintient de l’ordre) et par des civils armés transportés en véhicules de la CNE (Compagnie nationale d’équipements – entreprise publique).
Dans les deux cas des officiels ont été reconnus, des véhicules ont été identifiés (voir témoignage plus bas).
Centres culturels


– Le CRESFED, Centre de formation, de recherche et de documentation, membre de la Plateforme des Droits Humains, dirigé par Suzy Castor, professeur universitaire, historienne de formation, fondé en 1986, a été attaqué, incendié et pillé (voir témoignage plus loin).


– La villa appartenant à l’État français et abritant les locaux administratifs de l’Institut Français d’Haïti, voisin du local de Konakom, a été pillé.

 À Suivre

 

 

En Haïti, deux mois après l’ouragan Matthew, les estomacs sont vides

par Patricia JOLLY

Dans la nuit du 3 au 4 octobre, l’ouragan Matthew dévastait le sud de l’île, faisant près de 600 morts. Les trombes d’eau salée ont réduit à néant près de 90 % des terres cultivables ; 1,4 million de personnes ont besoin d’une assistance alimentaire

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HAITI – Des gens font la queue pour recevoir de la nourriture

C’est un fétu de peau et d’os emmailloté de jaune. Sur sa minuscule poitrine haletante, une infirmière du service pédiatrique de l’hôpital départemental de Jérémie, en Haïti, promène un stéthoscope. Mylove Jean n’avait que 2 mois quand l’ouragan Matthew a dévasté les départements du sud de l’île dans la nuit du 3 au 4 octobre, faisant près de 600 morts.

La petite a survécu jusqu’ici, mais, depuis la tempête, tout va de mal en pis pour elle et les siens. Son père est mort du choléra trois semaines après le passage du cyclone tropical et, comme la moitié de la quinzaine de tout jeunes patients alités autour d’elle, elle souffre de malnutrition aiguë. Sa mère, Micheline Baptiste, l’a amenée il y a huit jours, à moto-taxi, depuis la commune de Marfranc. Une heure trente de pistes défoncées moyennant 225 gourdes (3,20 euros) – le double du tarif habituel – que des voisins lui ont avancées…

Matthew semble avoir stoppé net la croissance de Mylove Jean. Avec le département du Sud, celui de Grande-Anse où se trouve l’hôpital était considéré comme le grenier alimentaire du pays, mais les trombes d’eau salée charriées par l’ouragan ont réduit à néant près de 90 % des terres cultivables, selon les Nations unies (ONU), tout comme la récolte qui devait avoir lieu ces jours-ci et les réserves de fruits et légumes.

Les pertes dans le secteur agricole sont estimées à 580 millions de dollars (550 millions d’euros) ; 1,4 million de personnes ont besoin d’une assistance alimentaire.

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Du pain sec pour des estomacs vides

Durant la semaine qui a suivi Matthew, la population a glané ce qui était tombé des arbres et s’est nourrie du bétail mort. Depuis, elle est au régime sec. Oranges, pamplemousses, ignames, bananes, malangas… Tout est importé de Port-au-Prince et les prix ont quadruplé.

Par ailleurs, faute d’une coordination efficace entre les ONG et la Direction de la protection civile haïtienne, supposée piloter les opérations, la plupart des distributions alimentaires sont restées circonscrites aux environs de Jérémie alors que le département compte onze autres communes.

Les 460 000 habitants de Grande-Anse ne pourront pas compter non plus sur la récolte du printemps 2017 : la plupart des terrains sont envahis de gigantesques arbres déracinés, et les semences distribuées par les ONG finissent souvent dans les estomacs las d’être vides.

Micheline Baptiste tente de continuer à allaiter sa fille, mais le bébé ne tète que son angoisse. La mère ignore sa propre date de naissance. Elle sait seulement que Mylove Jean est la dernière de dix enfants qu’elle ne peut plus nourrir. Elle tente vainement d’administrer un remède à la petite qui se débat. Excédée et contrite, Micheline Baptiste balbutie qu’il est « difficile » de veiller cette enfant malade.

70 % des maisons détruites

Après la mort de son mari, ses beaux-parents ont recueilli cinq de ses autres enfants – « ceux qui sont en bonne santé et qui peuvent travailler », précise-t-elle. L’ouragan a emporté sa maison, comme 70 % des logis du département. Les ruines en ont été pillées. Les vêtements que sa fille et elle portent leur ont été donnés.

Micheline Baptiste passe les nuits par terre à même le carrelage de l’hôpital, près du lit de sa fille. Elle y a découvert que, jusque dans l’infortune, il existe une hiérarchie. Les autres parents à peine mieux lotis qu’elle et le personnel médical la prennent de haut parce qu’elle n’a pas de drap pour le lit de Mylove Jean.

L’hôpital n’en dispose pas et ne fournit ni repas ni médicaments. Malgré les circonstances, l’Etat n’a pas décrété la gratuité des soins qui demeurent à la charge de ces familles indigentes. Il s’en remet au travail des ONG qui viennent en appui de la Direction de la protection civile haïtienne, débordée.

Ainsi, depuis début novembre, six équipes médicales mobiles, recrutées localement par Médecins du monde France, sillonnent le département six jours sur sept pour dispenser des soins de base. A Julie, section de la commune de Chambellan, dans la vallée de la rivière de la Grande-Anse, une centaine de patients sont venus de hameaux situés en amont pour la consultation. L’avant-veille, un « crieur » armé d’un mégaphone les a avertis. Une église protestante en construction fait office de salle d’attente.

Les pluies diluviennes qui se sont abattues sur Grande-Anse trois semaines après le passage de Matthew ont fait la part belle au paludisme. Hommes, femmes, enfants tendent tour à tour leur index à une infirmière qui prélève une goutte de sang pour un dépistage. Rien à signaler aujourd’hui.

Dépistage nutritionnel

Le docteur Felix Anderson, médecin généraliste, examine les adultes dans une maisonnette adjacente délabrée. Au sous-sol, dans l’appartement du pasteur, l’infirmière Guirlande Guerrier assure la consultation pédiatrique : 37 enfants au total. Toutes les données médicales sont répertoriées sur des fiches conservées par l’équipe qui reviendra dans quinze jours, et une infirmière distribue à chacun son traitement gratuit dans de petits sachets.

Les enfants de moins de 5 ans font systématiquement l’objet d’un dépistage nutritionnel. Mesure du périmètre brachial, examen du rapport poids-taille, vérification de la présence d’œdèmes sur les membres, le ventre ou le visage… Les soignants traquent les cas de malnutrition modérée. Rien de suspect ici, on remballe donc les sachets d’une pâte d’arachide efficace pour enrayer la pathologie.

La promiscuité qu’a imposée l’ouragan, confinant la population dans des abris collectifs de fortune, a fait son lot de dégâts. Diarrhées aiguës, leptospirose qui provoque de l’insuffisance rénale, parasitoses intestinales, gale, teignes, infections gynécologiques ou urinaires, recrudescence de cas d’hypertension artérielle due au stress…

« Au tout début, on avait une cinquantaine de patients mais les gens sont si affaiblis et inquiets que leur nombre a presque triplé en cinq semaines, constate Andréa Marcellus, une des infirmières. On n’arrive pas à les voir tous. »

Dans ces circonstances, le choléra – introduit en Haïti en octobre 2010 par des casques bleus ­népalais de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti – est un adversaire encore plus redoutable. Avant l’ouragan, on estimait que la maladie avait tué près de 10 000 Haïtiens et qu’elle en avait infecté près de 800 000. Les conditions sanitaires dans lesquelles Matthew a laissé les départements du sud de l’île ont provoqué de nouvelles flambées.

Sept cliniques mobiles

A la hâte, entre le 8 et le 16 novembre, 800 000 personnes ont été vaccinées. Une campagne pilotée par l’Organisation mondiale de la santé avec le ministère haïtien de la santé qui fait débat. Un groupe de médecins haïtiens et d’experts internationaux craint en effet que cette mesure qu’ils estiment plus médiatique qu’efficace n’incite la population à se croire protégée à vie, et qu’elle néglige les règles élémentaires d’hygiène.

Par ailleurs, les personnes vaccinées n’ont reçu qu’une dose simple ce qui – selon les études – ne prémunit qu’à 40 % sur une période de six mois. Le vaccin est également inefficace sur les enfants de moins de 5 ans.

Pour circonscrire l’épidémie, Médecins du monde a donc redoublé d’efforts en déployant sept cliniques mobiles. A bord de chaque véhicule tout-terrain, trois infirmières, une animatrice et un chauffeur. Les équipes accèdent à pied, parfois au prix de plusieurs heures de marche, dans les hameaux les plus reculés et plantent leurs tentes pour soigner sur place les patients intransportables.

Au-delà des soins, il faut sensibiliser sans relâche la population et assurer la décontamination des lieux envahis par la bactérie. Ce jour-là, à Fond-Bayard, sur la commune des Roseaux, six patients, dont trois sexagénaires et deux enfants de 4 et 5 ans, ont dû être admis au centre de traitement du choléra (CTC) de l’hôpital de Jérémie.

La faute à la source Nanfigue, voisine, qui alimentait pourtant le hameau depuis des décennies. L’autre point d’eau le plus proche se trouve à deux heures de marche et plusieurs centaines de mètres de dénivelé aller-retour. Par 30 degrés, c’est bien trop loin.

Juliette Pétion, l’animatrice-décontaminatrice, rappelle les mesures d’hygiène à respecter pour se garder du choléra : se laver les mains, boire de l’eau bouillie ou traitée aux tablettes purifiantes et la conserver sous un couvercle, considérer l’eau de Javel comme un produit de première nécessité…

En bottes et tablier en caoutchouc, masque sur le visage, cette Haïtienne au verbe truculent pulvérise une solution chlorée de décontamination sur la simple chape de béton ou la terre battue qui sert de sol à leurs minuscules logis souvent dépourvus de mobilier. « Ou on vous traite vite, ou vous mourrez vite », dit-elle aux habitants. Selon la technique du « cordon sanitaire », les maisons voisines les plus proches sont elles aussi traitées. « Les effets durent une semaine, dit Adeline Marcellus, une des infirmières. Mais sans l’hygiène de base, la décontamination est inutile. »

Après la tournée, l’équipe repasse par le CTC de Jérémie pour rassurer les malades de Fond-Bayard ; leur dire que leur maison a été traitée et que leurs proches ont reçu un traitement antibiotique. L’infatigable Juliette Pétion improvise un nouveau numéro de sensibilisation pour les visiteurs des patients. « Vous faire ce qu’on vous dit, sinon zippés », conclut-elle dans un rire, feignant de remonter la fermeture d’un sac mortuaire imaginaire. Dissimulé par un muret, le cimetière aux couleurs vives se trouve à 30 mètres en contrebas, juste avant la mer.

Patricia JOLLY

Source : http://www.lemonde.fr/

« Que les Haïtiens m’appellent Fidel ! », disait Fidel Castro

« Que les Haïtiens m’appellent Fidel ! », disait Fidel Castro

« Que les Haïtiens m’appellent Fidel ! », disait avec affection l’ancien président cubain Fidel Castro, dont les funérailles ont lieu ce 4 décembre à Santiago de Cuba, une semaine après son décès le 25 novembre dernier à la Havane.

« J’ai beaucoup d’admiration et d’affection pour le peuple haïtien », confiait-il également dans une brève interview accordée en 1997 au journaliste haïtien Jean Dominique, assassiné en 2000 dans la cour même de sa station Radio Haïti Inter à Port-au-Prince.

L’interview a eu lieu à Kingston, Jamaïque, à l’occasion de l’enterrement de l’ancien premier ministre jamaïcain Michael Manley, et quelque temps après le rétablissement, en 1996, des relations diplomatiques entre Cuba et Haïti.

Le rétablissement des relations entre Cuba et Haïti constitue « une rectification historique », avait alors déclaré Castro. Ces relations « ne devaient jamais être rompues » (en 1962), ajoutait-il.

« Tout le temps je demande des nouvelles d’Haïti : à quelles difficultés (les Haïtiens) font-ils face, quels sont leurs problèmes, comment va l’agriculture, la montagne, la végétation ? », poursuivait Castro.

« En plus, quelle est la situation de la santé, de l’éducation ? »

700 à 800 médecins cubains de santé publique sont présents dans le pays, en permanence, alors que 700 à 900 étudiants haïtiens effectuent, gratuitement, des études universitaires de haut niveau à Cuba, rappelle-t-il.

A propos de la révolution haïtienne de 1804 contre l’esclavage, Castro a relevé : « vous avez mené une bataille épique. Vous avez été les premiers à prendre votre indépendance. Vous avez donné un grand exemple d’esprit de lutte et de sacrifice ».

Source : http://www.alterpresse.org/

3 DÉCEMBRE 2001–3 DÉCEMBRE 2016 : 15 ANS DÉJÀ DEPUIS LE LÂCHE ASSASSINAT DU JOURNALISTE BRIGNOL LINDOR !

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par Roseline LINDOR

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Le 3 décembre 2001, mon frère Brignol Lindor, journaliste à Radio Echo2000 de Petit-Goâve, a lâchement été assassiné par « une bande de tueurs liée aux autorités politiques locales du mouvement « Lavalas » (l’Avalanche) du président Jean-Bertrand Aristide », comme le mentionne Yves Saint-Gérard dans « Haïti : 1804-2004 Entre mythes et réalités » (Le Félin, 2004, p. 201).

« Cette agression, particulièrement horrible, a coûté la vie à un jeune homme brillant, compétent, cultivé, indépendant des coteries rivales, attaché à sa ville natale. Beaucoup considéraient Brignol Lindor, 31 ans, comme ‘‘l’avenir’’ de cette commune déshéritée », ajoute-t-il.

Depuis 2001, ce n’est donc pas seulement la ville de Petit-Goâve qui est endeuillée mais toute la nation haïtienne.

Plus que jamais, notre famille pleure la disparition de Brignol et continue de réclamer justice. Les acteurs de cet acte barbare doivent payer pour leur forfait ! Bien que toujours meurtris, nous sommes totalement déterminés à faire triompher la justice !

Nous n’avons rien oublié ! C’est comme si c’était hier lorsqu’un ami de la famille est venu nous annoncer la triste nouvelle sans trop vouloir nous en dire plus, de peur de nous accabler. Nous nous rendîmes au commissariat de police, mais aucun policier n’a voulu faire le déplacement pour accompagner la famille sur les lieux du drame.

Ce jour-là, de par leur attitude, les policiers ont fait incontestablement preuve de non-assistance à personne en danger, violant ainsi la devise de la police nationale telle que prescrite par la Constitution haïtienne, à savoir « protéger et servir ». En fait, en échangeant avec les policiers, nous avons tout de suite compris qu’ils avaient reçu l’ordre de ne pas intervenir

L’assassinat de mon frère a été minutieusement planifié au plus haut niveau du pouvoir en place. Il était devenu l’ennemi numéro un au niveau local, l’homme à abattre. Plusieurs réunions ont été tenues, suivies d’une déclaration de Dumé Bony, l’adjoint au maire, lors d’une conférence de presse organisée par les autorités de la ville.

Faut-il rappeler les faits ! Parmi les dix personnes inculpées lors d’un procès en 2007, seules deux d’entre elles ont été condamnées à perpétuité. Les autres, jamais arrêtées depuis, ont été condamnées par contumace. A vrai dire, la justice a totalement failli !

Ainsi que le souligne Yves Saint-Gérard, « l’instruction [a épargné] les instigateurs présumés du crime, à savoir les membres du conseil municipal et les chefs des administrations locales en place à l’époque. La plupart d’entre eux [ont continué] d’exercer leurs fonctions à Petit-Goâve.

Ils avaient nommément désigné la victime comme un ‘‘terroriste’’ et appelé à lui appliquer la formule ‘‘tolérance zéro’’ énoncée quelques mois plus tôt par le chef de l’État de l’époque [M. Jean-Bertrand Aristide…C’est cette même formule qui a été invoquée par les exécutants du journaliste au moment du meurtre et dans des aveux livrés à une association de défense de la liberté de la presse, deux jours seulement après leur forfait ».

Qu’est-ce qui a été fait depuis ? Rien ! Le fameux prêtre a changé de commune. Aucun des policiers présents lors de notre passage au commissariat n’a été inquiété. Et l’on a assisté à une parodie de justice après que le pouvoir « Lavalas » eut prétexté arrêter une personne du groupe « dòmi nan bwa ».

Alors, à quand une véritable justice pour la famille, la ville de Petit-Goâve et, plus largement, le pays tout entier suite à cet acte abject qui reste à jamais gravé dans la mémoire collective ?

Quand est-ce qu’on va mettre fin, une fois pour toutes, à cette culture mortifère de l’impunité qui ronge tant la société haïtienne depuis des lustres ?

Nou pa bliye Brignol ! E nou p ap janm bliye l ! Li lè li tan pou lajistis blayi nan peyi a!

Roseline et Famille LINDOR

 

Funérailles émouvantes du journaliste Brignol Lindor

La ville de Petit-Goâve a rendu un dernier et vibrant hommage, le mardi 11 décembre, à Brignol Lindor. Le directeur de la Salle des Nouvelles de Radio Écho 2000 a été tué à coup de machette, le lundi 3 décembre dernier, par des membres d’une Organisation Populaire (OP) proche de Lavalas dénommée “ Domi nan bwa”. A l’occasion des funérailles du journaliste, la famille de la victime a une fois de plus réclamé justice.

Sous un soleil de plomb et dans la confusion la plus totale, le journaliste Brignol Lindor a été conduit à sa dernière demeure. Malgré le vacarme provoqué par les cris de la foule nombreuse des parents , sympathisants , amis et confrères du journaliste , le père Hans Alexandre a su mener la cérémonie à terme . Le prélat, cousin du défunt, n’a pas pu contenir ses larmes face à l’assassinat de Brignol Lindor avec qui, indique-t-il , il a eu de bons souvenirs d’enfance. Dans son homélie, le père Alexandre a condamné le crime crapuleux du 3 décembre mais a exhorté les fidèles à s’abstenir de toute vengeance. Il a prôné la justice, le respect de la vie humaine, la non-violence et a dénoncé le laxisme des autorités locales. Pour le père Alexandre, Brignol Lindor fut un pacifiste, il est un martyr de la vérité dont le sang doit servir à réconcilier chaque haïtien .

À l’intérieur de l’église, la foule ne cessait de scander des slogans hostiles au pouvoir Lavalas particulièrement au président Jean Bertrand Aristide. Le nouveau curé de la paroisse de Petit-Goâve, le père Edwige Carré, présent à la cérémonie et accusé par l’Opposition d’avoir participé à la réunion de planification de l’assassinat de Brignol Lindor n’était pas non plus exempt d’injures. Face à cette vague de protestations anti-Lavalas, les organisateurs de la cérémonie ont dû écourter le programme funéraire dont une partie était dédiée aux Associations de Journalistes et à l’Association Nationale des Médias Haïtiens ( ANMH) .

Des dizaines de journalistes étaient venus de différentes villes du pays pour rendre un dernier hommage au directeur de nouvelles de Radio Écho 2000 de Petit-Goâve à l’occasion de ses obsèques déroulées en présence de militants de droits humains , de représentants du pouvoir et de l’Opposition. La corporation continue de réclamer justice pour le jeune confrère de 32 ans et interpelle la conscience des auteurs de cet acte odieux.

http://www.metropolehaiti.com/metropole/full_une_fr.php?id=3698

La « résistance » s’organise aux États-Unis contre Donald Trump

Manifestations, pétitions, démonstrations de soutien aux minorités : les anti-Trump poursuivent leur mobilisation.

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Lors d’une manifestation anti-Trump, le 14 novembre à Seattle. JASON REDMOND / AFP

Près d’une semaine après l’élection de Donald Trump, à quoi sert de continuer à protester ? « On cherche à se montrer qu’on n’est pas tout seul », dit un ingénieur d’origine indienne venu de la Silicon Valley avec ses deux filles participer à l’un des rassemblements organisés le 13 novembre, à San Francisco.

Le « président élu » a beau s’être installé dans le paysage, le choc est resté. Et la « résistance » – selon le terme revendiqué par les intéressés – ne faiblit pas. Tout le week-end , les manifestations anti-Trump se sont poursuivies à New York et Los Angeles, mais aussi dans des villes moyennes comme Erié (Pennsylvanie) ou Dayton (Ohio). Lundi 14 novembre, ce sont les lycéens qui sont descendus dans la rue, à Seattle (Washington), Portland (Oregon), Denver (Colorado), Silver Spring (Maryland), Tucson (Arizona).

Les manifestants ne réclament rien, et rien, surtout, que Donald Trump semble prêt à leur accorder : désavouer ses propos racistes de campagne. Ils ne remettent pas en cause, pour la plupart, le résultat de l’élection mais cherchent à se rassurer , se réconforter les uns les autres sur leurs « valeurs » inchangées.

« Murs de l’empathie »

Beaucoup portent une épingle à nourrice sur la poitrine, symbole de la « protection » qu’ils s’engagent à fournir aux plus vulnérables. « Si vous êtes musulman, femme, homosexuel, personne de couleur, latino, transsexuel, immigrant ou handicapé : je suis avec vous », proclame un habitant de San Francisco derrière une pancarte rédigée à la main. Dans le métro de la ville californienne, sont apparus des « murs de l’empathie », comme à New York après le 11 septembre 2001. On y colle des pensées ou des encouragements. « Love trumps hate » : « L’amour est plus fort que la haine ».

Depuis l’élection, une partie de l’Amérique est plongée dans l’anxiété. Les incidents xénophobes se sont multipliés. Entre le 8 et le 11 novembre, le Southern Poverty Law Center (SPLC), l’organisme de référence en matière de surveillance des extrémistes, a reçu plus de 200 plaintes pour des faits racistes ou antisémites. Des croix gammées sont apparues dans les universités , des étudiants noirs ont reçu des menaces signées « Daddy Trump ». Dans le Maryland, une église qui célèbre des offices en espagnol a été barrée d’une inscription : « Trump Nation, Whites Only » (« La nation de Trump, seulement pour les Blancs »). Le slogan de campagne, « Make America great again » a été détourné en « Make America white again », comme si « grandeur » et « blancheur » étaient synonymes. « Les suprémacistes blancs pensent que leur homme a gagné la Maison Blanche », analyse le SPLC.

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Devant la mairie de Los Angeles, le 9 novembre. MARIO ANZUONI / REUTERS

Pour les enfants d’immigrés, « l’élection de Trump, c’est une sorte de 11-Septembre », commente le magazine Westword de Denver. La peur est réelle. Dans une école de l’Etat de Washington, les élèves, à la cafétéria, se sont mis à scander « Build the wall ! » (« Construisez le mur ! »), comme dans les meetings de Trump. A San Francisco, une jeune Américaine d’origine assyrienne a posté sur Facebook la vidéo d’une passagère du métro qui, l’entendant parler une langue inconnue, lui assure que Trump va l’« expulser ».

À Los Angeles, les deux acteurs vedettes de la série télévisée de HBO Silicon Valley, Thomas Middleditch et Kumail Nanjiani, ont été pris à partie dans un bar par des fans du président élu. « Je ne peux pas imaginer ce que ça doit être , dans d’autres endroits, d’être quelqu’un qui a mon physique », s’est alarmé le jeune comédien d’origine pakistanaise.

Parmi les anti-Trump, certains ne désespèrent pas de renverser le résultat de l’élection. Une pétition sur Change.org, intitulée « Faites de Hillary Clinton la présidente le 19 décembre » (date de la réunion du collège électoral), a conquis les campus . Elle appelle les grands électeurs – qui doivent, selon la Constitution, choisir le président, élu au suffrage indirect – à porter leur voix sur celle qui a remporté le vote populaire (avec plus de 668 000 voix d’avance, selon un décompte non définitif) plutôt que sur Donald Trump. Un scénario hautement improbable, mais réclamé par plus de 4 millions de signataires.

D’autres mettent l’accent sur la vigilance. Dans une pleine page du New York Times, le11 novembre, l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU) a demandé à Donald Trump de désavouer ses promesses sur l’expulsion de 11 millions de sans-papiers, la réautorisation du waterboarding (le simulacre de noyade) pour les interrogatoires, etc. « Si vous essayez de faire de ces promesses une réalité, vous vous trouverez à chaque pas confronté à la puissance de feu de l’ACLU », menace l’association, en rappelant qu’elle compte des millions de partisans, et des juristes dans tous les Etats.

Des manifestations sont déjà en préparation à l’occasion de l’investiture du 20 janvier à Washington, dont une marche d’« un million de femmes ». Plusieurs villes, dites « sanctuaires », dont Chicago ou San Francisco, ont fait savoir qu’elles continueraient à fournir des services sociaux sans condition aux sans-papiers, malgré la menace de Donald Trump de les priver de subventions fédérales. Les associations de soutien aux immigrés ont commencé à tenir des réunions pour rassurer les « dreamers », les jeunes clandestins arrivés avec leurs parents, qui ne doivent qu’à un décret de Barack Obama – facilement réversible – leur statut légal aux États-Unis.

« Sans-papiers, mais sans peur »

« Pendant les quatre prochaines années, nous allons montrer que nous sommes certes sans-papiers, mais aussi sans peur », écrit l’avocat Cesar Vargas, un proche de Bernie Sanders lui-même sans-papiers, dans l’hebdomadaire The Nation. Au contraire de Barack Obama et de la plupart des responsables démocrates, qui estiment qu’il faut donner sa « chance » à l’homme que les Américains ont élu, les militants progressistes refusent toute « normalisation » de la situation.

« Résistance » est leur maître mot. Et grâce à Donald Trump, qui a mis fin à la dynastie Clinton, ils espèrent prendre les rênes d’un Parti démocrate sonné par la défaite.